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lundi 26 septembre 2022
Trois hommes seuls qui s'aiment sans se le dire
jeudi 22 octobre 2020
Le liseur, le botaniste, la rebelle et l'ingénu
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Franck Bouysse. (c) Mathieu Bourgois/Opale/Albin Michel. |
Il suffit de lire quelques pages de "Buveurs de vent", le nouveau et magistral roman de Franck Bouysse (Albin Michel, 392 pages) mais le premier chez cet éditeur, pour avoir l'impression d'être à côté de ce viaduc du Gour Noir, dans le Massif central, où trois frères et une sœur se balancent régulièrement, suspendus au bout d'un long filin solidement attaché, attendant le prochain train qui ébranlera l'ouvrage d'art et les fera aussi trembler. Un roman magnifique qui nous invite à côtoyer une fratrie indélébilement unie, quatre enfants singuliers qui prennent de la distance par rapport à leurs parents. Pas physiquement. On ne bouge pas de cette vallée depuis plusieurs générations.
Comme pour tous mes livres, ils ont surgi d'une émotion d'enfance. Je me suis retrouvé face à ce viaduc avec mon père, il y a 45 ans. Tout de suite, j'ai vu ces quatre gamins suspendus dans le vide, attendant le rituel du passage du train. Tous mes livres démarrent d'un souvenir d'enfance qui s'enflamme par l'émotion. J'avais le titre "Buveurs de vent" depuis le début. Comme pour tous mes livres. Le titre fait partie des outils sur ma table. La première histoire que j'ai lue est "Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède", une belle métaphore du rêve. Ce livre est ma manière à moi de monter sur le dos de l'oie, je vole.
Dans ce livre, je veux toucher à l'universel. J'avais envie de parler des passions humaines à l'exemple de Shakespeare, auteur qu'on peut lire partout. Ce qui se joue entre les humains m'intéresse. L'apocalypse du dernier chapitre répond au premier, le dernier homme s'en va. Cela s'impose mais c'est une fin ouverte comme dans tous mes livres. Une fin ouverte pour que, contrairement aux chapitres, les personnages continuent d'exister.
C'est un livre sur l’orgueil de l'homme. Dans mes autres livres, mes personnages guidaient le livre. Ici, c'est le corps qui flotte au début sur la rivière qui guide l'histoire. Les personnages entrent sur scène, parlent et sortent. Les âmes damnées de Joyce et de ses sbires sont là pour faire bifurquer l'histoire sur les drames et les tragédies, dont celle de la mort des deux types des carrières.
Ce prologue est un pacte avec le lecteur. Un corps flotte. Moi, je ne savais pas qui c'était. Au début, je pose des indices sans savoir. Car je pense que le livre, je l'ai déjà écrit. Je déroule quelque chose qui préexiste. En réalité, j'écris surtout quand je n'écris pas, que j'infuse. Quand je rentre dans une histoire, c'est obsessionnel. Vais-je arriver au bout? C'est vertigineux pour l'autodidacte que je suis.
J'ai passé mon enfance auprès de ma grand-mère paternelle. Elie, le grand-père, est une belle âme. Il fait advenir des choses, comme dans la métaphore de la fontaine. Comme si la transmission des émotions avait sauté une génération chez eux. Il a subi une défaite avec sa fille, il se rattrape avec les enfants de celle-ci. Gobbo, lui, est un père de substitution pour Mabel. Mais il est aussi l'ami de Martin. Il est à la fois un fanfaron qui a l'"Odyssée" à lire, et un homme qui se dédouane de quelque chose qu'il n'a pas su vivre. Mais il est la définition même de l'amitié.
Les personnages ne voient pas les mêmes choses lors des mêmes événements. L’apocalypse par exemple est vécue très différemment par Martha, Elie, ceux de la centrale électrique ou les gamins du viaduc. Cela compose une fresque mais pas toujours avec le même angle. Et cela me permet à moi de voir le tableau en entier.
La rébellion arrive assez tard dans le livre. Précisément, quand Mabel déboule seule en ville. Cela fout tout en l'air. Les gamins foutent tout en l'air. Mabel en ville, Matthieu qui tire, Luc qui récupère la douille, Marc qui récupère Mabel. C'est Elie qui fera le lien entre tous et ramènera Mabel à sa famille. Gobbo qui connaît le "Marchand de Venise" est celui qui ne lâche personne et dit qu'ils vont y aller tous ensemble.
Oui et ce livre dit aussi mon amour de la littérature. Il est plein de références, qu'on peut voir ou ne pas voir, cela n'a pas d'importance pour la lecture.
