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dimanche 26 février 2023

Au-delà de l'assassinat d'Agnès, par Remedium

Fait divers atroce en France: Agnès, enseignante motivée, sacrifiant tout son temps à son métier, a été assassinée le 22 février dernier, en pleine classe, par un de ses élèves. Ce dernier a 16 ans, elle en avait 53. Indéfectible dénonciateur des violences dans le système scolaire - ou à la police - de son pays, l'enseignant et dessinateur français Remedium (lire ici), de son vrai nom Christophe Tardieux, ne pouvait se contenter des communications officielles. Des émotions de façade des politiciens. Alors il a écrit et dessiné un nouveau "Cas d'école" (d'autres ici), "L'histoire d'Agnès", qui n'élude pas les questions cruciales.

Il s'explique: "A la mort d'Agnès, beaucoup se sont empressés de la résumer à sa fonction d'enseignante. Une prof qui ne vivait quasiment que pour son métier, disparue dans un atroce fait divers. C'est oublier qu'elle était une femme comme les autres, avec une vie personnelle, des passions et un caractère apprécié de tous. Et qu'elle ne mérite nullement que son nom et son histoire sombrent dans l’oubli. Pour elle, voici "L'histoire d'Agnès", nouvel épisode de "Cas d'école"."





lundi 19 octobre 2020

"L'histoire de Samuel", les mots justes et les dessins de Remedium face à la barbarie humaine

Qui connaît Remedium, inlassable témoin de son temps et de ses violences, que ce soit à l'école ou par la police, pouvait se douter qu'il allait réagir à l'assassinat horrible de Samuel Paty vendredi dernier. Il le fait, avec la force et la droiture qui caractérise cet enseignant et artiste qui vient de voir ses "Cas d'école" publiés en recueil aux Editions des Equateurs (lire ici). Il le fait aussi en réaction aux lamentos malhonnêtes qui polluent ce drame atroce.
Il explique sa démarche: "Samuel, professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine, menait sa mission d'enseignant avec passion. Le vendredi 16 octobre 2020, il  a été assassiné et décapité pour avoir montré des dessins en classe. L'écriture est parfois bien dérisoire face à la barbarie humaine. Mais le courage de Samuel nous interdit à tous de sombrer ou de baisser les bras. Sa mort ne doit pas non plus masquer certaines réalités: non, Samuel n'était pas un soldat de la laïcité tombé pour la patrie. Il était un enseignant, et cette tâche était déjà énorme. En sa mémoire, découvrez "L'histoire de Samuel"."




mercredi 9 septembre 2020

La violence de l'école publique française

"Cas d'école" (c) Editions des Equateurs.


Les habitués de ce blog connaissent déjà les "Cas d'école" de Remedium, pseudo littéraire de Christophe Tardieux, professeur des écoles en Seine-Saint-Denis depuis 2005. Des bandes dessinées dénonciatrices de la violence faite aux enseignants par l'Education nationale française, sobres et percutantes, qui jouent sur les cadrages et sur l'alternance textes-images. Remedium les a d'abord publiées sur sa page Facebook tant il était révolté par la violence de l'Education nationale de son pays. Egalement en hommage à ces enseignants broyés par une machine sourde à l'humain. J'en ai relayé plusieurs, l'histoire de Jean (ici), celle de Laurent (ici), celle de Christine (ici) Il y en a eu d'autres, hélas, bien sûr, sept sont actuellement toujours visibles sur le site de Remedium et quelques-unes sur le blog que Mediapart lui a proposé au printemps.

Ces bandes dessinées sociales et engagées ont aussi éveillé l'attention d'une maison d'édition française qui a décidé d'en faire un album papier. "Les Editions des Equateurs", m'explique Remedium, "avaient entendu parler du projet après le suicide de Christine Renon (NDLR: en septembre 2019) et l'histoire que j'avais faite sur elle. Elles ont eu dans l'idée d'en faire un album avant que je ne l'envisage réellement moi-même."

Cet album, le voici, "Cas d'école - Histoires d'enseignants ordinaires" (Éditions des Équateurs, 100 pages), tout juste arrivé en librairie. Et le moins qu'on puisse en dire est qu'il secoue son lecteur! Impossible de ne pas avoir l'estomac retourné après avoir lu ces quatorze histoires. Ou plutôt ces treize histoires d'enseignants plus celle de leur ministre, aussi estomaquante mais pour d'autres raisons. C'est que Remedium fait ici un terrible inventaire de drames humains causés par l'école de la République française. "La moitié des histoires ont été publiées sur Facebook", précise-t-il, "et n'ont pas été modifiées (à part celle sur Blanquer complétée d'une page). L'autre moitié, la plus longue en terme de pages, est inédite."

