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vendredi 2 juin 2023

En Chine avec Wéry, avec ou sans téléphone


"Wéry"
, comme elle s'autointerpelle dans son dernier livre, l'ébouriffant et séduisant "Selfie de Chine" (Midis de la poésie éditions, 86 pages, 2022) assurément l'écrivaine belge la plus décoiffante de l'époque. Décoiffée aussi, mais ça, c'est autre chose. Bref, Isabelle Wéry est l'invitée de la dernière lecture-spectacle de l'année de la compagnie Albertine, ce lundi 5 juin en soirée au lieu habituel, la magnifique Maison Autrique à Schaerbeek. Le cycle Portées-Portraits présentera une mise en voix et en musique de son récit inspiré par les voyages qu'elle y a faits en 2017 et 2019. Six mois sur place en tout, ouverts au hasard et à l'improvisation, où chaque événement a servi de tremplin à son imagination ou a permis une expérimentation littéraire. Un livre écrit en Belgique pendant la covid et le confinement, en pyjama, tenue tout à fait autorisée le soir à Shanghai.

Que trouve-t-on dans ce "Selfie de Chine"? Un portrait formidablement enchevêtré de l'auteure et du pays. Côté pile, "Wéry" qui est partie là retrouver une amie d'enfance, écrire ce "Selfie de Chine" et "Rouge Western", son quatrième roman (sortie le 31 août aux éditions du Diable Vauvert), rencontrer des écrivains du crû, animer des ateliers littéraires avec des étudiants locaux. Côté face, "Wéry" selon les cinq sens, expériences visuelles, culinaires, musicales, sensuelles..., rencontres au night-club, au salon de massage ou au marché, apprentissage du mandarin, cette langue qui s'écrit en images.

Le selfie qui a le champ large nous présente les lieux parcourus par l'attentive voyageuse, décors d'une expérience poussée à fond. Tout du long des pages, on est en Chine, avec ses habitants, ses écrivains, ses odeurs, ses lumières, ses matins, ses soirs, ses nuits. Le tout dans une écriture dynamique, qui sonne bien à l'oreille, pleine de surprises littéraires. Ici des allitérations et des interpellations, là une lettre ou un poème, ici des nouveaux mots, là, la fameuse écriture inclusive. Isabelle Wéry secoue la langue française et cela lui fait fameusement du bien. On en redemande tant on s'y amuse. Une pagination modeste, moins de quatre-vingts pages, mais un récit tellement dense et riche qu'il en paraît au moins le double. Lecteur gagnant!

La soirée "Portées-Portraits" débutera par une rencontre avec Isabelle Wéry à 19 heures, l'occasion d'un partage avec le public sur son travail.
La lecture-spectacle musicale débutera à 20h15. Le texte sera mis en voix par Lénaïc Brulé, lu par Stéphanie Mangez et accompagné musicalement par Julien Lemonnier.
Un verre est offert par la Compagnie Albertine à la fin de la lecture, donnant l'occasion de trinquer ensemble et de se faire dédicacer un livre par l'écrivain.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 5 juin.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 5 euros pour les étudiants, gratuit pour le "jeune" de moins de 26 ans qui accompagne un adulte.
Renseignements ici.
Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com



Albertine à la Poissonnerie

Le temps d'une soirée, le jeudi 8 juin, la Compagnie Albertine propose un moment solidaire et littéraire autour d'un repas à la Poissonnerie, lieu associatif alternatif schaerbeekois qui ouvre ses portes tous les jeudis soir pour une table d'hôtes. Au programme, un repas et la lecture de deux nouvelles inédites, accompagnée par l'accordéon de Didier Laloy.

Pratique
Quand? Le jeudi 8 juin.
Où? La Poissonnerie, Rue du Progrès 214, 1030 Schaerbeek.
A quelle heure? Dès 20 heures.
Combien? Repas à prix libre (3 euros conseillés) et bar.
Pas de réservation.
Lecture gratuite.



lundi 25 novembre 2019

Thomas Gunzig lance un haro sur le désespoir

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Thomas Gunzig. (c) Dominique Duchesnes-Le Soir.

