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mardi 19 avril 2022

Tout le monde lit le 23 avril, et avant


En 2018, l'ADEB (Association des éditeurs belges) et les éditeurs jeunesse belges ont choisi la date du 23 avril, journée mondiale du livre et du droit d'auteur, pour promouvoir la lecture des enfants (lire ici). L'année suivante, l'opération a été joliment baptisée "Tout le monde lit" (lire ici et ici). Elle a lieu à date fixe, peu importe le jour de la semaine. Pas de chance, elle tombe un samedi cette année. Enfin, pas de chance pour les écoles qui s'y associent volontiers. Chance sans doute pour les familles qui ont plus de temps le samedi. Qu'à cela ne tienne. Pour sa cinquième édition, l'opération "Tout le monde lit" innove en remettant son premier prix d'écriture et lance un nouveau pari : #partage ton livre!

On sait aujourd'hui, sans doute le savait-on hier, que "lire un quart d'heure tous les jours, c'est bon pour le moral et donc pour la santé!" Même que les Français nous ont copiés (lire ici).

Partant de cette idée, l'opération "Tout le monde lit"  a lancé en 2021 un concours d'écriture à l'intention des classes de troisième, quatrième, cinquième et sixième primaires, pour les enfants de 8 à 12 ans. Il s'agissait d'inventer une suite au texte "Cornelius et le singe", proposé par l'écrivain belge Thomas Lavachery. Quatre cents textes ont été envoyés par soixante-six classes. Le premier prix sera remis par Thomas Lavachery ce jeudi 21 avril. Les classes ayant envoyé les cinq meilleurs textes recevront leur contribution imprimé sous forme de livre et  la visite d'un auteur. Les vingt premières classes gagnent une caisse d'une vingtaine de livres offerts par des éditeurs belges de littérature de jeunesse.

#partage ton livre, un livre que tu as aimé et immortalise un plaisir de lecture est l'appel lancé par "Tout le monde lit" du 18 au 23 avril. L'ADEB souhaite encourager le partage d'un livre de son choix avec son voisin, son collègue, son copain de classe, sa famille, en vrai ou à travers les réseaux sociaux. Les enfants peuvent amener un livre à l'école pour le partager avec leur classe et/ou leurs amis, les adultes au travail pour le partager avec un collègue. Côté réseaux sociaux, l'idée est de poster une photo ou une vidéo illustrant ses meilleurs moments de lecture sur Facebook ou Instagram en taguant la personne avec laquelle on souhaite partager ce moment. Les gagnants seront tirés au sort le 25 avril 2022 parmi les photos les plus originales avec à la clé la possibilité de gagner un livre. Plus d'informations sur www.toutlemondelit.be

Comme chaque année, le 23 avril, tout un chacun (des enfants aux grands-parents en passant par les écoles, les entreprises…) est invité à prendre quinze minutes de son temps pour lire. Le défi est de rendre la lecture virale et pérenne dans toutes les couches de la population.


jeudi 26 novembre 2020

Le rêve de paradis de Lila


Il y a quelques semaines, je relayais le deuxième concours d'écriture à l'attention des 15-20 ans de l'asbl Albertine qui avait pour thème "Partager l'avenir" (lire ici; depuis, j'ai appris que Jean-Marie Gustave Le Clézio écrivait aussi tous ses textes à la main). Si le concours a eu moins de participants que l'an dernier, normal vu la situation actuelle qui chamboule pas mal les écoles en général et les projets personnels en particulier, le jury (Alain Berenboom, Mélisande Fauvet, Geneviève Damas, Sandrine Bonjean), se réjouit de la qualité des textes qui lui sont parvenus, "d'une grande qualité, riches en maturité et émotions". Tous écrits par des élèves de quatrième secondaire.

Le prix du jury a été attribué à la nouvelle de Lila Jeanjot de l'école Singelijn, "Somnium caelium" (lire ci-dessous). A noter qu'elle avait déjà participé au concours l'an dernier. Esma Sen, de l'Athénée Fernand Blum-Roodebeek, a reçu, elle, le prix coup de cœur du président du jury, Alain Berenboom, pour sa nouvelle "Le monde d'aujourd'hui, d'hier et de demain". 

Quel plaisir de découvrir cette belle plume!

"Somnium caelium"

Ostende le 22 mai 2021
La mer s'agite, les vagues sont de plus en plus fortes. Le vent souffle dans mes cheveux et emporte avec lui des grains de sable. Le ciel commence tout doucement à s'assombrir. Je crois qu'une tempête se prépare. 
Je ne devrais pas être là, mais tant pis, qu'est-ce que je risque? J'ai déjà tout perdu. Même ma vie ne m'appartient plus. Au-dessus de ma tête, un compte à rebours s'est enclenché. Quoique je fasse je mourrai à la fin du décompte. Moi qui avais une panoplie de rêves à réaliser, je me rends compte qu'au final je ne pourrai rien accomplir. Ah… rien que d'y penser j'ai envie de pleurer.
Il se met à pleuvoir, le temps est en adéquation avec mon humeur.  
Je sens mon téléphone vibrer. Plusieurs appels manqués et une série de message de mon médecin m'ordonnant de rentrer. 
Ai-je envie d'y retourner? Non, certainement pas! 
Je n'ai déjà plus beaucoup de temps, je ne vais pas le gaspiller entre ces quatre murs. Là, j'ai juste envie de balancer mon téléphone dans l'eau et de tout quitter.  Et si je le faisais? La tentation est trop forte. Je ne peux y résister. 
Je me mets à marcher jusqu'à la lisière du sable et de l'eau. J'hésite quelques secondes avant de rentrer petit à petit dans la mer. Le liquide froid m'enveloppe et me recouvre totalement. Pour la première fois de ma vie j'ai un sentiment de liberté…
Est-ce vraiment de la liberté? Un doute m'envahit, mon esprit se trouble, je n'arrive plus à réfléchir… 
Un instant de lucidité me revient. Mais que fais-je? Je suis en train de tout gâcher! En ce moment je suis vivant, c'est le principal. Ce n'est pas parce que je suis malade que je dois me croire mort avant l'heure. Sur ces pensées, je reprends des forces et affronte la tempête pour remonter à la surface. C'est dur, les vagues me secouent dans tous les sens. Je manque de me faire emporter plusieurs fois par le courant mais je résiste tant bien que mal. Il le faut!  
Allez, encore un peu de courage. J'y suis bientôt.  Je sors ma tête de l'eau. Je reprends une bouffée d'oxygène et ouvre mes yeux. Ils me piquent, mes poumons me brûlent et je me mets à tousser mais malgré tout ça je suis heureux car cela prouve que j'appartiens encore à ce monde.
Grâce à cette expérience, j'ai réalisé que j'avais encore une chose à accomplir avant de décéder. Une vie sans regret c'est ça que je veux.  

