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lundi 9 février 2026

"L'enfant bélier", un film qui blesse la mémoire de la petite Mawda


Il y aura bientôt huit ans, Mawda, petite fille Kurde sans papiers de deux ans, en route vers l'Angleterre avec ses parents et son grand frère, mourait près de Mons d'un tir policier. Il aura fallu attendre longtemps pour que la vérité se fasse à propos de cette sinistre histoire, qui a révélé les opérations Medusa de la police belge contre les migrants. On aura eu besoin de la contre-enquête minutieuse du journaliste Michel Bouffioux pour savoir ce qui s'est véritablement passé en cette nuit dramatique du 16 mai et durant les jours suivants (lire ici). Fallacieusement colportée dans les médias de l'époque, l'affaire Mawda a pu apparaître dans d'autres éclairages, des livres, la pièce de théâtre de Marie-Aurore d'Awans et Pauline Beugnies, "Mawda, ça veut dire tendresse" (2022), ou le film de Robin Vanbesien "hold on to her" (2024, 80').
 
Voici qu'un nouveau film, réalisé par Marta Bergman et présenté comme "une œuvre de fiction inspirée de faits survenus en Belgique en 2018" vient d'arriver en salles. Son titre? "L'enfant bélier". Un titre choc qui fait référence à une version policière mensongère à propos de la mort de la petite Kurde.

Pour relire le récit des faits, repris dans la bande dessinée de Manu Scordia et dans l'essai de Sophie Klimis publiés en 2024, c'est ici. Mais revenons au film actuel. Prêchant qu'elle fait une œuvre de fiction à partir de faits réels, Marta Bergman propose un sujet qui mêle le vrai et le faux durant 94 minutes. Elle défend ici et là l'idée qu'elle a voulu faire écho à deux réalités, celle des parents de la petite fille tuée et celle du policier tueur. C'est son choix, comme elle a fait le choix artistique de proposer en première séquence une vue de la tente où vit la famille, dans un camp de réfugiés, dont les tons orangés font plutôt penser à un club de vacances. Sara s'y occupe de sa petite Klara avant de danser avec Adam puis de se rendre au dispensaire médical. Une version plutôt idyllique de la réalité des demandeurs d'asile, mais soit.

Opération Hydra
Les choses se compliquent lors de l'embarquement, coûteux, dans la camionnette des passeurs. Immédiatement, on voit la surveillance policière dont les caméras servent l'opération Hydra sur la E40. On entend des sirènes, on suit une intervention policière sur un parking de l'autoroute. Le migrant Éthiopien de 17 ans, mis en joue par le policier Redouane et rudement interrogé, sera finalement relâché dans la nature. Ici aussi, le film évoque les passeurs, causes de tous les maux, leitmotiv du gouvernement Michel de l'époque. Un fil rouge assumé sans autre explication.

La camionnette poursuit sa route, échappe à un contrôle, fait descendre ses passagers, les reprend, en charge d'autres. On apprend que Sara et Adam viennent d'Alep et ont Londres comme destination. On en arrive à l'interception de la camionnette par la police, qui signale tout de suite qu'il y a un enfant à bord. Là, c'est la déroute. La vitre arrière est cassée pour jeter des objets, sacs, vêtements, sur les véhicules de poursuite, sirènes et gyrophares allumés. Un drapeau blanc est hissé, l'enfant montré. "Ils ne vont pas la jeter", entend-on dire dans la voiture. Encore le discours officiel de l'époque. Klara est ensuite amenée près du chauffeur. Cela n'empêche pas le policier qui l'a vue de tirer. Il dira qu'il a visé les pneus. La petite fille est grièvement blessée. Une commissaire de police locale parvient plus vite à cette sortie autoroutière de Ternat que l'ambulance qui, on le sait, emporte la petite fille alors que ses parents sont empêchés de l'accompagner par la police. "Les passeurs profitent de vous", déclarera la commissaire. Tiens, encore eux.

On retrouvera Sara et Adam, toujours baignés du sang de leur fille, en cellule d'abord, puis à la morgue, puis à la police. "Beaucoup d'enfants sont hélas victimes des trafiquants", leur dira la commissaire qui leur propose le service d'aide aux victimes et un "logement confortable" avant d'ajouter: "Si vous coopérez, on peut vous aider à faire venir vos familles de Syrie par le regroupement familial." Le silence lui répond.

Déclarations préparées
À la police, on s'organise. Il faut déclarer que la camionnette a été une arme et que les policiers étaient en légitime défense. Que c'est de la responsabilité des parents. Que l'enfant est décédée d'un traumatisme crânien, parce qu'elle a été une enfant bélier pour briser la fenêtre de la camionnette. Que les passeurs sont en cause, et uniquement eux. À la maison du policier tireur, on s'organise aussi. Sa femme: "Ce n'est pas de ta faute. Tu ne savais pas qu'il y avait un enfant à bord. C'était dans l'action. Tu ne pouvais pas savoir ce qui allait arriver…" Et le film d'insister lourdement sur la souffrance du policier…

On découvre ensuite les parents désenfantés dans un coquet appartement où ils reçoivent la visite de la Première ministre belge: "Au nom du gouvernement belge, mes sincères condoléances. Il y aura une enquête. Le gouvernement a décidé de vous accorder un titre de séjour provisoire." "Pourquoi provisoire?", s'insurge Sara. "On reste avec Klara ici." La phrase accompagne le départ de la cheffe de gouvernement. En finale, la jeune femme prend une douche avec son mari dans une nouvelle scène en gros plan, manie de la réalisatrice.

Voilà 94 minutes qui ont mis du temps à passer et qui ne suscitent aucune émotion malgré le sujet du film. Une enfant tuée par une balle policière! On devrait pleurer à chaudes larmes, hurler. Mais rien, car on se heurte au va-et-vient entre fiction et documentaire. La réalité est connue et régulièrement balayée par le propos de la cinéaste. Au nom de la fiction. Selon que vous serez puissant ou misérable… La police apparaît blanchie, les migrants noircis. Quant aux raisons de ces migrations, rien.

La responsabilité du cinéaste
Robin Van Besien, réalisateur du film déjà cité, "hold on to her", a choisi de ne pas aller voir "L'enfant bélier" dont il a néanmoins vu la bande-annonce. Il nous fait part de son sentiment: "Comme cela est largement reconnu, la politique migratoire européenne contemporaine — ainsi que la violence de sa mise en œuvre sur le terrain — joue un rôle central dans l'accélération actuelle des processus de fascisation que connaissent les sociétés européennes. En tant que cinéaste, s'engager dans un tel sujet exige un dialogue soutenu et une solidarité avec la famille, avec celles et ceux qui subissent quotidiennement cette oppression (souvent mortelle), ainsi qu'avec les allié·e·s qui soutiennent leur résistance. Le cinéma peut constituer une pratique d'écoute et de responsabilisation, ainsi qu'un espace permettant d'imaginer des possibilités au-delà des conditions oppressives.

Mawda, âgée de deux ans, a été tuée deux fois: d'abord physiquement, dans les bras de sa mère ; puis une seconde fois à travers les mensonges, le déni, l'évitement des responsabilités et l'absence de reconnaissance humaine. À l'inverse, celles et ceux qui se sont rassemblé·e·s autour de son affaire ont répondu par leur présence, par la reconnaissance, et par une volonté d'affronter la tragédie et d'en assumer les ramifications."


