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mardi 4 novembre 2025

Le prix Goncourt à Laurent Mauvignier


N'en déplaise au petit comique qui a créé un faux "compte officiel" Emmanuel Carrère sur Twitter le 30 octobre pour y annoncer son prix une heure avant la proclamation officielle ce 4 novembre ainsi qu'un autre "compte officiel" au nom du lauréat, c'est Laurent Mauvignier qui reçoit le prix Goncourt 2025 pour "La maison vide" (Minuit, 752 pages, 664 grammes, 1 million de signes), déjà couronné du prix littéraire "Le Monde". De quoi alourdir la hotte du Père Noël, de quoi enrichir les services postaux.
 
L'écrivain et dramaturge né à Tours en 1967 l'a emporté au premier tour du scrutin de cette 123e édition du prix par six voix contre quatre pour "Le bel obscur" de notre Caroline Lamarche nationale (Seuil, lire ici), auteure Minuit pour deux titres par ailleurs. Un vote hommes contre femmes? Elles sont quatre à table chez Drouant. La preuve en tout cas que l'Académie Goncourt n'aime vraiment pas Emmanuel Carrère, qui apparaissait pour la quatrième fois en sélection avec "Kolkhoze" (P.O.L). Nathacha Appanah était, elle, de facto hors-jeu puisqu'elle a reçu hier le prix Femina (lire ici). 
 
"La maison vide" est une fresque familiale, retraçant le destin de trois générations de femmes ayant vécu dans une maison. Une maison restée fermée longtemps et dont la réouverture donne l'occasion à Laurent Mauvignier de convoquer aussi bien son histoire familiale que la grande Histoire.
 
Pour lire en ligne le début de "La maison vide", c'est ici.
 
Les académiciens Goncourt: Christine Angot, Pierre Assouline, Tahar Ben Jelloun, Pascal Bruckner, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel, Paule Constant, Didier Decoin, Camille Laurens, Eric-Emmanuel Schmidt.




Sur Twitter, 4 novembre, 12h49.    

Sur Twitter encore, 4 novembre, 14h24.

lundi 19 décembre 2016

Oscar Lalo, primo-romancier de l'indicible

Il était une fois un avocat qui habitait Genève. Il quitta ensuite le barreau suisse et exerça divers métiers, prof de droit, auteur de chansons, de scénarios de films, auteur-compositeur-interprète. Toujours en rapport avec l'écriture, qu'elle soit juridique ou artistique. Histoire de se "forger la plume".

Car aujourd'hui, cet ex-avocat, Oscar Lalo, est entré en littérature avec un magnifique premier roman, pudique et éloquent, "Les contes défaits" (Belfond, 218 pages), sorti à la rentrée littéraire et pas assez remarqué. La faute au titre, peu clair, aride? La faute à l'obscur incipit de quatre pages qui embrouille le lecteur s'il ne le chasse pas? Ce début de texte n'apporte rien au livre et peut se sauter sans crainte. Car il serait dommage de passer à côté de cette pépite littéraire.

Le mieux de commencer à la première partie, "Le train". "Le home", "Le puzzle" et "Le coma" sont les titres des trois autres. Quatre mots qui donnent une idée de ce qui va suivre. Le livre parle en effet avec pudeur d'un sujet douloureux, celui d'un enfant abusé très jeune dans un home où il passait toutes ses vacances. Avec son frère mais loin de ses parents. Oscar Lalo le raconte sans pathos, sans rien montrer du crime répété qu'on devine avec horreur. Il suit pas à pas l'histoire du narrateur, ce gamin si seul. Des pas d'enfant, qui nous valent les 79 brefs chapitres que compte l'ensemble, adroitement mis en pages. De cette enfance martyrisée presqu'à l'insu du petit garçon à la prise de conscience qu'il en fera l'âge venant, à 65 ans. "J'ai essayé d'écrire de façon pudique et poétique ce qui ne peut pas se dire", me dit l'auteur, de passage à Bruxelles.

Ce n'est pas un sujet drôle, non, mais il est porté par une si belle plume que le texte paraîtra cathartique aux uns et partagera une douleur tue car non comprise aux autres. "Comment libérer la parole,  dire l’indicible?", s'est questionné l'auteur. Il l'a fait, nous menant aux côtés de ce gamin qui est incapable de grandir autrement que physiquement, blessé à jamais par un adulte qui avait autorité sur lui. Ce qui est superbe ici, c'est qu'on comprend pourquoi l'enfant ne dit rien. Il n'a tout simplement pas les mots pour s'exprimer et sans doute personne à qui les confier.

