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vendredi 15 juin 2018

Albums appréciés et romans fameux de retour

"Deux petits ours". (c) MeMo.

Rééditions bienvenues, nous revoilà encore une fois. Sans oublier celles déjà signalées, les albums "J'aime..." de Natali Fortier (Albin Michel Jeunesse, lire ici) et "Le lion heureux" de Roger Duvoisin et Louise Fatio (Gallimard Jeunesse, lire ici).

L'amie des animaux


"Deux petits ours"
Ylla
texte traduit depuis la première version américaine "Two little Bears" (1954) et retravaillé
postface de Laurence Le Guen
MeMo, 40 pages

Soixante ans après la première version française due à Paulette Falconnet (La Guilde du livre, 1954, l'école des loisirs, 1978), revoici les "Deux petits ours" d'Ylla (1911-1955) dans une traduction nouvelle qui n'hésite pas à retravailler le texte original pour être plus en phase aujourd'hui. Les photographies sont celles de l'édition originale américaine, reproduites avec soin pour rencontrer la volonté et la préoccupation de l'auteur. Un livre rétro qui a toujours son charme.

Les deux petits ours jouent à qui mieux mieux. (c) MeMo.

"Deux petits ours" est l'histoire toute simple de deux oursons jumeaux qui profitent de l'absence de leur mère, partie leur chercher à manger, pour visiter les environs de leur tanière, jouer, explorer le vaste monde, rencontrer d'autres animaux, grimper tout en haut d'un arbre et s'apercevoir qu'ils se sont perdus. Evidemment, leur maman va vite les retrouver. "Two Little Bears" (Harper & Brothers, 1954) fut un succès mondial avec de nombreuses traductions simultanées en Allemagne, au Danemark, en Grande-Bretagne, Israël, Italie, Suède et Suisse, à la Guilde du livre.


Différentes couvertures.

Tout son attrait provient des photos extrêmement bien cadrées et mises en scène. Sait-on que pour cet album photographique, le seul qu'Ylla réalisa en solo, elle acheta un ourson, puis deux? Nourris au biberon par elle, ils la suivaient comme une mère dans la forêt du Connecticut.

Ylla.
Après cet album, Ylla partit saisir la vie des animaux sauvages dans leur habitat naturel en Afrique et en Inde. Elle trouva la mort dans ce dernier pays, en tombant d'une jeep lors d'un reportage, en 1955.

Quelle globe-trotter que cette femme née en Autriche, en 1911, d'une mère serbe et d'un père roumain! Après une enfance à Budapest, elle entame sa carrière artistique à Belgrade par la sculpture. Dans les années 30, elle s'initie à la photographie à Paris, auprès de la photographe Ergy Landau, qui l'introduit dans le cercle des artistes hongrois émigrés à Paris.

Les portraits de célébrités la lassent et Ylla se lance dans ceux d'animaux domestiques et ouvre son propre studio. Ses clichés d'animaux facétieux et expressifs lui apportent rapidement la notoriété. Elle rejoint alors le groupe des "Dix", aux côtés de Brassaï et Kertész. Elle rejoint les Etats-Unis en 1942, à bord du dernier bateau affrété par le gouvernement américain pour sauver des artistes européens du nazisme. Sous la protection du MoMa, elle poursuit sa carrière aux outre-Atlantique où ses photographies illustrent de nombreux articles. En 1954, Ylla est considérée comme la plus grande photographe animalière.


Un tout grand classique


"La belle lisse poire
du prince de Motordu"
Pef
Gallimard Jeunesse
44 pages

Se souvient-on que ce classique de la littérature de jeunesse - il est né en 1980 et a été vendu à 1,5 million d'exemplaires - mérite aussi le grand format de l'album? Toute notre reconnaissance aux Editions Gallimard qui sortent le Prince de Motordu de son habituel format de poche.

Motordu et son troupeau de boutons. (c) Gallimard Jeunesse.

"Que diriez-vous d'une balade dans ce petit pois?" (c) Gallimard Jeunesse.