Hôpital le 23 mai 2021
Mes jambes avancent toutes seules. Ce trajet, je pourrais le parcourir les yeux fermés. Peu importe le nombre de temps à passer ici, je ne peux m'y habituer. Ces couloirs blancs m'oppressent. L'odeur si particulière de ce lieu me monte au nez et me donne la nausée. Non, décidemment je n'aime pas cet endroit. Mais je dois passer par là pour le rejoindre.
Je trouve enfin le bon couloir et marche jusqu'à cette porte. Il me suffit d'un pas pour la franchir mais je n'y arrive pas. Mon corps commence à trembler, je ne peux m'arrêter. Je m'accroupis devant la porte et essaye de reprendre mes esprits. Après cinq minutes j'arrive enfin à retrouver le contrôle de mes émotions. J'exhale un bon coup et rentre dans la pièce. 
Rien n'a changé, toujours ces murs blancs, ces deux lits au centre séparés seulement par un rideau et cette unique fenêtre servant à de longues heures de contemplation où l'on s'imagine être partout sauf ici. 
Je me dirige directement vers le deuxième lit, j'ouvre le rideau. Mon regard se pose sur le petit garçon qui me fait face. 
Il me regarde d'un air perplexe jusqu'au moment où il semble me reconnaitre. 
- Tu es revenu! s'exclame-t-il.
- Oui, désolé du retard. Je me suis perdu mais ne t'inquiète pas, maintenant je suis là, dis-je d'un ton chaleureux. 
- Alors, qu'a dit le médecin? Vas-tu rester? s'interroge-t-il.  
- Et bien comment dire… Je suis arrivé au même stade que toi et non, je ne pense pas rester ici.
- Mais tu avais promis de rester avec moi, se plaint-il les yeux plein de larmes.
- Ecoute Aris, je n'ai pas de rêve à accomplir avant de mourir mais toi tu en as un. Alors j'ai décidé que mon rêve serait de t'aider à réaliser le tien. 
Ses yeux se posent sur moi, se mettent à briller mais d'un coup je m'aperçois que leur lueur s'estompe pour laisser place à de la tristesse. 
- Pourquoi es-tu si triste?
Il secoue la tête. 
- Non, je veux partir avec toi. Mais comment vais-je faire pour transporter les machines, dit-il d'un air abattu. 
- Oh Aris, ne t'inquiète pas pour ça. 
- Mon médecin m'a dit que 'en avais besoin, gémit-il. 
Je m'accroupis devant lui et passe mes mains dans ses belles boucles blondes et le regarde dans ses yeux bleu azur. 
- Je ne te l'ai pas dit plus tôt mais aujourd'hui est un jour spécial. Tu peux quitter ces machines et cette pièce et partir loin d'ici avec moi. Le médecin m'en a donné l'autorisation. 
Il me saute dans les bras et me fait un câlin. 
- Merci, merci, chuchote-t-il, sa tête enfuie dans mon cou. 
Je lui tends ma main. 
- Lève-toi maintenant. On va préparer tes affaires. 

