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jeudi 9 octobre 2025

Le prix Nobel de littérature 2025 à un Hongrois

(c) Nobel Prize.

C'est l'écrivain Hongrois László Krasznahorkai
qui a reçu le prix Nobel de littérature 2025 (près d'un million d'euros) ce jeudi 9 octobre, "pour son œuvre captivante et visionnaire qui, au milieu de la terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l'art", selon le jury de l'académie suédoise.
 
"László Krasznahorkai est un grand écrivain épique de la tradition centre-européenne, qui s'étend de Kafka à Thomas Bernhard, et se caractérise par l'absurde et l'excès grotesque. Mais son arc est plus vaste, et il se tourne également vers l'Orient en adoptant un ton plus contemplatif et finement calibré", détaille le communiqué.
 
László Krasznahorkai, un nom difficile à prononcer pour nos bouches francophones. Ce qui n'a pas empêché l'auteur, âgé aujourd'hui de 71 ans, déjà titulaire du Man Booker Prize 2015, de voir la plupart de ses œuvres traduites en français depuis 2000, toujours par Joëlle Dufeuilly.
 
Bibliographie de ses traductions
Plusieurs existent en format de poche 
  • "Sátántangó" (1985), "Tango de Satan" (premier roman, Gallimard, collection "Du monde entier", 288 pages,  2000); un film en a été tiré.
  • "Az ellenállás melankóliája" (1989), "La Mélancolie de la résistance" (Gallimard, collection "Du monde entier", 396 pages, 2006)
  • "Háború és háború" (1999), "Guerre & Guerre" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 2013)
  • "Északról hegy, Délről tó, Nyugatról utak, Keletről folyó" (2003), "Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par les chemins, à l'est par un cours d'eau" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 192 pages, 2010)
  • "Seiobo járt odalent" (2008), "Seiobo est descendue sur terre" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 412 pages, 2018)
  • "Az utolsó farkas" (2009), "Le Dernier Loup" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 80 pages, 2019)
  • "Báró Wenckheim hazatér" (2016), "Le baron Wenckheim est de retour" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 528 pages, 2023)
  • "Aprómunka egy palotaért" (2018), "Petits travaux pour un palais" (roman, Cambourakis, collection "Irodalom", 90 pages, 2024)
  • "Kegyelmi viszonyok" (1986), "Sous le coup de la grâce: nouvelles de mort" (nouvelles, Éditions Vagabonde, 2015)
  • "Megjött Ézsaiás" (1998), "La Venue d'Isaïe" (nouvelle, prologue à "Guerre & Guerre", Cambourakis, 51 pages, 2013)
  • "A Théseus-általános" (1993), "Thésée universel" (essai, Éditions Vagabonde, avril 2011, 96 pages)

Un écrivain à découvrir quand on voit le sondage sur le site des prix Nobel. Un sondage qui n'a rien de scientifique, on le sait, mais auquel ont répondu des amateurs de littérature, suppose-t-on. A 14h30, 3.612 personnes y ont répondu et 85 % des sondés disent ne rien avoir lu de László Krasznahorkai. 




 

 

jeudi 10 octobre 2024

Le Nobel de littérature 2024 à Han Kang

Han Kang. Ill. Niklas Elmehed. (c) Nobel Prize Outreach.

 
Serait-ce un galop de rattrapage? Depuis une vingtaine d'années, le prix Nobel de littérature est attribué une fois sur deux ou sur trois à une femme. C'est encore le cas en ce 10 octobre 2024 puisque, deux ans après Annie Ernaux (lire ici), le jury de l'Académie suédoise a sacré l'autrice sud-coréenne Han Kang, 53 ans, romancière, nouvelliste et poète, pour l'ensemble de son œuvre, écrite en coréen: "pour sa prose poétique intense qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine." Elle est la dix-huitième femme à recevoir la récompense littéraire suprême. Sur 117 éditions. Joyce Carol Oates dans deux ans? 
 

 Han Kang. (c) Roberto Ricciuti/Getty Images/ Nobel Prize.

Han Kang, nous dit l'académie suédoise, est née en 1970 dans la ville sud-coréenne de Gwangju avant, à l'âge de neuf ans, de déménager avec sa famille à Séoul. Elle vient d'un milieu littéraire, son père étant un romancier réputé. En plus de son écriture, elle s'est également consacrée à l'art et à la musique, ce qui se reflète tout au long de sa production littéraire.

Elle a commencé sa carrière en 1993 avec la publication de poèmes dans un magazine. Ses débuts en prose, nouvelles et romans, datent de 1995. La grande percée internationale de Han Kang est venue avec son roman "La Végétarienne" publié en Corée en 2007 et à l'international en 2015. Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes qui en découlent lorsque son protagoniste Yeong-hye refuse de se soumettre aux normes de la consommation alimentaire. 
 
Le travail de Han Kang est caractérisé par une double exposition de douleur, une correspondance entre tourments mentaux et physiques avec des liens étroits avec la pensée orientale. Dans son œuvre, Han Kang fait face à des traumatismes historiques et à des ensembles invisibles de règles et, dans chacune de ses œuvres, expose la fragilité de la vie humaine. Elle a une conscience unique des liens entre corps et âme, vivants et morts, et dans son style poétique et expérimental est devenue une innovatrice en prose contemporaine.
 
Voilà donc une nouvelle et une sacrée récompense pour Han Kang qui en a déjà obtenu beaucoup dans son pays ainsi qu'à l'international: Man-Booker Prize 2016  pour "La Végétarienne" (traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes 2015), le livre qui la fait connaître au monde, prix Émile-Guimet 2024 de littérature asiatique pour "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023), qui avait été récompensé par le prix Médicis étranger 2023. Elle y évoque les souvenirs laissés par le soulèvement de Jeju de 1948.

Pour lire en ligne un extrait de "Impossibles adieux", c'est ici.
 
La lauréate a été traduite en français de 2015 à 2019 au Serpent à plumes, soit jusqu'à la cessation d'activités de la maison d'édition. Ce qui explique que plusieurs de ses romans ne sont plus disponibles. On en trouve toutefois certains en format de poche ou en format numérique. L'an dernier, c'est Grasset qui publiait la traduction de son nouveau titre. Le prix Nobel de littérature verra sans doute arriver quelques réédition. Pour savoir quels sont ses livres qui ont été traduits en français et en autres langues, on se référera à son site (ici), fort bien fait.
 
Bibliographie en français
  • "Les Chiens au soleil couchant", traduit par Jean-Noël Juttet, Mikyung Choi, Zulma, 2013, épuisé.
  • "La Végétarienne", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2015, Le livre de poche, 2016.
  • "Pars, le vent se lève", traduit par Lee Tae-yeon et Geneviève Roux-Faucard, Decrescenzo, 2014, épuisé.
  • "Leçons de grec", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2017, Points, 2019, épuisé.
  • "Celui qui revient, traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes (2016), Points, 2017.
  • " Les Chiens au soleil couchant", nouvelle publiée dans "Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée", éd. Zulma, traduction sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (2011)
  • "Blanc", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à plumes, 2019, épuisé.
  • "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023
 


Les femmes ayant reçu le Nobel de littérature

  1. Selma Lagerlöf (1909)
  2. Grazia Deledda (1926)
  3. Sigrid Undset (1928)
  4. Pearl Buck (1938)
  5. Gabriela Mistral (1945)
  6. Nelly Sachs (1966)
  7. Nadine Gordimer (1991)
  8. Toni Morrison (1993)
  9. Wisława Szymborska (1996)
  10. Elfriede Jelinek (2004)
  11. Doris Lessing (2007)
  12. Herta Müller (2009)
  13. Alice Munro (2013)
  14. Svetlana Alexievitch (2015)
  15. Olga Tokarczuk (2018)
  16. Louise Glück (2020)
  17. Annie Ernaux (2022)
  18. Han Kang (2024) 

Le palmarès complet du Nobel de littérature se trouve ici.