Le nouveau roman de Thomas Gunzig, son huitième (en dehors de ses  nombreux autres travaux littéraires, nouvelles, scénarios, théâtre, etc.), "Feel good" (Au diable vauvert, 399 pages), nous propose de participer à rien de moins qu'un braquage. Vous avez bien lu: un braquage. Un braquage révolutionnaire, piqué d'audace, qui sidère les logiques, bouscule le cours convenu des choses et tire à vue sur l'essoreuse du "grand capital" qui rejette aux marges les mal-nés de la société. Ce braquage, sans effusion de sang ni terreur, nous exhorte le temps d'une lecture à savourer la revanche de l'imaginaire.
"Ce qu’on va faire, c'est un braquage. Mais un braquage sans violence, sans arme, sans otage et sans victime. (...) On ne va rien voler, mais on aura quand même pris quelque chose qui va changer notre vie une bonne fois pour toutes."
Telle est la réplique foutraque et sublime que lance l'auteur comme un coup de bélier sur l'appareil des injustices sociales qui polluent l'existence de tous ceux qui se retrouvent chaque mois pris dans le piège du "tout juste".

Le roman met en scène Alice et Tom. Ils s'approchent tous deux de la cinquantaine et s'enfoncent lentement dans les eaux molles de la résignation.

Alice, envahie par l'obsession des chiffres sur un compte en banque désespérément vide, est terrorisée par le spectre de la précarité qui menace son petit garçon. Elle a tout tenté, jusqu'à la prostitution, pour s'en sortir. En désespoir de cause, elle enlève un bébé aux abords d'une crèche dans l'espoir d'une rançon. Rien ne se passera comme prévu et ce sera l'occasion de rencontrer Tom, un écrivain sans succès dont l'enthousiasme et l'espoir ont fini par ployer sous le poids d'années d'efforts acharnés suivis de désillusions.

Ils sont tous deux sur le point de capituler, en proie à une crispation qui paralyse toute velléité de rêverie. Et pourtant, leur rencontre improbable agira comme deux métaux qui entrent en fusion, provoquant une sorte de déflagration chimique aux résultats aussi flamboyants qu’inattendus.

Ce surgissement leur redonne une contenance, pulvérise la chape qui plombait leurs rêves, ravive le désir et tous deux rebattent les cartes. Nous sommes alors emportés avec les personnages par la puissance de la création, cet état de fébrilité un peu étrange dans laquelle plonge tout artiste en action.

Au cours de ce périple, nous approchons le monde de l’édition, soumis lui aussi aux logiques marchandes; on entrevoit la solitude que peut vivre un auteur à la notoriété moyenne, le parcours du combattant que peut représenter le quotidien des écrivains qui, pour survivre, doivent parfois mener de front plusieurs projets dont une bonne proportion n'aboutira jamais ou sera insuffisamment reconnue.

On retrouve avec toujours autant de plaisir les ingrédients typiques de la plume de Thomas Gunzig, qui nous ravit par son intelligence, sa sensibilité acérée et son humour qui a toujours l’éclat de la surprise, sans jamais verser dans le pur cynisme. Il explore dans ce roman sans tabou, en s'enfonçant au plus profond de l'intime de ses personnages, l'onde de choc qui frappe les plus faibles, dans une société dominée par les logiques néocapitalistes, qui rétrécissent toujours plus notre humanité.

A la lecture de ce "Feel good" très touchant, on ne peut s'empêcher de penser au parcours de l'auteur, aux interrogations qui ont nourri son œuvre. On y reconnaît aussi l'allusion à une jeune auteure belge récemment propulsée dans ce métier, ce qui fait aussi office d'un bel hommage.


mercredi 28 novembre 2018

Les Pépites 2018 couronnent les petits éditeurs

"Le tracas de Blaise", Pépite d'Or 2018. (c) L'Atelier du Poisson soluble.


