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lundi 23 mars 2026

Quel avenir pour les albums jeunesse du Rouergue, présents, passés et futurs?

Quelques-uns des albums carrés du Rouergue.

Y aura-t-il de la neige à Noël? La question comporte à la fois espoir et résignation, car on sait bien qu'il ne neige plus tellement souvent en décembre. De la même manière, on peut se demander s'il y aura des albums jeunesse aux éditions du Rouergue en 2027. L'édition ne relève pas de la magie. On sait que les albums à paraître l'an prochain sont à préparer maintenant, surtout ceux de création - ceux en traduction ont peut-être un peu plus de marge. Or, aucun signal vert n'est actuellement donné aux auteur.e.s. de la maison appartenant au groupe Actes Sud. Au contraire. Elles et eux ont vu les signaux rouges s'allumer les uns après les autres depuis plusieurs années et singulièrement depuis l'an dernier. Leur œuvre est aujourd'hui considérée par la direction comme une "collection ancienne", ce qui leur fait craindre le pire pour l'avenir de l'actuel catalogue. Enterré ou réimprimé? Les auteur.e.s ont reçu l'été dernier un mail de la direction: "La situation en librairie est devenue extrêmement difficile. La fréquentation a chuté de façon dramatique et les alertes des libraires au sujet de la surproduction nous ont conduits à une révision de la programmation du second semestre." Ils et elles ont vu l'équipe éditoriale historique, Olivier Douzou et David Fourré, remerciée à la même époque. Après plus de trente ans et sans autre discussion. Sans qu'ils en sachent davantage, à part le mantra de la direction selon lequel "les albums ne s'arrêtent pas".

 
"Jojo la mâche"
Cette maison d'édition qui a dynamité la création jeunesse française dans les années 1990 va-t-elle subir le même sort que son premier titre "Jojo la mâche" (Rouergue, 1993)?  Dans cet album drôle et poétique d'Olivier Douzou, une vache perd peu à peu ses attributs, corne, queue, gamelles, jusqu'à disparaître elle-même. En levant le nez au ciel, on y retrouve des morceaux de la mâche. Faudra-t-il faire pareil pour retrouver les albums jeunesse du Rouergue?
 
La Foire de Bologne se tient dans trois semaines. Et la présidente du Rouergue, Alzira Martins, ne sera "malheureusement" pas présente à la grand-messe mondiale de la littérature de jeunesse, m'informe-t-elle. Sa maison sera-t-elle représentée sur l'espace collectif Actes Sud? Je regarderai.
 
Un collectif créé 
Les auteurs s'inquiètent depuis longtemps (lire ci-dessous, sans oublier le texte du "Libé des auteur.es jeunesse" ici) et n'obtiennent pas de réponse claire à leurs questions. Ils se sont donc regroupés dans un collectif, Roule toujours (ici), réunissant des libraires, bibliothécaires, médiateurs, journalistes, chroniqueurs, associations pour la lecture, organisateurs de salons, Écoles d'Arts Appliqués, membres des commissions CNL, de collectivités, de l'ADAGP, du SGDL, de la charte des auteurs, illustrateurs, éditeurs et lecteurs. Quasiment 300 membres aujourd'hui, dont le secteur Livre et lecture petite enfance du Conseil départemental du Val-de-Marne qui réagit ainsi: "Je suis choquée d'apprendre cette triste nouvelle et bien sûr en total désaccord avec "les décideurs" qui ne prennent pas en compte la dimension essentielle de ce catalogue. Toute cette collection doit perdurer, s'enrichir encore d'œuvres créatives, audacieuses, intelligentes où l'humour aussi a sa place essentielle dans notre monde si lourd. Les enfants apprécient grandement ces albums, nous le savons, nous qui sommes au plus près des familles." 
 
Le collectif a envoyé une lettre s'inquiétant de l'avenir aux directions du Rouergue et d'Actes Sud le 18 février. Un gros mois plus tard, pas de réponse.
 