 

 

 


jeudi 8 décembre 2022

Le discours d'Annie Ernaux pour son prix Nobel

Annie Ernaux à Stockholm le 7 décembre.

Le 6 octobre dernier, le jury du prix Nobel de littérature couronnait Annie Ernaux (lire ici). Première Française à obtenir la distinction suprême, la romancière a dû affronter pas mal d'oppositions lors de cette annonce. Ce mercredi 7 décembre, elle a prononcé son  discours de réception devant l'Académie suédoise. Elle y explique son amour de la littérature, comment elle est venue à l'écriture et quels choix elle y a faits. La cérémonie officielle de remise du prix Nobel se tiendra samedi 10 décembre.

Voici le texte de son discours.

En vidéo ici.


"Par où commencer? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s'il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d'entrer dans l'écriture du livre et lèvera d'un seul coup tous les doutes. Une sorte de clef. Aujourd'hui, pour affronter une situation que, passé la stupeur de l'événement – "est-ce bien à moi que ça arrive?" – mon imagination me présente avec un effroi grandissant, c'est la même nécessité qui m'envahit. Trouver la phrase qui me donnera la liberté et la fermeté de parler sans trembler, à cette place où vous m'invitez ce soir.

Cette phrase, je n'ai pas besoin de la chercher loin. Elle surgit. Dans toute sa netteté, sa violence. Lapidaire. Irréfragable. Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. "J'écrirai pour venger ma race." Elle faisait écho au cri de Rimbaud: "Je suis de race inférieure de toute éternité." (1) J'avais vingt-deux ans. J'étais étudiante en lettres dans une faculté de province, parmi des filles et des garçons pour beaucoup issus de la bourgeoisie locale. Je pensais orgueilleusement et naïvement qu'écrire des livres, devenir écrivain, au bout d'une lignée de paysans sans terre, d'ouvriers et de petits commerçants, de gens méprisés pour leurs manières, leur accent, leur inculture, suffirait à réparer l'injustice sociale de la naissance. Qu'une victoire individuelle effaçait des siècles de domination et de pauvreté, dans une illusion que l'Ecole avait déjà entretenue en moi avec ma réussite scolaire.

En quoi ma réalisation personnelle aurait-elle pu racheter quoi que ce soit des humiliations et des offenses subies? Je ne me posais pas la question. J'avais quelques excuses.

Depuis que je savais lire, les livres étaient mes compagnons, la lecture mon occupation naturelle en dehors de l'école. Ce goût était entretenu par une mère, elle-même grande lectrice de romans entre deux clients de sa boutique, qui me préférait lisant plutôt que cousant et tricotant. La cherté des livres, la suspicion dont ils faisaient l'objet dans mon école religieuse, me les rendaient encore plus désirables. "Don Quichotte", "Voyages de Gulliver", "Jane Eyre"», contes de Grimm et d'Andersen, "David Copperfield", "Autant en emporte le vent", plus tard "Les Misérables", "Les Raisins de la colère", "La Nausée", "L'Etranger": c'est le hasard, plus que des prescriptions venues de l'Ecole, qui déterminait mes lectures.

Le choix de faire des études de lettres avait été celui de rester dans la littérature, devenue la valeur supérieure à toutes les autres, un mode de vie même qui me faisait me projeter dans un roman de Flaubert ou de Virginia Woolf et de les vivre littéralement. Une sorte de continent que j'opposais inconsciemment à mon milieu social. Et je ne concevais l'écriture que comme la possibilité de transfigurer le réel.

Ce n'est pas le refus d'un premier roman par deux ou trois éditeurs – roman dont le seul mérite était la recherche d'une forme nouvelle – qui a rabattu mon désir et mon orgueil. Ce sont des situations de la vie où être une femme pesait de tout son poids de différence avec être un homme dans une société où les rôles étaient définis selon les sexes, la contraception interdite et l'interruption de grossesse un crime. En couple avec deux enfants, un métier d'enseignante, et la charge de l'intendance familiale, je m'éloignais de plus en plus chaque jour de l'écriture et de ma promesse de venger ma race. Je ne pouvais lire "la parabole de la loi" dans "Le Procès" de Kafka sans y voir la figuration de mon destin: mourir sans avoir franchi la porte qui n'était faite que pour moi, le livre que seule je pourrais écrire.

Mais c'était sans compter sur le hasard privé et historique. La mort d'un père qui décède trois jours après mon arrivée chez lui en vacances, un poste de professeur dans des classes dont les élèves sont issus de milieux populaires semblables au mien, des mouvements mondiaux de contestation: autant d'éléments qui me ramenaient par des voies imprévues et sensibles au monde de mes origines, à ma "race", et qui donnaient à mon désir d'écrire un caractère d'urgence secrète et absolue. Il ne s'agissait pas, cette fois, de me livrer à cet illusoire "écrire sur rien" de mes vingt ans, mais de plonger dans l'indicible d'une mémoire refoulée et de mettre au jour la façon d'exister des miens. Ecrire afin de comprendre les raisons en moi et hors de moi qui m'avaient éloignée de mes origines.

Aucun choix d'écriture ne va de soi. Mais ceux qui, immigrés, ne parlent plus la langue de leurs parents, et ceux, transfuges de classe sociale, n'ont plus tout à fait la même, se pensent et s'expriment avec d'autres mots, tous sont mis devant des obstacles supplémentaires. Un dilemme. Ils ressentent, en effet, la difficulté, voire l'impossibilité d'écrire dans la langue acquise, dominante, qu'ils ont appris à maîtriser et qu'ils admirent dans ses œuvres littéraires, tout ce qui a trait à leur monde d'origine, ce monde premier fait de sensations, de mots qui disent la vie quotidienne, le travail, la place occupée dans la société. Il y a d'un côté la langue dans laquelle ils ont appris à nommer les choses, avec sa brutalité, avec ses silences, celui, par exemple, du face-à-face entre une mère et un fils, dans le très beau texte d'Albert Camus, "Entre oui et non". De l'autre, les modèles des œuvres admirées, intériorisées, celles qui ont ouvert l'univers premier et auxquelles ils se sentent redevables de leur élévation, qu'ils considèrent même souvent comme leur vraie patrie. Dans la mienne figuraient Flaubert, Proust, Virginia Woolf: au moment de reprendre l'écriture, ils ne m'étaient d'aucun secours. Il me fallait rompre avec le "bien écrire", la belle phrase, celle-là même que j'enseignais à mes élèves, pour extirper, exhiber et comprendre la déchirure qui me traversait. Spontanément, c'est le fracas d'une langue charriant colère et dérision, voire grossièreté, qui m'est venue, une langue de l'excès, insurgée, souvent utilisée par les humiliés et les offensés, comme la seule façon de répondre à la mémoire des mépris, de la honte et de la honte de la honte

Très vite aussi, il m'a paru évident – au point de ne pouvoir envisager d'autre point de départ – d'ancrer le récit de ma déchirure sociale dans la situation qui avait été la mienne lorsque j'étais étudiante, celle, révoltante, à laquelle l'Etat français condamnait toujours les femmes, le recours à l'avortement clandestin entre les mains d'une faiseuse d'anges. Et je voulais décrire tout ce qui est arrivé à mon corps de fille, la découverte du plaisir, les règles. Ainsi, dans ce premier livre, publié en 1974, sans que j'en sois alors consciente, se trouvait définie l'aire dans laquelle je placerais mon travail d'écriture, une aire à la fois sociale et féministe. Venger ma race et venger mon sexe ne feraient qu'un désormais.