Dix-huit titres étaient sélectionnés pour les Pépites (lire ici) en trois catégories, livre illustré, roman et bande dessinée. A charge pour trois jurys de lecteurs de 8 à 18 ans de choisir leur préféré, un quatrième jury, de professionnels cette fois, décernant la Pépite d'or.

Trois petits éditeurs sont donc récompensés sur les quatre Pépites décernées cette année au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil.


Pépite d’or 


Le tracas de Blaise
Raphaële Frier et Julien Martinière
L'atelier du poisson soluble, 40 pages

Paru il  y a un an, l'album raconte l'histoire de Blaise, qui se réveille un matin après une nuit agitée. Il sent que quelque chose a changé en lui. En fait, il entame une longue métamorphose dont il s'efforce de dissimuler les signes au quotidien.





Pépite du livre illustré


Duel au soleil
Manuel Marsol
L'Agrume










Pépite du roman


L'Enfant de poussière
Patrick K. Dewdney et Fanny Étienne Artur
Au diable vauvert










Pépite de la bande dessinée


Un Gentil Orc sauvage
Théo Grosjean
Delcourt

Théo Grosjean: "J'espère que ce sujet de la migration qui traverse mon livre intéressera et engagera les jeunes lecteurs, autant que l'aventure que j'ai pris plaisir à écrire."

mercredi 19 septembre 2018

Murakami se retire du Nobel alternatif


Update. L'écrivain japonais Haruki Murakami, un des quatre finalistes du New  Academy Prize in Literature, Nobel alternatif  (lire ici) , a demandé à être retiré de la sélection, expliquant que "sa préférence est de se concentrer sur son écriture, loin de l'attention des médias". Restent donc en lice Maryse Condé, Neil Gaiman et Kim Thúy. Verdict le 12 octobre.

Le prix a été créé par la journaliste suédoise Alexandra Pascalidou dans le but de décerner un prix international de littérature puisque le prix Nobel de littérature 2018 ne sera pas décerné (lire ici). La Nouvelle Académie prévoit de se dissoudre en décembre 2018.

Le prix est doté d'un million de couronnes suédoises (quasiment 100.000 euros). Le/la lauréat(e) sera présenté(e) lors d'un événement officiel le 9 décembre 2018.

jeudi 30 août 2018

Les 4 finalistes du Nobel alternatif sont connus


Faute de Prix Nobel de littérature 2018, la Nouvelle académie (New Academy) a mis en place un prix littéraire alternatif au début de l'été. Quatre finalistes devaient être choisis sur les 47 écrivains proposés, trois par les votes des internautes (30.332 au total), un par des bibliothécaires (lire ici).

Ces finalistes sont aujourd'hui connus. Il s'agit de deux femmes, francophones toutes les deux, et de deux hommes.

J'ai nommé


Maryse Condé (née en 1937 à Pointe-à-Pitre, Guadeloupe), publiée chez JC Lattès.

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Kim Thúy (née en 1968 à Saigon, Vietnam, arrivée au Canada en tant que réfugiée en 1978), publiée chez Liana Levi.




Haruki Murakami (né en 1949 à Kyoto, Japon), publié chez Belfond.





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Neil Gaiman (né en 1960 à Portchester, Grande-Bretagne), publié au Diable Vauvert.








Maintenant, c'est à un jury de spécialistes de travailler et de choisir le/la lauréat/e dont le nom sera communiqué le 12 octobre et qui sera convié(e) à une réception le 9 décembre. Juste avant la dissolution de l'éphémère académie.




dimanche 12 juin 2016

Pour Neil Gaiman, les bibliothèques, la lecture et l'imagination sont la clé de l'avenir

Neil Gaiman.

