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lundi 19 avril 2021

Comment réparer le cœur brisé de Thomas

#belgicothèque 11

Thomas demande l'aide de la couturière. (c) D'Eux.


Simplement titré du prénom "Thomas", cet album jeunesse de Martine Arpin au texte et Claude K. Dubois aux illustrations (D'Eux, 48 pages), raconte avec beaucoup de douceur comment un tout petit bonhomme réagit au décès de sa maman. Il ressent un trou dans son cœur. Il parcourt la ville, de magasin en officine ou atelier, pour trouver quelqu'un qui l'aidera à réparer son cœur brisé. Mais ni la couturière, ni le docteur, ni le menuisier chez qui il s'était rendu précédemment avec sa maman, n'ont d'outils ou de méthode pour lui venir en aide.

C'est en rentrant chez lui et en regardant avec son papa, effondré lui aussi, des photos de sa maman que Thomas a l'idée qui va l'aider. "Dans ce grand trou qui avait pris place dans mon cœur, j'ai décidé de mettre de petits morceaux de ma maman." Le voilà qui parcourt ses souvenirs. La voix de sa maman est là, et l'odeur du feu de camp, et la chaleur de ses sourires, et plein d'autres images qui lui remplissent le cœur et qu'il partage avec son papa.

Les illustrations de Claude K. Dubois épousent superbement le texte du premier album de Martine Arpin. En tons extrêmement doux, ses aquarelles tout juste esquissées semblent effleurer le papier, conférant beaucoup de douceur aux scènes douloureuses que sont le cimetière ou le périple en ville infructueux de Thomas. Qu'il semble petit dans les paysages, le héros. L'atmosphère passe ensuite de l'empathie à la véritable tendresse quand sont évoquées les scènes avec la maman. Des moments de bonheur que père et fils se promettent de poursuivre. "Thomas" entrera dans la liste des beaux albums qui traitent du deuil. Dès 4 ans.

Souvenirs. (c) D'Eux.


mercredi 22 juillet 2020

Les éditions québécoises D'Eux arrivent en Europe

Une double page de l'album "Adélie", gros coup de cœur. (c) D'Eux.


Fondées au Québec en 2015 par Yves Nadon et France Leduc, 20 années dans l'édition jeunesse et 35 en classe, les éditions jeunesse D'Eux ont vu paraître leurs premiers titres en février 2016. La maison qui "considère la lecture comme un élément de transformation pour l'enfant" publie des "histoires fortes, des illustrations percutantes, dans le noble objectif de créer des lecteurs". Elle affiche actuellement 47 titres à son catalogue, principalement des albums.

Bonne nouvelle, elle est distribuée en Europe depuis mars 2020. Mauvaise pioche, pile au moment du confinement pour cause de coronavirus. Les livres ont donc été retardés de quelques semaines mais ils sont là (distribution Harmonia Mundi). Pas tout le catalogue, six titres actuellement, et sept autres qui arriveront à la rentrée de septembre. Sachant que D'Eux a vendu certains titres à des éditeurs européens à un moment où la diffusion en Europe n'était pas encore d'actualité. Par exemple "Si j'étais Ministre de la Culture" de Carole Fréchette et Thierry Dedieu dont les droits européens ont été cédés à HongFei (lire ici).

On trouve chez D'Eux des créations et des rééditions sans véritable autre politique d'édition que celle des "bonnes histoires". Des créations d'auteurs et d'illustrateurs appréciés en littérature de jeunesse, dont les éditeurs aiment le travail, Philip et Erin Stead, Jean Claverie, Barroux, etc. Des rééditions de livres chéris dont on apprécie qu'ils soient à nouveau disponibles, "L'histoire d'Erika" de Ruth Vander Zee et Roberto Innocenti ou "Le jardin d'Abdul Gasazi" de Van Allsburg par exemple, même si tous ne traverseront pas l'Atlantique. "Des créations à nous et des rééditions", précise Yves Nadon, "On a racheté les droit de "Cassandre" et "Rose Blanche", on achète les droits que l'on aime." Quels critères? "On aime, point. Pas d'autres critères. Le fait d'avoir été en classe 35 années et de n'avoir enseigné la lecture qu'avec des livres m'a sensibilisé à la grande variété de textes et de lecteurs."


Dans les albums disponibles en ce début d'année, j'en ai regardé quatre. Deux excellents, un bon et une déception. Explications.


Adélie, lectrice secrète


Gros coup de cœur pour l'album aux tons de nuit "Adélie" de l'auteur-illustrateur franco-brésilien Jean-Claude Alphen (D'Eux, 32 pages), seulement son deuxième titre à nous parvenir sur une bibliographie riche d'une trentaine de titres! Tout y est bien et il plaît autant aux enfants pour son propos plein d'imagination et ses images éloquentes qu'aux adultes pour la qualité des dessins. De ravissantes aquarelles, comme jetées sur le papier, vives, dynamiques et irradiant de charme. Des scènes souvent de nuit, ci et là colorisées, instantanés superbement croqués.