Comment ne pas s'interroger sur la vie sans le faire aussi sur l'écriture? Sans se demander si celle-ci conforte ou dérange les représentations admises, intériorisées sur les êtres et les choses? Est-ce que l'écriture insurgée, par sa violence et sa dérision, ne reflétait pas une attitude de dominée? Quand le lecteur était un privilégié culturel, il conservait la même position de surplomb et de condescendance par rapport au personnage du livre que dans la vie réelle. C'est donc, à l'origine, pour déjouer ce regard qui, porté sur mon père dont je voulais raconter la vie, aurait été insoutenable et, je le sentais, une trahison, que j'ai adopté, à partir de mon quatrième livre, une écriture neutre, objective, "plate" en ce sens qu'elle ne comportait ni métaphores, ni signes d'émotion. La violence n'était plus exhibée, elle venait des faits eux-mêmes et non de l'écriture. Trouver les mots qui contiennent à la fois la réalité et la sensation procurée par la réalité, allait devenir, jusqu'à aujourd'hui, mon souci constant en écrivant, quel que soit l'objet.

Continuer à dire "je" m'était nécessaire. La première personne – celle par laquelle, dans la plupart des langues, nous existons, dès que nous savons parler, jusqu'à la mort – est souvent considérée, dans son usage littéraire, comme narcissique dès lors qu'elle réfère à l'auteur, qu'il ne s'agit pas d'un "je" présenté comme fictif. Il est bon de rappeler que le "je", jusque-là privilège des nobles racontant des hauts faits d'armes dans des Mémoires, est en France une conquête démocratique du XVIIIe siècle, l'affirmation de l'égalité des individus et du droit à être sujet de leur histoire, ainsi que le revendique Jean-Jacques Rousseau dans ce premier préambule des "Confessions": "Et qu'on n'objecte pas que n'étant qu'un homme du peuple, je n'ai rien à dire qui mérite l'attention des lecteurs. […] Dans quelque obscurité que j'aie pu vivre, si j'ai pensé plus et mieux que les Rois, l'histoire de mon âme est plus intéressante que celle des leurs." (2)

Ce n'est pas cet orgueil plébéien qui me motivait (encore que…) mais le désir de me servir du "je" – forme à la fois masculine et féminine – comme un outil exploratoire qui capte les sensations, celles que la mémoire a enfouies, celles que le monde autour ne cesse de nous donner, partout et tout le temps. Ce préalable de la sensation est devenu pour moi à la fois le guide et la garantie de l'authenticité de ma recherche. Mais à quelles fins? Il ne s'agit pas pour moi de raconter l'histoire de ma vie ni de me délivrer de ses secrets mais de déchiffrer une situation vécue, un événement, une relation amoureuse, et dévoiler ainsi quelque chose que seule l'écriture peut faire exister et passer, peut-être, dans d'autres consciences, d'autres mémoires. Qui pourrait dire que l'amour, la douleur et le deuil, la honte, ne sont pas universels? Victor Hugo a écrit: "Nul de nous n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui." (3) Mais toutes choses étant vécues inexorablement sur le mode individuel – "c'est à moi que ça arrive" – elles ne peuvent être lues de la même façon, que si le "je" du livre devient, d'une certaine façon, transparent, et que celui du lecteur ou de la lectrice vienne l'occuper. Que ce "je", soit en somme transpersonnel, que le singulier atteigne l'universel.

C'est ainsi que j'ai conçu mon engagement dans l'écriture, lequel ne consiste pas à écrire "pour" une catégorie de lecteurs, mais "depuis" mon expérience de femme et d'immigrée de l'intérieur, depuis ma mémoire désormais de plus en plus longue des années traversées, depuis le présent, sans cesse pourvoyeur d'images et de paroles des autres. Cet engagement comme mise en gage de moi-même dans l'écriture est soutenu par la croyance, devenue certitude, qu'un livre peut contribuer à changer la vie personnelle, à briser la solitude des choses subies et enfouies, à se penser différemment. Quand l'indicible vient au jour, c'est politique.

On le voit aujourd'hui avec la révolte de ces femmes qui ont trouvé les mots pour bouleverser le pouvoir masculin et se sont élevées, comme en Iran, contre sa forme la plus archaïque. Ecrivant dans un pays démocratique, je continue de m'interroger, cependant, sur la place occupée par les femmes dans le champ littéraire. Leur légitimité à produire des œuvres n'est pas encore acquise. Il y a dans le monde, y compris dans les sphères intellectuelles occidentales, des hommes pour qui les livres écrits par les femmes n'existent tout simplement pas, ils ne les citent jamais. La reconnaissance de mon travail par l'Académie suédoise constitue un signal d'espérance pour toutes les écrivaines.

Dans la mise au jour de l'indicible social, cette intériorisation des rapports de domination de classe et/ou de race, de sexe également, qui est ressentie seulement par ceux qui en sont l'objet, il y a la possibilité d'une émancipation individuelle mais aussi collective. Déchiffrer le monde réel en le dépouillant des visions et des valeurs dont la langue, toute langue, est porteuse, c'est en déranger l'ordre institué, en bouleverser les hiérarchies.

Mais je ne confonds pas cette action politique de l'écriture littéraire, soumise à sa réception par le lecteur ou la lectrice avec les prises de position que je me sens tenue de prendre par rapport aux événements, aux conflits et aux idées. J'ai grandi dans la génération de l'après-guerre mondiale où il allait de soi que des écrivains et des intellectuels se positionnent par rapport à la politique de la France et s'impliquent dans les luttes sociales. Personne ne peut dire aujourd'hui si les choses auraient tourné autrement sans leur parole et leur engagement. Dans le monde actuel, où la multiplicité des sources d'information, la rapidité du remplacement des images par d'autres, accoutument à une forme d'indifférence, se concentrer sur son art est une tentation. Mais, dans le même temps, il y a en Europe – masquée encore par la violence d'une guerre impérialiste menée par le dictateur à la tête de la Russie – la montée d'une idéologie de repli et de fermeture, qui se répand et gagne continûment du terrain dans des pays jusqu'ici démocratiques. Fondée sur l'exclusion des étrangers et des immigrés, l'abandon des économiquement faibles, sur la surveillance du corps des femmes, elle m'impose, à moi, comme à tous ceux pour qui la valeur d'un être humain est la même, toujours et partout, un devoir d'extrême vigilance.

En m'accordant la plus haute distinction littéraire qui soit, c'est un travail d'écriture et une recherche personnelle menés dans la solitude et le doute qui se trouvent placés dans une grande lumière. Elle ne m'éblouit pas. Je ne regarde pas l'attribution qui m'a été faite du prix Nobel comme une victoire individuelle. Ce n'est ni orgueil ni modestie de penser qu'elle est, d'une certaine façon, une victoire collective. J'en partage la fierté avec ceux et celles qui, d'une façon ou d'une autre souhaitent plus de liberté, d'égalité et de dignité pour tous les humains, quels que soient leur sexe et leur genre, leur peau et leur culture. Ceux et celles qui pensent aux générations à venir, à la sauvegarde d'une Terre que l'appétit de profit d'un petit nombre continue de rendre de moins en moins vivable pour l'ensemble des populations.

Si je me retourne sur la promesse faite à vingt ans de venger ma race, je ne saurais dire si je l'ai réalisée. C'est d'elle, de mes ascendants, hommes et femmes durs à des tâches qui les ont fait mourir tôt, que j'ai reçu assez de force et de colère pour avoir le désir et l'ambition de lui faire une place dans la littérature, dans cet ensemble de voix multiples qui, très tôt, m'a accompagnée en me donnant accès à d'autres mondes et d'autres pensées, y compris celle de m'insurger contre elle et de vouloir la modifier. Pour inscrire ma voix de femme et de transfuge sociale dans ce qui se présente toujours comme un lieu d'émancipation, la littérature.
(c) Fondation Nobel 2022

(1) Arthur Rimbaud, "Une saison en enfer". Édition critique. Introduction et notes par H. de Bouillane de Lacoste. Paris: Mercure de France, 1941.
(2) Jean-Jacques Rousseau, "Œuvres complètes I. Les confessions; Autres textes autobiographiques". Édition publiée sous la direction de Bernard Gagnebin et Marcel Raymond. Paris: Gallimard, 1959.
(3) Victor Hugo, "Œuvres complètes. Poésie V, Les Contemplations (Préface des Contemplations)". Paris: Hetzel-Quantin, 1882.





vendredi 7 octobre 2022

Le Nobel de littérature 2022 à Annie Ernaux

Joie des femmes depuis hier jeudi 6 octobre à 13 heures où on a appris que le prix Nobel de littérature 2022 était attribué à Annie Ernaux, 82 ans. Le 119e en 115 éditions depuis 1901. Elle est la dix-septième femme à l'obtenir, la seizième personne de nationalité française mais la première Française. Bonheur des femmes et des littéraires en découvrant l'argumentaire du jury: "for the courage and clinical acuity with which she uncovers the roots, estrangements and collective restraints of personal memory" (pour le courage et l'acuité clinique avec lesquels elle révèle les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle). Tout Annie Ernaux y est, son credo littéraire, son écriture "neutre" en "je", son engagement politique, sa pratique de l'autobiographie même intime, le fait qu'on se retrouve si facilement dans les mots qu'elle écrit et assemble avec soin et passion. L'ancienne enseignante et professeure de littérature à l'université de Cergy-Pontoise où elle réside depuis 1975 a accepté le prix comme un "honneur" et une "grande responsabilité".