J'écoutais ce matin, comme souvent le dimanche, l'excellente émission d'Eva Bester, "Remède à la mélancolie" (France Inter). Elle y citait l'écrivain britannique Neil Gaiman, connu pour ses romans, ses nouvelles, ses bandes dessinées et ses albums jeunesse, ardent défenseur des bibliothèques, de la lecture et de l'imagination. C'est d'ailleurs le titre d'une conférence que le romancier a donnée le 14 octobre 2013, au Barbican Centre de Londres, à l’invitation de la Reading Agency.

Grâces soient rendues aux Editions Au diable vauvert qui ont traduit ce texte, "Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l'imagination" ("Reading and obligation", traduit de l'anglais par Patrick Marcel) et le proposent en téléchargement libre (ici en ePagine ou ici en PDF).

Une vingtaine de pages à lire. Car, oui, tout change quand on lit.

"Nous avons besoin de bibliothèques. Nous avons besoin de livres. Nous avons besoin de citoyens instruits."














mardi 24 mai 2016

Colette, Rose-Marie, Aïko et Thomas à l'honneur

Les lauréats 2016. (c) Jean Poucet.

Fabrice Murgia.
Ce lundi 23 mai, c'était donc non seulement la fête à la grenouille le matin, celle de l'Autriche verte l'après-midi, mais en soirée la remise des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles de l'année. Ils étaient quatre lauréats cette fois, bien moins qu'en 2015 (lire ici), célébrés au Théâtre national. Un premier événement pour le nouveau directeur, tout fraîchement nommé, Fabrice Murgia.
Alda Greoli.
Autre nouvelle, à peine moins puisqu'elle est entrée en fonction le 16 avril dernier, la ministre de la Culture, Alda Greoli. Pas impressionnée cette dernière, et auteure d'une prestation fort sympathique. Elle ramasse les lunettes de l'une, s'emmêle l'écharpe avec l'autre. Dans son mini-discours, elle a commencé par remercier les "écrivains qui parfois nous inquiètent afin de faire de nous des citoyens debout". Ses mercis sont ensuite allés au personnel des bibliothèques, aux enseignants et aux libraires.

Le palmarès

Colette Lambrichs.
Le Prix du rayonnement des lettres belges à l'étranger (4.000 euros) va à Colette Lambrichs, éminente directrice littéraire aux parisiennes éditions de la Différence depuis 1976. En quarante ans de très bons services (2.000 titres publiés), on lui doit, entre autres, la publication de nombreux auteurs belges, les francophones Serge Delaive, Jacques Izoard, Stéphane Lambert, Marianne Sluszny, Jacques Richard (lire ici), William Cliff et d'autres et bien entendu le néerlandophone Tom Lanoye dont le dernier roman, le septième chez cet éditeur,  "Gaz, plaidoyer d'une mère damnée" (traduit par Alain Van Crugten, La Différence, 2016) est absolument bouleversant.
"En France depuis 44 ans et aux Editions de la Différence depuis 40 ans, je pratique la culture du mélange. Pour moi, un bon roman est un texte qui fait apparaître la réalité différemment. Aujourd'hui, on publie trop de livres qui se ressemblent. Je donnerai l'argent du prix aux éditions."


Rose-Marie François.
Le Prix triennal de prose en langue régionale endogène (2.500 euros) va Rose-Marie François pour "La Cendre. Lès Chènes" (MicRomania Editions, 2013), en français et en picard, son histoire de bébé pendant la Seconde Guerre mondiale. Une solide femme qui surprend souvent l'auditoire, et l'animateur de la soirée, David Courier, par ce qu'elle dit. Par exemple quand elle explique: "Je fais de la poésie surtout, du théâtre et de la prose. Ma langue n'est pas chronologique. J'écris sur des choses qui ne se sont pas encore produites." Ce sera encore plus fort lorsqu'elle se lancera dans une lecture en picard. Et dire que tout a commencé chez elle à la suite de la lecture de "La petite fille aux allumettes" quand elle était petite!
Ecoutons-la.