Faut-il rappeler ce jeune prince qui invente une langue à lui, incapable de parler complètement la nôtre? Les enfants se sont sentis reconnus et ont adoré cet album plein de rires, de jeux de mots et de motordus, illustré avec un humour désopilant, flirtant allègrement avec la logique et la réalité. Le prince habite un chapeau  dont les crapauds flottent au vent. Il fait des poules de neige et du râteau à voiles quand il n'est pas occupé par son troupeau de boutons.

"Vous souffrez de mots de tête". (c) Gallimard Jeunesse.

Tout change le jour où ses parents l'invitent à se marier et où, monté sur sa toiture de course, il se met en quête d'une fiancée. Le voilà qui rencontre la princesse Dézécolle, institutrice de son état. Elle qui parle parfaitement la langue française emmène le prince qui souffre de "mots de tête" dans son école. C'est évidemment l'hilarité générale dans la classe devant les prestations du nouveau. La princesse ne lâche rien et le nouvel élève s'améliore. Il travaille tellement qu'il en oublie son projet de mariage. Mais la princesse Dézécolle veille...

Les détournements de mots sont toujours aussi appréciés aujourd'hui, tout comme la personnalité féministe de la princesse. Quel âge a le Prince? Presque quarante ans? Il ne les fait vraiment pas! Il est toujours aussi réjouissant A partir de 4/5 ans.

Bonus: la famille Motordu
Grand-père: duc S. Thomas de Motordu (père du prince)
Grand-mère: comtesse Carreau-Ligne de Motordu (mère du prince)
Père: le prince de Motordu
Mère: la princesse Dézécolle, traîtresse d'école
Enfants: un petit glaçon, Nid-de-Koala, et une petite bille, Marie-Parlotte
Signe particulier: mélangent les mots en parlant
Domicile: le chapeau de Motordu


Un héros pain d'épices


Les dix "Petites bêtes" en petitPOL.


"La chanson de la Petite Bête"
Antonin Louchard
Saltimbanque Editions
26 pages

Entre 2004 et 2006 ont paru dans la collection petitPOL des éditions P.O.L. dix albums de "La Petite Bête" d'Antonin Louchard, un héros pain d'épices - pas "La planète de la Petite Bête", ce titre était déjà chez Bayard et vient d'y être réédité aussi. En voici déjà une réédition, d'autres devraient suivre dans l'année. Elle est assortie d'un inédit, "Pin Pon la petite bête" (Saltimbanque Editions) où, installé dans son beau camion rouge avec sa sirène hurlante, le héros se transforme en pompier.

Dans "La chanson de la Petite Bête", on joue du tambour, on chante, on fredonne, on fait du bruit. Quelle excitation mais quel plaisir de découvrir les sons et les instruments de musique quand on est tout-petit. En voici un aperçu animé (ici). Dès 2 ans.


Un fermier et son chat farceur


"Le gâteau d'anniversaire"
Sven Nordqvist
traduit du suédois par Paul Paludis
Plume de carotte
32 pages

"Le jour où Picpus a disparu"
Sven Nordqvist
traduit du suédois par Paul Paludis
Plume de carotte
32 pages
à lire en ligne ici


Lors du prix Bernard Versele 2008, celui où Mario Ramos remporta deux prix en catégories 1 et 2 chouettes, le Suédois Sven Nordqvist remportait deux labels (deuxièmes prix). En catégorie 2 chouettes avec "Le gâteau d'anniversaire", en catégorie 3 chouettes avec "Le jour où Picpus a disparu", deux albums qui, publiés chez Autrement jeunesse, avaient disparu. Les revoici tous les deux en format légèrement réduit chez un autre éditeur, Plume de carotte, qui en annonce d'autres à l'automne. Toujours aussi joyeux et aventureux. Vivent le fermier Pettson et son chat farceur Picpus (Pettson et Findus en version originale) qui vivent dans leur fermette rouge au milieu des champs, sans se soucier de ce que les villageois pensent d'eux.

Roue crevée, un premier ennui. (c) Plume de carotte.