Réalité v. fiction
Shamden et Phrast Shawri sont Kurdes --- Sara et Adam sont Syriens.
Mawda a un grand frère de 4 ans, Hama --- Klara est fille unique.
Mawda est sur les genoux de ses parents, d'autres enfants sont montrés à la fenêtre pour avertir de leur présence --- Klara est présentée comme une enfant bélier.
L'interpellation policière a eu lieu sur la E42 près de Mons --- Le film situe le drame sur la E40 près de Ternat.
Le policier qui a tiré est Belge d'origine portugaise --- Le policier se nomme Redouane Zahid et est présenté comme "racisé", profil recherché à la police.
La voiture de police qui a tiré est arrivée dans l'opération trois minutes plus tôt --- La voiture de police suivait la camionnette depuis longtemps.
L'opération de traque des migrants pour qu'ils ne passent pas la frontière se nomme Medusa --- L'opération de traque des migrants pour arrêter les passeurs se nomme Hydra.
Le tir policier est nié, et même attribué aux migrants --- Le tir policier est avéré.
L'ambulance n'est pas informée du tir --- L'ambulance est informée.
Le premier rapport mentionne un traumatisme crânien --- Le rapport parle d'un tir.
Les policiers s'entendent sur une version commune --- La commissaire rappelle qu'on ne tire pas dans ces circonstances.
Les parents de Mawda ont trouvé un logement via la société civile --- Les parents de Klara sont logés par le gouvernement.
Les parents de Mawda, qui ont reçu un ordre de quitter le territoire lors de leur interpellation, seront reçus par Charles Michel qui ne leur offrira rien. Leur titre de séjour temporaire viendra en 2019 et la régularisation permanente, à titre exceptionnel, fin 2021 --- Les parents de Klara reçoivent un titre de séjour provisoire de la Première ministre.
Les passeurs sont les responsables du ou des drames --- Les opérations Medusa génèrent de graves violences dont sont victimes les exilés.
La société civile et la solidarité citoyenne se sont levées contre les mensonges policiers et les politiques migratoires --- Rien.

Similitudes
La course-poursuite nocturne et les zigzags de la camionnette.
Le tir du policier qui chambre son arme avant d'appuyer sur la gâchette.
Les parents empêchés d'accompagner leur fille dans l'ambulance.
Les parents qui gardent plusieurs jours leurs vêtements tachés du sang de la petite.
La police qui n'informe pas immédiatement les parents du décès de leur fille.
Le policier qui a tiré est le père d'un enfant.
La déshumanisation des migrants.

Pour aller plus loin
  • Carte blanche dans "Le Soir": ici
  • Dossier des Grignoux: ici
  • Film de Robin Vanbesien "hold on to her": disponible pour des projections publiques via la distribution cinéma à la demande (ici). Les projections organisées par et pour des activistes sont gratuites et peuvent être mises en place en le contactant (ici). Le film est également disponible en streaming ici et ici.
 
 
 
 

vendredi 24 octobre 2025

Mercredi, c'est cinéma

Des allusions à dix westerns figurent dans ce dessin. (c) Arola/Dada.

"Phone home", "Supercalifragilisticexpialidocious", "Je suis Harry, juste Harry!", "My name is Bond, James Bond", voici quelques-unes des phrases célèbres qui figurent - en français - dans les pages de garde de l'album documentaire "Le grand livre du cinéma", écrit par la journaliste française Raphaële Botte et illustré par le dessinateur Aloïs Marignane, féru de cinéma d'animation (Arola/Dada, 56 pages). Une encyclopédie qui n'a rien du ton d'une encyclopédie car l'écriture est vive et agréable et la matière savamment distillée pour réjouir le jeune lecteur.
 
Ce grand format vient bien à point pour expliquer aux enfants d'aujourd'hui que le cinéma est - a été - sera - dû à des êtres humains. A l'heure de l'intelligence artificielle omniprésente. Même si on a tous souri pas devant l'une ou l'autre vidéo où des chats ont remplacé les meilleurs plongeurs ou les mannequins qui défilent. Il est toujours bon de rappeler d'où un art vient, de quoi il est né, de quoi il s'est nourri.
 
Raconter le cinéma aux enfants? Vaste entreprise dont les auteurs se sortent fort bien en ayant choisi comme focale les genres: comédie, western, comédie romantique, science-fiction, comédie musicale, policier, animation et documentaire. Pour chacun, on trouve une partie plus explicative, histoire, technique, etc., et une partie plus exemplative, avec des anecdotes, des personnes, des personnages, des séquences mémorables. De grands pêle-mêle d'infos ponctuées de titres de films dans lesquels on se plaît à se balader. D'autant que tout l'album est magnifiquement illustré, les dessins complétant ou prolongeant avec humour les textes. A noter que les dessins sur doubles pages introduisant chaque genre contiennent de nombreuses allusions à des films, dont la liste figure en fin d'ouvrage (illu ci-dessus). Intéressant et ludique. 
 
Ingrédients de la comédie. (c) Arola/Dada.
 
Entre ces chapitres thématiques, quatre séquences zoom racontent l'invention du cinéma, Hollywood, les super-héros, les acteurs et les actrices. Elles sont composées sur le même principe et tout autant intéressantes. On apprécie aussi la proposition finale de dix films incontournables. Un seul regret, l'absence d'index qui permettrait de repérer facilement noms et films. Et un autre, l'absence du nom d'Alice Guy, première réalisatrice de l’histoire du cinéma selon Catel et Bocquet qui lui ont consacré une bande dessinée (Casterman).
 
 
 
 

vendredi 22 juillet 2022

Et le sombre natif de Sousse s'éveilla

LU & approuvé

Un petit garçon en tenue de cow-boy pose en couverture du livre "Le fils de la maîtresse" (Arléa, collection "La rencontre", 187 pages). Une photo d'époque, comme on dit. 1955. Ce gamin de six ans qui tient son revolver de la main gauche - à moins que la photo ait été inversée pour les besoins de la mise en page -, c'est Serge Toubiana, un Monsieur cinéma français. L'auteur de nombreux livres sur le septième art a aussi été critique et patron des "Cahiers du Cinéma". Il a dirigé la Cinémathèque française et préside aujourd'hui Unifrance, l'organisme chargé de la promotion et de l'exportation du cinéma français dans le monde.

Ici, il change de focale et se raconte depuis l'enfance. Une enfance heureuse en Tunisie, à Sousse précisément, où une petite communauté juive de  quatre mille personnes environ vivait sereinement. J'avoue que j'ai commencé le livre parce qu'il évoquait la Tunisie d'hier, celle des années 50. Et les pages de Serge Toubiana correspondent exactement à ce que j'en sais. Le mode de vie, le sandwich national souvent dénommé casse-croûte, le marché, les bains de mer... tout y apparaît avec justesse. Et joie.