Seule indication de la direction, lapidaire, à mes questions sur l'avenir des albums: 
"En effet la collection Albums est suspendue pour le moment, le temps pour nous de prendre le recul nécessaire et d’en définir une ligne nouvelle. Tous les interlocuteurs directement concernés seront bien évidemment informés dès que nous aurons suffisamment avancé dans nos réflexions. Auteurs et illustrateurs savent, et peuvent facilement le vérifier en librairie, que leurs albums parus sont disponibles et font l'objet de toute notre attention. Pour le reste, et nous sommes très sensibles à cette mobilisation générale des prescripteurs et acteurs de la chaîne du livre, qui malheureusement arrive un peu tard pour l'ancienne collection des Albums, le Rouergue est une entreprise privée qui doit assurer sa pérennité par ses seuls résultats économiques. C'est à ce prix que nous pourrons continuer à accompagner la création." 
La lettre de Roule toujours
"Madame, Monsieur,
Suite aux décisions prises fin Juin 2025, nous souhaiterions prendre connaissance du projet concernant l'édition à venir des albums au Rouergue. En octobre dernier a été en effet évoquée une concertation - début d’année 26 -  avec l'équipe en place, encadrée par des éditeurs de la maison Actes Sud, pour envisager une continuation avec l'objectif précis de publications dès 2027. Nous, auteurs au Rouergue, manifestons une inquiétude légitime quant à l'avenir de cette collection, essentiel pour l'existence d'une œuvre collective riche, reconnue depuis plus de trente ans. Merci donc de nous donner toutes les précisions et garanties sur ce prolongement annoncé, nécessaire à l'accompagnement de nos ouvrages publiés jusqu'ici."
Une pause est-elle bénéfique comme le croit la direction du Rouergue jeunesse ou enterre-t-elle une ligne éditoriale qui a créé plusieurs centaines d'albums identifiables de loin? Toujours aussi appréciés des prescripteurs que de la critique et du public. Qui ont remporté une quinzaine d'appels d'offre pour des livres de naissance en France. Une place perdue sur les tables des libraires se récupère-t-elle? Alors pourquoi faire moins de livres, ou ne plus en faire du tout?


Hier, aujourd'hui, demain

La naissance d'une maison
En 1993, Olivier Douzou publie dans la jeune maison des Éditions du Rouergue un premier album jeunesse, "Jojo la mâche". Il sera rapidement suivie d'un autre titre, "Mono le cyclope". Le premier deviendra rapidement une pierre d'angle dans l'histoire de la littérature jeunesse, remportant succès critique et public. La direction de l'époque embraie et confie en 1994 à Olivier Douzou le poste de directeur artistique des nouvelles éditions du Rouergue jeunesse. Ce sont des années en or. Le ton est différent, la forme aussi, avec ce choix délibéré du début d'albums tous carrés. Chaque livre est travaillé, dans la rencontre entre le texte et l'image, dans le jeu entre les deux, dans la mise en scène, le rythme, la construction. Différent de ce qui se fait alors. Tout le monde veut être publié au Rouergue. Les auteurs et les étudiants en fin de cursus envoient leurs projets à Rodez. Henri Meunier, Gaétan Dorémus, José Parrondo, Frédérique Bertrand, Annie Agopian, Christian Voltz, Anouk Ricard, Natali Fortier pour ne citer qu'eux, sont du premier train. On se rappelle de la fierté de Bruno Heitz, artiste aux innombrables créations, d'être publié au Rouergue. Les titres se suivent à bon rythme, cinquante en moins de cinq ans. Et une trentaine par an ensuite.
 
Les saisons s'enchaînent, avec des albums variés, récoltant toujours autant l'enthousiasme des lecteurs, des bibliothécaires, des libraires, des critiques, du public. Souvent primés. Il y a une façon Rouergue jeunesse qui se décline d'année en année dans les différentes collections peu à peu crées.
 
Douzou out, Douzou in 
Mais en juin 2001, Olivier Douzou quitte le Rouergue jeunesse par lassitude et envie de nouveaux espaces, alors qu'Actes Sud entre par ailleurs au capital de la maison à hauteur de 25 % - en 2005 Actes Sud rachètera les 100 %. Les titres que le directeur artistique a préparés continueront à paraître pendant les premiers temps. Le filon sera ensuite épuisé. Les nouveautés choisies par la personne qui lui succède ne rencontrent pas le même succès. Olivier Douzou sera rappelé en 2011 par Actes Sud avec la promesse d'une liberté éditoriale complète. Il le dit lui-même: "Le monde de l'édition a alors changé. Ce qui était nouveau à ses débuts ne l'est plus. Beaucoup d'autres maisons d'édition ont aussi fait évoluer la littérature de jeunesse en France." Lui, ce qui intéresse, c'est de faire du neuf. Il le fera avec ses auteurs historiques et une quarantaine de nouveaux qui rejoignent la maison, dont Michel Galvin, Juliette Binet, Piret Raud, Marine Rivoal... Des auteurs qui continuent d'être souvent récompensés, même récemment. Leurs albums apparaissent régulièrement dans les sélections des librairies Sorcières ou du SLPJ (Salon de Montreuil selon l'appellation ancienne). Le succès reviendra, la maison ayant représentants convaincants et attachée de presse performante.
 