Le début de l'histoire d'Adélie. (c) D'Eux.

L'album commence par une blague. "Adélie habite à la campagne" dit le texte, placé entre deux maisons habitées. Qui est alors cette Adélie qui "s'amuse avec ses frères" durant la journée? La petite fille ou la petite cochonne rose? On comprend un peu plus loin quand une succession de séquences nocturnes montrent la porcinette quitter son enclos et entrer dans la maison endormie. Direction la bibliothèque où, durant toute la nuit, elle va dévorer des livres dont la lecture l'enchante. "Pour Adélie, chaque nouveau livre qu'elle lit raconte la plus belle histoire au monde."

De magnifiques atmosphères. (c) D'Eux.

Composé en toute grande majorité d'illustrations sur doubles pages, l'histoire avance dans des scènes charmantes, extrêmement visuelles, complétées d'un texte bref. Au lever du soleil, Adélie range les livres et repart chez elle. Evidemment, ce qui doit arriver arrive. La petite fille entraperçue au début va se lever une nuit et découvrir la lectrice secrète. Immédiatement, elles s'entendent à merveille et passent désormais leurs nuits à lire ensemble. Jusqu'au jour où...

Evidemment, on peut prendre "Adélie" pour un plaidoyer en faveur de la lecture. Mais c'est album est bien plus que cela. Bien mieux aussi. Il célèbre tout simplement le bonheur de vivre et de lire dans des scènes justes et pleines de détails à relever ici ou là. Un livre complètement à hauteur d'enfant par son scénario original, une histoire racontée avec justesse. A partir de 2,5 ans.



Une histoire vraie, une résurrection


Si on connaît bien l'auteur britannique David Almond ("Skellig" et d'autres romans chez Gallimard Jeunesse), on découvre la beauté du travail de l'illustrateur australien Levi Pinfold ("La légende du chien noir", Little Urban, 2015, qui lui valut la  Kate Greenaway Medal 2013 en Grande-Bretagne où la version originale avait été publiée, les couvertures des dernières éditions collector pour les vingt ans de la saga "Harry Potter" de J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse) dans l'épatant album jeunesse qu'ils signent ensemble. De toute beauté et coupant le souffle, "Le barrage" (traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Christiane Duchesne, D'Eux, 32 pages) se base sur une histoire qui est véritablement arrivée au nord-est du Royaume-Uni à la fin des années 1970. La construction d'un barrage impliquant l'engloutissement de tout un paysage. Champs, fermes, pâturages...

Départ au petit matin vers la vallée.(c) D'Eux.

Mais "Le barrage" n'est pas un récit. C'est une œuvre d'imagination, formidable, tant du point de vue du scénario que de celui des images et de la mise en page. Un matin tôt, un père réveille sa fille et l'invite à prendre son violon. Ils sortent, parcourent la vallée. Partout où ils passent, le père explique à sa fille ce qui va disparaître. Mais il rappelle aussi la mémoire de tous ceux qui ont fait de la musique en ces lieux, ou chanté, ou dansé. Dans une maison abandonnée où volettent de rassurants fantômes, elle joue et il chante et danse "pour tous ceux qui sont partis et pour tous ceux qui viendront". Passant successivement dans les maisons condamnées, le duo les inonde de musique.

Ls perspectives. (c) D'Eux.

On retrouve la père et la fille quelque temps plus tard. Le barrage a été achevé, les terres inondées, un lac magnifique est dorénavant là. Et bien sûr la musique qui accompagne tous ceux qui profitent des joies que permet le nouveau plan d'eau. Plus éternelle que les constructions humaines.

Un chantier gigantesque. (c) D'Eux.

Quel beau texte que celui de David Almond qui traite par la voie poétique cette disparition, cette perte. Hommage vibrant à  ce qui n'est plus et accueil de ce qui sera. Ses mots sont incroyablement portés par les illustrations hyperréalistes de Levi Pinfold, d'une incroyable beauté, jouant avec les tonalités de brume et de lumière, les cadrages et la mise en pages, passant des vignettes juxtaposées aux doubles pages majestueuses dans ce format à l'italienne, célébrant autant la nature que les humains et la musique.

L'album se termine par un état des lieux actuel du Kielder Water, le plus grand lac artificiel de Grande-Bretagne, lieu de création artistique et lieu de nature. A partir de 5 ans.



