Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est littérature de jeunesse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature de jeunesse. Afficher tous les articles

mardi 10 septembre 2024

Une résidence d'écriture au Québec? Auteur.e.s, faites vite, vite, vite, votre dossier!

"Je prends feu très souvent" de Charlotte Gosselin (lire plus bas),
actuellement en résidence en Belgique. (c) Station T.

Dans le cadre d'un accord d'échanges entre la Fédération Wallonie-Bruxelles, WBI et le CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec), deux auteurs ou autrices belges seront accueillis en résidence au Québec en 2025. Attention, les candidatures sont attendues pour le 15 septembre 2024 au plus tard. Soit ce dimanche.

Concrètement, une bourse ira à un écrivain ou une écrivaine pour une résidence à Montréal. L’autre bourse est destinée à un-e bédéiste ou auteur-illustrateur, autrice-illustratrice de littérature jeunesse pour une résidence à Québec.

Qui peut poser sa candidature?
Les écrivains, auteurs-illustrateurs de littérature jeunesse et auteurs de bande dessinée qui comptent au moins deux ans de pratique artistique (selon leur CV), qui sont belges ou résident sur le territoire belge.

Qui choisit?
L'organisation qui accueille choisit le ou la lauréate parmi les candidat.e.s.

Le séjour au Québec
La durée du séjour pris en charge est de deux mois.

Les lieux de résidence

  • L'auteur.e de littérature générale sélectionné.e sera accueilli.e à Montréal par le CALQ, en collaboration avec l'Union des écrivaines et écrivains québécois. Période : mars-avril 2025
  • L'auteur.e de bande dessinée ou l'auteur.e-illustrateur.trice de littérature jeunesse sélectionné.e sera accueilli.e à Québec, en partenariat avec Québec BD. Période : avril-mai 2025

En pratique
L’appel à candidatures complet et formulaire de réponse (ici).
Le formulaire de candidature (ici).

Informations complémentaires
Pour la littérature générale: nausicaa.dewez@cfwb.be
Pour la BD et la littérature de jeunesse: bruno.merckx@cfwb.be

 

Charlotte Gosselin.

Dans le cadre de ce programme d'échanges, Charlotte Gosselin vient d'arriver en Belgique. Artiste interdisciplinaire née en 1996 au Québec, elle s'exprime à travers l'illustration, la vidéo, la poésie et le dessin grand format. Elle a grandi à Sherbrooke puis a habité à Gaspé, à Chicoutimi, sur l'île d'Anticosti, à Montréal et finalement à Rimouski. Elle a participé à différentes expositions et résidences artistiques en Europe (en juin 2023 à la Villa Yourcenar) et à travers le Québec.
 
Elle est l'autrice de l'album "Je prends feu trop souvent" (Station T, 2022), qui suit les crises et la recherche d'équilibre d'une femme aux prises avec un
feu qui la consume trop souvent.
 
En résidence, elle réalise "Moi aussi je pars en morceaux", une bande dessinée sur la co-dépendance. Dans les yeux d'une narratrice sensible et à travers des métaphores visuelles aux traits précis, on suit l'histoire d'une femme qui retourne chez elle après être allée accompagner son grand amour dans un centre de désintoxication.
 

 

lundi 12 décembre 2022

Des petits mondes imprimés qui posent question

Christian Bruel. (c) M2L.

Toute personne qui s'intéresse à la littérature de jeunesse a fatalement croisé la personne ou le nom de Christian Bruel un jour. Que ce soit comme éditeur, comme auteur, comme traducteur, trois métiers indissolublement liés chez lui, ou comme conférencier, essayiste, formateur, activités que l'actuel septuagénaire, il est né le 23 avril 1948, continue à mener tambour battant (lire ici).

Auteur d'une cinquantaine d'albums illustrés par différents artistes dont le premier "Julie qui avait une ombre de garçon" en 1975 (lire ici), et de quelques monographies qui ont fait date (Nicole Claveloux, Anthony Browne notamment), traducteur de figures majeures de la littérature de jeunesse européenne (Nikolaus Heidelbach, Wolf Elbruch, Gerda Dendooven, Susanne Janssen...), diplômé en psychologie, en sociologie et en linguistique, Christian Bruel a fondé et dirigé les éditions Le Sourire qui mord (1975-1996, 58 albums), adossées à partir de1985 à Gallimard, et les éditions Etre (1997-2012, 66 titres dont des reprises de la maison précédente) qui se sont en finale appuyées sur les éditions Thierry Magnier qui reprendra plusieurs livres. 