Ce qui débutait comme un livre des souvenirs de l'enfance évolue logiquement vers un portrait de la mère, la maîtresse d'école du titre, et un du père, horloger de son état. Les courts chapitres racontent la vie un peu décalée des trois puis quatre enfants Toubiana dans une famille française qui s'affiche communiste. On suit tout cela dans la prose fort agréable de l'auteur qui pointe comment le cinéma entre très tôt dans sa vie, bien avant le départ définitif vers la France. Le narrateur balaie alors plus rapidement son existence, aimantée par le cinéma, mettant de plus en plus en lumière l'attention et l'amour de sa mère pour lui. Lui, un fils dont le caractère sombre s'éveille, qui fonce dans ses passions, dans ses amours, quitte à négliger celle qui l'a le plus soutenu, mais a agi dans l'ombre. Le livre de souvenirs devient un livre du repentir, celui du fils qui réalise trop tard ses erreurs mais comprend combien il est le fils de sa mère par le souci de transmettre qu'ils ont partagé dans leurs métiers respectifs, et en finale un livre de l'apaisement. "Nous vivons tous avec nos morts. Nous ne voulons pas rompre le lien."

Vibrant, plein d'amour et d'anecdotes, honnête aussi, "Le fils de la maîtresse" se lit avec bonheur qu'on aime la Tunisie ou le cinéma car il dit surtout une vie, avec ses joies, ses chagrins, ses interrogations et les surprises du destin.

"Le fils de la maîtresse" a reçu le prix Marcel Pagnol 2022, distinguant depuis 2000 un roman français venant s'inscrire dans la lignée de la "littérature des origines", celle qui évoque les découvertes et les émotions de la jeunesse. sur le thème du souvenir d'enfance.



jeudi 1 juillet 2021

La projection du film "Avoir lieu" va avoir lieu

"Avoir lieu". (c) Laurent d'Ursel.

Au début de cette année 2021, moment de résolutions et de vœux par excellence, Laurent d'Ursel mettait en ligne le film "Avoir lieu", film d'art contemporain militant consacré à la recherche d'un lieu pour la nouvelle exposition de l'artiste contemporain militant et aussi militant pour les droits humains.

Six mois plus tard, d'Ursel en annonce la première mondiale. Ce sera ce jeudi 1er juillet à 20 heures au cinéma Nova (rue d'Arenberg, 3 à 1000 Bruxelles). C'est gratuit et tout le monde est invité (infos ici). Le public y croisera peut-être les sept destinataires du film qui ont été conviés à la projection mais sont prudemment annoncés "sous réserve", à savoir Carine Fol (directrice de La Centrale), Denis Gielen (directeur artistique du MAC's), Adrien Grimmeau (directeur de l'Iselp), Jérôme Mayer (curateur chez Les Brasseurs), Grégory Thirion (directeur du Botanique), Pierre-Olivier Rollin (directeur du BPS22) et Dirk Snauwaert (directeur du WIELS).

"Avoir lieu", premier long métrage (94 minutes) de Laurent d'Ursel accompagne sa prochaine exposition en tentant de lui trouver un lieu. Titrée "Courage, fuyez", elle n'est pas en lien avec l'actualité de 2020 car il y a trois ans que le bonhomme la prépare, la chouchoute, la propose ici et là. Et là et là et là et là et là. Sans résultat pour le moment. Alors il biaise. Et nous propose ce film au titre bien choisi, dans le cadre de l'exposition "Courage, fuyez".

Le résumé du film: un artiste contemporain militant piège 7 lieux pour y exposer.

Le pitch du film: le courage est à la portée du premier venu et du dernier arrivé.

La morale du film: il faut tourner 7 fois un film dans sa bouche avant de tirer la langue.

A soixante ans passés, Laurent d'Ursel ne s'est toujours pas calmé. Et heureusement. Il est le seul à avoir ce ton fait de gouaille adolescente et de fulgurances philosophiques. Un côté farfelu mais c'est du toc. L'art de mettre le doigt là où ça fait mal.

Avec ce disciple de l'art contemporain militant, même en art, il se passe toujours quelque chose. Et rarement une seule chose. Une apparence de légèreté mais une profondeur à laquelle chacun peut accéder sans être écrasé par la personnalité de l'artiste. Un écrivain, un plasticien, un militant, un enthousiaste, un excentrique, mais cela, on le sait.

"Avoir lieu". (c) Laurent d'Ursel.

"Avoir lieu" vaut la peine d'être vu. Bien sûr, on est un peu décontenancé au début mais on se prend vite au jeu des sept actes militants. L'acte un consiste à se mouler les deux pieds dans des blocs de béton et à  aller batifoler au bord du canal. L'acte deux détruit le concept du "White Cube" en brûlant tout nu dans un "White Igloo". Dans l'acte trois, le réalisateur-acteur se presse le corps avec des serre-joints et des plaques d'imprimerie... Suivent quatre autres performances tout aussi originales, audacieuses, engagées, drôles ou plus tristes, nourrissantes, incitant toujours à réfléchir. A voir sans hésitation.

"Avoir lieu". (c) Laurent d'Ursel.



On peut à nouveau visionner "Avoir lieu" sur la plateforme Vimeo (ici).





dimanche 24 mai 2020

Décès de l'artiste et académicien, Jean-Loup Dabadie, "l'homme amical" dont rêvait Moinot

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque40

Jean-Loup Dabadie.


On a appris ce dimanche 24 mai, le décès ce même jour à 13 heures à Paris, de l'artiste et académicien Jean-Loup Dabadie. Il avait 81 ans et est mort d'une maladie autre que le Covid-19, a précisé son agent.

Né le 27 septembre 1938 à Paris, Jean-Loup Dabadie a exercé ses talents dans des domaines variés, littérature, journalisme, cinéma et chanson. "Femmes je vous aime", "Ma préférence", de Julien Clerc, c'était lui, "Lettre à France" et "Tous les bateaux, tous les oiseaux" de Michel Polnareff, c'était lui aussi. Ainsi que de nombreux textes écrits pour Guy Bedos dont évidemment LE sketch "La drague". Il venait de terminer l'adaptation pour le cinéma d'un roman de Georges Simenon, "Les volets verts".

Son élection au fauteuil 19 de l'Académie française le jeudi 10 avril 2008 avait fait grincer bien des dents (vraies ou fausses) sous la Coupole. La preuve: les vingt-cinq académiciens français avaient élu le romancier-parolier par 14 voix pour et 2 voix contre 2 mais aussi 9 bulletins blancs signifiant le rejet du candidat. Il n'empêche que Jean-Loup Dabadie s'était bien rattrapé un an après, lors de sa réception officielle sous la Coupole.

Portant avec élégance l'épée et l'habit vert de rigueur, "de drap noir, brodé d'un feuillage d'olivier", mais signé Cerruti, son couturier habituel, Jean-Loup Dabadie avait fait le jeudi 12 mars 2009 son entrée officielle à l'Académie française, devant plusieurs de ses interprètes (dont Guy Bedos et Julien Clerc) et des personnalités des médias, Philippe Bouvard, Philippe Labro, Patrick Poivre d'Arvor ou encore Michel Drucker.

Après avoir été reçu par Frédéric Vitoux, le scénariste et parolier avait fait résonner un ton inhabituel sous la Coupole quand il a fait l'éloge chaleureux et charmant de son prédécesseur, l'écrivain un peu oublié Pierre Moinot – qui fut aussi procureur général de la Cour des comptes et conseiller d'André Malraux quand ce dernier était ministre de la Culture.

Décédé en 2007, l'ancien occupant du fauteuil 19 avait répondu naguère à la question "N'aimeriez-vous pas savoir qui va vous succéder et faire votre éloge?", par la phrase suivante "A la réflexion, j'aimerais qu'il soit fait par un homme amical, un esprit de la même famille que le mien". "Eh bien, c'est fait", s'était exclamé Jean-Loup Dabadie, en finale de son discours, clôturant son intervention ainsi: "Et pour m'avoir donné cette chance, pour m'avoir accordé l'honneur d'être cet homme amical, Mesdames et Messieurs de l'Académie, pour la vie, en tout cas pour la mienne, je vous remercie."