Diminution du personnel
A l'hiver 2021, les auteurs du Rouergue lancent une première alerte à la nouvelle directrice du Rouergue chez Actes Sud, en poste depuis 2010, Alzira Martins, chargée aussi de la coordination avec les autres maisons jeunesse du groupe. Leurs livres ne sont plus accompagnés depuis la rentrée 2018, déplorent-ils. Ils se sentent abandonnés. Ils ne sont plus invités ni en librairie, ni dans les salons. Les sorties ne sont plus célébrées par un événement ou une exposition. On rappellera que plusieurs personnes extrêmement compétentes et performantes ont quitté le Rouergue et n'ont pas toutes été remplacées. Ensuite, il y a eu le Covid où les réseaux sociaux prennent une place importante dans la communication. Et après? Rien ou pas grand-chose. Des équipes régulièrement renouvelées, des débutants sans réelle connaissance de l'album jeunesse ou du terrain.
 
Diminution des parutions
En parallèle, le catalogue perd des plumes à chaque rentrée. De moins en moins de titres sont publiés, d'autres sont reportés. Comment les auteur.e.s peuvent-ils alors exister, le nom d'une maison se perpétuer? Loin des yeux, loin du cœur. En juillet 2025, lors de la présentation des albums jeunesse de la rentrée, Olivier Douzou n'est pas là. Et pour cause, il vient d'apprendre quand il a présenté à Arles le programme qu'il a engagé pour 2026 que la maison met fin à ses services à la fin de l'année et à ceux de son équipe. Son programme est annulé dans sa quasi-globalité alors que des titres sont prêts pour l'impression. Motif: les livres ne répondent plus à un marché qui se détourne des ouvrages exigeants.
 
A l'été 2025
A ma question "Qu'en est-il de l'avenir des albums au Rouergue en 2026? J'ai vu passer des messages alarmants sur Instagram", Alzira Martins me répond le 7 juillet:
"Il n'est nullement question d'arrêter les albums au Rouergue car ils font partie de notre ADN. Nous constatons depuis quelques années déjà que les ouvrages exigeants qui ont fait la renommée de la maison et, on peut le dire en toute modestie (!), révolutionné à l'époque les albums jeunesse, peinent à présent à trouver leur public.
Les lecteurs se renouvèlent, ce qui est heureux, et les libraires aussi. Et nous nous trouvons face à une nouvelle génération de professionnels qui n'a pas forcément la même appétence pour ce travail.
Il nous est apparu important de nous remettre en question et de placer la collection en sommeil pour trouver le temps, les moyens et l'énergie de lui donner un nouveau souffle. Quelques albums figurent au programme de 2026 et nous espérons revenir au plus vite avec une programmation différente et, je l'espère, tout aussi audacieuse."
 
2026
Effectivement, il y aura trois albums estampillés Douzou au Rouergue en 2026. Il faut toutefois constater qu'il n'y en a eu aucun en novembre et en décembre 2025, époque où les éditeurs mettent le turbo en prévision du Salon de Montreuil et des fêtes de fin d'année.
 
Dans le "Libé des auteur.es jeunesse", le 25 novembre 2025, Henri Meunier, auteur historique des éditions du Rouergue précise les choses: 
"En juin dernier, la direction de cette petite maison du groupe Actes Sud a mis un point final à cette histoire. D'un mail lapidaire, douze lignes, s'ouvrant sur un aveu sidérant: « Il semblerait que l'époque ne soit plus aux projets ambitieux qui ont fait la renommée du Rouergue. » De fait, l'équipe éditoriale historique a été remerciée. L'essentiel des projets en cours a été annulé, au mépris des contrats signés. Deux promesses imprécises ont été esquissées par la direction: les livres existants restent une priorité et un secteur album régénéré reviendra. L'avenir montrera si ces promesses valent plus que les contrats signés." 