28 mai 2021 Sud de la France, Provence : 
Les rayons du soleil s'infiltrent à travers mes rideaux et se posent sur mon visage. Je me réveille en douceur. Mes pas me mènent vers le miroir accroché à une des poutres de cette vieille bâtisse. J'ai l'impression que mon reflet est une toute autre personne. Un léger teint halé, les yeux reposés, tout mon visage s'est décrispé. Heureusement je ne ressemble plus à un cadavre ambulant. Ça me fait du bien au moral. Je ressens les bienfaits de cette semaine passée aux côtés d'Aris. Tous les deux nous avons exploité à fond ces derniers jours pour pouvoir réaliser toutes les activités que le petit monstre voulait accomplir. 
En parlant de lui cela m'étonne qu'il ne soit pas encore venu me rejoindre. D'habitude il profite de mon sommeil pour se jeter sur mon estomac et par la même occasion me réveiller. Rien que d'y penser j'en ai encore des crampes. Mais bon comment lui en vouloir? Il est si mignon.
Je me mets à le chercher dans la maison. Ne le trouvant pas, je commence à m'inquiéter.
- Aris où es-tu? 
Pas de réponse! Je panique vraiment. Jusqu'au moment où j'entends des rires venant de l'extérieur. Je me précipite à travers les dédales de couloirs et ouvre la porte menant au jardin. Stupeur! Devant mes yeux se déroule une scène surréaliste. 
L'enfant est en train de courir sur la pelouse tout en se faisant courser par une poule. A l'instant où j'allais intervenir pour arrêter l'animal, le gamin tombe et la poule vient lui picorer la main comme si elle voulait le rassurer. Il se met à rigoler puis me voit et me sourit. 
- Simon, tu as vu? La poule et moi faisions un touche-touche, dit-il en se relevant. 
- Oui j'ai vu. Allez, viens te préparer, aujourd'hui c'est le grand jour. 
Après quelques minutes d'attente nous sommes enfin prêts. J'ouvre la grande porte en bois et nous sortons de la demeure. 
- Allons-y à pied ce n'est pas très loin, dis-je en prenant la main d'Aris. 
- Oui, j'ai hâte, s'exclame-t-il. 
Nous continuons notre chemin. Sur la route, Aris aperçoit un lézard. Comme à son habitude il lâche ma main et décide de le courser. En le regardant si joyeux, j'ai un léger pincement au cœur. Honnêtement, si quelqu'un passait par là, il ne croirait jamais que ce gamin qui joue dans les hautes herbes soit malade. Mais bon, je sais que bien souvent les apparences sont trompeuses. Allons, n'ayons pas de pensée pessimiste, aujourd'hui est un grand jour pour Aris. Il ne faut pas que je le gâche. 
- Continuons notre chemin sinon nous serons en retard, dis-je avec entrain. 
Il retourne à côté de moi et nous poursuivons notre balade. 
- Simon, je n'aime plus le bruit qu'on entend tout le temps à la maison, me chuchote-t-il comme pour me faire une confidence.
- Le bruit? Ah tu veux dire le chant des grillons?
- Oui et bien ton chant, il m'a réveillé trop tôt ce matin, se plaint-il d'une moue boudeuse. 
- Ne t'inquiète pas, tu t'y habitueras, dis-je en rigolant. 
Il ne m'écoute déjà plus, trop absorbé par le lézard qui nous suivait toujours. 
Nous marchons pendant plusieurs minutes jusqu'à notre destination. 
Quand nous sommes arrivés, tout était prêt. Nous embarquons dans la nacelle. Tous les deux nous regardons avec admiration le lancement de flammes. L'énorme ballon se gonfle doucement au-dessus de nos têtes et s'élance dans les airs. Plus nous gagnons en altitude plus nous nous habituons aux crépitements des flammes. Arrivé à une certaine hauteur, Aris s'agrippe au rebord du panier. 
- Fais attention, tu risques de tomber, dis-je d'un ton malicieux. 
- Même pas vrai, dit-il en tirant la langue. 
D'un coup, le vent se lève et la montgolfière s'accélère. Ça n'a pas du tout l'air de l'inquiéter. Le petit bonhomme repart de plus belle dans un fou rire. Nous divaguons encore quelques instants tout en contemplant le paysage. Soudain, le môme se mit à pleurer. Je reste ébranlé ne sachant pas d'où vient cette tristesse. 
- Pourquoi pleures-tu? 
- Parce-que c'est beau…
Un long silence s'ensuit jusqu'au moment où il trouve le courage de terminer sa phrase. 
- Je ne pensais jamais pouvoir ressentir cette sensation un jour. Tels les oiseaux que j'observais à travers la fenêtre de l'hôpital, je vole et contemple la Terre. 
A ces mots je le prends dans mes bras et nous continuons à regarder ce paysage si cher aux yeux d'Aris. 
Je n'en reviens pas, il y a une semaine, je voulais en finir avec ma vie, la trouvant triste à souhait. Maintenant, même si je sais que celle-ci va bientôt prendre fin, je ne suis plus attristé. Au contraire, je suis heureux d'être là, dans le ciel, aux côtés de la personne que je considère comme mon frère. Nous profitons du moment, sans penser au lendemain. Pour une fois, nous, les enfants sans avenir, sommes plus éblouissants que le soleil.


vendredi 30 octobre 2020

Concours d'écriture pour les 15-20 ans à Bruxelles

Ecrit-on encore à la main aujourd'hui? Je précise. Ecrit-on encore à la main aujourd'hui quand on écrit pour soi, c'est-à-dire la plupart du temps dans le but d'être publié? ou au moins d'être partagé? Certains écrivains le font, d'autres ne jurent que par le clavier. Dans la première catégorie, on trouve Franck Bouysse, grand adepte des cahiers (lire ici) et Amélie Nothomb. Plus loin de nous, John Irving ("Le monde selon Garp"). Martin Winckler est passé, lui, du cahier au clavier, mécanique d'abord, électrique ensuite. Mark Twain et Ernest Hemingway, Agatha Christie et Orson Welles sont aussi célèbres que leurs machines à écrire.

Tout ça pour rappeler le deuxième "Concours d'écriture pour les 15-20 ans" qu'organise à Bruxelles l'asbl Albertine de Geneviève Damas - le premier avait eu lieu l'an dernier à l'occasion des vingt ans des soirées Portées-Portraits dont la série d'animations avait été lancée lors d'une soirée mémorable (lire ici). Qu'on écrive la première version à la main, à la machine ou à l'ordinateur, le texte définitif devra être dactylographié.

Pour 2020, le concours d'écriture de nouvelles proposé aux classes des écoles de la Région de Bruxelles-Capitale a pour thème "Partager l'avenir". Un jury composé de professionnels sélectionnera cinq textes finalistes qui seront lus le 24 novembre à 17 heures à la Bibliothèque Sésame de Schaerbeek par des comédiens, en présence de tous les participants (sous réserve). Attention, les textes doivent être rentrés pour le 11 novembre!

Pratique
  • Thématique: "Partager l'avenir"
  • Longueur: entre 8.000 et 12.000 caractères (espaces compris)
  • Date de clôture: le 11 novembre à 22 heures
  • Adresse d'envoi, texte dactylographié: albertineasbl@gmail.com avec en objet Partager l’avenir
  • Mentions obligatoires: nom, prénom, date de naissance, adresse, mention de la classe et du nom de l'école


















mercredi 28 novembre 2018

Kamel Benaouda, premier lauréat masculin du Concours du premier roman jeunesse

Kamel Benaouda. (c) Jérémie Coris.

Et voilà, c'est le Lyonnais Kamel Benaouda qui est le lauréat du troisième Concours du premier roman jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama (lire ici). Son "Norman n'a pas de super-pouvoir" a été préféré aux 923 autres premiers manuscrits reçus. Son roman paraîtra le 29 novembre en versions papier et numérique (Gallimard Jeunesse, 320 pages). Originaire d'un quartier défavorisé de Lyon, Kamel Benaouda a grandi dans une famille de huit enfants. Il a suivi des études de lettres modernes tout en écrivant pour le plaisir. Âgé de 36 ans, il enseigne aujourd'hui le français dans un lycée près d'Angers, où il vit avec sa compagne et leurs quatre filles.

"Norman n'a pas de super-pouvoir" nous plonge dans le monde de Norman, où  chacun possède un don spécial: vision nocturne, télépathie, respiration sous l'eau, invisibilité... Sauf Norman! Or ce matin-là, au collège, le héros doit passer le test qui le révélera à la terre entière. Pour échapper à cette humiliation, une seule solution: tricher! Avec ses amis Agathe, Franck et Jibril, il monte un plan des plus périlleux... Dès 10 ans.