(c) Editions du Mauconduit.
Annie Ernaux, ce sont presque trente livres depuis 1974, dont dix-neuf nés chez Gallimard, en grand format ou en Folio. Le dernier en date est sorti avant l'été, "Le jeune homme". On apprenait hier matin, clin d'œil du destin, que "Retour à Yvetot", la conférence donnée par Annie Ernaux en 2012 lors d'une rencontre avec ses lecteurs dans la ville de son enfance, publiée en 2013, ressortirait dans une version augmentée, complétée de documents inédits, le 18 novembre (Mauconduit).


Les livres d'Annie Ernaux
  • "Les armoires vides" (Gallimard 1974, Folio 1984)
  • "Ce qu'ils disent ou rien" (Gallimard 1977, Folio 1989)
  • "La Femme gelée" (Gallimard 1981, Folio 1987)
  • "La place" (Gallimard 1984, Folio 1986)
  • "Une Femme" (Gallimard 1988, Folio 1990)
  • "Passion simple" (Gallimard 1992, Folio 1994)
  • "Journal du dehors" (Gallimard 1993, Folio 1995)
  • "La honte" (Gallimard 1997, Folio 1999)
  • "Je ne suis pas sortie de ma nuit" (Gallimard 1997, Folio 1999)
  • "L'événement" (Gallimard 2000, Folio 2001)
  • "La vie extérieure: 1993-1999" (Gallimard 2000, Folio 2001)
  • "Se perdre" (Gallimard 2001, Folio 2002)
  • "L'occupation" (Gallimard 2002, Folio 2003)
  • "L'écriture comme un couteau: entretien avec Frédéric-Yves Jeannet" (Stock 2003, Folio 2011)
  • "L'usage de la photo" (co-écrit avec Marc Marie, Gallimard 2005, Folio 2006)
  • "Les années" (Gallimard 2008, Folio 2010)
  • "L'atelier noir" (Editions des Busclats 2011, Gallimard, 2022)
  • "L'autre fille" (NiL, 2011)
  • "Écrire la vie" (anthologie Quarto, Gallimard 2011)
  • "Retour à Yvetot" (Mauconduit, 2013)
  • "Regarde les lumières, mon amour" (Seuil 2014, Folio 2016)
  • "Le vrai lieu: entretiens avec Michelle Porte" (Gallimard 2014, Folio 2018)
  • "Mémoire de fille" (Gallimard 2016, Folio 2018)
  • "Hôtel Casanova: et autres textes brefs" (Folio 2020)
  •  "Monsieur le président" (Gallimard, Tracts, 2020)
  • "Le jeune homme" (Gallimard, 2022)
  • "Retour à Yvetot" (édition augmentée, Mauconduit, 2022)

Les femmes ayant reçu le Nobel de littérature
  1. Selma Lagerlöf (1909)
  2. Grazia Deledda (1926)
  3. Sigrid Undset (1928)
  4. Pearl Buck (1938)
  5. Gabriela Mistral (1945)
  6. Nelly Sachs (1966)
  7. Nadine Gordimer (1991)
  8. Toni Morrison (1993)
  9. Wisława Szymborska (1996)
  10. Elfriede Jelinek (2004)
  11. Doris Lessing (2007)
  12. Herta Müller (2009)
  13. Alice Munro (2013)
  14. Svetlana Alexievitch (2015)
  15. Olga Tokarczuk (2018)
  16. Louise Glück (2020)
  17. Annie Ernaux (2022)

Les Nobel de littérature français
  1. 1901 Sully Prudhomme (première attribution du prix)
  2. 1904 Frédéric Mistral (en même temps que l'espagnol José de Echegaray)
  3. 1915 Romain Rolland
  4. 1921 Anatole France
  5. 1927 Henri Bergson
  6. 1937 Roger Martin du Gard
  7. 1947 André Gide
  8. 1952 François Mauriac
  9. 1957 Albert Camus
  10. 1960 Saint-John Perse
  11. 1964 Jean-Paul Sartre (refuse le prix)
  12. 1985 Claude Simon
  13. 2000 Gao Xingjian
  14. 2008 J. M. G. Le Clézio
  15. 2014 Patrick Modiano
  16. 2022 Annie Ernaux



vendredi 29 octobre 2021

Deux livres d'Abdulrazak Gurnah, prix Nobel de littérature 2021, à nouveau disponibles

Abdulrazak Gurnah (c) Niklas Elmehed/Nobel Prize.


Bigre! Le 7 octobre dernier, Abdulrazak Gurnah recevait le prix Nobel de littérature 2021 (10 millions de couronnes suédoises). Le jury était enthousiaste: "for his uncompromising and compassionate penetration of the effects of colonialism and the fate of the refugee in the gulf between cultures and continents" ("pour sa compréhension intransigeante et compatissante des effets du colonialisme et du sort du réfugié dans le gouffre entre les cultures et les continents").

Lui-même n'y croyait pas, comme en témoigne la conversation enregistrée lors de l'annonce de son prix par Adam Smith.





Mais qui était cet écrivain tanzanien, né à Zanzibar le 20 décembre 1948 et réfugié en Grande-Bretagne à l'âge de dix-huit ans lors de la révolution de Zanzibar car il appartenait à la communauté persécutée de Zanzibariens d'origine arabe? Etudiant d'abord, Abdulrazak Gurnah deviendra ensuite enseignant dans son pays d'adoption, s'intéressant principalement à l'écriture postcoloniale et aux discours associés au colonialisme. Lui-même écrit aussi. Auteur de nombreux livres depuis 1987, dix romans, des nouvelles, des essais, écrits en anglais et non dans sa langue maternelle, le kiswahili, ainsi que de nombreux articles, le nouveau lauréat n'était guère connu en français. Trois titres parus mais indisponibles, disparus avec les malheurs du Serpent à plumes et de Galaade.




Bonne nouvelle! Le 1er décembre, deux de ses trois livres déjà traduits en français seront à nouveau disponibles aux éditions Denoël.

"Paradis" ("Paradise", 1994, traduit de l'anglais par Anne-Cécile Padoux, Denoël, 1995, Le Serpent à Plumes, 1999, 300 pages, Denoël, 2021). Au travers de l'histoire de Yousef, 12 ans, un garçon qui grandit en Tanzanie au début du XXe siècle, un récit initiatique bouleversant, qui raconte l'Afrique de l'Est du début du XXe siècle aux prises avec le colonialisme.

"Près de la mer" ("By the Sea", 2001, traduit de l'anglais par Sylvette Gleize,  Galaade, 2006, 313 pages, Denoël, 2021). 1994. Saleh Omar, originaire de Zanzibar, se présente à la douane avec un faux passeport. Pas de visa d'entrée. Apprentissage de la perte, quête d'identité en terre d'exil, "Près de la mer" est une histoire d'honneur, de trahison et de vengeance qui nous invite à redécouvrir l'histoire d'une Afrique où les destins individuels se confondent avec l'Histoire passée ou présente.


