Épineuse question, comment aborder Noël
avec les enfants après tant d'albums qui ont déjà creusé cent chemins (lire
ici). De manière classique ou non? C'est deux contre deux pour les quatre albums qui me
sont parvenus.
"Noël"
Cecilia Cavallini
traduit par Christiane Duchesne
D'Eux, 32 pages
dès 3 ans
Approche classique du thème de Noël mais dans une version qui évoque discrètement
le changement climatique. Il fait doux dans la forêt et Ours n'a pas sommeil.
Il se promène ici et là. Tous ses amis animaux lui parlent de Noël. Vu qu'il
hiberne habituellement à cette époque, il ne sait pas de quoi il s'agit. Il va
donc mener son enquête. Il procède par question-expérimentation, emmagasinant
des réponses qui ne sont pas toujours les bonnes. Mais ses amis sont là pour
le contredire et l'instruire. Après bien des tâtonnements, Ours va découvrir
Noël, le sapin, les décorations et surtout, l'amitié. Un grand format
d'une auteure-illustratrice italienne, publié seulement en français, d'une
grande douceur.
Ours mène son enquête. (c) D'Eux.
"Petit Papa Noël"
Thierry Dedieu
Seuil Jeunesse, 12 pages cartonnées
pour les bébés
C'est en 2015 que l'auteur-illustrateur français Thierry Dedieu lance sa collection "Bon pour les bébés", soit des très grands formats cartonnés (28 x 38 cm) en noir et blanc, pleins d'humour, destinés aux tout-petits (0-3 ans). Il y revisite comptines et jeux de mots, il y crée poèmes et haïkus. Tous les titres sont illustrés de sa manière caractéristique, expressive et minimaliste mais très efficace, avec des contrastes visuels forts. Proche de la trentaine de volumes, la collection ne pouvait ignorer la célèbre comptine "Petit Papa Noël". La voilà, pour le plus grand plaisir des petits et de leurs parents. A lire, regarder et chantonner.
Une version de la comptine pour les bébés. (c) Seuil Jeunesse.
Le Renard de Noël
Eric Sanvoisin
Delphine Jacquot
L'étagère du bas, 48 pages
dès 6 ans
Il est toujours agréable de découvrir les illustrations de Delphine Jacquot. On la retrouve ici en duo avec Eric Sanvoisin ("Marions-les!", lire ici). Un album à deux temps par pages, un sapin et un lutin commentant l'histoire d'un renard amateur de poules devenant un Renard de Noël. On va suivre ses stratagèmes pour entrer dans le poulailler voisin, avec les critiques qui les accompagnent. Les idées de scénario sont bonnes, les images bourrées de détails superbes mais le procédé de la lecture dédoublée est compliqué et un peu lourd. Surtout que les personnages sont nombreux, surtout les poussins. Le Renard arrivera-t-il à ses fins, dévorer les poules pour Noël? Les péripéties se succèdent, toujours commentées par le duo et on finit par s'y perdre un peu, jusqu'à l'impeccable finale qui redynamise l'ensemble.
Le Renard de Noël a faim. (c) L'étagère du bas.
La petite bûche de Noël
Michaël Escoffier
Kris Di Giacomo
D'Eux, 32 pages
dès 4 ans
Cet album joue aussi sur les mots, ceux que l'ours Robear écrit de travers quand il tape sa nouvelle histoire à la machine. Cela entraîne plein de confusions, l'ours "gonfle" en dormant, il a peur de se faire "décorer", un "radeau" est déposé au pied d'un "pompier" tout nu... Heureusement l'écureuil veille, remplace "gonfle" par "ronfle", "décorer" par "dévorer", le "radeau" par un "cadeau" et le "pompier" par un "pommier". Pareille aventure avec les cadeaux sauf que ceux-ci vont calmer temporairement les ardeurs littéraires de l'ours. Car la veille de Noël, les animaux se rassemblent pour déguster une "biche" en chocolat. La nature a repris le dessus. Chacun mélange les mots à qui mieux mieux, ce qui n'empêche pas la troupe de faire la fête. Un titre amusant mais pas toujours facile à suivre.
#confinothèque42
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.
La fête des âmes. (c) HongFei.
