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vendredi 10 janvier 2020

Mot en huit lettres dont deux A, un I et un E


S'il y a bien un mot mal utilisé, galvaudé même, quasi autant que celui d''otages", surtout en ces temps d'affrontements sociaux, c'est bien celui d'"anarchie". Il vient du grec "an-", préfixe privatif signifiant absence de, et "archos", autorité, commandement. En résumé, il peut donc s'appliquer à une société sans autorité ou hiérarchie. Rien à voir avec le chaos auquel il est souvent erronément associé.

Pour revenir aux notions fondamentales qu'il implique, je ne saurais trop conseiller le roman graphique en petit format "L'anarchie, théories et pratiques libertaires" dont Véronique Bergen a écrit les textes, l'illustrateur Winshluss, alias le cinéaste Vincent Parronnaud, fignolé les dessins et Annomane la mise en couleurs (Le Lombard, 88 pages). Il est complet, ludique et facile à comprendre. Bien entendu, comme dans toute la collection "La petite bédéthèque des savoirs", l'avant-propos de six pages plaçant le sujet dans son actualité contemporaine est signé par David Vandermeulen.

A noter que ce vingt-neuvième volume de la collection de poche est dédié "à la mémoire de Vladimir Grigorieff", auteur érudit et vulgarisateur décédé le 15 août 2017, quelques mois après avoir signé le texte de sa première bande dessinée, "Le conflit israélo-palestinien" (illustré par Abdel de Bruxelles, lire ici).

Première page du roman graphique. (c) Le Lombard.

Pas de traité théorique ici mais une approche franchement amusante avec cet ado qui mate la formule "Ni Dieu ni maître", clé de l'anarchie due à Blanqui, sur son ordinateur. Au désespoir absolu de ses parents qui refusent d'y voir une pub pour des baskets malgré la mention qui en est faite. Plutôt radical, le traitement du psychiatre appelé en renfort nous permet en réalité de découvrir, en même temps que les parents de Jean-Baptiste, les caractéristiques de l'anarchie.

... les bases. (c) Le Lombard.
Revoyons...














C'est parti ensuite pour aborder les théoriciens, débattre du vocabulaire, se balader dans l'Histoire tandis que l'ado nous convie à ses propres découvertes grâce à son pote Nanar. La rencontre d'anarchistes célèbres, présentés de façon chronologique mais agréablement déjantée, du XIXe siècle à nos jours, fait quelques détours bienvenus, par l'origine du drapeau noir, le célèbre A cerclé, Mai 68 ou Léo Ferré. Bref, il faut tout lire mais on s'y amuse bien. Et en finale, on aura bien compris ce qu'est l'anarchie, la vraie.

Jean-Baptiste va encore découvrir
beaucoup de choses. (c) Le Lombard.









vendredi 13 décembre 2019

Le palmarès 2019 des prix SACD-Scam belges



La soirée "Famous in Belgium" qui remet les prix Scam et SACD et fête les auteurs et les autrices s'est déroulée ce vendredi 13 décembre.

"Par les prix que nous remettons", éditorialisent Barbara Sylvain, présidente du comité belge de la SACD, et Renaud Maes, président du comité belge de la Scam, "nous entendons souligner que les œuvres de ces auteurs et autrices ne sont pas simplement le fruit d'un talent ou d'une passion, mais aussi d'une pratique professionnelle menée dans le cadre de démarches singulières. Bref, d'un TRAVAIL, au double sens d'un labeur et d'un chef d'œuvre. Nous célébrons leur capacité de résistance dans un contexte fragile et mouvant où s'opère un démantèlement progressif des politiques culturelles. Face à ces incertitudes, les auteurs et les autrices résistent inlassablement à l'ignorance et par leur force de création proposent des réalités multiples au travers d'œuvres qui reflètent l'évolution du monde et des cultures. C'est grâce à elles et eux que nous pouvons prendre à plein poumons une bouffée d'air frais et d'optimisme, pour imaginer l'ouverture de nouveaux possibles... et les vivre."