On espère la réédition du troisième livre existant et la traduction des plus récents, "The Last Gift" (2011), "Gravel Heart" (2017) et "Afterlives" (2020).

"Adieu Zanzibar"
("Desertion", 2005, traduit de l'anglais par Sylvette Gleize, Galaade, 2009, 282 pages). Une fable désenchantée qui conte les amours et les illusions de Martin et de Rehana, d'Amin et de Jamila, de Rashid et de Barbara. Ils sont noirs ou blancs, indiens ou arabes, chrétiens ou musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil. 











jeudi 8 octobre 2020

Le Nobel de littérature à la poétesse Louise Glück

EDIT 07/12/20
Gallimard va publier en mars deux premiers recueils de la poétesse américaine Louise Glück, prix Nobel de littérature 2020, et prévoit d'en éditer d'autres par la suite. "L'Iris sauvage" et "Nuit de foi et de vertu" seront édités dans la collection "Du Monde entier" de la maison. Gallimard s'en explique: "Dans "L'Iris sauvage", Louise Glück exprime la beauté tragique de toute vie, le temps d'une floraison. Ce recueil polyphonique d'une originalité incomparable, à la composition parfaite, a été récompensé du prix Pulitzer de poésie à sa parution en 1992 et a marqué un tournant décisif dans l'œuvre de Louise Glück. Dans son recueil le plus récent, "Nuit de foi et de vertu", paru aux Etats-Unis en 2014 et récompensé par le National Book Award, Louise Glück est parvenue à restituer à l'expérience humaine tout son mystère en utilisant les ressources de la narration, détournées au profit de sa poésie."
 


Jeudi 8 octobre 2020, 13 heures, annonce: le prix Nobel de littérature 2020 va à la poétesse américaine Louise Glück, née à New York en 1943 et vivant maintenant à Cambridge (Massachusetts). "For her unmistakable poetic voice that with austere beauty makes individual existence universal" (Pour sa voix poétique inimitable qui, avec une beauté austère, rend universelle l'existence individuelle ).

Louise Glück. (c) Niklas Elmehed/Nobel Media.

Diable! Qui est Louise Glück ? Elle n'est pas traduite en français à l'exception d'un recueil collectif, "États des lieux - Treize poètes américains contemporains", initiative d'écrivains canadiens qui voulaient traduire et faire connaître chez eux la poésie américaine contemporaine significative (Editions du Noroit, 2013). On peut aussi lire quelques poèmes d'elle en ligne ici. Par contre, elle l'est en espagnol, en allemand et en suédois.

Louise Glück.

On espère que la lauréate du Nobel de littérature, seizième femme à recevoir cette distinction, sera aussi traduite en français (edit). Même si on sait combien traduire de la poésie est difficile. Elle a aussi reçu différents prix prestigieux dont le Pulitzer (1993) et le National Book Award (2014).

Auteure aujourd'hui d'une douzaine de recueils de poésie et de différents essais sur la poésie, Louise Glück fut remarquée dès son premier recueil, "Firstborn", en 1968, et est consacrée immédiatement comme voix importante de la littérature contemporaine. Elle-même se revendique clairement des poètes objectivistes comme Louis Zukofsky, Charles Reznikoff, George Oppen ou Carl Rakosi.

Extrait

"Snowdrops" dans "The Wild Iris" (1992), qui lui valut le prix Pulitzer, décrit le retour miraculeux de la vie après l'hiver.


I did not expect to survive,

earth suppressing me. I didn’t expect

to waken again, to feel

in damp earth my body

able to respond again, remembering

after so long how to open again

in the cold light

of earliest spring –


afraid, yes, but among you again

crying yes risk joy


in the raw wind of the new world.


On peut découvrir différents poèmes de Louise Glück ici.


Bibliographie sélective (en anglais)

  • "Firstborn" (New American Library, 1968)
  • "The House on Marshland"(Ecco Press, 1975)
  • "The Garden" (Antaeus Editions, 1976)
  • "Descending Figure" (Ecco Press, 1980)
  • "The Triumph of Achilles " (Ecco Press, 1985)
  • "Ararat" (Ecco Press, 1990)
  • "The Wild Iris" (Ecco Press, 1992)
  • "Proofs and Theories: Essays on Poetry" (Ecco Press, 1994)
  • "The First Four Books of Poems" (Ecco Press, 1995)
  • "Meadowlands" (Ecco Press, 1996)
  • "Vita Nova" (Ecco Press, 1999)
  • "The Seven Ages" (Ecco Press, 2001)
  • "October" (Sarabande Books, 2004)
  • "Averno" (Farrar, Straus and Giroux, 2006)
  • "A Village Life" (Farrar, Straus and Giroux, 2009)
  • "Poems 1962–2012" (Farrar, Straus and Giroux, 2012)
  • "Faithful and Virtuous Night" (Farrar, Straus and Giroux, 2014)
  • "American Originality: Essays on Poetry" (Farrar, Straus and Giroux, 2017)

Vous ne connaissiez pas Louise Glück? Ne vous en faites pas. Un sondage en ligne sur le site du prix Nobel s'avère rassurant: sur 834 votants à 14 heures ce jeudi, 90% déclarent n'avoir lu aucun de ses poèmes.






jeudi 10 octobre 2019

Deux Nobel de littérature pour le prix d’un

C'était donc sur Twitter qu'il fallait être et non sur YouTube pour découvrir avant la proclamation des  lauréats pour les prix Nobel de littérature 2018 et 2019, attribués conjointement ce jeudi 10 octobre.
En effet à 13 heures locales pile, l'info était lâchée par un tweet de l'organisation même du prix Nobel et reprise par la presse, France 24 notamment. Avant que le secrétaire de ladite Académie suédoise, légèrement en en retard sur l'horaire,  n'ait eu le temps d'annoncer les deux lauréats, la Polonaise Olga Tokarczuk, publiée en français aux Éditions Noir sur Blanc, et l'Autrichien Peter Handke, traduit par Gallimard et Verdier. 




Une quinzième femme au palmarès qui affiche 116 noms depuis 1901.
Olga Tokarczuk a été l'invitée du Passa Porta Festival de Bruxelles en mars de cette année (lire ici).
Elle est l'aussi l'auteur du texte d'un très bel album jeunesse (bons lecteurs) illustré par Joanna Concejo, "Une âme égarée" (traduit du polonais par Margot Carlier, Editions Format).



Mats Malm, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, à 14h06.


jeudi 5 octobre 2017

Le Nobel de littérature 2017 à Kazuo Ishiguro


Proclamation multilingue, y compris en français, ce jeudi 5 octobre à 13 heures, du nom du lauréat 2017 du Prix Nobel de littérature. Il s'agit de l'écrivain britannique d'origine japonaise Kazuo Ishiguro. "qui", a dit la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, "par des romans d'une puissante force émotionnelle, a révélé l’abîme sous notre illusoire sensation de confort dans le monde."

Kazuo Ishiguro.

Kazuo Ishiguro est né le 8 novembre 1954 à Nagasaki, au Japon. Sa famille a déménagé au Royaume-Uni quand il avait cinq ans. Il n'est retourné dans son pays natal qu'une fois adulte. Il a fait des études d'anglais et de philosophie à l'Université de Kent puis a étudié l'écriture créative à l'université d'East Anglia.

Il est actuellement l'auteur de sept romans, de plusieurs recueils de nouvelles, mais aussi de nombreux scénarios pour le cinéma et la télévision. Ses livres sont traduits en plusieurs langues (français, espagnol, allemand, suédois).

Parmi ceux-ci, il y a bien sûr "The Remains of the Day" (1989, "Les vestiges du jour", traduit de l'anglais par Sophie Mayoux, Presses de la Renaissance, 1990). Récompensé par le Man Booker Prize 1989, il fut un succès en librairie et un succès au cinéma après l'interprétation d'Anthony Hopkins en majordome déterminé.