"Il y a des choses qu'on peut admirer sans comprendre."
Cette phrase magnifique est la clé du nouvel album pour enfants (à partir de 6 ans), "Le secret du clan", de Gilles Baum et Thierry Dedieu (HongFei, 44 pages) qui collaborent ici pour la dixième fois. Une phrase qui, si on y réfléchit, dépasse évidemment largement le cadre de cette touchante histoire de transmission entre un grand-père et sa petite-fille. Mené comme une enquête, le récit est illustré de papiers déchirés collés, sobres et expressifs. Le lieu n'est pas clairement nommé mais la coiffure de l'héroïne, aussi narratrice de l'histoire, en dit long. Et plusieurs allusions au Japon sont glissées dans le récit.
On suit avec beaucoup de plaisir la fillette qui vient passer ses vacances estivales chez son grand-père. Ce dernier habite une île de pêcheurs qu'on rejoint en bateau. Une île si petite qu'on en fait le tour en bicyclette en une journée. L'unique village abrite différents commerces, boulanger, poissonnier, épicier, couturière. S'y trouvent aussi une capitainerie, une école avec un instituteur qui, se croyant très savant, s'avère très bavard ainsi qu'un poste de police.
L'arrivée. (c) HongFei.
Cette année, la vacancière a grandi. Elle remarque que certains des adultes qu'elle croise portent un petit tatouage à l'avant-bras. Intriguée, elle n'a de cesse d'en savoir davantage. Elle va mener son enquête, faisant même des listes des tatoués et des non tatoués. Fameux mystère! Bien sûr, elle pourrait interroger son grand-père. Mais pour cela, il lui faut trouver le bon moment. Il va se présenter avec la fête des âmes, festive, douce et inspirée. Et le grand-père répondra à sa petite-fille de la plus magnifique des façons. En l'emmenant découvrir une créature géante secrète. Réservée à ceux qui peuvent "admirer sans comprendre". Si la demoiselle est encore trop petite pour faire partie du clan physiquement, elle y est déjà admise moralement. Son grand-père le lui rappellera par son cadeau de départ à la fin des vacances.
Il est très agréable de découvrir un album comme "Le secret du clan" qui pose une véritable histoire, une intrigue bien amenée et bien menée, avec une pointe d'humour, beaucoup de tendresse et de complicité.Elle permet en même temps de découvrir les autres et de se découvrir soi. Sans oublier que le plaisir qu'on éprouve à admirer les illustrations qui, très dépouillées, soutiennent remarquablement le récit.
Thierry Dedieu est un auteur-illustrateur jeunesse de qualité et prolifique. Près de 175 titres à ce jour, 174 précisément, dans toutes les tranches d'âge, qu'il signe le plus souvent d'un simple DEDIEU, en tant qu'auteur, illustrateur ou les deux à la fois. D'accord, il a commencé en 1992 avec "Cocottes perchées", illustré par Katy Couprie (Le Sourire qui mord), "Petit soldat Noël" (Albin Michel Jeunesse), "L'As de pique" et "Nicolas II prince de Coatie", avec Rémi Courgeon (Circonflexe). Depuis, il n'a plus cessé de travailler et de publier. Souvent plusieurs livres par an. Il suffit donc de faire le compte...
L'année 2017 est bien partie avec deux titres déjà parus et trois autres annoncés.
"Si j'étais Ministre de la Culture" (HongFei, 48 pages) qui sort aujourd'hui en Europe est né à la fin de l'année dernière au Québec. Le texte est de Carole Fréchette, auteure dramatique née à Montréal. Thierry Dedieu y a posé des images aux teintes souvent sombres. Elles montrent des personnages aussi expressifs qu'inquiétants. Sont d'autant plus fortes qu'elles couvrent les doubles pages de ce grand format (27 x 36 cm) à la couverture semi-rigide d'un orange bien visible.
Thierry Dedieu explique sa démarche, son "engagement dans la campagne".
"En 2014, lors de la campagne électorale québécoise, Carole Fréchette, dramaturge, publie une lettre ouverte: "Si j'étais ministre de la culture". Et c'est Gilles Baum, qui me la fait découvrir.