Témoignages
Les auteurs du Rouergue déplorent tous la situation: "La fin annoncée d'une ligne éditoriale d'une importance historique majeure et pertinence actuelle féconde est d'une tristesse infinie pour nombre d'entre nous." 
L'un pointe que les questions posées depuis longtemps à propos de la commercialisation de leurs ouvrages ne sont pas étudiées. Comme si un livre n'avait pas besoin de toute la chaîne pour exister.
L'autre se dit "dégoûtée de tout ce gâchis et du naufrage auquel on a toutes et tous assisté, révoltée par l'irrespect total de la direction du Rouergue envers ses auteur.ice.s, et en colère". Elle a d'ailleurs décidé de ne plus faire de nouveau livre au Rouergue il y a plus de trois ans, pour limiter la casse et cesser de produire dans le vide des livres dont personne ne s'occupait.
"Je suis dégoûtée", témoigne encore une autre, "et en colère, d'être traitée de la sorte, de ne pas savoir ce que deviendront mes titres, qui sont ma seule vitrine. Car la précarité des auteurs n'est pas une légende et ne vivant que de l'exploitation de ces titres, c'est extrêmement dur. Et ce flou m'est préjudiciable. Je suis dépitée de cette fin si violente, sans respect pour le travail de chacun, éditeur comme auteurs." 
 
Les projets signés ou projetés
Pour les auteurs, la situation est difficile. Des contrats signés sont annulés, même si les avances ont été versées. "Ce qui rend la présentation du travail à un autre éditeur impossible le temps du délai contractuel", confie un auteur.
Un autre constate que deux de ses projets proposés par Olivier Douzou et David Fourré ont été balayés par Alzira Martins.
Marine Rivoal a vu son projet re-maquetté de façon tellement désastreuse l'été dernier qu'elle l'a refusé, donnant ainsi à Actes Sud le moyen d'annuler le contrat. Elle y a laissé la moitié de son à-valoir mais "Loupiotes" sort ce 26 mars aux Éditions des Grandes Personnes, maison qui sait allier exigence, qualité de fabrication et réussite commerciale. 

Être auteur.e jeunesse
De manière plus générale, la crise au Rouergue est l'occasion de réfléchir au métier de créateur en littérature de jeunesse. Un métier mal rémunéré, ne permettant en général pas de vivre de son travail. Une précarité des auteurs accrue par la surproduction, qui s'est mise en place depuis quinze ans. "Cette surproduction", explique un auteur, "a profité à la chaîne du livre mais pas aux auteurs, le volume des ventes globales augmentant au détriment du nombre des ventes de chaque titre, donc des droits d'auteur." Un autre ajoute: "Depuis que je fais ce métier, je ne me suis jamais autant vu comme fragile."  Un auteur doit-il devenir un "fournisseur de contenu" comme cela lui est demandé? Ou est-il un artiste? 
 
 
 

samedi 5 décembre 2020

Jouer avec l'imagier des tuyaux d’Olivier Douzou

L'imagier des tuyaux d'Olivier Douzou.

Le #SLPJ20 comme si vous y étiez

"Tiens, voilà un tuyau."
"C'est dans les tuyaux."
"Il me l'a dit dans le tuyau de l'oreille."
"Tuyau d'arrosage, tuyau acoustique, tuyau d'orgue, tuyau de pipe, tuyau de ventilation..."
"La famille tuyau de poêle" à la Prévert, et le "tuyau de poil" d'Alphonse Allais...

Les tuyaux sont partout. Dans le langage, dans l'environnement, dans l'imaginaire. Qui dit tuyau dit circulation. Qui dit circulation pense air et, cette année, covid et mesures sanitaires. Réducteur, car dire tuyau, c'est aussi penser transmission, communication. C'est en jouant avec toutes ces significations qu'Olivier Douzou a créé "L'imagier des tuyaux". Un prodigieux jeu de cinquante tuiles, illustrées sur les deux faces, à assembler à sa guise ou de façon aléatoire. Il invite les enfants de tous âges mais plus particulièrement les 3 à 7 ans à raconter des histoires en fonction de ce qu'ils voient. Sa particularité est que chacune de ses cinquante cartes, sauf celles de l'éléphant et de l'éternuement du pachyderme, peuvent toutes s'assembler comme on veut, à plat ou dans l'espace. Un myriorama 2.0 puisque se développant dans tous les sens et non seulement à l'horizontale. Une performance technique et artistique du créateur qui, pour édifier ce jeu littéraire, a su puiser conjointement dans ses compétences d'architecte, de graphiste, d'auteur, de scénographe et de directeur artistique. 