Célébration de l'amour


On a découvert la belle plume de l'Américain Matt De La Peña avec l'excellent "Terminus" (lire ici), premier de ses cinq albums pour enfants de lui à être traduit en français alors que ses romans pour ados et young adult sont bien présents chez Robert Laffont. En voici un second, très attachant, "Amour" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Paule Brière, D'Eux, 36 pages), illustré à sa façon si reconnaissable par Loren Long, le prolifique auteur-illustrateur américain qui avait notamment illustré les livres pour enfants de Barack Obama et... Madonna!


La scène du taxi.(c) D'Eux.

Conçu en doubles pages, "Amour" suit l'enfance du début, l'état de bébé, à la fin, l'envol autonome, en insistant sur l'importance et la variété du sentiment de l'amour. La vraie bonne idée de l'album est de présenter différents enfants, garçons et filles, de toutes les couleurs et les religions, pour incarner chaque fois le sujet. A saluer aussi, l'excellent rapport texte-images qui permet au lecteur de comprendre les propos autant par les mots éloquents que par les situations croquées avec le goût du détail. La scène du taxi par exemple qui se dédouble avec ce qui se passe silencieusement à l'avant-plan. Ou celle de la caravane où la pauvreté s'efface devant la lumière de l'amour. Les choses plus difficiles ne sont pas ignorées. Une scène de rupture ici, une séquence télévisée là. "Amour" est la célébration à hauteur d'enfant d'un lien universel. A partir de 4 ans.

La scène de la caravane. (c) D'Eux.



Un trèèèèès long éloge de la lecture


Déception avec l'album "Le jardinier qui cultivait des livres" de la Québécoise Nadine Poirier, illustré par "notre" Claude K. Dubois nationale (= belge) à l'immense talent (D'Eux, 32 pages). On y suit la rencontre entre un vieil homme, fou de livres, et une toute petite fille, elle aussi grande amatrice de lecture. Deux solitaires originaux qui vont s'apprivoiser et se découvrir. C'est bien sûr un éloge de la paternité et une ode à la lecture mais le texte est aussi long que compliqué et finalement embrouillé et embrouillant et si les dessins de Claude K. Dubois sont très réussis dans leur ensemble, deux ou trois sont décevants. A partir de 5 ans.

La rencontre. (c) D'Eux.
 
L'échange. (c) D'Eux.

La lecture. (c) D'Eux.

vendredi 7 juin 2019

Et si on recoiffait Struwwelpeter?


Première version du Struwwelpeter en 1845.

Struwwelpeter est ce petit bonhomme à cheveux hirsutes et ongles jamais coupés, né de l'imagination du Dr Heinrich Hoffmann (1809-1894) en 1845 et héros d'aventures dramatiques et fascinantes sur lesquelles les enfants de tous temps ne se trompent pas - ils savent rire de ce qui inquiète les adultes. Dire que le livre fut créé par le psychiatre francfortois simplement à destination de son fils de trois ans - comme Claude Ponti fit en 1986 "Adèle" pour sa fille nouvellement née. On sait ce qu'il en est advenu! Près de 175 ans après sa création, trente-cinq millions d'exemplaires de "Struwwelpeter" ont été vendus en allemand. Le livre a déjà été traduit en quarante-cinq langues et en de nombreux dialectes, ce qui donne un léger vertige mais fait plaisir et rassure: l'intemporel chenapan suit son chemin et résiste remarquablement aux courants politiquement corrects.

L'apparence classique de Struwwelpeter.


Publié en allemand en 1845, "Struwwelpeter" a été traduit en 1847 en danois et en 1848 en anglais. Il apparaît en français en version abrégée en 1850, en version complète en 1860, mais ne devient pas ici le best-seller qu'il est de l'autre côté du Rhin. Aujourd'hui encore, on en vend environ 400 exemplaires par an. Rappelons que c'est François Cavanna qui a revu sa traduction française en 1979, optant pour l'appellation de "Crasse-Tignasse" (lire ici) et donnant à lire un texte particulièrement jubilatoire - on trouve aussi des traductions françaises parlant de "Pierre l'Ebouriffé".

Si on reparle aujourd'hui de "Crasse-Tignasse", c'est parce qu'est arrivée à Bruxelles, au Wolf, l'exposition qu'avait montée Dominique Petre, chargée de mission culturelle de l'IFRA/Institut français Frankfurt, pour le musée Strewwelpeter de Francfort en 2017, l'année où la France était l'invitée d'honneur de la Buchmesse. "Struwwelpeter recoiffé" propose quatorze interprétations du personnage du Dr Hoffmann. Quatorze interprétations contemporaines et francophones, dues à des créateurs jeunesse de France, de Belgique, de Suisse et du Canada. Chacun était libre de faire son Strewwelpeter ou d'illustrer une de ses histoires.


Kitty Crowther.

Claude K. Dubois.
L'expo au Wolf s'ouvre sur les œuvres des trois Belges: un portrait du héros par Kitty Crowther, une histoire de Pauline en vignettes par Claude K. Dubois, un tableau d'Anne Brouillard regorgeant de références au livre dans ses détails.