Ce qui frappe surtout, c'est combien les bonnes volontés des enseignant(e)s sont balayées par des esprits jaloux qui savent comment opérer pour jeter l'opprobre sur des instituteurs dynamiques, motivés, efficaces, aimés des enfants comme des parents. Mensonges, harcèlement, rien n'est inutile pour venir à bout de ces belles âmes. Le pire est de découvrir le soutien de la hiérarchie, l'aveuglement de l'inspection plus prompte à couvrir les méfaits qu'à encourager les initiatives louables. Ce qui est terrible, révoltant, c'est le mépris pour l'humain au nom de.., au nom de rien finalement. Ce qui est dramatique, ce sont les vies humaines perdues ou irrémédiablement gâchées en vertu de règlements idiots, au profit de quelques minables. L'espèce humaine n'en est pas dépourvue, on le sait, mais quand il est question d'enseignement et d'éducation des enfants, cela ne passe plus du tout.

L'histoire de Jean-Pascal. (c) Editions des Equateurs.

On saluera la bonne idée de Christophe Tardieux d'avoir choisi "Cas d'école" comme nom générique à ses dénonciations salutaires et nécessaires, et maintenant comme titre de son album, l'expression signifiant "cas correspondant au modèle théorique enseigné". Les quatorze histoires qu'il consigne dans son "Cas d'école" doivent être connues maintenant qu'elles sont dites. Elles sont le tombeau de ces enseignants et des ces enseignantes qui n'ont plus eu foi en l'école publique, en leur école, et n'ont trouvé d'autre issue que de s'effacer. Par la dépression ou même le suicide.

L'histoire de Christine Renon. (c) Editions des Equateurs.

Effroyables destins que ceux de Jean, Laurent, Sabrena, Manal, Chloé, Christine, Jacques, Annie, Fatima, Rachida, Jean-Pascal, Christophe et Cécile, pleins d'idéal et d'enthousiasme, broyés par la machine administrative orchestrée par le ministre Jean-Michel, avant-dernier des portraits. Christophe car Remedium raconte aussi l'histoire terrible à laquelle il a été confronté. Comme ceux qu'il sort de l'ombre, de ses mots qui s'attachent à la réalité et de ses dessins bien pensés, il a vécu la violence hiérarchique qui cache, enterre, ignore, blesse et met en colère. Si la colère et la révolte contre un système qui écrase relie les récits de celui qui enseigne le jour et dessine le soir, elles passent immédiatement chez le lecteur. Certes la profession d'enseignant est en crise mais ces morts ne peuvent pas êtres vaines. Elles ne le seront pas grâce au travail de mémoire de Remedium qui rompt courageusement le silence officiel.





lundi 30 septembre 2019

Pour que le suicide de Christine, directrice d'école usée par le système, ne s'efface pas

En mars de cette année, le Français Remedium, enseignant et artiste, engagé dans chacun des deux domaines, publiait sur les réseaux sociaux "L'histoire de Jean", professeur poussé au suicide. C'était son premier "Cas d'école" (lire ici, et repris dans le numéro 16 de la revue bruxelloise "64_page"). En juillet, Remedium publiait "L'histoire de Laurent". Deuxième "Cas d'école" (lire ici). Nous sommes à peine en septembre et déboule déjà un troisième "Cas d'école", terrible car définitif, "L'histoire de Christine".

Remedium la présente ainsi: "Directrice exemplaire d'une école maternelle, Christine [Renon, NDLR] s'est suicidée le 21 septembre 2019. Lucide face à la mort, elle savait que beaucoup tenteraient d'étouffer son sacrifice et minimiseraient son geste en salissant sa mémoire. Alors elle a écrit. A ses collègues, à sa hiérarchie, à ses proches, à nous tous. Pour que nous continuions un combat qui l'avait usée jusqu'à la corde. Pour ne pas qu'il sombre dans l'oubli. A nous tous, désormais, d'agir.
Nous lui devons bien ça."

Remedium a fait de "L'histoire de Christine" son troisième "Cas d'école", terrible inventaire des drames humains causés par l'école de la République française. Et qui pourraient très bien se passer en Belgique aussi. Avec son accord, je la reproduis ici.