Via Gallimard, quelques questions à Kamel Benaouda
Quels sont les cinq livres qui ont marqué votre enfance?
Question difficile... Par ordre croissant d'importance, je dirai: Jules Verne, "20.000 lieues sous les mers", Mark Twain, "Les aventures de Tom Sawyer", les livres d'Anthony Horowitz, en particulier "Ennemi public n°2" (plus encore que "Le Faucon malté", qui le précède), "L'Odyssée" d'Homère, et d'une manière générale, les contes et la mythologie de différentes cultures, Loïs Lowry, "Le Passeur".
Comment vous est venue l'envie d'écrire? 
Je ne suis pas très original, mais c'est à force de lire que m'est venue l'envie d'écrire. Les livres ont tellement apporté à mon enfance que j'ai eu envie de "rendre" ce qui m'avait été si généreusement offert. J'ai longtemps cru que ce n'était qu'un passe-temps, avant de comprendre qu'il s'agissait surtout d'un besoin. Je ressasse des histoires et elles m'obsèdent jusqu'à ce que je les ai couchées sur papier.
Pourquoi avez-vous participé au concours? 
Une amie, qui écrit aussi, m'expliquait que les appels à textes et les concours étaient une bonne manière de se faire connaître... Je la remercie aujourd'hui! Le hasard a voulu que je termine mon roman quelques mois avant la date butoir du concours, ce qui m'a laissé le temps de corriger l'ensemble.
Où avez-vous trouvé l'inspiration pour écrire cette histoire? 
Les super-héros, que l'on voit partout, et qui ont d'ailleurs fait partie de mon enfance, présentent une limite qui m'a toujours frustré: ils ont tendance à rendre la réalité fade et sans intérêt. J'ai donc eu envie d'écrire une histoire qui parodie cet univers et soit, d'une certaine manière, une célébration de l'ordinaire.
Racontez votre livre en une phrase.
J'aime bien la manière dont l'équipe de Gallimard l'avait formulé: "Dans le monde de Norman, chacun est doté d'un super-pouvoir... sauf Norman. Avec l'aide de ses copains, il va s'efforcer de faire croire qu'il n'est pas différent des autres".
Qui a été votre premier lecteur ? 
Mes deux filles aînées, qui avaient 9 ans à l'époque. Pour savoir si, objectivement, mon roman valait le coup d'être proposé au concours, j'ai réalisé une fausse édition du livre, avec un faux nom, et je le leur ai fait lire en faisant croire que je l'avais acheté en librairie. Quand elles m'ont conseillé de le lire à mon tour en m'expliquant que c'était prenant et drôle, j'ai su qu'il avait ses chances...

mercredi 19 septembre 2018

Les 12 lauréats du concours "émergences!"


Rappelez-vous! Le 17 avril dernier, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (1.400 auteurs jeunesse) lançait le concours de nouvelles "émergences!", adressé à tous les auteurs et autrices débutant(e)s ou en voie de professionnalisation (lire ici).

Aujourd'hui, douze lauréat(e)s ont été sélectionnés parmi les 62 candidatures reçues. Il s'agit de

  • Lilie Bagage 
  • Gaël Bordet 
  • Stéphane Botti 
  • Judith Bouilloc 
  • Damien Galisson 
  • Pierre-François Kettler 
  • Aylin Manço 
  • Gilles Monchoux 
  • Delphine Pessin 
  • Betty Piccioli 
  • Laura P. Sirkoski 
  • Frédéric Vinclère


Ils recevront:

  • un parcours de formation avec des auteur(e)s confirmé(e)s comme Marion Achard, Sophie  Adriansen, Mathieu Sylvander, Emmanuel Trédez, Flore Vesco et Séverine Vidal. 
  • la parution d'un recueil réunissant les douze nouvelles en novembre.
  • des rencontres privilégiées avec des éditeurs pendant le salon du livre de Montreuil.
  • des événements littéraires de valorisation des textes en 2019.


Le jury était composé des auteurs et autrices Clémentine Beauvais, Marie-Aude Murail et, pour la Charte, Camille Brissot et Guillaume Nail, des professionnels de la littérature jeunesse Valérie Beaugier et Marilyne Duval pour les bibliothèques de Montreuil, Emmanuelle Chesnel, professeure de Lettres et présidente du Festival du Livre jeunesse de Cherbourg, Tom Lévêque, blogueur, Charlotte Rigaux, libraire chez Millepages Jeunesse (Vincennes), Céline Robert, responsable des librairies Leclerc au niveau national.


lundi 7 mai 2018

Plus de 900 premiers manuscrits en lice pour le 3e concours d'écriture Gallimard Jeunesse


Les jeunes aiment lire, et plein de jeunes et de moins jeunes aiment écrire pour la jeunesse, à juger les résultats des trois éditions - la troisième est en cours - du Concours du premier roman jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, en partenariat avec RTL et Télérama. Un concours qui s'adresse à tous ceux qui écrivent pour la jeunesse et voudraient faire connaître leur texte.

Ce concours ne vous dit rien? Mais si, sa première édition, en 2013, a été remportée par la Belge Christelle Dabos, à l'âge de 33 ans (elle est née en 1980). Elle continue à enchanter ses lecteurs avec "La Passse-Miroir" (trois tomes actuellement, dont les deux premiers sont également disponibles en format de poche, Gallimard Jeunesse).

  • Tome 1 - "Les Fiancés de l'hiver", Grand Prix de l'Imaginaire 2016 (2013 et 2016, à feuilleter ici)
  • Tome 2 - "Les Disparus du Clairdelune", Grand Prix de l'Imaginaire 2016 (2015 et 2018, à feuilleter ici)
  • Tome 3 - "La Mémoire de Babel" (2017, à feuilleter ici)

Et c'est la Française Lucie Pierrat-Pajot, née à Nevers en 1986, qui  en a remporté la deuxième édition, en 2016, pour ses trente ans, avec "Les Mystères de Larispem" (Gallimard Jeunesse).