Décor du studio télé.
"L'imagier des tuyaux"
est une alternative à l'espace pour les tout-petits que l'on trouvait à côté de la scénographie au sous-sol lors de l'habituel Salon de Montreuil. Il est aussi un écho à l'exposition "La tête dans les images" qui est installée en immense sur le parvis de la mairie de Montreuil, en petit dans les multiples lieux qui l'accueillent et en vidéo sur la télé du Salon (lire ici). Il est enfin un des décors du studio de la TV on Air du salon (lire ici).


"L'imagier des tuyaux" complet.

"C'est à la demande de l'équipe du SLPJ que cet imagier a été réalisé", explique Olivier Douzou. "Commencé en 2019, pour être terminé à l'automne 2020. Il comprend une centaine d'illustrations qui peuvent se positionner dans tous les sens, pour être alignées, se compléter, pivoter, correspondre pour créer des arborescences qui parlent de circulation, d'échange, de transmission, de réseaux. Si ces images communiquent entre elles, elles sont toutes des références à des moyens ou supports de communication. Ce jeu a été aussi pensé pour créer avec les mêmes contenus des compositions en deux dimensions ou en étoiles, dans l'espace. Jeu de construction infini qui se déplie à partir du simple éternuement d'un petit éléphant."

Ce n'est plus le battement d'aile d'un papillon mais l'éternuement d'un éléphanteau qui crée des réactions en chaîne que chacun peut déterminer et interpréter à sa guise en autant d'histoires à (se) raconter. Les cartes proposent des images colorées, dans des graphismes et des tons chers à Olivier Douzou, des tuyaux de toutes les formes, de toutes les apparences, de toutes les couleurs et de toutes les tailles, qui communiquent dans tous les sens. Abstraites pour la plupart, les illustrations proposent aussi des figures plus identifiables, une araignée, une tête, des clés, des dominos, une cheminée, un cactus, l'Atomium, comme autant de déclencheurs de l'imagination.

Assemblage à plat.



En volume 1.
En volume 2.


Techniquement, il est possible d'associer les cartes à plat comme dans un jeu de dominos, aussi en les faisant pivoter, ou en volume comme dans un jeu de construction. A chacun de s'en emparer pour parler, imaginer ou construire en trois dimensions sa propre histoire.

"L'imagier des tuyaux" comporte 50 tuiles en bois recto-verso soit 100 images différentes, en format 10 cm x 20 cm, et est proposé à la vente.

Pour s'en faire une idée, cette vidéo enchanteresse. 





jeudi 12 octobre 2017

L'abécédaire de la littérature jeunesse française


Il y a ceux qui sont à la Foire du livre de Francfort et il y a ceux qui n'y sont pas.
Il y a ceux qui ont la chance de voir l'exposition "ABC, l'esprit de la lettre" qui y est présentée (lire ici) et il y a ceux qui ne l'ont pas.
Il y a ceux qui s'en foutent et il y a ceux qui aimeraient savoir à quoi ressemble cet abécédaire, concocté par 27 illustrateurs de langue française, invités à illustrer une lettre de l'alphabet tirée au sort en y plaçant au moins dix mots imposés (choisis par Ramona Badescu et Emmanuel Guibert).

Pour ceux-là, et pour moi, et grâce aux photos de Sylvie Vassallo, conseillère littérature jeunesse pour la Buchmesse et directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (SLPJ), le voici. Merci, merci.


A par Antoine Guilloppé.

B par Magali Le Huche.

C par Blexbolex.

D par Olivier Douzou.

E par Cécile Gambini.

F par Albertine.

G par Joëlle Jolivet.

H par Emilie Vast.

I par Bruno Heitz.

J par François Place.

K par Katy Couprie.

L par Stephanie Blake.

M par Olivier Tallec.

N par Laurent Moreau.

O par Serge Bloch.

P par les Tigres gauchers.

Q par Benjamin Chaud.

R par Kitty Crowther.

S par Ilya Green.

T par Nathalie Choux.

U par Edouard Manceau.

V par Benjamin Lacombe.

W par Delphine Chedru.

X par Carole Chaix.

Y par Nathalie Novi.

Z par Marc Boutavant.

Voilà un bel éventail de la création française en littérature de jeunesse.





vendredi 25 novembre 2016

Plein de Belges à Montreuil, Sens dessus dessous


On le sait, la trente-deuxième édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis se tiendra du 30 novembre au 5 décembre 2016. Le thème de l'année? "Sens dessus dessous"!