Deux mentions spéciales sont attribuées à Paul-Henri Thomsin pour "Avå lès vôyes" et à René Brialmont pour "Douda d'Êwe d’Oûthe."

Aïko Solovkine.
Le Prix de la première œuvre (5.000 euros) va à Aïko Solovkine pour son roman "Rodéo" (Filipson Editions, 2015), le dur portrait d'une jeunesse désenchantée, entre poésie et argot, au départ d'un fait divers.
Amatrice de littérature américaine (Richard Ford, McCarthy,..) et allemande (Elfriede Jelinek), elle confesse avoir été jeune chercher sa "ration de bouquins à la bibliothèque". Son roman, elle l'a écrit la nuit, parce qu'elle travaillait la journée. En trois mois, et debout, l'ordinateur posé sur une commode, pour ne pas tomber endormie. Mais quasi sans retoucher le texte qui avait jailli après une longue maturation en pensée.
Ecoutons-la.

Trois autres ouvrages figuraient au tour final du vote: les romans "Le dossier Nuts" de Joseph Annet (Memory Press) et "Today we live" d'Emmanuelle Pirotte (Le Cherche-Midi) ainsi que le recueil de nouvelles de Catherine Deschepper, "Un kiwi dans le cendrier" (Quadrature).

Thomas Gunzig.
Le Prix triennal du roman (8.000 euros) va  à Thomas Gunzig  pour son roman "Manuel de survie à  l'usage des incapables" (Au Diable Vauvert, 2013, Folio, 2015). Le Prix Rossel 2001 (pour "Mort d'un parfait bilingue", même éditeur) conte ici une société ultra-libérale à sa façon douce-amère, parfois absurde, parfois désinvolte, contrastes bienfaisants aux situations décrites.
Ecoutons-le.

Après la projection de la vidéo, le lauréat, fier et content d'avoir été choisi pour un prix triennal, n'avait plus rien à ajouter. Seulement copier Arno, "Putain, putain, c'est vachement bien..." et indiquer qu'il accorde de l'importance à tous les prix de lecteurs, d'où qu'ils soient.





lundi 21 décembre 2015

Une grossesse, trois perspectives

La période de l'Avent n'est-elle pas idéale pour célébrer une grossesse? Voilà trois livres qui l'ont choisie pour thème, un journal de bord, un livre de photos et un pop-up. Trois réussites, chacune dans son genre, dont deux écrites par un futur papa.

Journal de bord

On connaît bien le nom de Julien Blanc-Gras. Le journaliste amateur de voyages est notamment l'auteur de "Paradis (avant liquidation)" (Au diable vauvert, 2013, Livre de poche, 2015), grand succès public et critique. Il avait débuté en littérature avec "Gringoland" (Au diable vauvert, 2005, Pocket, 2007), lauréat en 2005 du festival du premier roman de Chambéry. Ensuite étaient sortis "Comment devenir un dieu vivant" (Au diable vauvert, 2008, Livre de poche, 2015), "Touriste" (Au diable vauvert, 2011, Livre de poche, 2013).

Toujours, Julien Blanc-Gras pose son regard curieux mais amusé sur les choses et sur la vie. Il se montre critique mais bienveillant. Son dernier ouvrage nous propose aussi un voyage. Un voyage de neuf mois, la grossesse de son épouse. "In utero" (Au diable vauvert, 192 pages) est un très joli récit, peu conventionnel, sur cette période unique d'un couple, composé comme un récit de voyage. D'autant plus intéressant qu'élément rare en littérature, c'est un homme qui tient le journal de la grossesse. En même temps que le ventre de son épouse s'arrondit , l'auteur aborde tous les sujets qui viennent à son esprit de futur père, et bien entendu de mari ayant envie de bien faire tout en ayant un regard objectif à propos du quotidien. C'est extrêmement plaisant à lire, pour la forme et pour le fond, que l'on soit parent ou futur parent ou pas. Et la formule du récit de voyage fonctionne à merveille dans cette aventure aussi intime qu'universelle.