Si Hélène Carrère d'Encausse s'était montrée ravie et émue, Guy Bedos avait commenté la prestation plus simplement: "Il m'épate, ce con."


Guy Bedos et Jean-Loup Dabadie en 2012,
aux funérailles de Félicien Marceau.







mardi 6 novembre 2018

Journée Mario Ramos ce mercredi 7 novembre

Rue Loquenghien à Bruxelles. (c) V;R.


Ce mercredi 7 novembre, date de sa naissance en 1958, sera célébrée la sixième journée Mario Ramos, décédé le 16 décembre 2012. Depuis 2013 (lire ici), à l'initiative de sa famille, de ses proches, de ses amis, de son éditeur Pastel et du CLJBxl (Centre de littérature de Jeunesse de Bruxelles), le 7 novembre est le jour où plus que d'autres encore, on relit les albums de Mario, chez soi, en classe, en bibliothèque, en librairie. Pour rire et trembler avec lui, écouter ses messages de sage, savourer ses images. Pour le faire vivre. Parce que, il l'a tant répété, "Lire, c'est magique".


Cette année, la #JournéeMarioRamos est précédée de deux événements.
1

La publication il y a quelques jours de l'anthologie "Histoires de loups" (l'école des loisirs/Pastel, 160 pages) reprenant les quatre titres suivants de Mario Ramos traitant de loups: "C'est moi le plus fort", "Mon ballon", "Le plus malin" et "Le loup qui voulait être un mouton". A partir de 4 ans.

Les albums sont accompagnés d'une préface signée Andrea Neve, épouse de Mario. "Bref", y conclut-elle, "sous une apparente simplicité d'image et de langage, Mario nous offre un éclairage complexe du jeu collectif pour apprendre à comprendre et à se comprendre. Ses histoires regorgent ainsi de pistes pour s'initier à l'univers humain, amenant le lecteur à s'identifier à tel ou tel personnage, à se reconnaître ou à reconnaître l'autre dans telle ou telle situation."


"C'est moi le plus fort". (c) l'école des loisirs/Pastel.


"C'est moi le plus fort" 
2001

Quand le loup en couverture affirme "C'est moi le plus fort", personne ne songe à le contredire. On suit l'animal dans sa promenade de digestion et de réassurance. Tous ceux qu'il croise le confortent dans son sentiment de force: aussi bien le lapin de garenne et le petit chaperon rouge que les trois petits cochons et les sept nains zinzins de travail...

De jolies scènes sur fond blanc, graphiquement étudiées, alternent avec des doubles pages à bord perdu où le loup gonfle de fierté. Il se sent vraiment le plus fort, jusqu'à ce qu'une espèce de petite chose verte le contredise: sa maman serait plus forte que le loup! Qui a raison? Surprise en fin d'un album fort bien construit. La fin de l'histoire éclaire différemment toutes les pages qui ont précédé. Quelle pirouette! Une blague, une bonne, comme celles qui fascinaient le dessinateur. Solitaire quand il travaillait dans son atelier, convivial quand il menait des animations avec les enfants ou dédicace des albums.


"Mon ballon". (c) l'école des loisirs/Pastel.


"Mon ballon"
2012

"Mon ballon" réunit les marottes de l'auteur-illustrateur belge: détourner des contes connus au profit d'une histoire personnelle. On retrouve le Petit Chaperon rouge, si cher au Bruxellois. Il va montrer son ballon à sa grand-mère et chantonne: "Promenons-nous dans les bois…" Mais ceux qui se promènent ne sont pas ceux qu'on croit. Et on ne découvre les animaux promeneurs, de sacrés grands formats, qu'après avoir résolu (ou pas) des devinettes. De quoi bien égarer les esprits et, surtout, bien s'amuser.

Chaque grosse bête rencontrée est l’occasion d'une mini-histoire. Pendant ce temps, la petite fille vêtue de rouge poursuit sa promenade, suivie d'arbre en arbre par un oiseau, rouge aussi, qui l'observe, seul ou en compagnie d’un autre volatile.

Elle complète de plus en plus sa chansonnette. Jusqu'à la finale attendue: "Comme le loup n'y est pas, il nous mangera pas. Loup, loup, y es-tu?" La réponse ne va pas tarder. Elle est même tapie derrière un arbre. Elle dévore la fillette des yeux. Puis, ayant observé qu'il n'y avait pas de chasseur en vue, elle se découvre d'un coup, de manière effrayante.

Mais on peut compter sur Mario Ramos pour que le loup ne parvienne pas à ses fins. On ne dira rien de la finale, complétée d’une autre finale. "Mon ballon" est un album joyeux, riche d'histoires imbriquées les unes dans les autres. Sans oublier que le but du Petit chaperon rouge est de rendre visite à sa grand-mère. 


"Le plus malin". (c) l'école des loisirs/Pastel.


"Le plus malin"
2011

Ça commence comme une histoire connue: en chemin vers la maison de sa grand-mère, petit panier au bras, le Petit Chaperon rouge rencontre Grand Loup dans le bois. Mais tout de suite, Mario Ramos fait bifurquer le scénario de cet album. S'il a toujours envie de dévorer l'aïeule et l'enfant, baptisée de jolis surnoms de fruits rouges, Grand Loup se sent surtout capable de jouer au finaud. Bien sûr, l'escogriffe poilu va se ramasser dans les grandes largeurs.

Il faut le voir, vêtu de la chemise de nuit rose de Grand Mère et chapeauté d’une charlotte du même ton, enfermé à l’extérieur puisqu'un courant d'air a refermé la porte de la petite maison. Il n’a qu'une chose à faire: se cacher dans les bois. Là, Grand Loup va faire de drôles de rencontres. Mario Ramos reprend une idée qu'il a déjà exploitée, faire intervenir dans son histoire les protagonistes de contes célèbres, qu'il y soit question de loup ou pas. On voit successivement débouler entre les arbres le chasseur, les trois ours, les trois petits cochons, les sept nains, le cavalier de la Belle au bois dormant…

Si le chasseur a perdu ses lunettes pour de vrai, les autres semblent tous souffrir de troubles de la vue: ils prennent le loup habillé pour la vraie grand-mère et lui parlent comme s'ils étaient face à elle. Pour Grand Loup, c'est assez énervant, pour ne pas dire insultant. Quand le prédateur voit arriver le Petit Chaperon rouge, il salive de joie.

Encore raté. La petite fille a de meilleurs yeux mais: "Grand-mère, ce déguisement de loup est super!" Le loup ne se retient plus. Fou de rage, il bondit sur l'enfant, en oubliant qu'il est habillé d'une robe étroite du bas! Une chute savoureuse pour cet album à fin ouverte, joyeux et mêlant agréablement les contes classiques et une nouvelle histoire.


"Le loup qui voulait être un mouton". (c) l'école des loisirs/Pastel.


"Le loup qui voulait être un mouton" 
2008


Petit Loup rêve de voler. Il va voir ses désirs dépassés par la réalité: le louveteau qui s'est déguisé en mouton parce qu'il a bien observé que les moutons volent parfois est en effet enlevé par un aigle! Petit Loup vole donc mais n'est pas au bout de ses surprises ni de ses découvertes. Dont celle, universelle, de savoir qui il est et de trouver sa place sur terre. Au départ d'une histoire pleine de rebondissements, Mario Ramos répond aux questions intimes de chacun.