Dès la première phrase, la machine est en route. Après, je ne sais pas encore ce que je vais raconter. Ici, j'avais envie de me perdre dans cette vallée. Je découvre ces enfants, leurs singularités, leurs parents, ce père brisé, cette mère folle de Dieu. J'écris et je vais au bout de l'histoire sans en connaître la fin. Après, je reprends depuis le début. J'ai fait six versions du livre. La première est comme l'esquisse au crayon d’un tableau. Ensuite, je retravaille les couleurs, la palette de chaque personnage. Leurs prénoms ne sont pas là par hasard. Ils sont bibliques, les quatre évangélistes, ou viennent de la mythologie. Il faut que les prénoms m'emportent. Ils font partie de la patte de l'écriture. Enfin, je passe à l'épure, notamment dans les dialogues.
Oui, j'ai un rituel d'écriture, le même cahier, le même stylo. J'écris mon texte à la main dans un cahier, puis je le retape, je l'imprime et je le corrige. Il me faut une connexion physique avec ce que j'écris. Pour moi, les mots n'existent pas sur un écran. Je suis aussi un écrivain du matin.
Mes premières amours littéraires sont les feuilletonnistes. Je veux que chaque fin de chapitre me surprenne moi. Chacun des chapitres est une petite nouvelle, une chronique finalisée. C'est confortable pour moi, pour repartir dans le suivant. Comme Maupassant.
J'ai lu "L'Ile au trésor" à 14 ans, cela a été ma première lecture. J'ai eu une boulimie pour la littérature du XIXe siècle. En lisant, j'échappais à ma petite vie étriquée, dans ce monde assez clos où, pour les paysans, la destinée est promise. Un monde clos mais à ciel ouvert. Comment s'échappe-t-on de ça? Par les rêves. A 14 ans, ma survie a été que la littérature soit mon échappée. Les livres sont comme un entonnoir. Et petit à petit, on trouve sa famille, son terreau. Pour moi, Faulkner, Shakespeare, Dostoïevski… Aujourd'hui, je suis toujours un lecteur boulimique car je pense que le premier travail d'un romancier, c'est de lire. On vient tous d'Homère.
vendredi 25 septembre 2020
Un père, deux fils, deux frères, trois hommes seuls qui s'aiment
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| Laurent Petitmangin. |
Prendre un roman français, un premier roman, intriguée par la couverture et le titre. Le lire d'une traite. Le poser, bouleversée par cette histoire intense et son dénouement. Ne pas en émerger de suite. Noter un mot: vertigineux. C'est ce qui m'est arrivé avec "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, 188 pages). L'histoire d'un père qui, veuf, élève seul ses deux fils orphelins. L'histoire d'un père qui les aime et veut leur bien. L'histoire d'un père qui, homme de gauche, voit son aîné basculer dans le camp de l'extrême-droite. L'histoire d'un père qui s'interroge mais continue à aimer ce grand garçon qui était hier tellement fou de foot, et doué, qu'on l'appelait Fus (pour Fußball, on est près du Luxembourg).
Le temps passe, les enfants grandissent, prennent leur indépendance, font leurs expériences. Le père raconte les nouveaux copains de Fus, qu'il n'aime pas, contrairement à Jérémy qui a été son pote d'enfance.
"Je l'observais, il [Fus] était sombre dans tous ses gestes, et le dimanche, au foot, il devenait dur, vicieux dans ses interventions. "
Puis arrivent les signes extérieurs de facho, comme une croix celtique. Le père s'inquiète, tente de faire intervenir Jérémy, également le petit jeune de la section, étudiant à Sciences Po à Paris. Ces études qui pourraient bien être aussi celles de Gillou qui a, lui aussi, grandi. Le temps passe et Fus s'écarte de plus en plus de sa famille. Il a une rage, mais contre qui, à cause de qui, à cause de quoi?
"On arrivait à vivre comme cela, en sachant, tant bien que mal."On sent le drame se profiler et il finit par arriver. C'est à partir de là que Laurent Petitmangin qui nous a ravi jusqu'ici par sa manière de raconter, sans plainte ni effets de manche, se révèle immense romancier. Il nous dit ce père tellement perdu face à ce qui arrive aux siens, et donc à lui. Ce père qui veut rester debout, qui veut rester le père de ses deux garçons, ces deux frères auxquels le destin a donné des vies très différentes. Pas d'analyse psychologique heureusement dans ce splendide premier roman mais un amour infini et éternel, réciproque et partagé, terreau de belles vies.
Laurent Petitmangin explique à son éditeur son parcours:
"Je suis depuis toujours un grand lecteur et un collectionneur de livres. Mon plus beau cérémonial d'enfance, c'était de me rendre à la bibliothèque du village, chaque samedi après-midi. J'adorais ce moment. (...) Je me suis mis à écrire pour ne pas perdre ce que je lisais: j'ai le secret espoir qu'une synthèse magique s'opère, que ce que j'ai lu de plus beau, de plus étonnant s'infuse un peu dans mes phrases.