Oscar Lalo.
Sept questions à Oscar Lalo

Comment s'est porté votre choix sur ce thème difficile?
Il est lié à mon premier métier d'avocat, et à la première affaire que j'ai eue à traiter en tant qu'avocat stagiaire. C'était un viol sur mineur. Quel baptême! Tout m'a marqué dans cette affaire. Les faits eux-mêmes mais aussi l'impossibilité pour l'enfant de mettre des mots sur ce qu'il avait subi, et l'appareillage judiciaire. Aujourd’hui, si je devais remettre la robe, je ferais uniquement du pénal.

Romancier n'est pas votre premier métier.
Jusqu'à présent, je me cachais derrière ma plume, prêtée à la justice, aux étudiants, aux acteurs, aux réalisateurs. J'écrivais un produit qui allait être transformé. Pour la première fois, avec ce premier roman, j'ai créé un produit brut. Curieusement, depuis qu'il est publié, je sais que je suis écrivain. Ce sont les lecteurs du livre qui m'ont rendu écrivain. Depuis, je ressens une utilité sociale que je n'éprouvais pas, paradoxalement, quand j'étais avocat.

Comment s'est écrit ce premier roman?
D'une traite. Quand il m'a pris, il ne m'a plus lâché. Il me fallait tous mes dix doigts. L'écriture a été éreintante et j'en suis sorti exsangue. Quand je me couchais, exténué, le livre me reprenait comme un geôlier. Cela a été une mise en abyme. Etait-ce moi qui écrivais ou le livre qui s’écrivait tout seul? A un moment, le narrateur a pris la main.

Votre livre se compose de quatre parties et de très brefs chapitres, souvent d'une seule page.
Les quatre parties suivent une progression chronologique, sauf la troisième qui donne le regard d'un adulte. Le livre est sur la mémoire et la résilience. Toute personne qui a subi un trauma dans sa vie le porte tant qu'elle ne le résout pas. Même si elle invente des rustines pour ne pas l'affronter.
Je voulais écrire sur la façon dont on se réapproprie sa propre enfance pour la mettre à sa juste place. Mon personnage attend ses 65 ans pour le faire. Tant qu'on ne l'a pas fait, chaque fois qu'on y pense, le trauma revient. On ne se rend pas compte qu'on est assigné au silence par un faux ami.
J'ai écrit de petits chapitres car tout devait être ciselé, sans pathos. Il fallait que cela ne déborde pas.
La mise en pages comporte beaucoup de blancs pour que  le lecteur puisse respirer. Et aussi parce que le narrateur est un enfant, que ses mots ont de la peine à sortir.

Vous semblez connaître des enfants abusés.
Mon expérience m'a appris à repérer avec plus d'acuité les enfants abusés. Plus ils sont jeunes, plus c'est compliqué. Il leur faut trouver l'accès à cette mémoire en gruyère, pleine de trous, se la réapproprier. Que l'enfant ait trois ans ou six ans, l'abus touche à l'innocence absolue. J'ai voulu faire un livre sur l'indicible. On a du mal à parler quand on est dans ce cas. Pour un enfant petit, l'abus est inexplicable. Plus le trauma est grand, plus il est difficile à verbaliser.

Avez-vous eu des réactions de lecteurs?
J'ai vécu des moments très forts avec mes lecteurs, et pas seulement avec des lecteurs qui ont été abusés enfants. Ils me disent que c'est un livre cathartique. "Je me comprends mieux", m'a dit l'un d'eux. Pour les enfants, il est difficile de mettre les morceaux du puzzle dans l'ordre.

Allez-vous continuer à écrire?
J'ai un deuxième livre en chantier. On part totalement ailleurs. Il était important pour moi de l'écrire et de l'écrire assez vite après le premier. "Les contes défaits" véhicule beaucoup d'émotion. J'y ai mis beaucoup de moi.