Livre de photos


Neuf mois après leur rencontre, l'apnéiste franco-japonaise Leina Sato et le photographe belge Jean-Marie Guislain apprennent qu'ils attendent un enfant. Un autre terme de neuf mois qu'ils célèbrent en même temps que leur combat pour la défense de la planète dans un superbe livre de photos, "L'enfant de l'océan" (Les Arènes, 120 pages). On y voit la maman durant les quatre derniers mois de sa grossesse dans son élément, l'eau, entourée de ses compagnons habituels, dauphins, baleines, requins sauvages. Si au fil des semaines, le ventre de la plongeuse s'arrondit, les photos sont toujours aussi époustouflantes d'harmonie et de beauté.

Le couple s'est rendu successivement à Rurutu, en Polynésie française, pour écouter le chant des baleines, puis aux Bahamas, à l'île Maurice et enfin à Hawaï, pour nager au milieu des cachalots et des dauphins. Deux espèces à sonar, "machine à échographier" capable de détecter la présence d’un fœtus.

En marge des nombreuses photos, le journal de cette grossesse et de cette aventure photographique, jusqu'au final de toute beauté, la naissance de la petite Nai'a, cette "petite étoile" qui a fait tant de rencontres aquatiques quand elle était dans le ventre de sa maman.

Pop-up


Il faut bien chercher pour trouver le nom du créateur de l'époustouflant pop-up qu'est "9 mois" (Albin Michel Jeunesse, 22 pages animées). On le trouve en dos de couverture de ce petit format à l'italienne et il s'agit du Français Jean-Marc Fiess, photographe passionné de pop-ups, déjà auteur de "L'ABC 5 langues" (même éditeur).

En neuf tableaux dont un décomposé en trois saisons, il égrène les neuf mois de l'attente d'un enfant et célèbre son arrivée. Autant de scènes concrètes, sobres et de toute beauté, qui symbolisent les sentiments variés qui animent l'adulte qui va devenir parent. "Affronter la vague", "embrasser les nuages", "construire un nouveau monde", "ne plus avoir peur du loup", "se sentir perdu", "chercher un nom", "t'imaginer", "t'attendre", "ouvrir les yeux", tout est dit, magnifiquement, ressenti avec sincérité, offert avec générosité.

Les scènes qui se dressent en papiers découpés et très savamment agencés quand on tourne les pages sont autant de trésors, suscitant le rêve et la réflexion. On va d'élément en élément, mer, ciel, terre, forêt, univers, ville, maison, jardin, jusqu'au berceau occupé au-dessus duquel s'élève un mobile reprenant les éléments déjà entraperçus. "9 mois" est époustouflant de beauté et de profondeur devant cette magie renouvelée qu'est l'arrivée d'un enfant. Une véritable déclaration d'amour en trois dimensions.

Ici, une vidéo qui montre mieux que des photos les éléments mobiles de ce merveilleux album pop-up qu'est "9 mois".







jeudi 17 septembre 2015

La sélection du Prix de Flore maintenant

Le Prix de Flore a été fondé en mai 1994, autour d'une table du "Café de Flore" à Paris, dans le but de couronner un auteur au talent "prometteur", les critères de sélection étant l'originalité, la modernité, la jeunesse. Le prix  consiste en un chèque de 6.100 euros ainsi qu'un verre de Pouilly gravé à son nom, à consommer sans modération durant une année au Flore.

Son jury a sélectionnée dix titres, dont deux écrits par des femmes et trois publiés chez Grasset, pour le prix qui sera remis le 10 novembre prochain.