Anne Brouillard.

Chen.

Plus loin, derrière le comptoir on découvre la version méditative de Struwwelpeter par Chen et son nom en chinois et le Strewwelpeter recoiffé de Marc Boutavant (ce dernier lui avait déjà consacré sa lettre dans l'alphabet créé par Montreuil pour Francfort (lire ici).


Marc Boutavant.


Emmanuelle Houdart.
Dans la pièce suivante, place aux Suisses Emmanuelle Houdart et Albertine avec la "Robe de Pauline" pour la première et un Strewwelpeter peu chevelu au milieu de ses personnages pour la seconde. Viennent ensuite les Français Blexbolex, au style si reconnaissable, Edouard Manceau avec un "Eddy qui dit non", à la manière de Hoffmann dans le couloir menant à la pièce où figurent Anaïs Vaugelade et son histoire à la manière de Strewwelpeter et dont la conclusion est "Oui les maigres aiment aussi le poulet", des photos d'une sculpture de Christian Voltz faite pour l'expo mais trop fragile pour être transportée et de deux œuvres antérieures sur le même thème, une extraordinaire carte 3D en papier découpé d'Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, sans oublier les chats de la Canadienne Marianne Dubuc qui pleurent Pauline et ses souliers rouges.

En bonus, deux tableaux représentant Noël chez Heinrich Hoffmann lorsqu'il créa son célèbre livre d'images pour son fils et une planche reprenant les caricatures de personnages français par trois illustrateurs allemands. Autant de créations très intéressantes, pas toujours bien mises en valeur à cause de la configuration exiguë du lieu d'accueil.

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud.

Bien sûr, Strewwelpeter a déjà inspiré beaucoup d'artistes, de Benjamin Rabier à Benoît Jacques, en passant par Claude Lapointe. Il a été copié, décliné, caricaturé, parodié, utilisé à l'endroit et à l'envers au fil des décennies, en 2D et en 3D. En témoignent agréablement les vitrines conçues grâce au Théâtre du Tilleul qui lui avait consacré en 1995 à Bruxelles un colloque et repris son spectacle en théâtre d'ombres créé en 1983.

"Un enfant terrible", Paul Gavarni.
Et il est amusant de penser que "Struwwelpeter recoiffé" ramène en quelque sorte le héros à son pays d'origine. En effet, il semble bien que Heinrich Hoffmann ait été influencé par une caricature de Paul Gavarni, "Un enfant terrible", vue dans la revue "Le Charivari" lors de son séjour à Paris. L'exposition créée en Allemagne avec des illustrateurs francophones boucle alors en quelque sorte la boucle.


Pratique
"Struwwelpeter recoiffé"
Le Wolf
Rue de la Violette 20 à 1000 Bruxelles
Jusqu'au 30 juillet, de mercredi au dimanche de 10 à 18 heures.
Entrée libre.






mercredi 26 octobre 2016

Les ours sortent groupés, dirait-on

Une expo d'ours

Autant solder immédiatement un sujet qui fâche. Oui, l'affiche qui annonce la sympathique exposition "Grrr! L'ours dans tous ses états..." au Centre d'Art du Rouge-Cloître, exposition montée en collaboration avec le CLJBxl (Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles), est tout simplement hideuse - et son titre ridicule. Qui a eu l'idée de juxtaposer ainsi ces différents ours dessinés? Cela ne ressemble à rien. C'est d'autant plus navrant que l'idée de l'expo est excellente, réunir les ours nés des pinceaux de neuf illustrateurs jeunesse belges au cours des vingt-cinq années écoulées et pas des moindres: Claude K. Dubois, Jean-Luc Englebert, Gaëtan Evrard, Émile Jadoul, Louis Joos, Rascal, Stibane, Gabrielle Vincent et Marie Wabbes. La plupart d'entre eux sont édités chez Pastel ou à la maison-mère française, l'école les loisirs. Leurs styles graphiques différents disent bien combien l'ours est multiple. Beaucoup de dessins originaux, plus d'une centaine, sont exposés sur les deux niveaux habituels du lieu. Un ensemble plutôt plaisant.

Ci-dessous, les couvertures de la plupart des albums dont sont tirées les illustrations exposées (ceux qui sont disponibles sont en vente à l'entrée).