Bibliographie en français
  • "Lumière pâle sur les collines", premier roman ("A Pale View of Hills", 1982, traduit de l'anglais par Sophie Mayoux, Presses de la Renaissance, 1984)
  • "Un artiste du monde flottant", roman ("An Artist of the Floating World", 1986, traduit de l'anglais par Denis Authier, Presses de la Renaissance, 1987) 
  • "Les vestiges du jour", roman ("The Remains of the Day", 1989, traduit de l’anglais par Sophie Mayoux, Presses de la Renaissance, 1990)
  • "L'inconsolé", roman ("The Unconsoled", 1995, traduit de l'anglais par Sophie Mayoux, Calmann-Lévy, 1997)
  • "Quand nous étions orphelins", roman ("When We Were Orphans",  2000, traduit de l’anglais par François Rosso, Calmann-Lévy, 2001)
  • "Un village à la nuit tombée", nouvelles ("A Village After Dark", traduit de l'anglais par François Rosso,  2001)
  • "Auprès de moi toujours", roman ("Never Let Me Go", 2005, traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch, Éditions des 2 Terres, 2006)
  • "Nocturnes: cinq nouvelles de musique au crépuscule", nouvelles ("Nocturnes: Five Stories of Music and Nightfall", 2009, traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch, Éditions des 2 Terres, 2010)
  • "Le géant enfoui", roman ("The Buried Giant", 2015, traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch, Éditions des 2 Terres, 2015)
Les livres de Kazuo Ishiguro sont aussi disponibles en format de poche chez Folio

















Les lauréats précédents

2016 Bob Dylan
2015 Svetlana Alexievich
2014 Patrick Modiano
2013 Alice Munro
2012 Mo Yan
2011 Tomas Tranströmer
2010 Mario Vargas Llosa

2009 Herta Müller
2008 Jean-Marie Gustave Le Clézio
2007 Doris Lessing
2006 Orhan Pamuk
2005 Harold Pinter
2004 Elfriede Jelinek
2003 John M. Coetzee
2002 Imre Kertész
2001 Sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul
2000 Gao Xingjian

1999 Günter Grass
1998 José Saramago
1997 Dario Fo
1996 Wislawa Szymborska
1995 Seamus Heaney
1994 Kenzaburo Oe
1993 Toni Morrison
1992 Derek Walcott
1991 Nadine Gordimer
1990 Octavio Paz

1989 Camilo José Cela
1988 Naguib Mahfouz
1987 Joseph Brodsky
1986 Wole Soyinka
1985 Claude Simon
1984 Jaroslav Seifert
1983 William Golding
1982 Gabriel García Márquez
1981 Elias Canetti
1980 Czeslaw Milosz

1979 Odysseus Elytis
1978 Isaac Bashevis Singer
1977 Vicente Aleixandre
1976 Saul Bellow
1975 Eugenio Montale
1974 Eyvind Johnson - Harry Martinson
1973 Patrick White
1972 Heinrich Böll
1971 Pablo Neruda
1970 Aleksandr Isayevich Solzhenitsyn

1969 Samuel Beckett
1968 Yasunari Kawabata
1967 Miguel Angel Asturias
1966 Shmuel Yosef Agnon - Nelly Sachs
1965 Mikhail Aleksandrovich Sholokhov
1964 Jean-Paul Sartre
1963 Giorgos Seferis
1962 John Steinbeck
1961 Ivo Andric
1960 Saint-John Perse

1959 Salvatore Quasimodo
1958 Boris Leonidovich Pasternak
1957 Albert Camus
1956 Juan Ramón Jiménez
1955 Halldór Kiljan Laxness
1954 Ernest Miller Hemingway
1953 Sir Winston Leonard Spencer Churchill
1952 François Mauriac
1951 Pär Fabian Lagerkvist
1950 Earl (Bertrand Arthur William) Russell

1949 William Faulkner
1948 Thomas Stearns Eliot
1947 André Paul Guillaume Gide
1946 Hermann Hesse
1945 Gabriela Mistral
1944 Johannes Vilhelm Jensen
1943 --
1942 --
1941 --
1940 --

1939 Frans Eemil Sillanpää
1938 Pearl Buck
1937 Roger Martin du Gard
1936 Eugene Gladstone O'Neill
1935 --
1934 Luigi Pirandello
1933 Ivan Alekseyevich Bunin
1932 John Galsworthy
1931 Erik Axel Karlfeldt
1930 Sinclair Lewis

1929 Thomas Mann
1928 Sigrid Undset
1927 Henri Bergson
1926 Grazia Deledda
1925 George Bernard Shaw
1924 Wladyslaw Stanislaw Reymont
1923 William Butler Yeats
1922 Jacinto Benavente
1921 Anatole France
1920 Knut Pedersen Hamsun

1919 Carl Friedrich Georg Spitteler
1918 --
1917 Karl Adolph Gjellerup - Henrik Pontoppidan
1916 Carl Gustaf Verner von Heidenstam
1915 Romain Rolland
1914 --
1913 Rabindranath Tagore
1912 Gerhart Johann Robert Hauptmann
1911 Count Maurice (Mooris) Polidore Marie Bernhard Maeterlinck
1910 Paul Johann Ludwig Heyse

1909 Selma Ottilia Lovisa Lagerlöf
1908 Rudolf Christoph Eucken
1907 Rudyard Kipling
1906 Giosuè Carducci
1905 Henryk Sienkiewicz
1904 Frédéric Mistral - José Echegaray y Eizaguirre
1903 Bjørnstjerne Martinus Bjørnson
1902 Christian Matthias Theodor Mommsen
1901 Sully Prudhomme




jeudi 13 octobre 2016

Bob Dylan prix Nobel de littérature 2016



Il en avait été question déjà plusieurs fois dans le passé mais il n'était pas apparu sur les écrans radar 2016, plus occupés par les controverses au sujet d'Adonis (trop politique?) ou de Haruki Murakami (trop léger?). Mais le jury suédois a tranché: c'est Bob Dylan qui reçoit le prix Nobel de littérature 2016. Un choix éminemment politique sous l'apparente facilité que peut entraîner le mot de chanteur dont le vrai nom est Robert Allen Zimmerman. Douzième auteur américain, et premier musicien, à recevoir le prix, il est âgé de 75 ans, dix de plus que la moyenne des lauréats.

Le jury a justifié son choix: "Le prix Nobel de littérature est até attribué pour l'année 2016 à Bob Dylan pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique".

Le jury du Nobel de littérature a communiqué une large biographie du chanteur né le 21 mai 1941 dans le Minnesota et parti à New York à vingt ans, dont je vous fais grâce. A moins que vous ne me la demandiez.

Par contre, il a aussi transmis une important bibliographie d’œuvres de Bob Dylan en plusieurs langues, anglais bien entendu, mais aussi espagnol, allemand, suédois et français, celle qui nous intéresse particulièrement. La voici:

  • "Tarantula" ("Tarantula"), traduit de l'anglais par Dashiell Hedayat (Christian Bourgois, 1972)
  • "Écrits et dessins: mars 1962-décembre 1970" ("Writings and Drawings") , traduit de l'anglais par Robert Louit et Didier Pemerle (Seghers, 1975).
  • "5 Tarantula" ("Tarantula"), traduit de l'anglais par Daniel Bismuth (Hachette, 2001)
  • "Chroniques: volume I" ("Chronicles: Volume One"), traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre (Fayard, 2005). 
  • "Lyrics: chansons, 1962-2001" ("Lyrics, 1962-2001"), traduit de l'anglais par Robert Louit et Didier Pemerle. (Fayard, 2008).


Le document produit aussi une impressionnante liste d'ouvrages en toutes langues, dont le français, qui ont été consacrés à Bob Dylan.