  • Tome 1 - "Les Mystères de Larispem" (2016, à feuilleter ici).
  • Tome 2 - "Les Mystères de Larispem II, Les Jeux du Siècle" (2017, à feuilleter ici).

Alors pour la troisième édition, un lauréat ou une nouvelle lauréate?

La participation à la troisième édition du Concours du premier roman jeunesse vient de se terminer (elle était ouverte du 2 janvier au 4 mai 2018 à minuit).
En voici les premiers chiffres.
Manuscrits reçus: 924.
Textes: 70% dans le genre "fantastique" (paranormal, SF, dystopie, heroïc fantasy)0
Participants: 80% de femmes, 20% d'hommes.
Tranche d'âge majoritaire: 18-35 ans, mais 15% de moins de 18 ans.
Localisation: 65% des participants habitent en province, 25% Paris ou la banlieue parisienne, 10% l'étranger ou les Dom-Tom.

A titre de comparaison, les chiffres (approximatifs) des trois éditions.


2012-2013 2015-2016 2018
Manuscrits1.360 800 924
Hommes 30% 20% 20%
Femmes 70% 80% 80%
Genre littéraire 68% imaginaire 60% imaginaire 70% imaginaire
Age moyen 27 ans 18-35 ans 18-35 ans
Moins de 18 ans 31% 20% 15%
Localisation
Province 73% 70% 65%
Paris et banlieue 23%20% 25%
Etranger et DOM-TOM 4% 10% 10%


Maintenant, c'est au comité de lecture de Gallimard Jeunesse de travailler, en étudiant tous les manuscrits reçus. Il a pour mission de sélectionner trois textes. Le jury du concours désignera ensuite le vainqueur parmi ces trois finalistes.
Le jury est composé d'éditeurs, de journalistes, de libraires, d'auteurs, d'une blogueuse et d'une booktubeuse: Michel Abescat, rédacteur en chef, "Télérama", Adeline Bourdon, libraire jeunesse, librairie Dialogues à Brest, Thierry Laroche, directeur éditorial, Gallimard Jeunesse, Isabelle Stoufflet, éditrice, Gallimard Jeunesse, Jérémy Le Pouezard, libraire jeunesse, librairie Le Divan à Paris, Erik L'Homme, auteur, Laurent Marsick, journaliste, RTL, Hedwige Pasquet, présidente, Gallimard Jeunesse, Lucie Pierrat-Pajot, auteure et lauréate de la deuxième édition du concours, Audrey Tribot, booktubeuse et membre de la rédaction du webzine On lit plus fort (Gallimard Jeunesse) et Fanny Vogler, blogueuse et chroniqueuse du webzine On lit plus fort (Gallimard Jeunesse).

Une fois choisi(e), le lauréat/ la lauréate sera alors accompagné(e) dans la finalisation de son manuscrit, jusqu'à la publication de son premier roman en version papier et numérique, selon un contrat d'édition avec les Éditions Gallimard Jeunesse.
La publication du roman gagnant est programmée pour le 29 novembre 2018, juste au moment du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Rendez-vous donc dans six mois.


Et pour ceux qui veulent écrire, le projet "émergences!" de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse est encore en cours (lire ici).









mercredi 18 avril 2018

"Qui a bouleversé le contenu de ma tirelire?" Un concours de nouvelles pour les jeunes auteur(e)s


La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a lancé hier, 17 avril, un premier concours de nouvelles à destination des auteur(e)s jeunesse débutants ou en voie de professionnalisation, chartistes ou non. "émergences!" s'avère une initiative réjouissante qui clouera aussi le bec à tous ceux qui affirment que la Charte ne fait que se plaindre ou manifester. On se souvient toutefois avec plaisir des événements créés à l'occasion du salon de Montreuil par exemple (lire ici et ici). Sans oublier évidemment, pour le côté actif, les voyages à Bologne pour les illustrateurs.

Le concours donnera lieu à l'édition d'un recueil réunissant les nouvelles lauréates, à deux journées de formation en novembre (comment présenter son projet; comment négocier son contrat) pour leurs auteur(e)s, à des rencontres privilégiées avec des éditeurs pendant le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, fin novembre et à la création, début 2019, d'un spectacle théâtral à partir de ce travail littéraire.

Le projet "émergences!" concrétise la volonté des auteurs réunis sous la bannière de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (1.400 personnes), d'accompagner les talents émergents sur le chemin de la professionnalisation. Que faire quand on débute dans l'écriture, où aller, qui rencontrer? Autant de questions qui ne trouvent pas toujours de réponses aisées et que les chartistes souhaitent faciliter.

Pour participer à "émergences!", les auteur(e)s doivent avoir à leur actif entre une et trois publications. Ils enverront au jury avant le 18 juin une nouvelle écrite pour l'occasion: maximum 5.000 signes, public de 9 à 12 ans, à partir de la phrase "Je casse ma tirelire. Elle est vide! Où est mon argent? À la place, juste une feuille de papier pliée".

Le recueil des douze nouvelles sélectionnées par le jury sera édité par la Charte des auteurs et illustrateurs de jeunesse et adressé aux professionnels du livre, éditeurs, libraires, journalistes, responsables de salons et de festivals, afin de promouvoir la jeune création en littérature de jeunesse. Edité en version bilingue français-anglais, il sera aussi présenté à l'international.

Calendrier
  • Appel à concours le 17 avril
  • Date limite d'envoi des nouvelles le 18 juin
  • Délibération du jury et proclamation des résultats mi-septembre
  • Date de parution du recueil "émergences!" mi-novembre

Pour participer
Deux documents sont à télécharger.

  • la fiche d'inscription (ici)
  • le règlement du concours (ici)

Renseignements supplémentaires: ecrire@la-charte.fr
00 33 (0)1 42 81 19 93.



mercredi 22 mars 2017

L’Ecole belge de Kigali remporte le concours "Ma plume contre le racisme" 2016-2017



Depuis l'an dernier, le MRAX (Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie) organise un concours d'écriture pour les élèves des classes de cinquième secondaire. A charge pour eux de produire un texte à partir de la biographie et d'une citation d'une personnalité qui s'est distinguée dans son combat antiraciste. C'était Angela Davis pour la première édition. C'est Mohamed Ali (lire ici) pour celle qui a pris fin hier avec la divulgation des noms des quatre lauréats.