Pour lire un extrait des "Contes défaits", c'est ici.


mardi 20 octobre 2015

Patrick Roegiers et les frères Simenon

Il faut  s'être endormi depuis quelques semaines ou alors habiter hors de Belgique pour ignorer la tempête qui siffle depuis quelques semaines sur le petit monde des lettres belges. Son déclencheur? Le nouveau roman de Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset, 298 pages). Un livre fort bien titré qui évoque aussi bien Christian Simenon (1906-1948), le frère peu connu de Georges Simenon, que la part sombre de l'écrivain né à Liège en 1903 et mort à Lausanne en 1989.

Que fait l'"écrivain belge de Paris" - il y est installé depuis 1983 - dans ce volume? Il romance la vie de Christian Simenon, le cadet de Georges avec qui il est toujours resté en contact, le préféré de la mère très catholique, la proie facile pour le rexisme alors en pleine ascension, le collaborateur avéré durant la guerre. Ce faisant, Patrick Roegiers assombrit forcément la figure du Grand Simenon qui, s'il n'était pas un saint dans certains domaines, n'en soignait pas pour le moins son image politique. Tout comme le font aujourd'hui ses descendants et suiveurs qui s'en prennent à l'auteur de ce roman faisant également le portrait d'une époque sombre qui n'est pas sans rappeler la nôtre.

Y aurait-il des choses qui ne peuvent être écrites en 2015? Même dans un roman? On en discutera peut-être, entre autres sujets du livre, ce mardi 20 octobre, à  19h15, à la librairie Tropismes (Galerie des Princes, 11, 1000 Bruxelles) qui accueille Patrick Roegiers, pour un entretien avec Dominique Cabiaux. Réservation indispensable: 02-512 88 52.

"L'autre Simenon" s'ouvre sur un meeting rexiste, alors non daté, dans une salle pleine à craquer, auquel assiste Christian Simenon. Il sera ébloui par le "beau Léon" (Degrelle), y trouvera ce qu'il ne trouvait pas ailleurs. Une logorrhée pénible, mais qui est la caractéristique de l'orateur. Patrick Roegiers romance de long en large cette vie fichue. Il ne révèle pas le frère cadet, Pierre Assouline l'avait évoqué dans sa biographie de Georges Simenon, d'autres en ont parlé aussi, mais il lui donne une existence, parfois inventée, puisqu'il rappelle qu'il a écrit un roman. Sans occulter ses activités de rexiste, dont l'odieuse tuerie de Courcelles.

Patrick Roegiers. (c) JF Paga/Grasset.
Lors de ma rencontre avec Patrick Roegiers en mars 2014 pour son escapade littéraire "La traversée des plaisirs" (lire ici), il m'avait dit : "Lundi, je reprends mon roman, il doit paraître en septembre 2015".  Ce roman, c'est "L'autre Simenon", paru à l'heure dite. "J'ai écrit "La traversée de plaisirs"," me confie-t-il lors d'un passage à Bruxelles, "comme une respiration, comme un bonheur nécessaire, parce que je n'en pouvais plus d'écrire ce nouveau roman. J'étais écœuré par Degrelle, par ses tueries. Ça me travaillait inconsciemment la nuit. J'avais besoin de réconfort, d'admirer la littérature et les auteurs."

Aujourd'hui, le livre est là, avec son sujet qui en fâche certains alors qu'il est plus que nécessaire et qu'il va bien au-delà de ce qui est arrivé dans la famille Simenon. Il scrute un destin d'homme, de frère et de fils, mal dans sa tête, mal sans son cœur, déclencheur d'un funeste effet papillon. Il nous ramène dans une époque sombre, celle des années 30, qu'on aimerait oublier alors qu'on se retrouve à la vivre, ou à craindre de la vivre, de plus en plus régulièrement. Il pose la question de l'engagement pour une cause, et celle de l'honneur.