Pour moi, un livre, c'est un peu l'équivalent d'une cabane d'enfant. Quand j'étais petit, j'avais des amis qui faisaient des choses incroyables de leurs mains, en bois, en fer. Moi non. Pas par manque de patience ni manque d'imagination, mais simplement parce que j'en étais incapable. Ecrire, ça, j'y arrivais. J'arrivais à construire. L'histoire venait. Il y a un côté très chaud, très enveloppant à une histoire qu'on commence à façonner, cela devient un peu notre cabane, avec nos mots, nos secrets.
"Ce qu'il faut de nuit" est né très rapidement. j'avais envie de parler du sentiment de déception, de son côté parfois irrémédiable. Puis sont venus d'autres thèmes: j'ai voulu raconter la relation entre un père et son fils, mettre en évidence la difficulté, la pudeur infinie de cette relation, interroger l'incapacité d'un père à trouver les mots. Je voulais aussi raconter un certain monde. Ce roman n'est pas autobiographique, mais il se nourrit de ma vie, bien sûr. La phrase "Tu seras ingénieur à la SNCF", je l'ai entendue des centaines de fois. J'ai été élevé dans cette dévotion du service public, un de mes grands-pères posait les voies à la SNCF, mon père était conducteur. C'est une vraie responsabilité d'écrire sur des choses qu'on aime, on a la crainte de trahir, de décevoir. Mais c'est un risque nécessaire. Et puis, surtout, je voulais parler des valeurs, de comment elles se transmettent, ou pas. Je me suis intéressé au parcours de certaines personnes: comment et pourquoi elles passent de la gauche à l'extrême-droite? Comment leur conscience peut-elle s'en accommoder? Je ne cherchais pas à parler des tensions politiques de l'Europe, mon propos est beaucoup plus modeste: dire comment les faits se précipitent. Comment l'irrémédiable se crée. Le romancier propose des éclairages, des scénarios et il doit en rester là: amener le lecteur à se demander: qu'aurais-je fait? que ferais-je si cela devait arriver?"
Pour lire en ligne le début de "Ce qu'il faut de nuit", c'est ici.
jeudi 21 novembre 2013
LB nit Paul Colize et sa "Camille"
Paul Colize est un écrivain belge qui est actuellement finaliste du prix Victor Rossel avec son roman "Un long moment de silence" (La manufacture de livres).Il est en compétition avec quatre collègues:
Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse éditions), Stéphane Lambert, "Mon corps mis à nu" (Les impressions nouvelles), Nathalie Skowronek, "Max, en apparence" (Arléa) et Isabelle Wéry, "Marilyn désossée" (MaelstrÖm ReEvolution).
Verdict le 3 décembre.
Paul Colize est un écrivain belge qui a été finaliste du prix Victor Rossel 2012 avec son roman "Back-up" (La manufacture de livres, repris cette année en Folio policier).
Il était en compétition avec quatre collègues:
Patrick Declerck, le lauréat 2012, pour "Démons me turlupinant" (Gallimard), Yun Sun Limet, "Joseph" (La Différence), Jacques Richard, "Petit Traître" (Albertine) et Giuseppe Santoliquido, "L’audition du Docteur Fernando Gasparri" (Renaissance du livre).
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| Le mur des photos trouvées chez Pêle-Mêle. |
La série a été publiée dans le "Focus Vif" durant l'été 2013.
Cet hiver, ONLIT REVUE la reprend en ligne, dans sa nouvelle série "Pêle-Mêle".
Inauguration en fanfare avec le très joli texte "Camille" de Paul Colize.
Ce dernier m'a très aimablement autorisée à reprendre l'intégralité de son texte sur mon blog. Je l'en remercie chaleureusement.
Camille
Cette année-là, un homme avait marché sur la lune et Jane Birkin n’en finissait pas de s’envoyer en l’air. Il suffisait d’allumer la radio pour l’entendre gémir de plaisir.
L’été touchait à sa fin, je venais d’avoir seize ans et je me préparais à faire une connerie.
Au départ, l’affaire se présentait pourtant bien. Une petite agence isolée dans un quartier calme, deux ou trois employées vieillissantes, le premier commissariat à plus de cinq kilomètres.
Nous l’avons braquée à moto, Max et moi. J’ai mis la honda sur sa béquille en laissant tourner le moteur et nous sommes entrés dans la banque, nos casques sur la tête, de fausses pétoires dans les mains. Tout s’est déroulé comme prévu, personne n’a moufté. Les femelles se sont allongées sur le sol pendant que le gérant nous remettait le magot. Nous avons tout mis dans un sac et sommes sortis en hâte.
Ils nous attendaient. Trois bagnoles, une douzaine de flics et des milliers de canons braqués sur nous.
J’ai chopé sept ans.