Autant de livres dont les premiers sont nés dans le contexte culturel de l'après-68 mais qui, tous, entendent ébouriffer le lecteur, réverbérer le monde au lieu de le prémâcher, proposer ce dont l'enfant a besoin sans se soucier des familles qui désirent la réussite de leurs rejetons, sans se soucier non plus des contraintes de marketing qui imposent de ratisser large. Des livres politiques par leurs sujets et leurs messages. 

Aujourd'hui, Christian Bruel boucle en quelque sorte la boucle en publiant l'essai "L'aventure politique du livre jeunesse" (La fabrique éditions, 380 pages) où il fait état de sa fantastique expérience de lecteur de livres jeunesse durant les cinquante dernières années. Un travail éclairant, basé sur ce qui se passe en France bien entendu mais aussi en Belgique, où il nous partage ses expériences et ses analyses avec pertinence et entrain, un peu comme il le fait à l'oral. S'il ne pardonne rien "aux petits mondes imprimés", c'est parce qu'il souhaite "qu'ils en génèrent un grand plus désirable"

Dans ce but, il nous aide à ouvrir les yeux et à mieux regarder ces livres qui sont lus à nos enfants. Que disent-ils de notre monde? Le reflètent-ils? Le dénoncent-ils? Se rappelle-t-on seulement que le génial Britannique Anthony Browne a représenté des familles monoparentales dès ses premiers albums? Parce qu'il y en avait plein autour de lui et qu'il voulait "dire aux enfants que les problèmes qu'ils rencontrent sont partagés par des millions d'autres enfants".
"Toute jeune existence devrait pouvoir compter sur ses lectures pour développer, à son rythme, de l'estime pour elle-même, un mieux-être immédiat, une jouissance esthétique et ludique, une intelligence sensible, sociale et politique du proche et du lointain." Christian Bruel  
Joli programme!
Joli programme que ne permet pas toujours l'offre éditoriale et on va voir pourquoi. Même si "des merveilles ne manquent pas de se glisser dans les catalogues de maisons d'édition conventionnelles", note l'auteur.
Réfléchissons. L'offre n'est-elle pas avant tout consensuelle et paisible? Elle est aussi foisonnante, prospère et vulnérable.

Durant douze chapitres parcourant l'histoire, l'économie, l'évolution de la littérature de jeunesse, complétés de deux bibliographies et de trois index, Christian Bruel s'adonne à son mantra, le rapport entre le texte, l'image et le sens. Il partage l'avis de Paul Ricœur, selon qui la lecture participe d'"une augmentation du monde". Et de pointer la censure ancienne ou récente, les dénonciations, l'évolution des mentalités. Tout cela à l'aide d'exemples variés, les titres de près de 400 albums apparaissant au fil du texte, les références complémentaires, auteurs, éditeur figurant en note de bas de page. Quel bonheur!

Présent dans le titre de l'essai, le mot "politique" est confronté à son offre en jeunesse. Le bon y côtoie le pire, signe des temps.

Si on note avec plaisir la mention, du magazine belge "Philéas & Autobule" en début d'ouvrage, le chapitre sur la chronologie de la presse rebelle destinée aux enfants, française, passera à peu à côté des lecteurs belges. Par contre, on se régale avec les chapitres suivants dont les propos sont éclairés par tant d'exemples judicieux. Ainsi.
  • "Les enfants de la mer" (Jaume Escala, Carme Sole Vendrell, Syros, 1991) dans "Mondes décalés" (violence et violence éducative, âpreté, guerre).
  • "Buffalo Belle" (Olivier Douzou, Rouergue Jeunesse, 2016) dans "Evolution des formes" (classes d'âge, iconotexte, image fixe, niveau de langue, documentaire, roman ado, théâtre).
  • "Juju le bébé terrible" (Barbro Lindgren et Eva Erikson, Messidor/La Farandole, 1983, lire ici) dans "Thèmes, évitements, politisations" (famille, célibat, monoparentalité, homoparentalité, communautés, croyances, révolte, immigration, racisme, antisémitisme, sans-papiers, compétition, sport, record, écologie).
  • "Le dictionnaire fou du corps" (Katy Couprie, Editions Thierry Magnier, 2012) dans "A corps perdu" (corps des filles, corps des garçons, sexualité, santé).
  • "Sacrée Zoé" (Geert De Kockere, Carll Cneut, Circonflexe, 2002) dans "Les normes et le genre".
  • "Matin brun" (Franck Pavloff, Albin Michel) dans "Temporalités, espace, mouvement" (histoire, conte politique, mai 68, Hitler, témoignage, utopie).
  • "Denver" (David McKee, Kaléidoscope, 2010) dans "Une politique de la lecture", soit une conclusion qui, "pour ne pas finir", liste quelques albums dont "la lecture réitérée n'épuise pas le trouble".