D'emblée, j'ai trouvé la démonstration "fulgurante". Je me devais de promouvoir sa diffusion, il fallait que ce texte entre dans les écoles, les mairies, les têtes. Aussitôt je contactais son auteure, aussitôt je trouvais un éditeur.
La première édition de ce "manifeste" a été publiée au Québec fin 2016, par les éditions D'eux.
Le voici publié en France par les éditions HongFei dont je salue l'engagement."
L'album s'ouvre par le rappel de la phrase célèbre attribuée à Winston Churchill à qui il était demandé, pendant la Seconde Guerre mondiale, de couper dans le budget des arts au profit de l'effort de guerre. "Mais alors pourquoi nous battons-nous?", aurait-il répondu.
La parole est ensuite donnée à la Ministre de la Culture potentielle, qui demande des crédits à son gouvernement et s'entend répondre par ses collègues qu'il y a des urgences plus prioritaires: la santé, l'équipement, l'économie, l'armée. On connaît la chanson...
La ministre de la Culture partage son idée à ses collègues. (c) HongFei.
Mais où l'album devient très intéressant , c'est quand la ministre, qui ressemble un peu à Jackie Kennedy, use d'une nouvelle tactique. Elle décrète sur-le-champ "la tenue de "journées sans culture", journées où toute activité artistique, toute manifestation de vie culturelle, serait absolument interdite." Pan dans les dents!
Fini la musique. (c) HongFei.
Les pages suivantes montrent l'étendue des dégâts à envisager quand il n'y a ni musique, maestro seul à son pupitre, jazzmen sans instruments, ni cirque, chapiteau fermé, ni danse, petits rats écroulés sur eux-mêmes, ni télé ni guignol mais des bébés hurlants, ni écrans ni internet mais des ados déprimés, ni musées puisque les tableaux sont retournés, ni livres bien entendu. Et ainsi de suite. Ni architecture ni œuvres d'art visibles. Et pour tous, un seul modèle de vêtement, de voiture.
Le texte de Carole Fréchette est d'une sobriété exemplaire et les illustrations de Thierry Dedieu très éloquentes dans leur choix d'attitudes des protagonistes et de détails des scènes. Ses personnages proches de la caricature occupent magnifiquement les fonds de couleur dont les teintes varient de page en page.
Fini le guignol! (c) Hongfei.
"Combien de temps dureraient ces journées sans culture?", interrogent les auteurs qui apportent une réponse rassurante car humaine. Ouf, on n'est pas encore des robots! Mais la privation demeure un bon moyen de calculer l'importance des choses. Un album engagé mais pas du tout casse-pieds, bien au contraire, ouvrant à la discussion, pour tous à partir de 8 ans. Une affiche-manifeste à détacher et afficher figure sous le rabat final. Ce serait chouette si elle pouvait être téléchargée quelque part.
L'autre album de Thierry Dedieu, paru cette année, tout début janvier, en grand format aussi (23 x 33 cm), est l'excellent, poignant, "D'entre les ogres", avec un texte de Gilles Baum (Seuil Jeunesse, 40 pages), neuvième collaboration du duo. C'est l'histoire d'un ogre qui découvre un bébé abandonné dans la forêt et décide avec son épouse de prendre soin de la petite fille baptisée Blanche, avec en filigrane la question: un ogre et une ogresse peuvent-ils devenir un père et une mère?
L'illustrateur en parle comme de l'un de ses trois livres préférés:
"Parmi mon importante production qui avoisine les 175 livres, il est celui qui entre directement dans le trio de mes livres préférés.
C'est l'histoire d'un couple d'ogres qui recueillent un enfant abandonné.
Toute personne dont la profession commence par "psy" va adorer!
Pour ma part, c'est bien simple, il me bouleverse."
"D'entre les ogres" commence dans la peur. Un bébé pleure dans son panier au milieu de la forêt et c'est un ogre qui s'en saisit. Mais on est tout de suite rassuré. On croit l'ogre et l'ogresse, en mal d'enfant depuis deux cents ans, quand ils disent qu'ils vont l'élever. Ils seraient même beaux malgré leurs oripeaux et leur crasse. Thierry Dedieu les représente magnifiquement, inquiétants et rassurants à la fois, silhouettes sombres évoluant sur des fonds clairs. Blanche est bien tombée: elle devient la reine de la chaumière. Rien n'est trop beau pour elle. A ses yeux, les ogres sont ses parents.