2 

Une soirée Mario Ramos ce mardi 6 novembre à la Montagne Magique (57 Rue du Marais à 1000 Bruxelles).


Au programme:
  • Introduction par Maurice Lomré, responsable de l'école des loisirs à Bruxelles
  • Présentation du nouvel album "Histoires de loups" par Odile Josselin, responsable de la branche éditoriale Pastel de l'école des loisirs et lecture par Deborah Danblon
  • Présentation de deux courts-métrages de la collection "La chouette du cinéma", réalisés par Arnaud Demuynck et Anaïs Sorrentino: "C'est moi le plus fort" et "C'est moi le plus beau".
  • Rencontre avec le concepteur des films, Arnaud Demuynck, animée par Luc Battieuw du CLJBxl
  • Mini-exposition d'originaux de Mario Ramos sur le thème des loups dans le hall du Théâtre La Montagne magique.
Renseignements: +32 (0)2 428 74 48.



jeudi 20 septembre 2018

Le Petit Prince filmé à New York

La bande-annonce en anglais

Recevoir un mail personnalisé de New York, de la société The Creative Shake, cela n'arrive pas tous les jours. Voyons voir. Qu'apprenons-nous? Qu'un film tiré du "Petit Prince" de Saint-Ex' est en tournage à New York, avec des acteurs et dans des décors réels! Ce sera "La couleur du soleil", réalisé par Paola Sinisgalli. On trouve au générique du long-métrage le nom de Philippe Petit, artiste français habitant à New York aujourd'hui, célèbre pour ses performances aériennes. Pour le reste, le film semble se vouloir une adaptation contemporaine du classique entré dans le domaine public.

Une scène de "La couleur du soleil".


Je vous laisse découvrir le message new-yorkais, avec ses fautes d'orthographe, de traduction et son sens commercial.

"Cher Lucie,

Je me permets de vous contacter car je pense qu'il vous intéresserait de savoir qu'un long métrage intitulé "La Couleur du Soleil" sera tourné à New York, constituant ainsi la première adaptation cinématographique à prises de vues réelles du classique intemporel d'Antoine de Saint-Exupéry: "Le Petit Prince".

Ce roman de renom a été traduit dans plus de 300 langues et dialectes et a été vendu à près de 200 millions d'exemplaires dans le monde entier depuis sa publication - à New York - en 1943. En 2015, après plus de 75 ans de publication continue, le livre est entré dans le domaine public dans la plupart des pays du monde.

Inspiré du lieu de naissance de l'histoire, Paola Sinisgalli - créatrice, écrivaine et directrice - a entrepris son adaptation cinématographique. "La Couleur du Soleil", qui sera son premier projet de long-métrage, est une réinvention du conte, prenant la ville de New York comme toile de fond. La jungle urbaine se prête incroyablement bien au voyage du Prince; un melting pot de culture et de personnages serpentant dans cette métropole tentaculaire que ces derniers appellent leur maison.

Ce projet a déjà suscité l'’intérêt de plusieurs acteurs de talent, come Luis Guzmàn ("Le Conte de Montecristo", "Miami Vice", "Narcos"), Michael Imperioli ("Les Sopranos", "Les Affranchis", "Summer of Sam") et Philippe Petit ("Man on the Wire", "The Walk", "Mondo"). Guzman et Imperioli sont auditionnés pour les rôles du Roi Latin - un chef de mafia portoricain qui sera le premier à accueillir le Prince quand il arrive dans la ville - et l'homme d'affaires - un trader de Wall Street qui est en charge de la gestion des étoiles dans le ciel. Alors que ces deux rôles sont reconnaissables dans l’histoire originale, le personnage de Philippe Petit se base sur une illustration non publiée trouvée dans le manuscrit original, qui est à la librairie-musée de Pierpont Morgan à New York. En plus de ses talents d’acteur, Petit est connu dans le monde entier pour sa marche sur câble entre les Tours Jumelles en 1974. Sa participation au projet a d'autant plus de sens que son père, Edmond Petit, était aussi un pilote et a servi aux cotés d'Antoine de Saint-Exupéry pendant la deuxième guerre mondiale.

La réalisation de "La Couleur du Soleil" est rendue possible grâce à la passion du public et à leur généreux soutien financier. Vous pouvez retrouver le démarrage de sa campagne ici. Sur ce lien, vous trouverez toutes les informations nécessaires ainsi que des mises à jour exclusives. Le site internet du film est www.TheColorOfTheSunFilm.com.

Vous trouverez également certaines bandes annonces qui parcourent le monde :

https://www.youtube.com/watch?v=v0YYjpp_u1U (en français)

https://www.youtube.com/watch?v=MfDxfxj4zD0 (en anglais)

https://www.youtube.com/watch?v=W9z0NcVOm-0 (en anglais)

Tout comme l'histoire qui s'en est inspiré, le film n'est pas seulement pour les enfants ou pour les adultes, mais pour tous. "La Couleur du Soleil" va captiver le public en les embarquant dans un voyage inoubliable à travers les 5 quartiers de New York, avec des personnages remarquables.

La vision de Paola Sinisgalli promet de souffler un vent frais sur le célèbre conte en lui donnant une dose de modernité, tout en restant fidèle à l'intrigue et aux personnages originaux. Les thèmes centraux d'humanité, d'enfance et de la vie sont explorés avec créativité et confiance et nous rappellent d'apprécier les petites choses de la vie.

La ville de New York est instrumentalisée pour devenir le contexte idéal pour explorer ces thèmes. La solitude du Pilote, juxtaposée au capharnaüm de la ville, livre une vision aigre-douce de l'âge adulte et des choses insignifiantes dont nous remplissons nos journées. Le désert dans le livre original n'a pas tant une portée visuelle mais représente plutôt l'état émotionnel internalisé du protagoniste; un vide à remplir et enrichir alors qu'il rencontre un petit garçon mystérieux qui changera sa vie en lui révélant le véritable sens de la vie."


La version filmée de la dédicace.


mardi 14 mars 2017

Prendre un thé de poésie avec Joséphine Bacon

Joséphine Bacon.

A la Foire du livre de Bruxelles, j'ai eu l'immense plaisir cette année de rencontrer Joséphine Bacon (à prononcer Ba-con, sans déformation anglo-charcutière). Une réalisatrice de films documentaires et une formidable poétesse amérindienne, Innue de Betsiamites. Née en 1947, elle vit à Montréal. D'où sa présence dans l'importante délégation d'auteurs (une bonne quarantaine) venus à Bruxelles pour célébrer le 375e anniversaire de la principale métropole du Québec.

Tout sourire derrière ses immenses yeux bleus dont elle me livrera le secret, Joséphine Bacon faisait cette année son deuxième voyage en Belgique. Le premier date de 1995, la même année que celle où elle est allée dans la toundra comme elle le raconte dans son magnifique recueil de poésie "Un thé dans la toundra/ Nipishapui nete mushuat" (bilingue, Mémoire d’Encrier, 96 pages, 2013).