L'affiche, par Jeanne Le Ruz. (c) SPLJ.
"Sens dessus dessous", pour pister les nouvelles formes de la création de la littérature jeunesse mais aussi repérer la place du lecteur sur le sens du récit.

"Sens dessus dessous" pour aborder les chamboulements de l'enfance et les bouleversements du monde tels qu'ils sont perçus dans les livres pour la jeunesse.

"Sens dessus dessous" pour bouleverser les Pépites (lire ici).

"Sens dessus dessous" pour mêler auteurs, illustrateurs et éditeurs sur les différentes "scènes".

Montreuil, c'est toujours une grande exposition. Cette année, ce sera "La règle et le jeu", consacrée aux livres atypiques, pop-up, livre-objet, recourant à des accessoires de lecture comme des lunettes 3D, leporellos, etc., scénographiée par Olivier Douzou (dans le cadre du projet européen Transbook). Soit vingt artistes, dont les Belges Anne Brouillard et Anne Herbauts, et vingt ouvrages qui seront l'objet d'expériences de lectures interactives et sonores.

Qui?
Les trois précurseurs Bruno Munari ("Les Prélivres", 1907-1998, Italie), Warja Lavater ("Le petit chaperon rouge", 1913-2007, Suisse) et  Paul Cox ("Cependant… (le livre le plus court du monde)", France).

Paul Cox, "Cependant... (le libre le plus court du monde)". (c) SPLJ.

Les trois expérimentateurs contemporains Marion Bataille ("ABC3D", France), Adrien Parlange ("Le ruban jaune", France) et Matthias Picard ("Jim Curious", France).


"Mon petit frère invisible" de Ana Pez, "Nocturno" de Isol
 et "Prendre et donner" de Lucie Félix. (c) SLPF.

Sept auteurs-illustrateurs du monde entier qui ont imaginé de nouvelles mécaniques du livre, Isol (Argentine), Anne Brouillard (Belgique), Lucie Félix (France), Madalena Matoso (Portugal), Virginia Mori et Virgilio Villoresi (Italie), Ana Pez (Espagne), David Wiesner (Etats-Unis).

Anne Brouillard, "Voyage d'hiver", un leporello. (c) SLPJ.

Sept artistes européens qui proposent de lire entre les lignes, Isidro Ferrer (Espagne), Anne Herbauts (Belgique), Ben Newman (Royaume-Uni), Daniela Olejnikova (Slovaquie), Hélène Riff (France), Katrin Stangl (Allemagne), Massimiliano Tappari (Italie).

Anne Herbauts.
"J'aime prendre comme exemple la haie, pour parler des limites du livre. Si l'on regarde un jardin depuis la fenêtre, c'est joli. C'est clos. C'est connu. C'est gentil. Si l'on descend au jardin, que l'on s’y promène, cela devient un monde, un pays, un voyage. De l'extérieur, la haie est une limite, verte, domestique. Mais, dans la haie, c'est l’infini (infiniment grand, infiniment petit). Quand on y entre le regard: paillettes de lumière, éclatement de l'espace, multitude, hors-champs, bords-perdus, plans différents, trous noirs, inconnu, jungle, pétillement, éraflures, mouvements décomposés. Et c'est un peu ce que je mets dans un livre. Une haie."

Je suis sûre que l'évocation de ces vingt noms a fait venir des tas d'albums sous vos yeux. Ceux-là et d'autres sont à découvrir à Montreuil. Et notamment dans la Biblio-connection qui propose d'"entrer" dans le livre grâce au numérique.

Et pour rester dans le volet belge, bien sûr, de nombreux auteurs et illustrateurs seront présents et dédicaceront leurs livres sur le stand de leurs éditeurs français, suisses ou belges. Ces derniers sont Esperluète, Pastel (avec l'école des loisirs), Langue au chat, CotCotCot Editions, A pas de loups, Philéas & Autobule, FLBL sans oublier la librairie Wallonie-Bruxelles. Les auteurs belges annoncés sont Nicolas Wouters (en lice pour les Pépites avec sa BD Totem), Max de Radiguès, Loïc Gaume, Eric Lambé, Thierry Van Hasselt, Jeanne Ashbé, Kitty Crowther, Emile Jadoul, Catherine Pineur, Rascal, Michel Van Zeveren, Frédéric Stehr, Marie Wabbes, José Parrondo, Bernadette Gervais, Francesco Pittau, Ingrid Godon... et ceux que je n'ai pas repérés mais que j'ajouterai volontiers.