"Le gâteau d'anniversaire"
est une joyeuse farce. Pour fêter un des trois anniversaires annuels de son chat Picpus, le charmant fermier Pettson décide de lui préparer un magnifique gâteau. Il réunit les ingrédients tout en dialoguant de façon très amusante avec Picpus. Diantre! La farine lui manque. Qu'à cela ne tienne. Le fermier décide d'aller en chercher au village. Et c'est ici que les ennuis s'enchaînent, roue du vélo crevée, porte de l'atelier fermée, clés perdues au fond du puits… Cette chaîne de contrariétés n'est pas pour arrêter Pettson. Aventures à rebondissements et amitié éternelle sur fond d'animaux joyeux et de voisins commères. A partir de 4/5 ans.

L'arrivée de Picpus chez Pettson. (c) Plume de carotte.


"Le jour où Picpus a disparu" est plus dramatique puisqu'il met en scène le jour où le jeune chaton a disparu. Mais il est rassurant car c'est Picpus qui demande à Pettson de lui raconter le jour de sa disparition, quand il était encore tout petit. Comme une histoire de famille qu'on se répète inlassablement! Une histoire drôlement bien menée, faite d'angoisses, de débrouillardise et de solidarité entre animaux et qui explique aussi l'arrivée du chaton chez le fermier. A partir de 5/6 ans.


Qui est donc Vincent?


"Qui suis-je ?"
Thomas Gornet
Rouergue, 88 pages

Paru en 2006 à l'école des loisirs, ce roman nous revient dans une nouvelle version au Rouergue, là où Thomas Gornet avait publié l'excellent "Sept jours à l'envers" (2013).

Vincent ne sait pas trop qui il est. Comme tant d'autres ados, il a du mal à trouver sa place parmi les autres collégiens et à comprendre ses émotions. Notamment quand débarque un nouveau, Cédric, un sportif, lui. Il va lui falloir une année pour prendre conscience de son homosexualité. Un bref roman qui touche par sa profondeur, son humour, sa finesse, et évite tous les clichés.

Extrait: "Il faudrait que je dise à Aziz ce que j'ai sur le cœur. Lui, quand il était amoureux de Claire l'année dernière, il m'en parlait tous les jours. Je pourrais faire pareil. Mais là, c'est pas pareil. Enfin si, c'est pareil. Pas complètement. Malheureusement. Pour moi c'est pareil, mais pour les autres je sens bien que ça sera différent." A partir de 12 ans.


Des réfugiés d'hier


"Quand Hitler s'empara du lapin rose"
Judith Kerr
"When Hitler stole pink rabbit"
traduit de l'anglais par Boris Moissard
Albin Michel Jeunesse
320 pages

Ce classique incontournable de la littérature anglaise avait été traduit en français en 1987 à l'école des loisirs, publication originale en 1971 chez HarperCollins), mais était manquant depuis longtemps . Revoici chez Albin Michel Jeunesse qui s'intéresse à l'auteure (lire ici) ce roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l'exil et de la montée du nazisme à travers les yeux d'une enfant.
 "Quand Hitler s'empara du lapin rose" raconte l'histoire d'Anna, Allemande, 9 ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Brusquement tout change. Son père disparaît. Elle-même et le reste de sa famille s'exilent pour le rejoindre en Suisse. Commence une vie de réfugiés. A Zurich, Paris, et enfin Londres. Chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.
A partir de 13 ans.

Pour lire un extrait de "Quand Hitler s'empara du lapin rose", c'est ici.




lundi 5 février 2018

Décès d'Henriette Bichonnier, écrivain jeunesse

Henriette Bichonnier.

On apprend aujourd'hui le décès d'Henriette Bichonnier, à l'âge de 74 ans, survenu le 20 janvier 2018. Son nom restera associé à quelques albums qui ont fait rire et trembler des milliers d'enfants, "Le monstre poilu" (illustré par Pef, Gallimard Jeunesse, 1982), "Le roi des bons" (illustré par Pef, Gallimard Jeunesse, 1985, prix Bernard Versele 1986 de la Ligue des familles de Belgique), "Pincemi, Pincemoi et la Sorcière" (illustré par Pef, Gallimard Jeunesse, 1986), entre autres titres. Des livres de contes, des livres drôles, des livres pour avoir peur et en rigoler, des livres pour réfléchir un peu, publiés principalement chez Nathan, Grasset-Jeunesse, Gallimard Jeunesse et Hachette.