On l'aura compris, "L'aventure politique du livre jeunesse" est un ouvrage passionnant, éclairant, riche de milliers d'informations, bousculant les idées reçues et ouvrant de larges champs de réflexion. Un seul petit regret: la mise en pages approximative, peu hiérarchisée entre titres de chapitres et titres de livres par exemple ou avec de curieux sauts de page, complique inutilement la lecture d'un texte aussi riche qu'accessible.

Christian Bruel présentera son essai en Belgique
  • ce lundi 12 décembre toute la journée à La Louvière (formation payante, infos ici)
  • ce mardi 13 décembre soir à Liège  (gratuit, infos ici)
  • ce mercredi 14 décembre matin à Bruxelles (gratuit, infos ici)


samedi 2 juillet 2022

Images pour les petits pour les grands

En 1963, révolution typographique et graphique. (c) MeMo.

Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Pour savoir d'où viennent, consciemment ou non, ces albums pour enfants devenus aujourd'hui des classiques, ceux de Grégoire Solotareff, Nadja, Claude Ponti, Anthony Browne, David McKee, Wolf Elbruch, etc.? Personne n'est obligé de savoir, bien entendu. Il est toutefois passionnant de voir les créations, les inventions, les réactions qui ont donné lieu à la littérature de jeunesse actuelle. Rien ne vient de rien et il est non seulement passionnant mais aussi utile de suivre les enchaînements.

Quel âge faut-il avoir pour connaître l'histoire graphique de la littérature de jeunesse? Sans doute, celui de ne pas avoir connu internet. D'avoir pris son vélo, sa mobylette, le bus, le métro ou le train pour aller visiter l'exposition d'un maître du genre ici ou là - le bonheur de plonger le regard dans les originaux. De s'être rendu en bibliothèque ou en librairie pour découvrir le catalogue de ces expositions - la compensation d'expos trop lointaines ou trop courtes ou... D'avoir tourné avec fébrilité les pages illustrées - avec les piètres moyens techniques d'impression de l'époque - des livres traitant de littérature de jeunesse ou présentant ceux qui la font.

Un précurseur, Edy-Legrand. (c) MeMo.

Aujourd'hui, la curiosité existe encore quand elle est assouvie par quelques tapotements sur un clavier. Peut-on apprécier une œuvre par écran interposé? A réfléchir. Mais les artistes qui ont précédé la révolution numérique? Ceux dont personne n'a pensé scanner les œuvres pour les partager? Ceux dont les livres se trouvent de plus en plus rarement? 

Ceux-là, on les retrouve en majesté dans la monographie "Les images libres" que Loïc Boyer consacre à ceux et celles qui ont "dessiné pour l'enfant entre 1966 et 1986" (MeMo, 224 pages). Un ouvrage de bon format fourmillant d'images remarquablement mises en pages, sur un épais et doux papier crème les mettant mieux en valeur que le blanc habituel. Designer et illustrateur, éditeur à ses heures, l'auteur fait des recherches sur la littérature de jeunesse depuis près de dix ans. Il explique ici, arguments graphiques à l'appui, combien tout a changé au début des années 60. Oui, avant mai 68.