Que venait faire alors une documentariste amérindienne dans la région de Biourge? Tout simplement tenter de réunir de la documentation pour le film qu'elle voulait réaliser sur Johan Beetz (1874-1949), un aristocrate belge qui s'est installé au Canada en 1897 pour oublier son chagrin après le décès de sa fiancée. Petit de taille - comme l'est sa portraitiste, il est devenu un grand homme pour les Innus grâce à l'amitié profonde qu'il vouait à ce peuple. Passionné de nature, de chasse et de pêche, il apprendra aux autochtones à ne plus troquer leurs peaux contre une bouchée de pain. Il fut aussi un grand naturaliste. "Johan Beetz aimait beaucoup les Indiens et a même marié une Indienne", résume Joséphine Bacon. Il lui a même fait onze enfants! Le documentaire qu'elle lui a consacré est sorti en 1997, "Tshishe Mishtikuashisht - Le petit grand européen (Johan Beetz)".

"Comme je savais que Johan Beetz avait vécu quelques années au château des Tourelles à Biourge, j'y suis allée", se souvient la réalisatrice. "Mais en 1995, le château avait changé de propriétaire et d'affectation. Il était devenu un hôtel-restaurant!" Quand elle a sonné à la porte, elle a été fort bien reçue par Philip De Buck qui y fut établi de 1987 à 2000. Le cuisinier l'a aidée comme il pouvait pour ses recherches, mais surtout, il est allé au Canada préparer un repas de fête en l'honneur d'Henri Beetz, 84 ans, le dernier fils vivant de Johan!

Mais la poésie dans tout cela?

"Si je suis poète, c'est grâce à une Bretonne, Laure Morali", déclare tout de go Joséphine Bacon. Une Bretonne qui est partie étudier au Québec quand elle avait vingt ans et y est restée. En 2008, elle a proposé à la cinéaste d'établir une correspondance avec le poète José Acquelin. Cela a tout déclenché. Elle s'est mise à écrire et n'a plus arrêté. Si la poésie est arrivée tard dans l'itinéraire de la documentariste innue, elle s'y est installée profondément. "La poésie ne meurt pas, je la trouve toujours, à n'importe quel moment de ma vie", a-t-elle déclaré.

Elle est allée à la rencontre des aînés et a écouté ce qu'ils lui disaient. Elle a tout noté sur des bouts de papiers épars. "Ce que les vieux m'ont raconté a donné le livre bilingue "Bâtons à message/ Tshissinuashitakana". J'ai ramassé tout ce que j'avais noté et j’en ai fait un recueil de poésie." 

Son plus récent recueil, aussi splendide qu'enthousiasmant, "Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat" est directement inspiré de son propre séjour dans la toundra et des récits des anciens qu'elle porte en elle. A l'automne 1995, Joséphine Bacon s'est rendue dans la toundra, à Shefferville, où se tenait un rassemblement des aînés des différentes communautés innues. Elle a été accueillie par un chasseur de caribous, Ishkuateu-Shushep et sa famme Maïna.

Elle le consigne dans le prologue du recueil, explique ce qui s'est passé durant ce séjour. Suivent alors les poèmes qui en découlent, dont cette chasse au caribou superbe de respect et de délicatesse, toujours en français sur la page de gauche, en innu-aimun sur celle de droite.
"J'écris mes poèmes en innu ou en français. N'importe où, que ce soit dans un parc à Montréal ou dans un taxi. Mais ceux qui concernent les territoires de mes ancêtres me viennent plutôt dans ma langue. Pour faire un recueil, je sors tout ce que j'ai écrit et j'adapte plus que je ne traduit."
Sans titre, souvent assez courts, simples mais d'une éloquence parfaite, les poème disent la toundra, la vie et notre incompétence face à l'infini. Ils se réfèrent au prologue, bien utile pour les percevoir au mieux.
"La toundra est comme ma sœur. Je fais comme si elle était une personne que je connais. Sinon, l'inspiration ne me viendrait pas. J'écris par inspiration.Ce sont des poèmes hors du temps, à  cause du nomadisme.Le temps peut par exemple être celui de la chasse. Tout est lié à la terre, les animaux aussi.
Jadis, on se désignait par les rivières qu'on utilisait pour rejoindre les territoires. Les rivières étaient des autoroutes pour nous. Ainsi, montagnais, c'est ma région.La terre est une personne pour nous. On l'humanise. Aujourd'hui, on parle de manière trop scientifique de la planète, cela la met à distance. Il faudrait en parler autrement, de manière plus proche."
Joséphine Bacon raconte le plus simple et donc l'essentiel avec des mots lumineux et vivants. Elle célèbre la beauté et la vie, l'humanité et son peuple.
"Je ne sais pas chanter
Pourtant, dans ma tête
Un air me rappelle
La verte Toundra

Mon corps s'appuie
Sur une présence
Invisible
La ville où j'erre
Et l'espoir que tu m'accueilles
Puisque je suis
Toi"

Elle ajoute: "J'ai écrit ces poèmes à Montréal et non dans la toundra parce que j'y étais plus réalisatrice que poète. J'ai participé à une série de films mais pas très souvent parce que je n'en faisais qu'à ma tête et que les producteurs n'aimaient pas trop ça."
"Quand tu es dans la toundra, toutes les directions sont devant toi. Comme si la toundra te donnait une autre vie. Elle est un cadeau de la terre. Y vivre est un cadeau des quatre éléments."
Pour feuilleter "Un thé de la toundra", c'est ici.


Si je vous montre ceci, que lisez-vous?


Oui, drôle de langue que l'innu, mot qui signifie humain.

Et avec la traduction en français?



En innu, poésie se définit comme mots de fierté!


Joséphine Bacon me lit un poème. (c) Be culture.

lundi 15 février 2016

Philippe Claudel entre à l'Académie de Belgique


Scoop! L'écrivain français Philippe Claudel entre à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) au titre de membre étranger littéraire. Il s'assiéra au fauteuil 40, précédemment occupé par Assia Djebar, décédée il y un an, le 6 février 2015.

Fauteuil 40, l'ultime, car, comme sa consœur de France, l'Académie de Belgique est composée de 40 membres: 26 écrivains et 14 philologues, ces derniers étant des spécialistes de la langue et de la littérature ou des érudits étudiant la langue ou la littérature moderne, voire contemporaine. L'ARLLFB comprend 30 membres appartenant à la communauté française de Belgique et 10 membres étrangers (écrivains dont l'œuvre est en français ou philologues qui ont consacré leurs travaux au français ou à sa littérature).

Au contraire du Quai Conti où tout le monde peut se présenter afin de siéger sous la Coupole, nul ne peut faire acte de candidature à l'ARLLFB qui élit ses membres au scrutin secret en séance plénière au Palais des Académies.

Les autres membres étrangers littéraires de l'ARLLFB sont actuellement Marie-Claire Blais, Gérard de Cortanze, Michel del Castillo, Sylvie Germain et Eric-Emmanuel Schmitt.

Philippe Claudel.
Ecrivain et réalisateur de cinéma, Philippe Claudel est aussi membre de l'Académie Goncourt depuis 2012. Sa carrière littéraire est impressionnante, cumulant succès critique et public. Il suffit de se rappeler de la foule qu'il rassemble à chacun de ses passages en Belgique, dont de nombreux néerlandophones qui le lisent dans le texte original. Après le prix Renaudot 2003 pour "Les âmes grises" (Stock) qui sera adapté au cinéma, il publie en 2005 "La Petite Fille de Monsieur Linh" (Stock), suivi deux ans plus tard par "Le Rapport de Brodeck" (Stock), prix Goncourt des lycéens 2007. En 2010, il publie "L'Enquête" (Stock).