Les lauréats de l'édition 2016-2017. (c) MRAX.

Le concours "Ma plume contre le racisme" a à nouveau touché 300 élèves qui se sont exprimés à propos du racisme, de la ségrégation et de l'identité. La remise des prix a eu lieu au Théâtre Saint-Michel à Bruxelles et en vidéo-conférence pour le gagnant. Le premier prix a en effet été attribué à Camelia Semigabo, une élève de l'Ecole belge de Kigali au Rwanda. Les élèves de Kigali ne pouvant être présents, ils ont assisté à l'événement par vidéo-conférence.

Le deuxième prix a été attribué à Léonie Stolberg de l'Institut Saint-Luc de Tournai.

Le troisième prix à  Jeanne Simon de l'Institut Saint-André de Ramegnies-Chin.

Un prix "Coup de cœur", soulignant la qualité de la prose de l'auteur, à Ibrahim Moulila de l'Institut des Dames de Marie à Bruxelles.

La suite de l'aventure se déroulera au Rwanda, le concours étant doté d'un prix collectif pour toute la classe, une sortie scolaire dans un lieu symbolique de la lutte contre le racisme et pour l'égalité.


Les textes des lauréats

Camélia Semigabo, de l'Ecole belge de Kigali
(premier prix)

Illumination

Assise sous ce grand arbre, nostalgique
Sous cette étoile rayonnante d'Amérique
Je repense à ces beaux jours me semblant si lointains
Illuminés de tous ces joyeux rires enfantins
Qu'aurait été ma vie dans la peau d'un privilégié
Existerait-elle enfin cette notion de paix
Ou serait-elle qu'illusion éphémère?
Me laissant ainsi un goût amer
J'en veux à cette terre, aux grands de ce monde
Qu'à cause d'eux, jamais je ne saurai
Qu'à cause d'eux, jamais je n'ai été appréciée
Chaque matin, me faisant traiter de créature immonde
Mais au fond, qu'ai-je fait pour le mériter?
Suis-je un individu à part entière
Ou juste un bout de carton qu'on lance à terre?
Je ne suis que la réflexion de cette triste réalité
Serai-je un jour jugée à ma juste valeur
Me détruisant, à petit feu, mon si fragile cœur
Ou dois-je indéfiniment continuer à garder espoir?
Peu à peu me sombrant dans ce trou noir
L'Homme, maître de soi?
Non, je ne pense pas
Je me suis cachée tant de fois
Derrière ce masque trop étroit
Tant de soirées passées à pleurer
Pleurer jusqu'à ne plus rien sentir
Me sentant coupable d'avoir une peau aussi foncée
Ne supportant plus le fait de me faire autant haïr
Désormais, je décide d'assumer mes racines
Croyez-moi, je n'ai pas pu faire pire que Mesrine
Si vous ne me croyez pas, bah tant pis
Mais je souhaite enfin vivre ma vie
Oui, j'assume ma couleur ébène
Oui, j'accepte mes voluptueux cheveux frisés
Vous pouvez encore et toujours essayer
Mais vous n'arriverez désormais plus à me changer
Chenille devenue papillon
C'est bien ce que vous pensez
Attendez je vais vous en dire la raison
Trop souvent, vous m'avez dénigrée
A trop m'être fait rabaisser
Après  tous ces obstacles, j'ai enfin fini par me relever
Pour mieux pouvoir surmonter
Toutes ces atrocités que vous avez voulu cacher
On dit souvent qu'il faut souffrir pour être beau
J'pense qu'aujourd'hui j'peux vous dire que je suis magnifique
J'ai trop longtemps dû porter ce lourd fardeau
Ah vous ne trouverez pas ce retournement de situation fantastique
Toute ma triste vie, je n'ai fait que me battre
Aujourd'hui, dans mes mains se trouvent mes dernières cartes
Je tiens à vous dire qu'après mûre réflexion
Avancer, tourner cette page reste ma décision
Je voudrais rendre fière mes chers en division
Changer cette insupportable situation
Pour finalement leur rendre leur liberté
Sans en oublier leur fierté
J'ai réalisé que vous n'étiez pas supérieurs
Par la même occasion, réalisé que je n'étais pas inférieure
Après tant d'années, je sais enfin où je vais
Et rien ni personne ne pourra m'arrêter.


Léonie Stolberg,  de l'Institut Saint-Luc de Tournai
(deuxième prix)

Le racisme n'est pas une idée, c'est une colère qui cherche un coupable

Pour lutter contre le racisme, Mohamed Ali a su développer une attitude nouvelle, revendicative et fière. Il a affirmé ses origines et a obligé une partie de l'Amérique et du monde à reconnaître l'existence des noirs et de leurs droits. De son côté, Nelson Mandela en Afrique du Sud trouvera lui aussi une voie en comprenant qu'il fallait que les blancs n'aient plus peur des noirs. Aujourd'hui, où en sommes-nous du racisme? La montée des extrêmes prônant les discriminations et l'usage de la violence nous rappellent que le racisme est toujours là et qu'il s'est renforcé, là aussi où l'on pensait que la démocratie avait fait son travail d'éducation et de tolérance. Mais la crise économique et son cortège de frustrations ont fait ressortir les peurs, les réflexes de repli et les besoins de boucs émissaires. La première erreur serait donc de croire que le racisme avait disparu. Le racisme est là; il a toujours été là. Il attend juste que de nouvelles conditions d'émergence et d'expression lui permettent de s'exposer au grand jour. Les racistes revendiquent leurs haines et en sont fiers, comme si un nouveau climat leur était de nouveau favorable. Aujourd'hui, ils se montrent sans complexe et veulent faire valoir leur haine de l'autre comme une idée au même titre que les autres. Mais le racisme est-ce une idée au même titre que les autres? Le racisme est-ce une idée d'ailleurs?