D'autres infos sur le Salon ici.





mardi 6 janvier 2015

Une nouvelle envolée d'oiseaux

Dans certaines villes, on n'en voit plus. J'ai la chance d'avoir des dizaines d'oiseaux en visite dans mon jardin. Ils me réjouissent quand je les observe. Je ne me rendais pas compte qu'ils étaient les héros d'autant de livres jeunesse. Quelle aubaine!
Après le magnifique "L'oiseau sur la branche"  d'Anne Crausaz (MeMo), présenté il y a quelques jours ici, voilà une nouvelle envolée pleine de plumes et de couleurs.

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De l’œuf à l'oiseau, puis aux oiseaux. (c) Les fourmis rouges.
 
Julien Roux
"Les oiseaux"
Les fourmis rouges, 40 pages

Ce qui frappe dans le beau travail graphique de Julien Roux, c'est son choix des feutres qui donnent de belles couleurs mates, non serties mais mises en mouvement là où il "repasse". En quelques albums, "La nuit dans mon lit", "Avec Papa" (même éditeur), ce Français trentenaire qui vit aujourd'hui à Tel Aviv a trouvé et imposé son style.

Son nouvel album, en grand format, impressionne dès la couverture avec son oiseau coloré sur fond blanc et le titre écrit à la main. Bravo aussi aux pages de garde, un paon qui fait la roue pour commencer, quarante-huit espèces d'oiseaux dûment légendées pour terminer. Tout l'album "Les oiseaux" est  remarquablement construit autour de son sujet unique, avec notamment la répétition d'une phrase ritournelle, "Il est oiseau", à la fin de chaque petit texte de trois ou quatre lignes, léger et musical.

Les étapes de la croissance. (c) Les fourmis rouges.

Il commence logiquement par l’œuf, son éclosion, l'oisillon au nid... Il suit la croissance du jeune oiseau à travers un joli texte qui raconte les étapes, voler, voir, manger, chasser, jouer, migrer, aimer... via différentes espèces ailées. La bonne idée est que chaque double page à bords perdus présente en situation un oiseau différent, des petits et des grands, des vrais et des esquissés, toujours bien adaptés à leur milieu.

Les images sont formidables, souvent en plans assez serrés. Elles jouent sur les pleins et les vides, les couleurs et les blancs, et incitent à l'observation. Quelle diversité dans le monde des oiseaux! Julien Roux nous l'explique quasiment sans qu'on s'en rende compte sous la forme d'un texte simple et joliment tourné. "Chacun est différent mais tous dans le même bateau. La richesse est dans l'équipage. Nous sommes oiseaux" est la dernière page de cet album fascinant.

La formule "Il est oiseau" apparaît dans la page suivante. (c) Fourmis rouges.

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Elmodie
"Par-delà les nuages"
Gautier-Languereau, 22 pages animées

Le premier livre premier pop-up pour la jeune Française Elodie Laîné, dite Elmodie raconte l'odyssée d'un martinet (qu'on appelle à tort hirondelle régulièrement) parisien. On le suit dans son envol, déployant ses ailes sombres grâce à d'astucieux mécanismes de papier. Il file vers le sud qu'on admire dans les pages qui font surgir d'incroyables paysages quand on les tourne.

En gris, jaune orangé et bleu vif, "Par-delà les nuages" nous fait explorer le monde à la suite de son martinet voyageur. Un monde moderne puisqu'une fusée est lancée en Guyane, un monde éternel aussi quand l'oiseau avide de liberté a l'idée de voler vers le soleil, jusqu'à la finale aussi graphique que poétique.

Pour voir le livre feuilleté comme si vous l'aviez entre les mains, c'est ici.



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Olivier Douzou
"Touït touït"
Rouergue, 40 pages

On sait ce qu'est un flip-book. Benoît Jacques en a fait tout plein de très réussis. Un flip-book, c'est un petit livre dont les images feuilletées rapidement produisent un mouvement, comme un dessin animé. Mais un "flippe-book"? Olivier Douzou, dont on connaît la propension et la force à jouer avec les mots, le crée: un livre qui fait peur parce que jusqu’à la fin, on ne sait pas lequel des deux protagonistes va gagner. Frayeurs, suspense.

Qui va gagner? (c) Rouergue.
Dans "Touït touït", Olivier Douzou fait s'affronter un oiseau et un ver dans son trou. Le premier voudrait bien manger le second qui lui n'entend pas se laisser faire. Qui l'emportera? Réponse dans ce sympathique petit format en deux couleurs qui ménage craintes et surprises...

