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lundi 12 mars 2018

L'exception de l'illustration en littérature jeunesse exposée en primeur à Strasbourg avant de rejoindre sa nouvelle fondation suisse


Les Strasbourgeois sont des gens chanceux et les Suisses de Lausanne peut-être encore davantage.


A Strasbourg va s'ouvrir au Centre de l'illustration (Médiathèque André Malraux) ce 15 mars et pour deux mois une double exposition des plus grands de la littérature jeunesse. La première, "Rita, dompteuse de lions", est celle, magnifique, qui a été montée à l'Ecole Estienne à l'automne 2016 (lire ici) et qui présente le formidable travail de Rita Marshall, directrice artistique des éditions américaines Creative Company. Beaucoup d'albums nous en parviennent en traduction française ou en coédition.
On nous dit que l'expo est la même que celle présentée à Paris, légèrement complétée toutefois. A ne pas manquer.

La seconde exposition s'intitule "Les Maîtres de l'imaginaire" et s'annonce rudement intéressante elle aussi. Elle rassemble deux cents œuvres des meilleurs artistes en littérature jeunesse, en Europe et aux Etats-Unis, les maîtres, les pionniers. Le gratin. Jugez-en.

Par ordre alphabétique:
  • Marshall Arisman
  • Jean-Louis Besson
  • Guy Billout
  • Ivan Chermayeff
  • Seymour Chwast
  • Jean Claverie
  • Etienne Delessert
  • Heinz Edelmann
  • Stasys Eidrigevicius
  • Randall Enos
  • Monique Félix
  • André François
  • Henri Galeron
  • Roberto Innocenti
  • Gary Kelley
  • Claude Lapointe
  • Alain Le Foll
  • Georges Lemoine
  • David Macaulay
  • Sarah Moon
  • Yan Nascimbene
  • Chris Payne
  • Jerry Pinkney
  • Eleonore Schmid
  • Chris Sheban
  • David Wiesner
Rien que lire ces noms donne une leçon d'histoire de la littérature de jeunesse de qualité contemporaine, jusque dans ses développements actuels puisque nombre d'entre eux sont toujours actifs aujourd'hui. C'est dire si l'exposition sera riche et passionnante! En deux mots, tous à Strasbourg.

En voici un avant-goût.

Jean-Louis Besson. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Ivan Chermayeff. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Seymour Chwast (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Jean Claverie. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Etienne Delessert.  (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Stasys Eidrigevicius. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

André François. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Henri Galeron. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Roberto Innocenti. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Gary Kelley. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Alain Le Foll. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Georges Lemoine. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Sarah Moon. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Yan Nascimbene. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 David Wiesner. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Rien que du bon, du très bon! On notera que l'exposition présente deux artistes qui n'avaient jamais été montrés en Europe, Marshall Arisman et Jerry Pinkney, mais qui y ont été traduits en français (peu).

Marshall Arisman
Jacob Grimm et Wilhelm Grimm
L'Oiseau d'Ourdi
traduit de l'allemand par Armel Guerne
Grasset, collection Grasset Monsieur Chat, 2004

Jerry Pinkney
Le lion & la souris
album muet
Le Genévrier, Collection Caldecott
40 pages, 2012



Les deux expositions à Strasbourg sont montées en partenariat avec l'Ecole Estienne, The Creative Company, la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne, et le Consulat général de Suisse à Strasbourg.

La seconde exposition de Strasbourg est en quelque sorte la pointe de l'iceberg que constitue la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, à laquelle Etienne Delessert œuvre avec l'énergie qu'on lui connaît depuis plusieurs années et qui a été créée en 2017 à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne (HEP Vaud). Elle en est aussi la première manifestation publique.

La Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire se distingue par un programme original et enthousiasmant, visant à réunir aspects patrimonial et pédagogique.

C'est-à-dire, pour le patrimonial, rassembler au fil des années les dessins originaux des artistes les plus réputés pour leurs livres pour enfants (créés en Europe, aux Etats-Unis et en Asie), les archiver et  les présenter au travers d'expositions et de catalogues individuels ou de groupe richement illustrés.
Des artistes de tout premier plan des deux côtés de l'Atlantique ont déjà répondu à l'appel d'Etienne Delessert et ont accepté de participer à ce projet suisse. D'autres finalisent les démarches. Sont prévus des prêts renouvelables à long terme et des dons à la Fondation qui compte réunir entre 500 et 750 dessins par an.