Les dix titres sélectionnés
  • Laurent Binet, "La septième fonction du langage" (Grasset)
  • Julien Blanc-Gras, "In utero" (Au diable vauvert)
  • Pierre Ducrozet, "Eroica" (Grasset), lire ici
  • Emilie Frèche, "Un homme dangereux" (Stock)
  • Héloïse Guay de Bellissen, "Les enfants de chœur de l'Amérique" (Anne Carrière)
  • Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, "Burn out" (Seuil)
  • Jean-Pierre Montal, "Les années Foch" (Pierre-Guillaume de Roux)
  • Jean-Noël Orengo, "La fleur du capital" (Grasset)
  • Daniel Parokia, "Avant de rejoindre le grand soleil" (Buchet-Chastel)
  • Boualem Sansal, "2084" (Gallimard) 

Le jury, présidé par Frédéric Beigebeder, est composé de Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-René Van Der Plaetsen, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel, Arnaud Viviant.

Rendez-vous le 15 octobre pour une nouvelle sélection.

Les lauréats précédents
  • 2014 Aurélien Bellanger, "L'aménagement du territoire" (Gallimard)
  • 2013 Monica Sabolo, "Tout cela n'a rien à voir avec moi" (JC Lattès)
  • 2012 Oscar Coop-Phane, "Zénith-Hôtel" (Finitude)
  • 2011 Marien Defalvard, "Du temps qu'on existait" (Grasset)
  • 2010 Abdellah Taïa, "Le jour du roi" (Seuil)
  • 2009 Simon Liberati, "L'hyper Justine" (Flammarion)
  • 2008 Tristan Garcia, "La meilleure part des hommes" (Gallimard)
  • 2007 Amélie Nothomb, "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel)
  • 2006 Christine Angot, "Rendez-vous" (Flammarion)
  • 2005 Joy Sorman, "Boys boys boys" (Gallimard)
  • 2004 Bruce Benderson, "Autobiographie érotique" (Payot)
  • 2003 Pierre Mérot, "Mammifères" (Flammarion)
  • 2002 Grégoire Bouillier, "Rapport sur moi" (Allia)
  • 2001 Christophe Donner, "L'Empire de la morale" (Grasset)
  • 2000 Nicolas Rey, "Mémoire courte" (Au diable vauvert)
  • 1999 Guillaume Dustan, "Nicolas Pages" (P.O.L.)
  • 1998 Virginie Despentes, "Les Jolies choses" (Grasset)
  • 1997 Philippe Jaenada, ""Le Chameau sauvage" (Julliard)
  • 1996 Michel Houellebecq, "Le Sens du combat" (Flammarion)
  • 1995 Jacques A. Bertrand, "Le Pas du loup" (Julliard)
  • 1994 Vincent Ravalec "Cantique de la racaille" (Flammarion)

Autres sélections
Goncourt et Goncourt des lycéens, ici
Renaudot, ici
Médicis, ici
Wepler, ici

Premiers bilans dès que les dames du Femina révèlent leurs choix.





dimanche 8 mars 2015

Le 8 mars, c'est la journée des droits des femmes

Evidemment, ce serait mieux que cela en soit ainsi tous les jours.

Ou qu'il n'y ait pas de journée de ce genre, tellement tout irait bien dans les rapports entre les deux sexes.

En attendant, un roman venu d'Australie et un film à la télé ce dimanche soir.

A suivre au fil de la semaine...

Le roman, c'est "Avec mon corps" de Nikki Gemmel ("With my body", traduit de l'anglais d'Australie par Gaëlle Rey, Au diable vauvert,  492 pages). Un portrait de femme peu commun, évoluant entre le bush australien et la Grande-Bretagne - la romancière australienne a séjourné elle-même plusieurs années à Londres avant de retourner dans son pays natal -, composé de 225 courtes "leçons" numérotées , du à l'auteure du best-seller "La Mariée mise à nu" (Au diable vauvert, 2007, Livre de poche, 2008),  initialement publié anonymement.