Palmarès 2019

Les prix de la SACD


Prix humour 

GuiHome

Prix cinéma

Claude Schmitz pour "Braquer Poitiers"

Prix chorégraphie

Isabella Soupart

Prix théâtre jeune public

Laurane Pardoen pour "Suzette Project"

Prix radio

Nora Boulanger Hirsch, Chloé Despax et Ludovic Drouet pour "Meute et Météore"

Les jumelles d'or

Carmelo Iannuzzo (ACSR) et Valérie Cordy (La Fabrique de Théâtre)


Les prix de la Scam


Prix littérature

Véronique Bergen pour "Tous doivent être sauvés ou aucun" (lire ici), roman sorti chez Onlit en 2018. Depuis, elle a publié chez le même éditeur "Guérilla" (2019) et au Lombard un tome de la Petite Bédéthèque des savoirs, le vingt-neuvième, "L'anarchie", illustré par Winshluss. Et son "Kaspar Hauser. Ou la phrase préférée du vent" est ressorti en poche dans la collection Espace nord des Impressions nouvelles. Philosophe, romancière et poète, membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Véronique Bergen signe aussi des monographies sur des artistes contemporains ou des personnalités comme Anik De Prins (lire ici et  ici) et elle collabore à diverses revues dont "Le Carnet et les Instants", "Artpress", "L’Art même", "Flux News", "Lignes", "Diacritik"...

Prix texte et image (= littérature de jeunesse)

Charlotte Bellière et Ian De Haes pour l'album "Le Géant ou l'incroyable aventure des émotions" (Alice Jeunesse)

Prix essai

David Berliner pour "Perdre sa culture" (Zones sensibles)

Prix documentaire

Alexe Poukine pour "Sans frapper" (CVB)

Prix radio

Karim Aït-Gacem pour Radio Parloir, expérience d'atelier de création radiophonique dans la prison de Lantin avec des détenus condamnés

Prix du parcours

Violaine de Villers, documentariste



Les prix sont décernés par les Comités belges de la SACD et de la Scam chaque année. Soit pour la SACD, Barbara Sylvain, dramatique, lyrique (présidente), Gabrielle Borile, cinéma, télévision, Ariane Buhbinder, dramatique, lyrique, Fred Castadot, cinéma, télévision, Sybille Cornet, dramatique, lyrique, Michèle Anne De Mey, chorégraphie, Jasmina Douieb, dramatique, lyrique, Thomas François, multimédia, Monique Mbeka Phoba, cinéma, télévision, Layla Nabulsi, radio, Antoine Neufmars, dramatique, lyrique, Delphine Noels, cinéma, télévision, Marie-Églantine Petit, dramatique, lyrique, Virginie Strub, dramatique, lyrique, Jean-Benoît Ugeux, cinéma, télévision et Gabriel Vanderpas, cinéma, télévision  (viceprésident). Et pour la Scam, Renaud Maes, littérature (président), Emmanuelle Bonmariage, audiovisuel, Jérôme Laffont, audiovisuel, Jérôme le Maire, audiovisuel, Myriam Leroy, littérature, Isabelle Rey, audiovisuel  (viceprésidente), Laurence Rosier, transmédia, Emmanuèle Sandron, littérature, Nathalie Skowronek, littérature, Paola Stévenne, radio, Nina Toussaint, audiovisuel et Isabelle Wéry, littérature (viceprésidente).


Réflexion personnelle

Palmarès du prix Scam de littérature jeunesse (album ou roman mais non BD)

2017 Thomas Lavachery
2014 Marie Wabbes
2010 Kristien Aertssen
2009 Emmanuelle Eeckoudt
2008 Rascal
2007 Mario Ramos
2006 José Parrondo
2005 Kitty Crowther
2003 Louis Joos
2002 Claude K. Dubois
2001 Jeanne Ashbé
1996 Pascal Lemaitre
1994 Anne Brouillard, Monique Martin l'ayant refusé