Pour mon malheur, ils m’ont envoyé dans le quartier des mineurs, à Saint-Gilles.
Quelques jours après mon incarcération, elle est venue me rendre visite et m’a offert ce bouquin, Papillon. C’était le best-seller du moment, mais d’autres critères avaient dicté son choix. Elle savait que je ne lisais pas, mais elle avait insisté. Le texte contenait un message d’espoir, une promesse de liberté, une leçon de courage.
Ce n’est que quelques jours plus tard que je l’ai ouvert et que j’ai trouvé la photo. Je me suis souvenu du moment et de l’endroit où je l’avais prise. Ses cheveux tombaient sur ses épaules. Elle affichait cette gravité dans le regard et ce sourire énigmatique qui m’avaient fait craquer. Soir après soir, le souffle court, j’ai imaginé les courbes que la photo ne dévoilait pas en me remémorant nos étreintes platoniques.
Au fil des semaines, ses visites se sont espacées. Au printemps de l’année suivante, elle a cessé de venir.
J’ai lu le bouquin, et bien d’autres à sa suite. Petit à petit, j’ai oublié l’histoire, mais je suis tombé amoureux des livres. Les mois passant, j’ai oublié la présence de la photo. En définitive, je l’ai oubliée, elle aussi.
Je suis sorti après quatre ans. J’ai arrêté de déconner et j’ai refait ma vie. Je suis devenu menuisier. Je me suis trouvé du boulot et une femme. Nous avons eu deux beaux enfants.
Plus de quarante ans ont passé. Ma femme s’en est allée, emportée par le crabe, mes enfants ont terminé leurs études et suivi leur chemin. À leur tour, ils se sont mariés et je suis resté seul, avec mes livres comme amis dévoués. J’en dévorais plusieurs par semaine, pour la plupart des pavés que je trouvais rangés pêle-mêle dans les rayons d’un magasin de seconde main.
C’est là que je l’ai retrouvé.
Sa couverture a accroché ma mémoire. Papillon. Je me suis souvenu de ce qu’il m’avait apporté, la naissance d’une passion et le sentiment de liberté qui me manquait entre mes quatre murs.
Je l’ai pris et mes mains ont commencé à trembler. Comme si elles étaient mues par une force propre, elles se sont mises à feuilleter les pages.
Elle était là, vers le milieu du bouquin. La photo.
Des fourmillements ont parcouru mon corps. Cela faisait bien longtemps que je ne croyais plus au hasard, mais je savais que la vie offrait parfois une dernière chance.
Je suis rentré chez moi et j’ai entamé mes recherches. Elle avait probablement changé de nom et d’adresse. Sans doute ne savait-elle plus qui j’étais. Peut-être la maladie l’avait-elle également emportée.
Il m’a fallu une bonne semaine de travail. Une semaine pour découvrir qu’elle habitait dans une maison à Ixelles, face aux Étangs.
J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai composé son numéro.
J’ai à peine reconnu sa voix.
Elle savait qui j’étais. Elle semblait embarrassée par ses souvenirs et la trahison qui avait mis un point final à notre histoire. Je l’ai rassurée, je ne lui en voulais pas, je comprenais, nous n’étions que des enfants, le temps avait accompli son œuvre.
Nous avons arrangé un rendez-vous.
C’était au mois de mai. L’été approchait. L’air était doux.
Nous nous sommes retrouvés à la terrasse de la Patinoire, au cœur du bois de la Cambre, là où nous allions quand nous avions seize ans.
Je suis arrivé bien à l’avance.
Elle était ponctuelle. Les années s’étaient écoulées, mais je l’ai reconnue au premier coup d’œil. Au-delà des rides, j’ai deviné les traits de sa jeunesse. J’ai revu la gravité dans son regard et le sourire énigmatique qui m’avaient fait craquer. J’avais devant moi la Camille de mes années d’insouciance.
Nous avons commandé des thés à la bergamote et nous nous sommes raconté nos vies. Son parcours ressemblait en de nombreux points au mien. Un mari au cœur fragile, deux enfants débrouillards, des centaines de livres dans la bibliothèque et un retour dans la maison familiale.
L’après-midi a passé en l’espace de quelques minutes.
Au moment où elle s’est levée pour s’en aller, je lui ai proposé de faire quelques pas avec elle. Nous avons longé le chemin et sommes arrivés à l’endroit que nous appelions le ravin, la grande pelouse en pente où nous nous étendions pour échanger des baisers et nous moquer des bien-pensants qui pique-niquaient.
Elle s’est arrêtée et a souri.
Elle m’a demandé si je me souvenais.
Je me souvenais.
Nous avons continué à marcher. J’ai pris sa main dans la mienne. Elle était douce. L’air était chargé d’un parfum léger. L’été renaissait.