Née le 27 juin 1943 à Clermont-Ferrand, Henriette Bichonnier avait fait des études de langues et de lettres modernes. Après être devenue professeur d'anglais, elle s'est  tournée vers le journalisme (notamment la critique de théâtre pour enfants). Elle s'était installée à Paris à la fin des années 60. Elle a commencé à écrire des histoires en 1969. Elle a participé au journal "Pomme d'Api" en 1971. Elle a débuté dans la bande dessinée en même temps que François Bourgeon, dont elle sera la première scénariste dans les journaux "Lisette" (1972) et "Djin" (1974).

Si elle fut journaliste féministe à "F Magazine", puis responsable de la rubrique "Loisirs enfants" dans le supplément parisien de "Télérama", le véritable domaine d'Henriette Bichonnier, dont elle s’enorgueillissait, était la littérature de jeunesse. Elle a écrit une centaine d'ouvrages, texte d'albums et romans, à destination des enfants.

Citons encore son roman "Émilie et le Crayon magique" (Hachette, 1979), l'album "Clémentine et Célestin et la neige" (illustré par Pierre-Yves Robin, Guy Autréau, Grasset, 1979 et récompensé à la Foire de Bologne 1980).













Toujours Henriette Bichonnier encouragea les auteurs à être fiers de publier en littérature de jeunesse. Ses écrits ont contribué à lui apporter ses lettres de noblesse. Et elle n'hésita jamais à rencontrer des enfants pour leur faire découvrir le plaisir de lire. Quelques héros et ses lecteurs sont tristes ce soir.



Via Gallimard Jeunesse, l'hommage que Pef a tenu à rendre à Henriette Bichonnier dans une dernière lettre.

Chère Henriette,
Tu ne recevras pas cette lettre, feuille volante sans adresse, tu es partie je ne sais où sinon vers l'absence. Tu me téléphonas un jour de veille de Noël, me demandant si je voulais entendre une histoire en cadeau de parole. Il s'agissait bien sûr de l'horrifique aventure du Monstre Poilu. J'en ai sauté de joie et du désir de partager ton récit avec des enfants, en un mot, la faire éditer.
Trois mois plus tard, coup de fil de Pierre Marchand, le grand timonier de Gallimard Jeunesse :
– Écoute, Pef, on s’est trompés dans nos calculs d'édition d'une dizaine de "Folio Benjamin" en partance pour Trieste. Il en manque un, mais j'ai un texte épatant, une histoire de monstre poilu…
C'était ton histoire, Henriette, elle attendait dans une pile de manuscrits à l'équilibre incertain.
– Viens me voir, reprit Pierre, je te dirai pourquoi il faut que tu me dises oui.
Ce "oui", Henriette, je le portais déjà, même si j'étais alors sur d'autres projets.
Je ne savais pas qu'il y avait le feu, que je devais, dès le lendemain, revenir chez notre futur éditeur avec le découpage, puis partir aussitôt en Normandie en compagnie de Geneviève, mon épouse et coloriste. Sans te mettre au courant, chaque minute comptait, Henriette, j'ai sommairement fait les crayonnés puis, en trois jours et trois soirées, j'ai encré mes dessins, passant les noirs à Geneviève assise à côté de moi. Il ne fallait pas perdre une seconde.
Le lundi matin, j'ai porté les planches chez Gallimard. Compo et maquette dans la foulée. Tout est parti le soir dans l'avion de Trieste. Le vendredi suivant, imprimé et broché, le livre était dans mes mains et les tiennes.
Si j'ai pu tenir ce délai, Henriette, c'est que ton histoire était porteuse d'insolence autant que d'enthousiasme. Elle vivait déjà en moi depuis ce fameux Noël. Je ne te l'ai jamais dit, mais la petite Lucile a réellement existé. Elle doit avoir aujourd'hui la quarantaine. Je l'ai rencontrée en mai 81, au Havre, le lendemain de l'arrivée au pouvoir de Mitterrand. Elle était encore plus en retard que les enseignants perdus dans leurs commentaires égrenés en ma compagnie dans le couloir de l'école.
Cette petite a jailli entre nous en lançant un "Ça va, ça va, ça va?" que j'entends encore.
Puis elle a disparu au premier coin mais nous avons vu sa tête réapparaître, le visage pouffant derrière sa petite main. Et les enseignants d'hausser les épaules en disant:
– Ah, celle-là, elle change pas…
Personne ne se doutait que cette petite de CP allait m'inspirer le personnage de Lucile, cette héroïne capable de faire exploser un monstre abominable.
Tu aimais beaucoup l'Italie, Henriette, où tu avais des attaches familiales. Nous y sommes allés plusieurs fois pour rencontrer les jeunes lecteurs du Mostro Peloso dont le succès, là-bas, ne s'est jamais démenti depuis trente-six ans. C'est pourquoi je ne te dis ni au revoir, ni adieu mais tout simplement: Ciao!
Pef