Une des particularités de son nouveau roman est le choix de la forme "vous" qui implique le lecteur. Chaque "leçon" s'adresse à cette femme sans nom, la dépeignant petit à petit: mariée, trois enfants, un mari gentil mais distant. "Votre mari, Hugh, rentrera tard à la maison"... On la voit étiolée, à côté de sa vie. "Vous vous sentez seule et en même temps, vous mourez d'envie de l'être." Elle se laisse piéger par ses soit-disant copines qui lui marchent gentiment dessus, accepte de vivre dans l'ombre de son mari mais élève fort bien ses garçons. De temps en temps, son corps lui rappelle qu'il est là mais elle se montre sourde à ses appels. "Vous n'avez pas fait l'amour avec votre mari depuis la naissance de votre troisième fils, il y a deux ans. (...) Vous avez tous deux cessé de parler de votre manque de vie sexuelle." Elle est en train de dégringoler et elle voit sa chute. "Vous n'êtes plus la femme que vous étiez, avant. (...) Vous n'êtes plus que la bonne petite épouse."

Nikki Gemmel nous raconte de ce ton vivant, aux phrases bien balancées,  une femme qu'on croit comme une autre, sauf que tout d'un coup, elle nous fait part de l'adolescence de son personnage. Quand son père s'est remarié, qu'elle a été mise en pension, qu'elle a commencé à découvrir son corps. Quand les relations avec sa belle-mère se sont encore compliquées et qu'elle a cherché refuge ailleurs. Ailleurs? Chez un voisin, un écrivain qui donnera une formidable éducation sentimentale à celle qui termine ses études secondaires. La majeure partie du livre concerne ces leçons d'érotisme de plus en plus poussé, mais toujours dans le respect de l'un et de l'autre. Rien à voir avec le cornichon "50 nuances de Grey". Nikki Gemmel montre une jeune femme qui découvre les infinies possibilités de plaisir qu'a son corps, en compagnie d'un homme certes plus âgé, mais attentif à partager ses connaissances.

Bien sûr, il y a aussi de l'amour entre ces deux là. Et il y aura du chagrin ensuite. La romancière n'en expliquera les raisons que dans ses dernières "leçons", quand son héroïne réconciliée avec elle-même et avec son corps arrivera à de nouveau envisager la vie de façon positive.

L'atout de "Avec mon corps" est qu'il ne se contente pas d'aligner les séances d'initiation érotique, en sandwich entre le début et la fin du roman, mais qu'il donne à connaître une jeune femme avide d'exister. Les citations littéraires sont un atout et la description du bush australien une fenêtre sur un autre monde pour les lecteurs d'Europe. Le texte est-il cru? Pas vraiment, dirais-je. On n'est pas dans un album de "Martine". Il dit les choses et les choses sont celles du sexe. Ne jouons pas aux vierges effarouchées. "Avec mon corps" peut être le miroir de bien des femmes aujourd'hui et leur montrer un chemin d'espoir de vie retrouvée.




Le film, c'est "Des femmes et des hommes", réalisé par Frédérique Bedos et diffusé sur TV5 monde à 19h05 le dimanche 8 mars. Une séance plus facile à organiser que sa projection le 13 mars au siège de l’ONU, à New York ou durant le Festival de Cannes en mai. A la fois document sur l'histoire récente et œuvre d'art, ce film porte un regard lucide sur les discriminations dont sont largement victimes les femmes sur la planète et propose d’envisager l’égalité comme voie de progrès économique et social pour toutes et tous. S'il s'avère souvent poignant, il se montre fondamentalement optimiste. A l'image du projet Imagine qui l'a en partie financé.


Pour mieux connaître Frédérique Bedos, on peut lire son livre, "La petite fille à la balançoire" (Les Arènes, 2013), autobiographique, qui sortira en poche chez J'ai lu document le 8 avril prochain.

On peut aussi lire sa formidable interview par Marie Donzel pour le blog EVE (ici).