Non, le racisme n'est pas une idée mais un préjugé, c'est-à-dire une façon de voir qui ne repose pas sur l'esprit critique, mais sur l'ignorance et qui parfois s'y complaît, et, pire, qui fait de la peur un fonds de commerce. La peur est émotionnelle et humaine, mais son business et l'économie qui en est le corollaire, sont un calcul qui porte préjudice à l'humanité. En jetant de l'huile sur le feu, c'est toute la maison qui brûle, en n'épargnant personne. Non, le racisme n'est pas une idée même s'il y a eu des idéologues des races qui ont voulu en faire une "grande idée". Une idée, c'est ce qui éclaire le chemin du mieux vivre ensemble; c'est ce qui libère le cœur, soulage de la peur et redonne confiance. Une idée, c'est un projet; celui de construire une maison accueillante et souriante, où l'on peut partager ses peines et ses joies. Une idée, c'est un projet; celui de construire une maison accueillante et souriante, où l'on peut partager ses peines et ses joies. Une idée, c'est une utopie bienfaisante, qui nous pousse vers des horizons plus humains en nous rendant plus libres, plus conscients, plus responsables et plus heureux. C'est tout sauf le parti pris du confort, car rien n'est jamais acquis et les valeurs sont fragiles. C'est pour cette raison qu'il faut les défendre, qu'il faut faire quelque chose plutôt que rien, car la vie est fragile. Mais que faut-il faire pour lutter contre le racisme? Y-a-t-il de nouvelles voies?

Les solutions sont à de multiples niveaux: politiques, économiques, culturels, intellectuels, éducatifs etc. Au niveau individuel, chacun doit faire à son échelle et avec son talent, car face à quelqu'un de raciste, qui s'est construit, probablement depuis son enfance et au milieu de ses proches, peut-être autour d'un événement traumatique, un monde autour de sa haine, les mots et les raisonnements ne fonctionnent pas, car il s'agit d'émotion. Un raciste, c'est quelqu'un qui est en colère, qui porte une haine en lui dont il ne retrouve peut-être pas l'origine, et qui accepte qu'on lui indique un coupable, car ça le soulage. Il cherche donc à être soulagé. Comment peut-il prendre conscience de la situation? Mais, veut-il prendre conscience de son état? Comment renoncer à ce que l'on a construit, même si c'est de la haine? Comment accompagner une telle personne sans être moralisateur et donneur de leçons, ce qui est très contre-productif? Doit-on considérer la haine comme une maladie et la soigner? Et comment soigner quelqu'un qui ne le désire pas? Il y a ici, beaucoup de questions, mais une certitude demeure, c'est que le racisme naît dans un climat d'appauvrissement intellectuel et économique.

Certes,  "le racisme est une erreur", pour reprendre les termes de Mohamed Ali, mais il existe, et parfois il devient une force sur laquelle s'appuient des personnes malveillantes pour servir leurs propres fins. Les seuls remparts à lui opposer pour le tenir à distance restent l'éducation et le courage. Il faut porter cette conviction et donner les moyens d'ouvrir l'imagination, d'entretenir la curiosité et l'éveil sous tous ses aspects, de montrer que d'autres voies sont possibles où chacun est capable et libre d'inventer ce qui lui convient dans le respect des autres, de soi-même et de la vie sous toutes ses formes.


Jeanne Simon, de l'Institut Saint-André de Ramegnies-Chin
(troisième prix)

Mon plus beau combat

Lorsque je suis monté sur le ring, j'ai tout de suite su que ce serait un combat difficile.

Qu'il serait long et douloureux. Face à moi, un adversaire de taille, le genre d'adversaire qui paraît immortel. Il me regardait d'un air sûr de lui, l'air de dire: "Es-tu bien certain de savoir à qui tu t'attaques? Nombreux sont ceux qui ont tenté de se frotter à moi et ont échoué."

Je m'appelle Cassius, mais appelez-moi Muhammad. J'ai dix-huit ans. Je suis très jeune, sûrement le plus jeune dans la salle, mais peu nombreux sont ceux dont l'ambition équivaut à la mienne. Qu'importe mon âge, qu'importe mon origine, je veux et je vais leur montrer qui je suis.

Je sais que beaucoup ont tenté, année après année de le battre, cet adversaire. Je sais qu'il est coriace et que, malgré son grand âge, il n'a rien perdu de sa résistance et de sa puissance. Il suscite une haine incroyable à lui seul. Il n'épargne personne. Il trouverait même quelque chose qui ne lui plait pas chez le plus parfait des hommes, prétextant sa "race" ou sa couleur de peau. Il n'a aucune pitié et paraît invincible. Mais cela ne fait que renforcer mon envie de le battre, de le sortir de ce ring de la façon la plus violente qui soit. Même si cela ne réduira en rien la douleur provoquée et que provoquent aujourd'hui encore, ses mots et ses coups.

Le gong retentit. Le combat débute. Dans un premier temps, je me contente d'esquiver. Puis, je commence timidement, par quelques coups timides. Je n'ose pas m'affirmer, je préfère l'analyser et me donner le temps de préparer chaque attaque. Car pour moi, toutes ont leur importance, même si elles peuvent parfois paraître anodines, chaque action, chaque coup, chaque éclat est réfléchi. Je tente de rallier la foule à ma cause, de mettre tout le monde de mon côté car mon adversaire ne me fera aucun cadeau. Ma notoriété grandissante me permet d'avoir du soutien et Dieu sait que j'en aurai besoin. J'ai la conviction d'être entendu, c'est une chance et je compte bien m'en servir. Je veux toucher l'Amérique et le reste du monde. Je ne veux pas tomber dans l'oubli sans avoir laissé une trace. Mais cela ne va pas être simple. Il me rend coup pour coup. Il a une puissance incroyable, je ne m'attendais pas à cela. Le combat a commencé depuis quelques minutes et mon opposant ne semble pas relâcher la pression. Il me pousse dans les cordes, j'en perds l’équilibre, il est sournois, ses coups en douce se succèdent. Il multiplie les attaques par derrière, il n'a tout simplement pas de face. Fort de son expérience, il sait où toucher pour faire mal.