Personne ne contredit Blanche. (c) Seuil Jeunesse.
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Sauf qu'en grandissant, la petite fille se demande un jour pourquoi ses parents ne mangent pas la même chose qu'elle et, tant qu'elle y est à les questionner, pourquoi elle ne va pas chasser la nuit avec eux. La situation devient embarrassante pour les ogres qui décident la rendre la petite au village. Mais comment se résoudre à quitter Blanche? L'ogre sera capturé, jugé, condamné à l'échafaud. La jeune fille qui assiste aux scènes comprend soudainement son passé. L'amour qu'elle a reçu ne peut s'effacer. Elle va méduser le village rassemblé par son initiative audacieuse, qu'elle fait sans peur. Parce qu'elle sait qui est sa famille.
Un très bel album sur les parents apparemment différents, la famille et l'amour parents-enfants. A partir de 6 ans.
Les trois albums de Thierry Dedieu à paraître en 2017 sont
"Météo marin" (Seuil Jeunesse, collection "Bon pour les bébés")
"L'empereur, sa femme et le petit prince" (Seuil Jeunesse, collection "Bon pour les bébés")
"Bob & Marley, les vedettes" (Seuil Jeunesse)
Ce qui nous fera alors 177 titres!
L'an dernier, en 2016, on avait eu, en ordre de calendrier décroissant.
"Les bonshommes de neige sont éternels"
Seuil Jeunesse
L'amitié entre un écureuil, une chouette, un hérisson, un lapin et un bonhomme de neige.
"Le totem"
avec Gilles Baum
Seuil Jeunesse
lire ici
"Bon appétit"
Seuil Jeunesse
Les plats préférés des petits: purée, lettres vermicelles, jambon...
"Bob & Marley, une partie de pêche entre amis"
et "Bob & Marley, le monstre"
avec Frédéric Marais
Seuil Jeunesse
Deux ours super copains: Bob, petit, grognon et gaffeur, Marley, grand, câlin et farceur.
"Le corbeau et le renard"
La Fontaine
Seuil Jeunesse
Le petit monde du livre s'est rappelé, et à raison, du magnifique premier roman de Sigolène Vinson paru au Tripode l'an dernier, "Le Caillou"(lire ici). Il est en effet le lauréat en catégorie littérature francophone du prix Libr'à Nous 2016. Un prix à multiples catégories, neuf cette fois, créé en 2013, et auquel ont participé cette année plus de 200 libraires de France, Belgique, Suisse, Maroc, Nouvelle Calédonie, Québec, contre 160 l'an dernier.
Il s'autodécrit ainsi: "Le Prix Libr'à Nous est un mouvement spontané et libre de libraires voulant mettre en avant dans différentes catégories leurs coups de cœur. C'est un prix où tous les libraires francophones du monde entier en poste (ayant exercé au moins 4 mois durant l'année) en librairies indépendantes, grandes surfaces, chaînes, peuvent voter à tous les tours via notre groupe internet."
En pratique, tout passe par la page Facebookdu prix. Les votes portent sur les livres parus l'an dernier.
Palmarès
Album jeunesse: "Je suis un lion", d’Antonin Louchard (Seuil jeunesse)
Histoire: "Histoire de la douleur: XVIe-XXe siècle", de Javier Moscoso (Les Prairies ordinaires)
Philo/Socio/Psycho: "10 jours dans un asile", de Nellie Bly (Editions du Sous-Sol)
Littérature étrangère: "La neige noire", de Paul Lynch (Albin Michel)
Littérature francophone: "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
Bande dessinée adulte: "Zaï Zaï Zaï Zaï", de Fabcaro (6 Pieds Sous Terre)
Imaginaire: "Futu.re", de Dmitry Glukhovsky (Atalante)
Polar: "Pukhtu", de D.O.A (Gallimard)
Roman ado: "Les petites reines", de Clémentine Beauvais (Sarbacane)
Je plussoie aux choix en littératures francophone et étrangère. J'ai des doutes sur les choix en jeunesse, non que les choix soient mauvais, mais je pense qu'il y avait mieux. Je me tais par rapport aux autres catégories que je connais mal.