Plus précisément, et par ordre d'apparition au visiteur:
  • "Le voyage d'Oregon", Louis Joos et Rascal
  • "Le rêve de l'ours", Louis Joos et Carl Norac
  • "C'est un papa", Louis Joos et Rascal
  • "Un ours à l'école", Jean-Luc Englebert (lire ici)
  • "Ourson blanc", Claude K. Dubois
  • "Papa-île", Emile Jadoul
  • "Où est la lumière", Stibane
  • "Boucle d'or & les trois ours", Rascal
  • "Je voudrais que tu m'aimes", Marie Wabbes (lire ici)
  • "Portraits d'ours en peluche", Marie Wabbes
  • "Ours, es-tu là?", Gaétan Evrard
  • "Wang le pêcheur", Gaétan Evrard
  • "Ernest et Célestine au musée", Gabrielle Vincent
  • "Ernest et Célestine chez le photographe", Gabrielle Vincent
  • "Ernest et Célestine Le sapin de Noël", Gabrielle Vincent

On ne croise pas que des originaux dans cette expo. Des ours en peluche aussi, dont une sélection par la collectionneuse experte qu'est Marie Wabbes. Des vitrines proposent plein d'albums pour enfants sur le thème de l'ours, des titres qui sont encore dans toutes les mémoires. Choix plus discutables, les photos d'ours blancs et d'ours bruns, et les reproductions géantes des illustrations de cet excellent album qu'est "Un ours, des ours" (Sarbacane, lire ci-dessous), sans rapport avec le thème initial des ours par des créateurs belges.

L'exposition se tient au Centre d'art de Rouge-cloître, 4, rue du Rouge-Cloître, 1160 Bruxelles. Elle est ouverte jusqu'au 29 janvier 2017, du mercredi au dimanche de 14 à 17 heures (entrée: 3 ou 2 euros pour les plus de 12 ans. Fermé du 23/12/2016 au 3/01/2017 inclus. Plus d'infos (animations, ateliers avec les artistes) sur www.rouge-cloitre.be - 02.660.55.97.


Un album d'ours

"Un ours, des ours" (32 illustrateurs, Sarbacane, 72 pages) est un superbe album pour enfants dès 5 ans, épais et de grand format, d'une audace pleinement réussie. Il présente les dessins de trente-deux illustrateurs qui ont répondu à l'invitation "Dessine-moi un ours". Mais ces trente-deux graphismes différents, du classique à l'ultra-moderne, de l'aquarelle à l'ordinateur, du débutant au confirmé, ont un formidable liant, les textes que François David a posés sur chacun d'eux.

Chaque fois que l'écrivain, éditeur (Motus, c'est lui) et poète recevait une contribution illustrée à cette carte blanche ambitieuse, il lui composait un poème. Original, particulier, en écho et en prolongement de l'image. Rien de gratuit, mais du fond, de la forme et du piquant. De l'humour aussi et une fantaisie débridée. Le fait d'avoir un auteur unique, le "liant", permet au livre de ne pas être une succession de dessins et de textes mais un véritable album, incarné et brillant, avec un rapport textes-images extrêmement intéressant.

Les illustrations se succèdent de manière très agréable dans "Un ours, des ours". Sur fond blanc ou à bords perdus, sobres ou bourrées de détails, en tons pastel ou en teintes vives, elles occupent toujours la page de droite, celle de gauche étant réservée aux poèmes de longueur variable - et au  nom de l'illustrateur. Quelles merveilles que ces textes, tous différents, tous enchanteurs, drôles ou plus sérieux. François David a su capter l'essence des ours et des ourses qui lui étaient présentés. Un "ours rouge" pour Séverin Millet, une "ourse bleue" pour Daniela Olejnikova, un "Ours Dort" pour Marie Dorléans, un "ours presque rhinocéroc" pour Alfred, un "ourceberg" pour Audrey Spiry, des "ours en kit ou double" pour Elisa Géhin, sans oublier les blancs et les noirs pour ne citer que quelques-uns d'entre eux.


L'ourse bleue de Daniela Olejníková. (c) Sarbacane.

Trente-deux illustrateurs ont pris part à cette aventure éditoriale, dont trois Belges. Par ordre alphabétique, qui n'est pas celui d'apparition dans les pages, je nomme Alfred, Matthias Aregui, Betty Bone, Jean-Baptiste Bourgois, Jonathan Burton, Nathalie Choux, Marie Dorléans, Fanny Ducassé, Jérémie Fischer, Henri Galeron, Élisa Géhin, Bernadette Gervais, Bruno Gibert, Vincent Godeau, Ilya Green, Gilbert Legrand, Marie Mignot, Séverin Millet, Sébastien Mourrain, Marie Novion, Daniela Olejníková, Becky Palmer, Olivier Philipponneau et Raphaële Enjary, Francesco Pittau, Guillaume Plantevin, Stéphane Poulin, Terkel Risjberg, Mélanie Rutten, Audrey Spiry, Amélie Videlo, Henning Wagenbreth et Julia Wauters.

L'ours blanc d'Henri Galeron. (c) Sarbacane.