J'ai parfois envie de jeter l'éponge. Quand je regagne mon coin, je souffle un peu tout en restant concentré sur mon objectif. Je pense aussi à ma famille, je m'évade du ring quelques secondes. Mais cette pause est de courte durée. Je repars au combat. Aucun de nous ne s'avoue vaincu. Crochets, uppercuts et coups bas, il utilise toutes les armes. La passivité coupable de l'arbitre encourage mon adversaire.

Plusieurs fois il m'envoie au tapis mais je me relève. Le mot abandon ne fait pas partie de mon vocabulaire. Jamais je ne laisserai gagner la lâcheté et l'injustice. Je donnerai tout dans cet affrontement, jusqu'à ma vie s'il le faut. Je veux que mes combats servent à ceux qui en ont besoin. Je ne veux pas dépasser les limites car je veux gagner cet affrontement à la régulière. Je souhaite être un exemple pour ceux qui me regardent et leur montrer que l'intégrité est souveraine. La fin du round est assez équilibrée.

Puis vient la troisième et dernière reprise. Le combat se durcit encore. Je n'ai plus de forces, mon corps me lâche peu à peu, je baisse ma garde, je suis exténué. J'ai l'impression d'avoir vieilli de cinquante ans, lui semble à peine fatigué, il est certes un peu sonné, mais grand nombre de personnes le supportent et nourrissent sa hargne.

Rien ne semble pouvoir l'arrêter. J'ai cru pouvoir le battre. Le sortir du ring une fois pour toutes. J'avais l'envie et l'ambition de m'en débarrasser, d'aider toutes ces personnes qui subissent au quotidien sa méchanceté, sa lâcheté et sa stupidité. Mais en fin de compte, il m'a mis KO, mais je sais que mes coups l'on fait vaciller, que mes paroles et mes actes ont changé le cours des choses. J'espère sincèrement que d'autres suivront mes pas et se soulèveront, se battront comme je l'ai fait. Pour un jour peut-être, le faire disparaître pour de bon.

Car oui, le racisme est un adversaire de taille. Pourtant, j'ai su par ma carrière et mon ambition, exprimer à tous ma tolérance et aussi ma révolte. Cessez de vous taire par peur de ne pas y arriver. Je suis un homme, tout comme vous, avec mes faiblesses et mes failles. Ensemble, continuons à combattre.


Ibrahim Moulila, de l'Institut des Dames de Marie
(prix spécial "coup de cœur" du jury)

"Je suis l'Amérique. Je suis cette partie du Pays que vous ne voulez pas reconnaître. Mais habituez-vous à moi: noir, sûr de moi, présomptueux."

Mohamed Ali est un symbole pour moi. J'écris car je veux faire passer un message de paix. Un message qui pourra faire du bien, un message qui pourrait défendre notre royaume lynché par le mal. Je veux faire revenir cette joie de vivre qui nous unit, ce sourire qu'on s'empêche de garder en soi. Je veux redonner vie au matin. De mes petites mains, de ma grande plume, je peux vaincre l'épée qu'est le racisme. Cette noirceur qui nous empêche de vivre ensemble malgré nos différences car au fond, la seule chose où nous sommes tous vraiment identiques, c'est dans le fait que nous sommes tous uniques.

J'écris car je veux faire de ce dernier jour mon dernier silence. Car quand on garde le silence, on permet à ces crimes de continuer. Je ne veux plus être victime de ce racisme alimenté par des faibles de conscience. J'écris pour me révolter. J'écris car je trouve que "c'est une folie d'haïr toutes les roses parce qu'une épine nous a piqué" (1),  une folie de détester quelqu'un pour ce qu'il est et non pour ses actes. Je ne veux plus voir des victimes de ce racisme, de cette haine. Je sais que personne ne naît en haïssant quelqu'un. Personne ne naît raciste, on le devient. Alors j'ai foi en l'être humain et en ses capacités.

Je suis cette jeunesse qui représente l'espoir, cette jeunesse différente des autres mais unie. Je suis cette jeunesse qui ne prend pas souvent la parole mais qui est capable de comprendre ce que certains grands ne peuvent pas comprendre. Que nous sommes tous pareils.

Je suis cet adolescent qui sera bientôt adulte. Je suis cette petite harcelée à l'école. Je suis cette maman enceinte qui n'attend que son enfant. Je suis cette femme battue. Je suis cet homme qui ne demande qu'à être libre. Je suis ce détenu injustement condamné qui ne demande que sa liberté. Je suis aveugle, je ne vois que du noir autour de moi. Je suis sourd, je ne peux entendre ta voix.

Et pourtant, je sens le malaise qui règne autour de nous. Je suis ce mari veuf qui ne demande qu'après son amour. Je suis cet enfant abandonné. Je suis orphelin du monde. Je suis musulman, juif, athée, chrétien insulté pour ses croyances. Je suis cet enfant soldat qui se bat pour servir des causes qu'il ne comprend même pas. Je suis cet enfant syrien dépossédé de ses droits, cet enfant qui ne rêve plus, qui n'apprend plus, qui ne dort plus, cet enfant qui a pour réveil les bombardements et pour berceuse la mort. Je suis cette famille massacrée, détruite par la barbarie. Je suis Alep, ce peuple oublié. Je suis cet enfant qui travaille pour subvenir aux besoins de sa famille, qui renonce à son enfance pour survivre. Je suis ce musulman brûlé en Birmanie. Je suis la Palestine, un pays qui a longtemps été dépossédé de ses terres, de ses droits et ses libertés. Je suis cet enfant somalien qui crie famine. Je suis Rosa Parks qui a montré à l'humanité entière qu'on pouvait se lever contre les injustices en restant assis. Je suis Martin Luther King, mort pour ses convictions. Je suis Mohamed Ali qui par la simple force de ses poings, qui par son histoire et sa couleur de peau a su marquer nos esprits. Je suis la liberté d'expression. Je suis cet homme de couleur injustement assassiné. Je suis contre la violence et je suis objecteur de conscience. Je suis habitant de la terre et je défendrai mes couleurs, mon pays jusqu'à mon dernier battement de cœur et mon dernier souffle. Je suis un être humain comme toi et je souffre. Je suis contre les injustices et je me lève contre ce racisme car je suis fier d'être citoyen du monde.

(1) A. de Saint-Exupéry.