vendredi 15 novembre 2013

L7E tabli un petit semainier de romans courts

On n'a pas toujours le temps, pas toujours l'envie, de lire des romans longs. Pareil pour les moins de douze ans. A leur intention, une sélection de sept romans courts, un semainier en quelque sorte.
Des livres drôles, tendres, ou un peu tristes, mais toujours ancrés dans la vie. Ils sont présentés selon l'ordre alphabétique de l'initiale du prénom de leurs auteurs.


"Mes zombis"
Béatrice Fontanel
Oskar éditeur, Court Métrage, 47 pages.

Auteure multirécidiviste en littérature de jeunesse (romans et documentaires), en art de vivre, en littérature générale (un très beau roman, "L'homme barbelé", Grasset, 2009), Béatrice Fontanel met en scène un petit garçon qui hérite d'une télé dans sa chambre après le départ du foyer familial de son père. Sa maman croyait bien faire! Elle était également persuadée qu'il saurait gérer son temps devant l'écran...
Que regarder, que ne pas regarder? Mère et fils ne partagent pas les mêmes goûts. Ni les mêmes idées sur l'heure d'éteindre la fameuse télé. Plusieurs fois, le roman s'écarte gentiment de son propos initial. Il donne une leçon sur les bâillements, revient aux films d'horreur et de zombis, repart sur les jeux vidéo et retombe dans la réalité à cause d'un bête mensonge pour lequel le narrateur se fait pincer. Et c'est toute la vie du duo mère-fils qui défile, et surtout ce qui y coince. Les deux vont se réconcilier évidemment mais verront leurs vies encore modifiées lors d'une énorme panne d'électricité dans tout le quartier. Un petit texte sympa, vif, écrit à la première personne, plein de sympathiques surprises.


"Le  livre qui te rend super méga heureux"
Françoize Boucher
Nathan, 112 pages.

En pages, c'est le plus long des sept livres choisis, mais il est plein d'images; "les textes (intelligents) et les illustrations (un peu ratées) sont de moi", précise l'auteur qui n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà commis précédemment, selon cette formule, "Le livre qui fait aimer les livres" et "Le livre qui explique tout sur les parents" (même éditeur). Cette fois, elle se présente comme le "nouveau coach en bonheur" du lecteur. Pour commencer, elle compose un schéma comparatif des ventes de son livre "merveilleux" (!), du "Petit Prince" et des 7 tomes de "Happy (!) Potter": sans surprise, elle est largement en tête.
Mais, au fond, tout le monde peut-il être heureux? Réponses par le texte et l'image. Sur le thème délicat du bonheur, Françoize Boucher a concocté un opus drôle, original et percutant. Efficace aussi car elle repère (et encourage) les attitudes qui font qu'un enfant a une vie joyeuse, riche et amusante. Pour cela, elle se sert bien sûr de comparaisons éloquentes. Adepte d'une méthode Coué à prendre au second degré, elle invite à reconnaître le bonheur où il est, à inventorier ses ingrédients, à les booster pour être encore plus heureux, à surtout, utiliser positivement son énergie. L'air de rien, elle a fait un petit ouvrage de philosophie du bonheur.


"Le plus joli des rêves"
Nathalie Brisac
L'école des loisirs, Mouche, 53 pages.