Une revue sur les ours (pour les grands)

Les ours sont partout en cet automne, dirait-on. A Paris, le Muséum d'histoire naturelle propose jusqu'au 19 juin 2007 l'exposition "Espèces d'ours!" Elle se prolonge fort bien dans le numéro 9 de la revue Billebaude, sobrement titré "L'ours" (Glénat/Fondation François Sommer/Muséum, 96 pages), une revue à propos de nature mariant terrain, art et réflexion. Un titre qui ne dit pas assez l'extrême richesse de la centaine de pages superbement illustrées.

Que sait-on de l'ours au fond? Que sa variété blanche est menacée depuis qu'une photo l'a montré dérivant tout maigre sur un bout d'iceberg? Que sa variété sombre est la chérie des enfants, même devenus adultes, sous l'appellation de teddy bear? Qu'il a donné lieu à un immense marché de jouets? Des fragments d'informations qui ne sont pas faux mais que la revue Billebaude, coordonnée par Anne de Malleray, remet en place et complète de façon exemplaire.

"Wilder Mann", Charles Fréger.
"Wilder Mann", Charles Fréger.












Illustrés de quelques reproductions de dessins anciens et surtout de nombreuses photos étonnantes, dont ces "Wilder Mann" de Charles Fréger (2010-2011) ou d'installations contemporaines, toujours en pleine page, les chapitres successifs procurent autant d'informations que de surprises. Saviez-vous que longtemps en Europe le roi des animaux ne fut pas le lion mais l'ours, admiré, vénéré, pensé comme un parent ou un ancêtre de l'homme? Que c'est un ours, dénommé Smokey Bear, qui est la mascotte de la prévention des incendies aux Etats-Unis?

Billebaude invite à redécouvrir les ours sauvages et imaginaires qui peuplent toujours les forêts et les mythes. De la rencontre des âmes sauvages en Alaska aux questions que pose la réintroduction des ours en France, en passant par des approches historique, philosophique, biologique, anthropologique, géopolitique, mythologique, artistique et littéraire, l'ours nous est révélé comme jamais.

Pour feuilleter la revue en ligne, c'est ici.





samedi 11 octobre 2014

"Akim court" de Claude K. Dubois encore primé

Claude K. Dubois et son traducteur Tobias Scheffel. (c) Dominique Petre.


Hier soir, vendredi 10 octobre, à la Foire du livre de Franc- fort, Claude K. Dubois a remporté le Jugendliteraturpreis dans la catégorie "album" pour son magnifique album "Akim court" (L'école des loisirs, Pastel, 2012), en allemand "Akim rennt" (traduit vers l'allemand par Tobias Scheffel, L'école des loisirs, Moritz Verlag). A lire ici.

Un Momo.
Elle a reçu un Momo (la photo du Arbeitskreis für Jugendliteratur), du nom de l'héroïne du roman de Michael Ende, sorte d'oscar de la littérature jeunesse allemande. Un prix largement mérité et une lauréate très émue.

La remise du prix. (c) Dominique Petre.
La ministre fédérale allemande de la famille Manuela Schwesig a dit avoir impressionnée par le livre "qui permet aux enfants de se rendre compte de ce que signifie le fait d'être réfugié" et qui "va rendre les gens davantage tolérants vis-à-vis des réfugiés".

La présentatrice de la cérémonie, qui a eu lieu dans le cadre de la Buchmesse de Francfort, a conseillé à la ministre d'offrir le livre à ses collègues responsables de la politique de l'immigration…

On pourrait évidemment conseiller la même chose en Belgique puisque le nouveau gouvernement a prêté serment ce samedi matin.


Claude dédicace. (c) Dominique Petre.
Sur le stand belge à Francfort.



















Ce n'est pas le premier prix que reçoit Claude K. Dubois en Allemagne pour cet album. En mai, elle a été honorée à Bonn du Katholische Kinderbuchpreis. C'est à lire ici.

lundi 12 mai 2014

LE réjouie du succès d'Akim

Claude K. Dubois vient de recevoir le 7 mai dernier l'estimé Katholische Kinderbuchpreis à Bonn pour son superbe album "Akim court" (L'école des loisirs, Pastel, 2012), devenu tout simplement dans sa traduction allemande "Akim rennt" (Moritz Verlag, imprint allemand de l'école des loisirs).

La cérémonie de remise a eu lieu au Musée d’Histoire Naturelle et de Recherche Alexander König de Bonn, ce qui donne lieu à cette amusante photo de la lauréate.

Claude K. Dubois a reçu son prix au musée d'histoire naturelle de Bonn.

Bonheur surtout de voir que cet excellent livre dont j'ai dit tout le bien que je pensais ici continue à émouvoir les enfants partout dans le monde. Lors de ses remerciements aux jurés, Claude K. Dubois est revenue sur la genèse de cet album. Voici des extraits de son texte.