Jusqu'à présent, le prix Scam de littérature de jeunesse, qui a porté différents noms, était attribué chaque année d'abord, tous les deux ans ensuite, à un(e) auteur(e) et/ou illustrateur(trice) pour l'ensemble de ce qu'il/elle avait déjà publié et pour ce qu'on espérait qu'il/elle allait encore créer. La lecture du palmarès est sur ce plan exemplaire. Cette année, on découvre que le prix jeunesse, intitulé Texte & Image depuis l'édition 2011-2012 où est entrée la BD - ce qui est une bonne chose mais pourquoi faire alterner ces deux branches - va à un(e) auteur(e) pour un livre particulier. Et cela change tout. Pas que "Le Géant ou l'incroyable aventure des émotions" de Charlotte Bellière et Ian De Haes (Alice Jeunesse) soit un mauvais album. Non. Il est intéressant. Il est même le meilleur à ce jour du duo. Mais tient-il la route face à ceux qui l'ont précédé au palmarès? Non, évidemment. Et c'est dommage, même si c'est une heureuse nouvelle pour la maison d'édition. Car la mission de la Scam est de récompenser le meilleur des auteur(e)s belges. Qui a donc inspiré ce choix au comité? A moins que ledit comité ne manque de recul sur ce que peut/doit être la littérature de jeunesse, celle qui fait les lecteurs de demain.








mardi 7 mai 2019

Soirée "metal" à l'Hôtel de Ville de Bruxelles

Anik De Prins et Véronique Bergen.

Sur la Grand-Place de Bruxelles, les touristes n'en croient pas leurs oreilles, en cette soirée du 6 mai. Ça rocke ferme quelque part dans l'Hôtel de Ville, fort, très fort. C'est qu'on fête dans la Salle Gothique la sortie du livre "Hard Rock Market" d'Anik De Prins et Véronique Bergen (Lamiroy édition, 239 pages, 100 photos, lire ici). Fan de hard rock depuis ses 13 ans et un concert d'Iron Maiden, le bourgmestre Philippe Close a invité les deux auteures ainsi que leur éditeur Eric Lamiroy pour saluer le temple musical qu'a été le Hard Rock Market qu'Anik De Prins tint durant 43 ans dans la toute proche rue des Eperonniers.

Salle Gothique.
"C'est le plus beau jour de ma vie", s'exclame Anik De Prins devant le parterre d'amis hard rockeurs et "metal" venus la fêter et écouter les deux concerts de HOMe et Girlschool qui enserraient les mini-discours. Godillots à clous, collants noirs, mini-jupe de tulle bouffant, blouson clouté, son étincelante crinière rousse flamboyant sous les spots, un sac pendu à la main, Anik De Prins arborait le sourire d'une petite fille timide et enchantée et ne cachait pas son émotion.  Toute de noir vêtue elle aussi, comme à l'habitude, Véronique Bergen a rappelé l'immense générosité de cette hard rockeuse dont elle a couché les mémoires sur le papier, pour laisser une trace écrite de ce que la scène rock bruxelloise a été grâce à Anik De Prins. "Son magasin Hard Rock Market a été un lieu magique, underground, pas du tout aseptisé, dans l'esprit de la Factory d'Andy Warhol. J'ai voulu rendre hommage à son audace de pensée et à sa générosité."

Jeans slim ou baggy, pantalons camouflage, blousons de cuir volontiers cloutés, parfois peints, chaînes, badges, tatouages, cheveux souvent longs, parfois rouges, parfois mauves pour les femmes, en catogan ou en crête colorée pour les hommes, parfois blancs ou disparus parce que les rockers vieillissent aussi, moustaches, boucs et barbichettes, baskets ou godillots ferrés, l'Hôtel de Ville de Bruxelles a rocké ce mardi soir. Hard rocké. "Métallé". Batterie, guitares, basses, chant, on s'en est donné à  cœur joie et les antiques planchers ont vibré. C'était bien. C'était fort. C'était tendre.



Le livre.


La suite ici.




vendredi 8 mars 2019

Anik et Véronik: "We will hard rock you"

Derrière les livres, Véronique Bergen et Anik De Prins.


"We will rock you" entonnaient en 1977 Freddie Mercury et le groupe Queen. Aujourd'hui Véronique Bergen (de l'Académie Royale de Belgique) et Anik De Prins nous chantent fort et aussi juste "We will hard rock you" dans un formidable livre sous forme d'abécédaire qu'elles consacrent à la culture metal. Ce serait bien l'histoire d'Anik au pays des hard rockeurs. "Hard Rock Market" (Lamiroy, 239 pages, 100 photos) tire son nom de la boutique mythique qu'Anik tint au 31 de la rue des Eperonniers à Bruxelles de 1991 à 2018 après avoir ouvert une boutique à son nom au 1A de la rue de 1975 à 1992. Un temple du hard rock à deux doigts de la Grand-Place qui enchantait ou effrayait. Surtout un lieu unique où sont passés tous les musiciens, tous les groupes, tous les fans de hard rock ou de metal, enchantés par son atmosphère et les trouvailles qu'ils y faisaient. Le berceau d'amitiés extraordinaires.