Face à face, Mougueule, le plus puissant des hommes d'un royaume, et le grand Gaston, chargé par le premier de lui apporter vite fait non pas un rêve, mais LE rêve qui n'a encore été rêvé par personne. A leurs côtés, Rosalie, qui viendra en aide au grand dadais par son état d'enfant. Car si le grand Gaston repère assez vite le fameux rêve, libre comme l'air, ce dernier impose une épreuve en trois étapes pour perdre sa liberté. "Je suis le plus joli des rêves et je ne m'offrirai qu'au plus merveilleux des humains." Les trois devinettes seront posées à Mougueule, sans succès. Grand Gaston, aidé par Rosalie, s'en sort beaucoup mieux. Il saisit même cette occasion pour réfléchir à ses choix de vie. Subtilement illustrée par Rascal, cette jolie et tendre histoire s'inspire des contes et fait un clin d’œil au délicieux album qu'est "Le petit de la poule" (Margaret A. Hartelius, Père Castor), épuisé depuis trop longtemps. Elle rappelle que les rêves sont indispensables à la vie et que les enfants en détiennent les clés.


"La célèbre Marilyn"
Olivier de Solminihac 
L'école des loisirs, Neuf, 71 pages.

Auteur pour enfants, auteur pour adultes, Olivier de Solminihac est aussi le pisteur  de nombreux "ready-made poems" sur Facebook, qu'il numérote inlassablement (687 pour le moment, fréquence un peu en baisse). Dans ce nouveau roman, il raconte les relations compliquées entre le jeune narrateur et Marilyn, sa voisine de rue et sa voisine de classe. Lui est plutôt tourné vers le positif, appréciant le congé inattendu d'une grippe, retrouvant ensuite ses copains avec plaisir. Elle, plutôt d'un genre compliqué, se montre d'habitude bavarde , taiseuse le lendemain.
Que remâche-t-elle dans sa petite tête? Que voudrait-elle sans l'exprimer? Broie-t-elle vraiment du noir? "Je n'ai pas d'autre ami que toi. Si tu n'es pas là, je ne compte pour personne." Pauvre petite Marilyn. Heureusement que son voisin, "à l'école et dans la vraie vie", est là pour la soutenir, l'épauler, la consoler. Même s'il mène aussi sa vie à lui, entre copains, famille, livres et rendez-vous hebdomadaires avec son père après l'entraînement de basket de ce dernier. Ils se racontent alors, tard, des petits bouts de vie. Même que la phrase de l'un peut interférer dans la vie de l'autre sans qu'il le sache... "Ah, la célèbre Marilyn!",  la phrase paternelle d'un soir peut se concrétiser le lendemain lorsque l'intéressée déclare à son unique ami: "Je veux devenir célèbre." Une déclaration qui va faire pas mal de chemin chez les uns et chez les autres. Olivier de Solminihac s'amuse à raconter cette nouvelle célébrité dans tous ses détails, autographes compris, avec ses avantages et ses conséquences. Pas de morale mais une attention aux choses et aux êtres qui invite  à réfléchir tout en incitant aux expériences. Un roman plein de rires et de finesse.


"Small"
Pef
Rue du monde, 95 pages (illustrées).

Pef, ce sont bien sûr les Motordus (mots tordus) et plein d'autres albums pour rire. Avec "Small", délicat album au dos toilé, où texte et images se posent sur des fond blancs, il change de registre. Tout en continuant à jouer avec les mots. Avec deux mots en réalité, "petit" et "grand". Il nous fait prendre conscience de leur fréquence et de leur pouvoir à travers l'histoire douce-amère d'un héros prénommé Small qu'on va suivre de la naissance à la mort. Un petit bonhomme avec des rêves mais guère d'ambition, un gentil qui se fait avoir souvent mais mène en finale une vie simple qui le comble. Après plusieurs déceptions amoureuses, quand son jeune neveu aura grandi, il rencontrera l'amitié d'un chien, compagnon fidèle comme on le sait. Un petit traité de vie, qui se joue de nombreuses expressions de la langue française. Un tout petit format, mais un grand album, aussi humain que serein.


"Une girafe un peu toquée"
Séverine Vidal 
Motus, Mouchoir de poche, 32 pages.