Le programme pédagogique sera, lui, unique en Europe. Les œuvres rassemblées serviront de support à l'apprentissage de la "lecture de l'image". Le programme destiné à la formation des enseignants suisses via la Haute Ecole Pédagogique (HEP/Vaud) de Lausanne sera ouvert au grand public dès 2019. La HEP compte plus de 2600 étudiants et assure la formation continue de près de 10.000 enseignants.

Le projet destiné à développer la lecture de l'image utilisera les œuvres des grands artistes réunis dans la fondation Les maîtres de l'Imaginaire, grâce à une collaboration unique entre artistes, critiques, pédagogues, didacticiens et scientifiques. Enseignants et élèves pourront approcher et développer une lecture interprétative de dessins et de peintures de facture et d'esprit variés. Il débutera en Suisse à l'automne 2019 et sera dès lors proposé à des structures de formation des enseignants en Europe et aux Etats-Unis.

Les choses bougent avec cette excellente idée de mettre en valeur le patrimoine de l'image en littérature jeunesse et on ne peut que s'en réjouir. A suivre de près.


Le logo de la fondation.







lundi 31 octobre 2016

Rita Marshall, révélatrice de créateurs

(c) Etienne Delessert.

Ce n'est pas "Trick or treat?" (farce ou friandise?) mais une devinette littéraire. Quel est le commun dénominateur de ces cinquante albums pour enfants, et sans doute davantage, nés en français ou traduits? Bon, la liste se trouve ci-dessous mais je vous donne déjà quelques indices sous la forme de six noms d'illustrateurs: Roberto Innocenti, Monique Félix, Yan Nascimbene, Gary Kelley, Guy Billout,.. sans oublier bien sûr Etienne Delessert.

"Jeux d'enfants" d'Etienne Delessert, les différents livres de la Souris de Monique Félix, les premiers livres de la Nature, "Les Sept nains" d'Etienne Delessert, "Voyage" de Guy Billout, "Rose Blanche" de Roberto Innocenti et Christophe Gallaz, "Conte de Noël" de Charles Dickens et Roberto Innocenti, "Un jour en septembre" de Yan Nascimbene, "Ocean Deep/Bleue marine" de Yan Nascimbene, "Little Lou" de Jean Claverie, "Le mauvais Prince Hans" de Christian Andersen et Georges Lemoine, "J'aime pas lire!" de Rita Marshall et Etienne Delessert, "J'aime vraiment pas lire!" de Rita Marshall et Etienne, "J'ai rencontré un Dinosaure" de Jean Wahl et Chris Sheban, "Comédie de la lune" d'Etienne Delessert, "La Maison" de Roberto Innocenti, "Qui a tué Rouge-Gorge?" d'Etienne Delessert, "Paris Rutabaga" de Jean-Louis Besson, "Contes de mystère et d'imagination" d'Edgar Allan Poe et Gary Kelley, "L'Auberge de nulle part" de  Roberto Innocenti, "La Fille en rouge" de Aaron Frish et Roberto  Innocenti, "Loin des yeux loin du cœur" de Claude Lapointe, "Amorak" de Tim Jessel, "Leçons de tuba" de Monique Félix, "Pinocchio" de Carlo Collodi et Roberto Innocenti, "L'étoile d'Erika" de Ruth Vander Zee et Roberto Innocenti, "La Belle et la Bête" de Madame de Villeneuve et Etienne Delessert, "Le petit Soldat de plomb" de Hans Christian Andersen et Georges Lemoine, "Cendrillon" de Charles Perrault et Roberto Innocenti, "Bushy Bride" de Seymour Chwast, "Le petit Chaperon rouge" de Charles Perrault et Sarah Moon, "Le petit Sapin" de Hans Christian Andersen, Rita Marshall et Marcel Imsand, "La Reine des neiges" de Hans Christian Andersen et Stasys Eidrigevicius, "Hansel & Gretel" des frères Grimm et Monique Félix, "Le Pêcheur et sa femme" des frères Grimm et John Howe, "Roserouge et Neigeblanche" des frères Grimm et Roland Topor, "Casse Noisette" d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann et Roberto Innocenti, "Bas les monstres" d'Etienne Delessert, "Spartacus" d'Etienne Delessert, "Un verre" d'Etienne Delessert, "Cirque de nuit" d'Etienne Delessert, "Franklin la mouche" de Bob Blechman, "Doctor Dolittle" de Hugh Lofting et Seymour Chwast, "Everything is a Poem" de Patrick Lewis et Cristina Pritelli, "Fourru Bourru" d'Etienne Delessert, "Mowgli et ses frères" de Rudyard Kipling et Mary Wormell, "Le Cavalier sans tête" de Washington Irving  et Gary Kelley, "Le Collier" de Guy de Maupassant et Gary Kelley, "Le Lapin de velours" de Margery Williams et Monique Félix, "La Rivière" de Charles Darwin et Fabian Negrin.
Vous avez trouvé? Le dénominateur commun des livres ci-dessus est une Américaine menue, dont la taille est inversement proportionnelle à l'étendue de son talent et à sa ferveur pour le boulot bien fait. J'ai nommé Rita Marshall, directrice artistique depuis 1988 des formidables éditions américaines Creative Company (Mankato, Minnesota) - mais elle travaillait déjà avec elles avant.