Six ans et quatre films plus tard, le voici de retour sur les tables des nouveautés en librairie, avec "L'arbre du pays Toraja" (Stock, 212 pages), un nouveau roman qui célèbre résolument la vie même s'il est le tombeau d'Eugène, meilleur ami du narrateur, un cinéaste qui se trouve à la moitié de sa vie.

Et comme un plaisir n'arrive jamais seul: Philippe Claudel sera à la Foire du livre de Bruxelles le dimanche 21 février.



jeudi 16 juillet 2015

"La femme au tableau" lisait "Strewwelpeter"

Le portrait d'Adele Bloch-Bauer par Gustav Klimt en 1907.

Au cinéma, il est toujours amusant de reconnaître un livre pour enfants au gré d'une scène du film ("L'arbre généreux" de Shel Silverstein par exemple). C'est encore le cas dans le film "La femme au tableau" ("Woman in gold") de Simon Curtis qui vient de sortir sur les écrans belges. L'histoire de Maria Altmann (Helen Mirren), Américaine d'origine autrichienne qui, en 1988, décide de récupérer les œuvres d'art volées par les nazis à sa famille juive de Vienne. Dont le célèbre portrait carré de sa tante Adele Bloch-Bauer, peint par Klimt en 1907, tout teinté d'or. Elle sera aidée dans cette folle aventure par un jeune avocat, Randol Schönberg (Ryan Reynolds), le petit-fils du compositeur. Depuis 2007, le tableau restitué par l'Autriche est exposé à New York, à la Neue Gallery.


Mais si j'évoque ce film, c'est parce qu'on y voit surgir lors de scènes en flashback, le livre qui était lu à Vienne par sa famille à Maria Bloch petite - elle devint Altmann lors de son mariage. Il s'agit tout simplement de "Strewwelpeter" de l'Allemand Heinrich Hoffmann (adapté en français par Cavanna sous le titre de "Crasse-Tignasse", l'école des loisirs, Lutin poche, 1979).

Un livre formidable dont j'ai déjà dit ici tout le bien que j'en pense - c'était à l'occasion du décès de Cavanna, un an avant l'attaque terroriste à "Charlie Hebdo", journal qu'il avait fondé.

Scènes réelles ou imaginaires, ce qui est amusant dans le film, c'est de voir que cette grande famille bourgeoise de Vienne, extrêmement attentive à l'art, mécène pour de nombreux artistes, à la tête d'une superbe collection de tableaux, donnait à lire aux enfants un livre illustré excellent, quoique jugé subversif par de nombreux bien-pensants. Quelle ouverture d'esprit! Quelle joie de voir réapparaître encore une fois ce livre formidable.





vendredi 12 juin 2015

Le fin regard de Monique Martin sur Bruxelles


Vous aimez l’œuvre de Monique Martin (1928-2000), alias Gabrielle Vincent, la créatrice de la magnifique collection d'albums pour enfants "Ernest et Célestine" (Duculot puis Casterman puis Flammarion puis Gallimard même si les noms des dernières maisons originales sont respectés en couverture)?

Grand Place. (c) Fondation Monique Martin.


Précipitez-vous au Musée de la Ville de Bruxelles, installé dans la Maison du Roi à la Grand-Place, et découvrez la superbe exposition "Bruxelles par Monique Martin" (jusqu'au dimanche 27 septembre, de 10 à 17 heures sauf le lundi). C'est au deuxième étage sans ascenseur mais l'effort est récompensé. On trouve dans l'immense pièce néogothique une formidable sélection d’œuvres originales de Monique Martin, en rapport avec la ville de Bruxelles où elle a toujours vécu et qu'elle a croquée avec finesse, humanité et talent. C'est une occasion d'autant plus exceptionnelle que l'artiste a finalement assez peu exposé de son vivant. Ce n'est pas pour cela qu'elle n'a pas dessiné ou peint! A son décès, elle laissait un patrimoine de plus de dix mille dessins et peintures, la plupart inédits.

Le petit Ange à Bruxelles. (c) Fondation Monique Martin.
La salle du musée est partagée en plusieurs espaces thématiques bien conçus et largement alimentés en œuvres. On peut ainsi admirer de nombreux dessins craquants comme tout du "Petit ange à Bruxelles" (Blanchart, 1970), le premier album de Monique Martin.
Il est trop réussi ce petit ange en noir et blanc avec ses attitudes et ses mimiques saisies aux quatre coins de la capitale.
Il est né à la Noël 1966, lors d'un voyage en car vers Paris de Monique Martin. Pour passer le temps, la jeune femme a imaginé cet angelot rebelle qui décide de descendre sur terre et de rassembler tous les enfants "de pierre et de bronze", dont le Manneken Pis, pour chanter des cantiques.

Plus loin dans l'exposition, on peut admirer des vues de plusieurs quartiers de Bruxelles, des Marolles à l'Abbaye de la Cambre en passant par d'autres lieux en face desquels figurent des cartes postales qui ont inspiré Monique Martin. Partout, que ce soit en noir et blanc ou en couleurs, on comprend le génie de l'artiste, sa sensibilité à l'humain et à la beauté.

Rentrée judiciaire. (c) Fondation Monique Martin

Des scènes saisies au Palais de Justice figurent évidemment dans cette exposition bruxelloise. Monique Martin a été une habituée du Mammouth de Poelaert pendant plus de vingt ans, croquant juges, avocats, prévenus, policiers... de toutes les salles où elle pouvait entrer et s'asseoir. Avec une attention toute particulière pour les mains de tous ceux qui étaient en rapport avec la Justice. Un album était né de tous ces dessins, "Au palais".

On peut aussi voir quelques portraits splendides, des Bruxellois et Joseph de Smedt, dit Jos de Smedt, qui fut le mentor de l'artiste.

Ernest et Célestine vont pique-niquer. (c) Fondation Monique Martin.
Et bien entendu sont aussi exposées aux cimaises et dans les vitrines des aquarelles venant de ses livres, "Ernest et Célestine" bien sûr et d'autres aussi, parfois des dessins non publiés. Le tout est fort agréablement mis en scène dans une scénographie qui utilise aussi des objets ayant appartenu à Monique Martin. On voit notamment une table de travail et des notes de sa belle et grande écriture ronde.

Boîte d'aquarelles de Monique Martin.

C'est une exposition de toute beauté qui nous est proposée. Le résultat appréciable d'une année complète de travail de la Fondation Monique Martin, créée en 2012, par Benoît Attout, le filleul, neveu et ayant droit de l'artiste, et portée aussi par la fille de ce dernier, Emeline Attout. Le but de cette fondation d'utilité publique est simple: "Préserver l'ensemble des œuvres de Monique Martin et  mieux la faire connaître au public en tant qu’illustratrice et en tant qu'artiste-peintre." 

Informations et programme d'animations de l'exposition au Musée ici.

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Le cœur et les yeux pleins de toute cette beauté, on descend les escaliers de la majestueuse Maison du Roi. Sur la Grand Place, on tourne à droite, puis à gauche. On se retrouve à l'Espace Wallonie de Bruxelles, 25-27 rue du Marché aux Herbes, dont la vitrine frappe le regard. Mais oui, c'est, en vrai, la cuisine qui apparaît dans les albums d'"Ernest et Célestine": fourneau à l'ancienne, etc. Comme un apéritif à la deuxième exposition autour de Monique Martin - Gabrielle Vincent qui se tient à Bruxelles jusqu'au dimanche 27 septembre (entrée libre, fermée le dimanche sauf le dernier, renseignements ici).