"C'est avec beaucoup d'émotion que je reçois ce soir ce prix qui récompense mon livre "Akim court" et un immense plaisir de côtoyer aujourd'hui ceux qui ont été à la base de ce choix. Au delà du choix particulier de cette année 2014, je voudrais vous témoigner mon admiration pour votre confiance constante depuis ces 25 ans en la puissance de la parole transmise par les livres, pour votre confiance dans ce moyen de communication, pour la volonté de transmettre des valeurs humaines qui aident les enfants à grandir.
(...) J'aimerais vous parler quelque peu de la genèse de ce livre. La source de ce livre remonte quand ma propre mère, à l'âge de 5 ans, fut séparée brutalement de ses parents par la guerre. Toute sa vie, elle a porté en elle cette fracture, et à sa mort, en 2011, j'ai ressenti en moi la nécessité, l'obligation intérieure d'utiliser mon moyen d'expression, le dessin, le livre, pour transformer cette souffrance en un message d'amour. Au-delà de cette histoire qui a traversé la vie de ma mère et donc la mienne, se sont ajoutées d'autres tragédies familiales, à travers le génocide rwandais, mais aussi toutes celles vécues à travers le monde. Il ne nous est plus possible, en effet, d'ouvrir un journal, d'allumer la télévision sans voir les horreurs des guerres, de la Yougoslavie à l'Afrique, de l'Afrique à l'Amérique du sud, de l'Amérique du sud à l'Asie, de la Libye à la Syrie sans compter les catastrophes naturelles comme celle du Japon.
On voit en permanence les enfants jetés sur les routes, les enfants subissant les affres de la guerre. Ils sont seuls, abandonnés, terrifiés. Ils ne peuvent comprendre ce qui leur arrive. Leurs regards sont des appels à l'aide. Ces regards, qu'ils soient de ma mère ou de ces enfants inconnus, nous interpellent. Nous nous sentons impuissants mais nous ne sommes réellement impuissants que si nous nous taisons. Je n'ai pas voulu me taire encore. J'ai donc écrit cette histoire pour leur venir en aide. Je voulais leur donner la parole, eux qui n'ont aucun moyen de s'exprimer, de crier leur désespoir à la face du monde.
L'histoire d'Akim est malheureusement éternelle, de hier à aujourd'hui et hélas à demain. L'histoire du monde est émaillée de ces drames. Cette histoire, si elle était singulière au départ, je l'ai voulue universelle. Les mots sont volontairement simples. J'ai préféré laisser l'émotion au dessin, aux attitudes des corps et aux expressions des visages qui sont les mêmes pour tous les peuples, à toutes les époques. J'ai voulu montrer l'humain dans sa vérité, dans sa fragilité. J'ai essayé de transmettre dans ce malheur, l'amour, la compassion et c'est pour cela qu'aujourd'hui je suis particulièrement heureuse que ce livre qui était en moi, qui était la réponse à un regard désespéré, puisse être une main tendue, cette fois remplie d'espérance. Cette main tendue, c'est ce prix que vous avez donné aujourd'hui à "Akim court". C'est une écoute que vous donnez à tous les enfants qui souffrent.
Ce livre est un livre d'espoir car je crois au pouvoir résistant de l'empathie et de l'amour envers les autres humains.
Je vous remercie."

samedi 25 janvier 2014

L100 goisse pour les petits réfugiés sans papiers

L'édition originale danoise du saisissant livre "Hvis der war krig i Norden", de Janne Teller, a déjà dix ans. Et il y a maintenant deux ans que sa traduction française est disponible: "GUERRE, et si ça nous arrivait?" (traduction du danois par Laurence W. O. Larsen, illustrations de Jean-François Martin, Les Grandes Personnes, 64 pages).
Un puissant roman d’anticipation, sobrement illustré, pour les pré-ados, les ados et les adultes.

Dans ce petit format aux dimensions et à la couleur d'un passeport européen, jusqu'aux coins arrondis, l'écrivaine a tout simplement renversé les perspectives.
C'est très bien expliqué en quatrième de couverture.



Dans la version française de "Guerre" – les traductions sont adaptées en fonction des pays –, la guerre dévaste la France, et non les pays lointains comme les médias le rapportent. "Et si ça nous arrivait?", interroge le sous-titre.

La situation est grave. Des régimes nationalistes ont vu le jour en Europe. Le narrateur, 14 ans, raconte simplement ce qui se passe  mais qu'est-ce que cela interpelle le lecteur! Il dit les tirs, les balles, les pénuries, les morts, les passeurs, la fuite vers le sud, l’Egypte, la langue arabe qu'il ne comprend pas, le rejet des populations locales, les questions de religion, les années qui passent, les demandes d’asile…

L'état de réfugié prend une toute autre dimension dans ce roman bref et  percutant qui invite à endosser une peau inconnue, à devenir un émigré, à devenir un immigré. L’idée de l’inversion des situations est superbe et redoutablement efficace.