  • All Across the Telegraph : A Bob Dylan Handbook / edited by Michael Gray and John Bauldie. – London : Sidgwick & Jackson, 1987 
  • Baez, Joan, And a Voice to Sing With : A Memoir. – New York : Summit, 1987
  • Bauldie, John, Wanted Man : In Search of Bob Dylan. – London : Black Spring Press, 1990  
  • Bob Dylan : Dont Look Back : A Film and Book by D. A. Pennebaker. – New York : Ballantine, 1968  
  • Bob Dylan : ein Kongreß ; Ergebnisse des Internationalen Bob Dylan-Kongresses 2006 in Frankfurt am Main / herausgegeben von Axel Honneth ... – Frankfurt am Main : Suhrkamp, 2007  
  • Bob Dylan : A Retrospective / edited by Craig MacGregor. – New York : William Morrow, 1972  
  • The Bob Dylan Companion: Four Decades of Commentary / edited by Carl Benson. – New York : Schirmer, 1998  
  • Bob Dylan In His Own Words / compiled by Barry Miles ; edited by Pearce Marchbanks. – New York : Quick Fox, 1978 
  • Braad Thomsen, Christian & Schnack, Asger, Bob Dylan : en guide til hans plader. – København : Høst & Søn, 1998  
  • Bream, Jon, Dylan Disc by Disc. / introductions to the albums and liner notes by Richie Unterberger. – Minneapolis : Voyageur Press, 2015  
  •  8 The Cambridge Companion to Bob Dylan / edited by Kevin J. H. Dettmar. – Cambridge : Cambridge University Press, 2009  
  • Dalton, David, Det är inte mig ni söker : jakten på Bob Dylan / översättning av Christian Ekvall. – Västerås : Ica, 2013. Orig. titel: Who Is That Man?  
  • Detering, Heinrich, Bob Dylan / översättning av Jim Jakobsson. – Göteborg : Daidalos, 2008  
  • Detering, Heinrich, Die Stimmen aus der Unterwelt : Bob Dylans Mysterienspiele. – München : Beck, 2016  
  • Do You Mr Jones? : Bob Dylan with the Poets and Professors / edited by Neil Corcoran. – London : Chatto & Windus, 2002  
  • Dylan, Bob, Younger Than That Now : The Collected Interviews with Bob Dylan. – New York : Thunder’s Mouth Press, 2004  
  • Dylan on Dylan : The Essential Interviews / edited by Jonathan Cott. – London : Hodder & Stoughton, 2006  
  • Dylan par Dylan : interviews 1962-2004 / édition établie par Jonathan Cott ; traduit de l'anglais par Denis Griesmar. – Paris : Bartillat, 2007. – Traduction de: Bob Dylan : The Essential Interviews  
  • Dylan sobre Dylan : 31 entrevistas memorables / edición a cargo de Jonathan Cott ; traducción de Miquel Izquierdo. – Barcelona : Global Rhythm, 2008. – Traducción de: Dylan on Dylan : The Essential Interviews  
  • Gray, Michael, The Bob Dylan Encyclopedia. – New York : Continuum, 2006 ; updated and revised version, 2008  
  • Gray, Michael, Song and Dance Man III : The Art of Bob Dylan. – London : Cassell, 2000 [Revised version of: Song & Dance Man : The Art of Bob Dylan. – London : Hart-Davis, MacGibbon, 1972]  
  • Harvey, Todd, The Formative Dylan : Transmission and Stylistic Influences 1961-1963. – Lanham, Md. : Scarecrow Press, 2001  
  •  9 Havers, Franz W., Bob Dylans surrealistische Songpoesie ; Thesis. – Frankfurt am Main : P. Lang, 1986  
  • Heylin, Clinton, Behind the Shades Revisited. – New York : William Morrow, 2001  
  • Heylin, Clinton, Bob Dylan : Behind the Shades : A Biography. – New York : Summit, 1991 
  • Heylin, Clinton, Bob Dylan : A Life in Stolen Moments : Day by Day 1941-1995. – New York : Schirmer, 1996 
  • Heylin, Clinton, Bob Dylan : The Recording Sessions 1960-1994. – New York : St. Martin’s Press, 1995 
  • Heylin, Clinton, Dylan : Mannen, myten, musiken : En biografi / översättning av Håkan Olsson. – Lund : Wiken, 1993. – Originaltitel : Dylan : Behind the Shades 
  • Heylin, Clinton, Revolution in the Air : The Songs of Bob Dylan 1957-1973. – Chicago IL. : Chicago Review Press, 2009 
  • Heylin, Clinton, Still on the Road : The Songs of Bob Dylan 1974-2006. – Chicago, IL. : Chicago Review Press, 2010 
  • Holmgren, Ola, Stickspår : Åtta skäl varför Bob Dylan borde tilldelas Nobelpriset i litteratur. – Stockholm : Carlsson, 2016 
  • Holmquist, Göran, Bob Dylan på svenska : Bob Dylans betydelse för svensk musik & litteratur : en studie. – Gammelstad : Hjärnstorm, 1982 
  • Holmquist, Göran, Visa oss vinden! : Bob Dylan i Sverige. – Stockholm : Premium, 2002 
  • Jacobsson, Mats, Dylan i 60-talet : tematiken i Bob Dylans sångtexter och dikter 1961-67. – Lund : Ellerström, 2004 
  • Jørgensen, Karsten, Bob Dylan lexikon / översättning av Thomas Nydahl. – Kristianstad : Accent, 2003. – Originaltitel: Bob Dylan leksikon 
  • Marcus, Greil, Invisible Republic : Bob Dylan’s Basement Tapes. – New York : H. Holt & Co, 1997 
  •  10 Marcus, Greil, Like a Rolling Stone : Bob Dylan at the Crossroads. – London : Faber & Faber, 2006 
  • Margotin, Philippe & Jean-Michel Guesdon, Bob Dylan : la totale : les 492 chansons expliquées. – Vanves : Chêne, 2015 
  • Marshall, Lee, Bob Dylan : The Never Ending Star. – Cambridge : Polity, 2007 
  • Medcalf, Lawrence Donald, The Rhetoric of Bob Dylan, 1963-1966 ; Thesis. – Indiana University, 1978 
  • Myhr, Petter Fiskum, Bob Dylan : jeg er en annan. – Oslo : Historie & Kultur, 2011 
  • Refractions of Bob Dylan : Cultural Appropriations of an American Icon / edited by Eugen Banauch. – Manchester : Manchester University Press, 2015 
  • Rem, Håvard, Bob Dylan. – Oslo : Gyldendal, 1999 
  • Ricks, Christopher B., Dylan's Visions of Sin. – London : Viking, 2003 
  • Santelli, Robert, The Bob Dylan Scrapbook : 1956-1966. – New York : Simon & Schuster, 2005 
  • Scaduto, Anthony, Bob Dylan. – New York : Grosset & Dunlap, 1971 
  • Schmidt, Mathias R., Bob Dylans message songs der Sechziger Jahre und die angloamerikanische Tradition des sozialkritischen Liedes ; Thesis. – Frankfurt am Main : P. Lang, 1982 
  • Scobie, Stephen, Alias Bob Dylan. – Red Deer, Alta. : Red Deer College Press, 1991 
  • Scobie, Stephen, Alias Bob Dylan revisited. – Calgary : Red Deer Press, 2003 
  • Shelton, Robert, No Direction Home : The Life and Music of Bob Dylan. – New York : Beech Tree, 1986 ; revised edition: Milwaukee : Backbeat, 2011 
  • Snow, Craig R., Folksinger and Beat Poet : The Prophetic Vision of Bob Dylan ; Thesis. – Purdue University, 1987 
  • Sounes, Howard, Down the Highway : The Life of Bob Dylan. – New York : Grove Press, 2001 ; updated edition 2011 
  •  11 Sounes, Howard, Dylan, Dylan, Dylan : biografin / översättning av Hans Björkegren. – Stockholm : Norstedt, 2001. – Orig. titel: Down the Highway : The Life of Bob Dylan 
  • Spitz, Bob, Dylan : A Biography. – New York : McGraw-Hill, 1989 
  • Tang, Jesper, Bob Dylan smiler!. – København : Borgen, 1972 
  • Taylor, Jeff & Israelson, Chad, The Political World of Bob Dylan : Freedom and Justice, Power and Sin. – New York : Palgrave Macmillan, 2015 
  • Trager, Oliver, Keys to the Rain : The Definitive Bob Dylan Encyclopedia. – New York : Billboard, 2004 
  • Wilentz, Sean, Bob Dylan in America. – New York : Doubleday, 2010 
  • Williams, Paul, Performing Artist : The Music of Bob Dylan. – Novato, Calif. : UnderwoodMiller, 1990 
  • Williams, Paul, Performing Artist 1960-1973 : The Early Years. – Novato, Calif. : UnderwoodMiller, 1991 
  • Williams, Paul, Performing Artist 1974-1986 : The Middle Years. – Novato, Calif. : UnderwoodMiller, 1992 
  • Williams, Paul, Performing Artist 1986-1990 & Beyond : Mind Out Of Time. – London : Omnibus, 2004 
  • Wissolik, Richard David, McGrath, Scott & Colaianne, A. J., Bob Dylan’s Words : A Critical Dictionary and Commentary. – Greensburg, PA : Eadmer Press, 1994 
  • Yaffe, David, Bob Dylan : Like a Complete Unknown. – London : Yale University Press, 2011 
  • Young, Izzy, The Conscience of the Folk Revival : The Writings of Israel ”Izzy” Young / edited by Scott Barretta. – Lanham, Md. : Scarecrow Press, 2013 