Ernest et Célestine, une chanson. (c) F. M. Martin/Casterman.
Installée dans un lieu extrêmement lumineux, on admet volontiers que l'exposition "Ernest et Célestine, quand les livres s'animent" ne présente que quelques originaux. "Ils ont déjà été beaucoup exposés", avance Emeline Attout, de la Fondation Monique Martin, "et souffrent de la lumière". Ce sont donc essentiellement des reproductions des dessins originaux qui sont montrées au public. Celui-ci peut aussi voir sous vitrine une belle série de livres de Gabrielle Vincent, le pseudonyme de Monique Martin, ainsi que les traductions de ses albums à l'étranger. Des produits dérivés aussi, dont une peluche Jacadi qui vient de sortir et fait la fierté de la commissaire.

Des espaces enfants sont prévus, scénographiés pour qu'ils puissent jouer, dessiner, se déguiser.

Mais aux cimaises? Aux cimaises, une cinquantaine de reproductions de planches issues de différents albums pour montrer combien le film "Ernest et Célestine", sorti en 2012 et disponible en DVD, est inspiré par les livres de Gabrielle Vincent. Si Daniel Pennac, nous dit-on, a créé un scénario original, imaginant même un antagonisme entre les ours et les souris, une guerre entre le monde d'en haut et le monde d'en bas, c'était pour tenir la durée d'un long-métrage. Mais il a néanmoins fait de nombreux clins d’œil à l'auteure dans son scénario et l'expo veut les montrer.

In "La naissance de Célestine". (c) Fondation Monique Martin, Casterman.


Une image du film "Ernest et Célestine". (c) Les armateurs

Cela, on l'avait bien vu dans les décors du dessin animé. Pièce à vivre, cuisine, grenier, lit, etc., même certains extérieurs, étaient clairement inspirés de l'univers de Gabrielle Vincent. C'était même la seule chose à garder dans le film, selon moi. Alors pourquoi cette exposition justification? Montrant face à face une scène du film et une planche d'album? Le film a été un vrai succès en Belgique, en France et au Canada. Qui ne l'a pas aimé, à part moi?

L'ouverture de cette exposition a aussi été l'occasion d'apprendre, non pas qu'il y aurait un film "Ernest et Célestine 2", trop attendu, mais une série télé "Ernest et Célestine" de 26 épisodes de 13 minutes, baptisée "collection" car respectant davantage l'esprit des albums. Des contes du quotidien, annonce-t-on, au budget de 4,2 millions d'euros dont 90 % sont déjà financés et 25 préventes déjà signées (sur un test de 40 secondes). Sa sortie est prévue pour la fin de l'année 2016. Daniel Pennac ne participera pas à ce nouveau projet, mais on y retrouvera le producteur Didier Brunner ainsi que Stéphane Aubier et Vincent Patar, aux story-boards cette fois. Se joindront à eux Jean Regnaud pour le scénario tandis que la réalisation sera confiée à Jean-Christophe Roget et Julien Chheng. Espérons que la douceur et la tendresse des livres soient rendus dans cette nouvelle déclinaison audio-visuelle de l’œuvre de Gabrielle Vincent. 



 

Les débuts de "Ernest et Célestine, la collection". (c) 2015 Folivari et Mélusine Prod.


Informations et programme d'animations de l'exposition à l'Espace Wallonie ici.

Voilà ce que j'écrivais en octobre 2012 à propos du livre de Daniel Pennac:
"Il y a douze ans s’éteignait la merveilleuse Gabrielle Vincent, peintre, auteure et illustratrice belge, créatrice de la superbe série "Ernest et Célestine" (Duculot puis Casterman). Des albums pour enfants d'une qualité rare et d'une acuité extrême aux émotions humaines. Des milliers d’enfants se sont reconnus dans les histoires du gros ours et de la petite souris. Des milliers d'adultes aussi. Tout était juste dans ces 25 albums, régulièrement réimprimés.
En fin d'année arrivera au cinéma le dessin animé d'"Ernest et Célestine", une idée que Gabrielle Vincent vivante avait toujours refusée. Est déjà sorti en librairie "Le roman d’Ernest et Célestine", de Daniel Pennac, aussi scénariste du film (Gallimard Jeunesse/Flammarion, 200 p., 14,50 euros), destiné aux 8-10 ans.
Pauvres enfants, pauvre Gabrielle Vincent! On n'y retrouve rien de l'univers qu'elle avait créé. Ernest y est un vrai ours, avec des soucis d'ours. Pareil pour Célestine qui n'a que des préoccupations de souris. Le texte est lourd, répétitif, faussement complice avec le lecteur. On y parle d'opposition entre mondes d'en haut et d'en bas, de dentiste, de police, de prison. Les héros homonymes ne sont que des animaux alors qu'Ernest et Célestine étaient si humains. Quelle déception, à l'exception du dernier chapitre où Pennac partage son amitié avec Gabrielle Vincent!"
Quant au film, je ne fus pas autorisée à le critiquer. Juste à le présenter à une classe de cinquième primaire.
"C'est ce mercredi que sort au cinéma le film "Ernest et Célestine". Au départ, c'étaient de très beaux livres pour enfants, écrits et dessinés par une Belge, Gabrielle Vincent (1928-2000). On y retrouvait toujours un gros ours, Ernest, et une toute petite souris, Célestine. Les vingt-cinq albums parus racontaient leur vie de tous les jours, avec ses joies et ses chagrins.
"Ernest et Célestine", c'est aussi aujourd’hui un film. Un dessin animé réalisé par deux autres Belges, Vincent Patar et Stéphane Aubier. Ce sont eux qui avaient déjà fait le dessin animé "Panique au village" et les épisodes de "Pic Pic André". Ils ont été appelés par le réalisateur français du film, Benjamin Renner.
L'ours et la souris de papier deviennent donc des personnages qui bougent dans le film. L'histoire a été inventée par un écrivain français, Daniel Pennac. Il a imaginé ce qui se passait avant que ne sorte le premier livre de la série, la « préquelle », en termes techniques.
On découvre dans le dessin animé qu’Ernest et Célestine vivaient chacun dans leur univers respectif avant de se rencontrer. Il y a un monde d'en haut, celui des ours, et un monde d'en bas, celui des souris. A ce moment-là, les souris et les ours se détestaient. Ils pouvaient même être en guerre les uns contre les autres.
Mais Ernest et Célestine n'ont pas été d'accord de suivre les ordres de leur espèce. Ils ont voulu être indépendants, être libres, ne pas se fier aux préjugés. Pourquoi un ours et une souris ne pourraient-ils pas être amis? Ils ont fini par l’être. Ils ont été unis contre le monde cruel qui les entourait.
Le film a été fait pour les enfants à partir de quatre ans. Mais les grands de dix, onze, douze ans et même leurs parents, pourront le voir sans se sentir « petits »."

Bon, on verra bien pour la série et souhaitons le meilleur.
Aujourd'hui, nous avons à notre disposition ces deux expositions bruxelloises montées par la Fondation Monique Martin.

Sans oublier l'ensemble des livres signés Monique Martin ou Gabrielle Vincent