Janne Teller, l'auteure, explique avoir écrit une première version de "Guerre" en 2001, quand des débats sur les réfugiés ont agité le Danemark. Elle espérait alors que sa fiction devienne vite obsolète… 

Deux exemples de doubles pages.



"Etranger" est écrit en arabe.
































Personne n’a oublié le magnifique album "Flon-Flon et Musette" (L'école des loisirs, Pastel, 1993), où Elzbieta disait si bien la guerre vue du côté des enfants. Avec ces deux petits lapins voisins qui jouent ensemble toute la journée, en attendant de se marier. Jusqu'au jour où une haie d'épines remplace le ruisseau entre eux.
Une façon extrêmement juste de montrer l'incompréhension des enfants face à la guerre que se font les adultes.



Dans "Akim court" (L'école des loisirs, Pastel,  labellisé Amnesty International,
96 pages), Claude K. Dubois raconte, elle, un petit garçon au cœur de la guerre.
Voilà un très bel album à l’italienne, sur papier crème, à l’aquarelle et aux crayons, tout en teintes de terre, croquis et dessins rapides. Arrivé dans l'esprit de l'auteure, comme une nécessité impérieuse, un jour de repas en famille au jardin.

Souvent, le texte annonce les illustrations qui vont suivre, simples et évocatrices, d’autant plus poignantes et terribles.

La vie coulait dans le village d’Akim jusqu’au jour où des tirs ont résonné. Des explosions ont détruit les maisons. Dans la fumée et la poussière, un petit garçon cherche éperdument les siens. Mais il ne retrouve personne de sa famille. Un adulte tente de l’aider à fuir puis le perd.


Akim se retrouve seul sur le champ de bataille, au milieu des corps. Seul, encore. Une femme avec un bébé le recueille. Bref répit. Des soldats arrivent, emmènent les enfants pour les servir.

Akim parviendra à s’enfuir un jour, à rejoindre d’autres fuyards, à passer la frontière. Enfin, il est de l’autre côté, celui de l’aide humanitaire. Claude K. Dubois a ménagé une finale heureuse pour un album dont la crudité est nécessaire.

"Cet album est venu de l’actualité, de ces morts qu’on montre à la télévision sans cesse. J’ai pris l’inverse, la position d’un enfant qui est dans la guerre, qui la vit de l’intérieur. J’ai pris le risque du dessin en crayonné. L’album plaît énormément aux 8-9 ans, quelque chose leur parle. 

J’adapte mon dessin pour qu’il corresponde à l’âge de ceux qui vont me lire. Pas de rondeurs pour "Akim" mais une façon de dessiner différente parce que cela correspondait à ce que je voulais dire. Dans cet album, il y a quelques scènes dures avec des morts par terre. Mais  je limite la violence, je la suggère. C’est pour cela aussi que j’ai opté pour le noir et blanc. Je ne représente pas de choses intolérables parce que je m’adresse à des enfants. Les enfants entrent tellement dans les histoires! Ils sont en empathie avec le personnage.
Je fais attention à ce que je fais. Je ne choisis pas ce genre de sujet pour les traumatiser mais pour les interpeller. Je me rappelle très bien que, plus jeune, j’ai vu des reportages sur des camps de concentration et que j’en ai fait des cauchemars pendant des mois, encore maintenant je ne peux plus les voir. Je fais attention à ce que je fais."





Couverture en carton épais, texte aérien lourd de sens, illustrations audacieuses: ainsi se présente l’album "Sans papiers" (texte de Rascal, photos de Cendrine Genin, illustrations de Jean-François Martin, Editions Escabelle, 48 pages, dès 9 ans).  Les deux silhouettes en couverture, un père et sa fille, sont les symboles des sans papiers pleins d'espoir. Un livre à rechercher puisque la maison qui l'a édité a cessé ses activités l'an dernier.

Une petite fille raconte comment elle est arrivée avec son papa en France, terre d’asile, pays des droits de l’homme, après la mort de sa maman, le premier jour de la guerre chez eux, comment ils ont brûlé leurs papiers et comment elle a appris à ne pas se faire remarquer.

Après quatre ans de cette vie, elle connaît le français et l’a enseigné à son père. Elle va à l’école pendant que lui effectue des petits boulots. Ce jour-là, justement, est prévue la photo de classe. La jeune narratrice a mis sa plus belle robe et ses chaussures vernies. Mais des policiers en civil guettent devant l’école celle qui se sent devenue française. Ils la conduisent au commissariat où est déjà assis son père.

Prochaine étape pour ces deux sans-papiers qui étaient pleins d’espoir, et même d’espérance: Orly et l’avion qui les attend pour les reconduire au-delà de la frontière. "Sans papiers" dit superbement l’arrachement au pays d’origine et la joie d’une intégration réussie. Jusqu’à ce que…


Le jour du drame.