On sait bien que les enfants s'inventent des codes magiques, garants de nombreuses prophéties: ne marcher que sur les dalles blanches du couloir, ne pas glisser du rebord étroit du trottoir, manger ses petits pois et ses carottes selon un ordre établi, répéter les derniers mots des phrases... Autant de rituels qui peuvent donner une amoureuse, le beau temps, un frère quasi éternel... Mais trop de manies enferment et étouffent. Quelques phrases et à peine plus d'images en fils de fer, font un sort à ces gages et ces paris épuisants. Jusqu'à la finale, pleine de nouveaux possibles.


"Sept jours à l'envers"
Thomas Gornet
Rouergue, doado, 72 pages.

Du dimanche au dimanche précédent de ce mois de décembre, un narrateur en âge de collège, égrène ce qui s'est passé dans sa famille et qui est cette famille. Ce deuil qui ne dit qu'à la fin l'identité du mort mais bouleverse atrocement tous ceux qui restent, même si tous ne le montrent pas. "On n'oublie pas. On fait avec." Chaque chapitre remonte d'un jour dans le temps et se termine par une réponse différente à une mystérieuse devinette. Cette construction à reculons crée une atmosphère un peu oppressante mais non morbide, touchante plutôt car on perçoit immédiatement les flots d'amour de et pour l'absent.
Le livre est comme une photo Polaroïd qui se révélerait peu à peu sous nos yeux,  quand il donne à chaque page davantage de détails sur ce fils unique et sa famille. Des indices sont fournis au lecteur pour composer son puzzle. L'écriture de Thomas Gornet est sobre, soignée, agréablement travaillée. L'auteur a de nombreuses trouvailles, le choix de la  marche arrière pour son récit, les dialogues anciens qui entrecoupent le temps présent, des formules comme le "sourire horizontal". Un roman apaisant sur le deuil et la perte.


samedi 3 septembre 2011

LD couvre Phaidon jeunesse

Le fameux éditeur Phaidon a ouvert un département jeunesse, notamment en français, et on ne lui avait rien dit!
Deux nouveautés en cette rentrée: un deuxième épisode des Petits poux de Beatrice Alemagna et un ixième album pour Hervé Tullet, "La cuisine aux crayons", un album grand format de coloriage à paraître la semaine prochaine. Chic.

Est-ce parce qu'elle est née à Bologne, ville éminemment centrée sur la littérature de jeunesse, que Beatrice Alemagna se montre aussi créative dans ses albums? Toujours elle innove, pousse plus loin sa recherche graphique. Et le résultat convainc.
Avec les Petits poux, elle brode de la feutrine, l'agrémente de paillettes, de boutons, de bouts de laine, etc.  avant de photographier ses réalisations pour en faire les pages d'un album. C'est très réussi, rien à voir avec les "Petite abeille" en tissu de Pili Mandelbaum des années 1970.


 Dans "Au pays des petits poux", sorti il y a deux ans, les personnages font connaissance les uns des autres, tout en apprenant à se respecter au-delà de leurs différences. Tous habitent un vieux matelas. C'est superbe, charmant et délicat.







 

Dans "Les petits poux au jardin", tout juste paru, les mêmes petits héros se lancent à l'aventure. Ils quittent leur matelas-maison. Mais sont-ils prêts à aller dehors? Tout les effraie et ils sont pleins de préjugés au sujet des insectes qu'ils rencontrent.Jusqu'à ce que le petit pou gras, encore lui, les amène à réfléchir à leur comportement.
Pas de morale lourde ici, mais une approche fine du comportement des enfants.
Et surtout, des illustrations pleines de détails à observer. Les grandes herbes ont joliment inspiré Beatrice Alemagna.



 A propos des poux: impossible de ne pas penser à "Rendez-moi mes poux" de Pef et Henriette Bichonnier (Gallimard), qui a peut-être un peu vieilli maintenant mais a fait un bien fou lors de sa sortie, en 1984.










A propos de Phaidon jeunesse, une visite du site nous apprend que sont édités notamment là en anglais Tomi Ungerer, le Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Il y a pire comme choix.