Mais ce n'est pas l'actualité politique qui a motivé le roman. "Depuis longtemps", reprend l'écrivain, "j'avais envie d'écrire sur les frères inconnus de gens célèbres. Je fais des recherches là-dessus depuis un bon bout de temps. Je connais l'histoire des frères Simenon certainement depuis le livre de Pierre Assouline. Mon éditeur, Jean-Paul Enthoven, en a tout de suite saisi les enjeux: Georges Simenon, la collaboration, le rexisme, Léon Degrelle, les réminiscences contemporaines.
L'autre Simenon, Christian, est le frère rexiste d'un milieu que je connais très bien, la petite bourgeoisie francophone. Il est mort l'année de ma naissance, disparaissant sous un faux nom. Quel roman que sa vie!
Début 1929, dans une famille très catholique, Christian, qui porte un prénom indiquant une religion,  découvre les idées de Degrelle. Le meeting auquel il assiste est un choc pour lui, homme sans envergure, perdu, séduit par une parole de chef. Sans oublier que la mère Simenon est rexiste, sans hésitation.
Les personnages en marge sont une thématique fréquente chez moi. Et dans tous mes livres, les personnages principaux sont des créateurs. Ici, on retrouve les deux figures qui traversent mes romans."
 
Le titre est-il volontairement ambigu? "Le titre est simple. Il vise à la fois l'autre du nom et la face cachée du premier. La mise en lumière de l'un met en avant la face cachée de l'autre. C’est l'histoire mythique de deux frères. On a quelque chose d'universel même s'il s'agit ici de rexisme. On peut même penser à Caïn et Abel."

Le livre mélange constamment histoire et fiction, ce que lui reprochent ses détracteurs.  L'auteur s'explique: "Christian n'a pas de vie personnelle alors qu'on sait tout de la vie de Georges. Ma chronologie est rigoureusement exacte. Par contre, la scène avec Gide est inventée, comme celle avec la légion. Mais le timing correspond. En réalité, on sait tout sauf ce qu'on ne voit pas. 'La vérité d’un homme, c'est d'abord ce qu'il cache', a écrit Malraux. Et la vie de Christian a été bien cachée, par Georges dont l'idéologie a toujours été l'opportunisme, et par ceux qui suivent son œuvre.
Le point de vue du romancier s'exprime dans les descriptions. "L'autre Simenon" est la mise en perspective d'un romancier qui devient héros de roman. La place du roman est dans les mots. Quand l'histoire se tait, la fiction parle."

L'écrivain ne se doutait pas d'où il allait: "Je raconte une histoire. C'est en tirant sur le fil que tout est venu. Le roman en dit plus que ce que j'ai raconté. Je ne raconte pas sa vie, je trace une trajectoire jusqu'à ce que le couvercle de la casserole se soulève. La modernité du sujet est frappante et consternante."

































jeudi 20 août 2015

C'est la rentrée, qu'on le veuille ou non


La rentrée littéraire, ce grand moment d'agitation et d'énervement de l'édition française. Qui se répète deux fois par an. Une fois en janvier, une fois en septembre. Plus fort en septembre, même si les livres sortent désormais à la mi-août.

Boum, on va quand même avoir 589 romans et 278 essais (chiffres "Livres-Hebdo") en quelques semaines. Depuis hier, 19 août, date de sortie des premiers, cela déferle chaque jour en librairie. Qui va lire tout cela? C'est une question à ne pas poser.

Autant oublier que certains sont encore en vacances. Même les prix avancent dans le calendrier. La première sélection du Goncourt tombera déjà le 3 septembre! Et le 14e prix du Roman Fnac, le premier de la longue série des prix littéraires d'automne, sera dévoilé dès le 1er septembre. Pas de doute, c'est la rentrée, qu'on le veuille ou non.

On se rappellera peut-être que les 400 libraires et les 400 adhérents qui composent le jury du prix du Roman Fnac avaient révélé une première liste de 30 romans le 21 juillet, pour la fête nationale belge. En ce jeudi 20 août, ils l'ont réduite à cinq romans.

Voici par ordre alphabétique d'auteur, comme on dit à l'Académie, les cinq titres en lice pour le prix du Roman Fnac 2015: deux Grasset, un Flammarion, une femme, quatre hommes, un premier roman, quatre auteurs confirmés. Cinq finalistes à lire assurément. Qui seront départagés par un jury qui réserve souvent des surprises. Rendez-vous à Paris, au Théâtre du Châtelet, le mardi 1er septembre pour connaître le (la) lauréat(e).


La septième fonction du langage
Laurent Binet
Grasset









Profession du père
Sorj Chalandon
Grasset










D'après une histoire vraie
Delphine de Vigan
JC Lattès









Il était une ville
Thomas B. Reverdy
Flammarion









La maladroite
Alexandre Seurat
La Brune au Rouergue
(premier roman)