jeudi 8 octobre 2015

La Biélorusse Svetlana Alexievitch, quatorzième femme à recevoir le prix Nobel de littérature

 

C'était donc une demi-blague quand même, ce tweet du "compte officiel" de Svetlana Alexievich (sans "t" sur Twitter), ouvert seulement le 2 octobre dernier; on a appris depuis qu'il est la création d'un Italien, Tommasso Debenedetti, habitué du genre. On ne sait pas si la vraie-fausse levée de la surprise aura été appréciée par les jurés du Prix Nobel de littérature. En tout cas, elle aura été la saga du jour avant que l'excellente nouvelle soit confirmée par l'académie suédoise à l'heure habituelle, 13 heures, ce jeudi 8 octobre 2015.



Svetlana Alexievitch.
Alexievich, Aleksiévitch, Alexievitch, Bélarusse (terminologie ONU), Biélorusse (terminologie française), les versions varient et coexistent. En tout cas, Svetlana Alexievitch (version de son nom par son dernier éditeur en date) est née en Ukraine le 31 mai 1948. Elle a fait des études de journalisme à Minsk et a toujours mené en parallèle journalisme et écriture de livres. Son équipement: un magnétophone et un stylo. Son ambition: raconter son pays par ceux qui le font.
Sa méthode:
"Je ne cherche pas à produire un document mais à sculpter l'image d'une époque. C'est pourquoi je mets entre sept et dix ans pour rédiger chaque livre. J'enregistre des centaines de personnes. Je reviens voir la même personne plusieurs fois. Il faut d'abord, en effet, la libérer de la banalité qu'elle a en elle. Au début, nous avons tous tendance à répéter ce que nous avons lu dans les journaux ou les livres. Mais, peu à peu, on va vers le fond de soi-même et on prononce des phrases tirées de notre expérience vivante et singulière. Finalement, sur 50 ou 70 pages, je ne garde souvent qu'une demi-page, cinq au plus. Bien sûr, je nettoie un peu ce qu'on me dit, je supprime les répétitions. Mais je ne stylise pas et je tâche de conserver la langue qu'emploient les gens. Et si l'on a l'impression qu'ils parlent bien, c'est que je guette le moment où ils sont en état de choc, quand ils évoquent la mort ou l’amour. Alors, leur pensée s'aiguise, ils sont tout entiers mobilisés. Et le résultat est souvent magnifique."
On a déjà compris combien l'écrivaine a pu souverainement déplaire aux autorités. Scandales, procès, séjours à l'étranger obligés, elle a tout connu. Sa meilleure récompense? Ses livres se vendent à plusieurs millions d'exemplaires en Russie. Aujourd'hui, à 67 ans, elle vit à nouveau à Minsk, en Biélorussie. "Ma notoriété me protège", glisse-t-elle.

Le premier de ses livres à être traduit en français est "Les cercueils de zinc" qui paraît chez Christian Bourgois en 1990, avant même l'édition russe, et qui y sera republié en 2002 dans une version complétée. Il est composé de témoignages de soldats russes partis se battre en Afghanistan. C'est le même procédé de témoignages recueillis qui est la base du premier livre de la lauréate, ceux d'anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, "La guerre n'a pas un visage de femme", écrit en 1985 et paru en français aux Presses de la Renaissance en 2004 (traduit du russe par Galia Ackerman et Paul Lequesne). La même année, elle avait aussi publié "Derniers témoins", racontant la guerre par des hommes et des femmes qui étaient alors des enfants. Le livre paraîtra également aux Presses de la Renaissance, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard, en 2005. Avant ces deux titres, le public francophone aura eu d'elle en 1998 chez JC Lattès "La supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse", (traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain) sur la catastrophe nucléaire,  paru l'année précédente et toujours interdit en Biélorussie.


Heureux hasard du calendrier, Actes Sud a publié hier un épais recueil d'"Œuvres" de Svetlana Alexievitch (790 pages), réunissant justement "La guerre n'a pas un visage de femme", "Derniers témoins" et "La supplication", dans les traductions précitées. De quoi lire ou relire la nouvelle Prix Nobel de littérature. Découvrir sa manière de raconter des vies, les entrelacs de voix que forment ses récits donnant à voir les émotions humaines et la tragédie du dernier siècle soviétique.

Les trois livres sont précédés d'un entretien de l'auteure avec Michel Eltchaninoff, publié en novembre 2014 dans "Philosophie magazine". "Je n'écris pas l'histoire des faits mais celle des âmes", s'y explique celle qui a aussi déclaré: "J'ai toujours été curieuse de savoir combien il y avait d'humain en l'homme, et comment l'homme pouvait défendre cette humanité en lui".

Plus proche de nous dans le temps, Svetlana Alexievitch a reçu le prix Médicis de l'essai 2013 pour "La fin de l'homme rouge, ou le temps du désenchantement" (Actes Sud, traduit du russe par Sophie Benech, 2013, 542 pages), également élu par le magazine "Lire" "meilleur livre de l'année 2013". Un livre sur la fin de l'URSS.

Plusieurs débuts des livres de Svetlana Alexievitch peuvent être lus ici.

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Depuis sa création en 1901, le prix Nobel de littérature a été remis 108 fois (il ne fut pas décerné à sept occasions, en 1914, 1918, 1935, 1940, 1941, 1942 et 1943.

Il a honoré 112 lauréats (il a été dédoublé quatre fois), dont quatorze femmes à ce jour, avec l'attribution du prix suprême à Svetlana Alexievitch ce jeudi, première femme de langue russe à être ainsi récompensée . Ce n'est vraiment pas beaucoup, même si on remarque une plus forte présence féminine ces dernières années.

Les lauréates féminines
  • 2015  Svetlana Alexievitch
  • 2013  Alice Munro
  • 2009  Herta Müller
  • 2007  Doris Lessing
  • 2004  Elfriede Jelinek
  • 1996  Wislawa Szymborska
  • 1993  Toni Morrison
  • 1991  Nadine Gordimer
  • 1966  Nelly Sachs
  • 1945  Gabriela Mistral
  • 1938  Pearl Buck
  • 1928  Sigrid Undset
  • 1926  Grazia Deledda
  • 1909  Selma Lagerlöf

Les habitués de la télévision sur le web du prix Nobel auront remarqué que l'annonce a été faite cette fois par une femme, Sara Danius, la nouvelle secrétaire perpétuelle. Historienne de la littérature et professeur d'université en littérature comparée, elle est la première femme à occuper cette fonction, tenue depuis 2009 par Peter Englund, lui-même ayant remplacé le célèbre Horace Engdahl.