Un autre "flippe-book" est également sorti, "Plouf plouf" de José Parrondo, entre une baleine et un bateau.

Pour découvrir ces nouveaux concepts pleins d'humour, c'est ici.


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La vue qu'a Matin au réveil, les mélèzes de la forêt de Soignes. (c) Casterman.

Anne Herbauts
"Un jour Moineau"
Casterman, 40 pages

Changement de ton, mais pas de décor ni de style, dans le nouvel album d'Anne Herbauts, jeune maman qui entrevoit aujourd'hui le temps de façon différente. "Aujourd'hui, je travaille dans la lenteur", me dit-elle. "Etre maman demande du temps, de la patience. On relativise. J'ai dix livres dans mes carnets. Je les ferai le jour où ça se met. J'ai des livres denses et des livres légers comme celui-ci, fait à la peinture à l'huile que je préfère à l'acrylique."

Un matin, Matin est coincé dans sa maison. (c) Casterman

"Un jour Moineau" commence quand Matin, dont le métier est de refaire des chaussures pour les oiseaux, se trouve bloqué dans sa maison. Qu'est-ce qui coince sa porte? Moineau lui apporte la réponse: un rocher, ou un éléphant, ou une météore, croit-il dans un premier temps avant de comprendre que c'est une Géante endormie qui est effondrée devant la porte de Matin. Peinte en encres de gravure, cette Géante paraît une masse mystérieuse coinçant Matin chez lui. Mais elle a les traits doux d'une femme. Comment la réveiller? Et si Matin confectionnait un gâteau? Une préparation culinaire qui s'assortit d'un tas d'autres actions réjouissantes, chanter, raconter, danser, secouer, réchauffer...

Quand le gâteau est cuit, sa bonne odeur réveille la Géante. L’endormie frémit, crache le caillou qui l'étouffait, se lève et sourit, Moineau en est le témoin. "Moineau n'est pas un vrai personnage. Il n'est ni homme ni femme ni enfant. C'est plutôt un lutin, un animal de la forêt, un Pinocchio." Bien sûr, on peut voir l'album comme un questionnement sur le quotidien et l'éternité, sur le sauvage et le domestique. On peut aussi le prendre au premier degré avec cette maison qui s'explore et ce gâteau parfumé qui se confectionne. "Plein de lectures en sont possibles", assure Anne Herbauts. "C'est à la fois un livre sur la peinture, un éveil à la sensibilité, une réflexion sur le fait de se libérer en mangeant et en recrachant, mais on voit aussi que faire le gâteau est plus important que le manger. La géante ne mange pas le gâteau. Le chemin compte plus que le point d'arrivée."

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François David
Brunella Baldi
"Roucoule, ma tourterelle"
Océan Jeunesse, 40 pages

Voilà un album un peu plus ancien, publié à La Réunion, qui a été  sélectionné dans les White Ravens (Bibliothèque internationale jeunesse de Munich) 2014.

Soojin rêve. (c) Océan Jeunesse.
Il est à tenir reliure vers le haut, permettant ainsi à l'illustratrice Brunella Baldi de s'exprimer dans un format tout en hauteur.  Il faut de l'espace pour faire voler les oiseaux et les faire chanter dans leur petite cage fixée sur une longue tige en bois. En effet, François David s'est emparé d'une tradition thaïlandaise, le concours de chant de tourterelles, pour construire une histoire émouvante. Soojin en rêve toute l'année de ce concours de chant. Mais sa famille est pauvre et n'a pas d'argent pour acheter un oiseau. Un jour, ce passionné d'oiseaux recueille une tourterelle blessée, à moins que ce ne soit une feuille qui chante? Il la soigne et Maï Jong reprend de la vigueur, recommence à chanter.

Soojin et sa sœur. (c) Océan Jeun.
De belles et douces images aux teintes chaudes de jaune orangé nous montrent le quotidien là-bas, le grand frère qui s'occupe de sa petite sœur en train de perdre la vue. Avec l'espoir fou de gagner le concours et que cet argent permette d'opérer la benjamine. Soojin rêve si fort qu'il aura la force d'aller jusqu'au bout de ses rêves malgré les difficultés.

Croire à ses rêves. (c) Océan Jeun.














Un album à la fois émouvant et beau, aérien, sur une particularité de l'autre bout du monde.