On a l'habitude de dire que l'édition jeunesse tournait alors en rond. Oui, sauf quand se glissaient dans la boucle des grains de sable comme le précurseur André Hellé bien plus tôt, Alain Le Foll ou André François et bien entendu Maurice Sendak. Loïc Boyer définit six moments durant les vingt-deux années qu'il étudie dans cette monographie qui peut aussi se parcourir comme un imagier des images pour enfants tant les illustrations sont nombreuses, variées et de qualité.

Etienne Delessert, un pionnier. (c) MeMo.

"Les images libres" suit le parcours des auteurs et des illustrateurs comme celui de leurs éditeurs, ententes, disputes, brouilles, dont on se moquerait aujourd'hui si ces rapports humains n'avaient été le déclenchement de tant d'actes créatifs, en accord ou en opposition. Les styles se cherchent, se trouvent, explosent dans un nombre fabuleux de pages illustrées.

Les choix de l'éditeur Robert Delpire. (c) MeMo.

Entrée en scène de quelques-uns des artistes évoqués.
  • "Première époque", soit l'arrivée en France de l'éditeur américain Harlin Quist qui va rapidement rencontrer l'éditeur français François Ruy-Vidal. Apparaissent alors, plus ou moins "pop" comme l'était l'époque,  Etienne Delessert, Eleonore Schmid, Patrick Couratin, Nicole Claveloux, Claude Lapointe, Bernard Bonhomme, Heinz Edelman.
  • "Paris-New York" ou la découverte enchantée par l'éditeur Robert Delpire de Maurice Sendak, l'apparition de Tomi Ungerer et Georges Lemoine, l'installation aux USA du Suisse Etienne Delessert, les premiers Seymour Chwast et Milton Glaser, tellement influents ensuite sur l'équipe établie autour de Harlin Quist.
  • "Deuxième époque" parce que Quist-Ruy-Vidal, c'est fini. Les deux éditeurs se séparent. Henri Galeron ou Nicole Claveloux se partagent entre les deux. Quist publie aussi Guy Billout, Tina Mercié ou Philippe Corentin. Danièle Bour suit Ruy-Vidal chez Grasset.
  • "Directions artistiques" vu qu'au début des années 70, la forme et la fabrication comptent autant que le fond, période rêvée pour Patrick Couratin ou le magazine "Okapi".
  • "La société et les images libres" car cette littérature pour enfants qui sort des cases se retrouve à plusieurs reprises dans la très estimée revue "Graphis", fait l'objet d'expositions prestigieuses et de reportages de presse; nos héros déjà mentionnés ne sont jamais fatigués.
  • "Le long voyage" des albums pour enfants peut commencer, le chemin a été tracé, non sans peine comme toujours en cas d'innovation, par les pionniers Harlin Quist et François Ruy-Vidal. Dans cette voie ouverte s'engouffrent les éditions de l'école des loisirs, surtout pour leurs achats à l'étranger en ce temps-là, assez étonnamment les magazines Bayard et ensuite Gallimard en la personne de Pierre Marchand, le Sourire qui mord de Christian Bruel et bien sûr, encore et toujours Patrick Couratin. "Un paysage exceptionnel en ce qui concerne l'illustration éditoriale, qui a vu et verra fleurir des œuvres majeures à l'adresse de la jeunesse", observe l'auteur qui termine son ouvrage par une impressionnante série d'illustrations en guise d'exemples.

Que serions-nous sans Nicole Claveloux? (c) MeMo.

Très richement illustrée, la monographie "Les images libres" offre un magnifique outil pour aborder cette époque cruciale. Une foule d'informations enrichissantes sont rassemblées dans un texte documenté tout en étant agréable à lire qui s'appuie sur un formidable choix d'images. Voilà une monographie bien utile qui fera date. Quelques regrets tout de même.
  • Il n'est pas clairement mentionné que les images publiées proviennent en toute grande majorité du don de l'éditeur François Ruy-Vidal au fonds patrimonial de l'Heure Joyeuse, orientant ainsi la recherche de Loïc Boyer, ce que ne comprend pas nécessairement l'amateur profane désireux de s'instruire qui ne se réfère qu'au titre et au sous-titre.
  • Il n'y a pas de sommaire mais une abondante bibliographie par années de parution et une ligne du temps des maisons d'édition et des principales publications des auteurs durant ces deux décennies.
  • Surtout, il n'y a pas d'index permettant une recherche rapide et efficace.