A noter que la soirée de remise des prix aura lieu ce mercredi 10 février (20 heures) au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris.
Mais comme je l'écrivais, un caillou peut en cacher un autre.
Et cet autre "Caillou", c'est l'album jeunesse que Thierry Dedieu vient de publier (Seuil Jeunesse, 40 pages). Un grand format en trois couleurs, noir, blanc et rouge, sous-titré "Les hommes sans mémoire n'ont pas d'avenir". Un conte inspiré par les destructions récentes d'œuvres d'art majeures. La quatrième de couverture les rappelle sobrement.
La quatrième de couverture. (c) Seuil Jeunesse.
L'attaque des Khomènes. (c) Seuil Jeunesse.
En des images sobres mais éloquentes, Thierry Dedieu raconte la guerre, la conquête, le massacre des uns par les autres. Nouvelles lois, nouvelles valeurs. "Désormais", écrit-il, "le Karabastan est aux mains des Khomènes, porteurs d'une nouvelle culture." Khomènes comme Khomeini?
Le caillou est la montagne sacrée des nomades. (c) Seuil Jeunesse.
Leur territoire est un désert au milieu duquel se trouve "le caillou", un rocher haut de 300 mètres. Ses parois sont recouvertes d'inscrip-
tions millénaires. Quel "caillou dans la chaussure des Khomènes", note l'auteur. Leur chef tyrannique veut au plus vite détruire ce caillou qui témoigne du passé et en évacuer les décombres au-delà des frontières.
Tout roule sauf qu'un élément étrange intervient: le pays se soulève, au sens premier. Une vingtaine de centimètres d'abord. Le guide suprême est fier "d'avoir un pays au-dessus des autres". Les choses se compliquent quand la marche fait d'abord 5 mètres et ensuite 820, isolant totalement le Karabastan. Et le savant annonciateur du pire connaîtra un sort funeste.
"Le caillou" dénonce à sa façon imagée la tyrannie et ses ravages. Thierry Dedieu dénonce crûment l'obscurantisme et la violence. Et propose aux enfants lecteurs de réfléchir à la marche du monde, à grande ou à petite échelle. A partir de 6 ans.
Sur son blog, Thierry Dedieu réfléchit sur son travail.
Thierry Dedieu.
"Les attentats du début d'année dernière m'ont bouleversé, la tuerie elle-même, la réaction des Français mais plus encore le fait que certains proclamaient haut et fort qu'ils "n'étaient pas Charlie". Comment ne pas être Charlie?
Ce fut pour moi une stupéfaction. Je me suis beaucoup interrogé sur ce qui pour moi était une évidence et qui ne l'était pas pour d'autres.
J'ai pris alors conscience d'un manque d'éducation au sens large. Alors j'ai décidé de m'engager. J'ai pris conscience que nous, auteurs, éditeurs, instituteurs, bibliothécaires, libraires… mais aussi parents, nous avions un rôle à tenir. Jusque-là, il m'était arrivé de consacrer certains de mes livres à des réflexions sur la guerre ("Le pacificateur", "Aagun", "Va-t-en-guerre", "14-18", "Le Baron bleu"), ces "engagements" de ma part étaient plus intuitifs qu'intentionnels. Hormis le livre "Dieux" (L'Édune), je n'avais pas réellement pris parti et surtout je n'avais pas cherché délibérément à "agir". Le livre "Le cailloue marque un changement. Désormais, quand je le jugerai nécessaire, quand j'en aurai la possibilité: je m'engagerai.
"Le caillou" est un conte. Il a été inspiré par les exactions perpétrées par les talibans, entre autres, qui ont détruit certains monuments et qui veulent effacer "une culture" et donc la culture.
Dans ce livre, une phrase est mise en exergue, cousine de celle attribuée à Foch: "Les hommes sans mémoire n'ont pas d'avenir".
Dans "Le sourire de la montagne" (Gallimard Jeunesse, 2013, lire ici), album au titre énigmatique, François Place avait aussi conçu un album en écho à la destruction par les talibans, en février 2001, des deux Bouddhas géants de Bamyan, en Afghanistan. Mais il en avait fait une histoire de construction.