Fans de hard rock ou néophytes, ce livre est pour vous. Vous vous reconnaîtrez avec bonheur dans cette histoire qui coule sur près de cinquante ans. Ou vous découvrirez un itinéraire quasiment fléché dans cet inquiétant labyrinthe sonore. Baffles qui vibrent, ceinturons qui pèsent, bagues qui brillent, interprètes qui flashent sont autant de réalités qui ont servi de boucliers à des préjugés bien ancrés. Il est temps de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Anik De Prins a eu une vie dingue dans et à côté de sa boutique. Elle a connu et était appréciée de centaines de musiciens rock. Véronique Bergen nous la raconte à travers ses savoureuses notices alphabétiquement assemblées.

Cela permet de sauter de l'une à l'autre, de lire "Hard Rock Market" à l'envers ou à l'endroit ou d'y picorer de façon aléatoire. Et l'on déguste ses découvertes. Que ce soient les diverses définitions, culture metal, décibels, metal gothique, punk, tête de mort, vêtements, etc., les innombrables rencontres avec des artistes, dont Doro évidemment, les regrets pour les chanteurs qui n'ont pas été croisés, les témoignages de Françoise Maertens d'Animaux en péril ou de Pompon (Jacques de Pierpont), les yeux d'Anik qui attendent toujours leur poète... De sa belle plume, la rockeuse philosophe nous fait entrer de plain pied dans une époque passionnante qui reprend toute sa force le temps de ces pages.

Une impressionnante série de photos historiques en noir et blanc, une centaine, complète magnifiquement les textes, donnant aussi à voir la fabuleuse histoire d'Anik.



Des photos complètent les notices. (c) Lamiroy.



















mardi 25 septembre 2018

Un roman qui a du chien et des Barbie

Véronique Bergen. (c) A. Trellu.
Le temps, le temps, le temps, quel mur sur lequel l'humain butte inexorablement.
Le temps de lire évidemment, toujours trop court par rapport à la pile.


En haut de celle-ci, "Tous doivent être sauvés ou aucun", le nouveau roman de la Belge Véronique Bergen (ONLIT Editions, 265 pages). Surprenant, épatant, qui vous happe dès la première ligne, qui vous secoue comme une balle dans la gueule d'un berger allemand. Un roman mordant comme les chiens qu'il met en scène. Car oui, ce sont des chiens qui prennent la parole dans ce texte d'une richesse infinie, d'une virtuosité régalante. Et ces points de vue inversés sont formidables.

"Tous doivent être sauvés ou aucun" commence par le récit d'un chien, forcément abandonné par les humains dont il s'occupait. Devenu solitaire, devenu errant, passant la parole à d'autres narrateurs canins, Falco évoque les grands événements de l'Histoire à travers de célèbres congénères. D'abord, on a souvent oublié le rôle de tous ces toutous pas toujours traités comme ils le méritaient. Ensuite, on savoure les phrases qui se jouent des expressions où interviennent peu ou prou des canidés. Enfin, on découvre le point de vue des quatre-pattes sur nous, bipèdes occupant la planète. Quelle claque, quelle virtuosité!

En dénonciatrice de la folie humaine, on rencontre d'abord Laïka, victime de la conquête spatiale. Mais à la mode Bergen. Ce formidable texte, qui joue sur les mots, les sons, les situations (ah cette poupée Barbie) donne trop envie de dévorer le reste du livre afin d'éprouver les mêmes satisfactions littéraires. Mais le temps, le temps, le temps... De découvrir les destins des "riot dogs", ces chiens des insurrections grecques, de Blondi, le berger allemand d'Hitler, ceux des expéditions polaires, celui d'une tribu d'Indiens d'Amazonie, ceux de Marie-Antoinette... D'examiner ce miroir de notre futur qui nous glisse en douce: stop ou encore?

Véronique Bergen sera ce mardi 25 septembre à 19 heures à la librairie Tropismes (11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles). Elle s'entretiendra avec Sami El Hage, libraire.