Si je vous parle d'elle aujourd'hui, c'est parce que l'incroyable travail dans l'ombre qu'elle a effectué depuis tout ce temps est aujourd'hui exposé pour la première fois en Europe. Rarement une directrice artistique américaine aura autant apporté à un genre littéraire. Qu'a-t-elle fait? Comment? C'est ce qui nous est montré pour la première fois et c'est passionnant.

L'Ecole Estienne à Paris met sur pied la très riche exposition rétrospective "Rita Marshall, dompteuse de lions, ou le portrait de The Creative Company, USA". Une maison d'édition exemplaire de qualité qui est parfois mieux connue ailleurs dans le monde qu'aux Etats-Unis même.

Bien sûr, les professionnels du livre jeunesse ont souvent croisé la fine silhouette de Rita Marshall au début du printemps à la Foire du livre pour enfants de Bologne. Ils ont souvent entendu prononcer son nom lors de la proclamation des RagazziAwards puisqu'elle et Creative Company ont souvent et à juste titre été mis à l'honneur. Et ils ont apprécié sur place les magnifiques catalogues qu'elle concoctait pour la Foire.

Bien sûr, les amateurs de livres pour enfants de qualité identifient son travail dans l'immense production éditoriale. Son raffinement, toujours adapté au sujet qu'elle traite, se distingue de loin. Les livres qu'elle a orchestrés ont été le fruit de nombreuses coéditions ou traductions. Rita Marshall sait non seulement envoyer des auteurs et les illustrateurs dans des chemins qu'ils ne pensent pas toujours explorer, mais les écouter, les rassurer et les encourager. Le petit chaperon rouge illustré de photos de Sarah Moon, c'était elle. La découverte de Roberto Innocenti aussi. Les mariages contes classiques-illustrateurs contemporains encore elle.

"Poe" de Nancy Loewen, photographies de Tina Mucci. (c) Creative Company.

 "Un chant de Noël", de Charles Dickens, dessins de Roberto Innocenti. (c) Cr.C.

"The Frog who wanted to see the Sea" de Guy Billout. (c) Creative Company.

"Mocha Dick" de Brian Heinz, dessins de Randall Enos. (c) Cr. C.



L'exposition qui s'ouvre cette semaine à Paris est une formidable occasion d'avoir une vue panoramique sur le travail de cette femme de l'ombre. Elle réunit une centaine de livres présentés sur des lutrins de bois, des originaux et des agrandissements des meilleurs artistes américains ou non qui ont participé à l'aventure Creative depuis trente ans. On y voit de près la démarche de la directrice de création, ses maquettes, ses recherches de logos, ses esquisses de couvertures, l'énorme travail qui précède l'impression des livres. En effet, Rita Marshall suit personnellement une vingtaine de livres de fiction par an, et elle supervise plus de 120 ouvrages de non-fiction (documentaires) richement illustrés.

L'exposition s'accompagne d'un excellent catalogue de 104 pages en grand format où la "Dompteuse de lions" est présentée par Etienne Delessert, son mari. Pas d'hagiographie mais un portrait tendre de la femme et une évocation précise non seulement de la directrice artistique mais de la situation éditoriale américaine avant et pendant Creative Company. Le destin de plusieurs albums marquants est conté. De très nombreuses illustrations agrémentent les pages, rappels de titres d'albums qui ont marqué la littérature de jeunesse internationale. Et qui ont marqué bien entendu les enfants qu'ils ont fait rire, sourire, trembler parfois, développer leur imagination, leur fantaisie, leur connaissance d'eux-mêmes et leur sens artistique toujours.



Première et quatrième de couverture du catalogue de l'exposition.


L'exposition "Rita Mashall, dompteuse de lions", se tient à l'Ecole Estienne (18 boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris) du 3 novembre au 2 décembre du lundi au vendredi de 14 à 19 heures.

Il serait évidemment très intéressant que le beau travail qui a été effectué pour cette exposition soit aussi partagé en Belgique...


Etienne Delessert et Rita Marshall.