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dimanche 14 septembre 2025

Le décès de François Ruy-Vidal


Il faut avoir un certain âge pour connaître le nom de François Ruy-Vidal dont on apprend tout juste  le décès, à l'âge de 94 ans. C'est pourtant notamment grâce à lui qu'on a la littérature de jeunesse dont on dispose aujourd'hui. Il était né le 20 mars 1931 à Franchetti (Algérie) et est décédé le 8 septembre 2025 à Grenoble. Il fut un éditeur d'avant-garde qui révolutionna le genre dès les années 1960. Pas un homme facile, ses convictions et sa forte personnalité le menant à se disputer avec les uns et les autres - même moi, obscure journaliste belge. Pour la bonne cause, parce que, visionnaire génial, il voulait le meilleur pour les enfants, et sa bibliographie parle pour lui. A cause de ses problèmes financiers car ses livres n'ont pas toujours rencontré leur public.
 
On lui doit cette phrase célèbre, prononcée dès 1973 en diverses variantes, et qui devrait être le credo de tout qui veut publier des albums pour enfants: "Il n'y a pas d'art pour l'enfant, il y a l'Art. Il n'y a pas de graphisme pour enfants, il y a le graphisme. Il n'y a pas de couleurs pour les enfants, il y a les couleurs. Il n'y a pas de littérature pour enfants, il y a la littérature. En partant de ces quatre principes, on peut dire qu'un livre pour enfants est un bon livre quand il est un bon livre pour tout le monde."
 
François Ruy-Vidal débuta comme instituteur, adepte des méthodes actives, passa par le théâtre avant d'arriver dans l'édition. Avec son compère américain Harlin Quist (1931-2000) dans un premier temps, en solo pour Grasset-Jeunesse à la suite de leur brouille, ailleurs encore ensuite , il révéla des talents comme Étienne Delessert (1941-2024, lire ici), Henri Galeron, Nicole Claveloux, Danièle Bour, Bernard Bonhomme, Claude Lapointe (1938-2024, lire ici) et beaucoup d'autres. Il incita aussi des auteurs comme Marguerite Duras ou Eugène Ionesco à écrire pour la jeunesse.
 
L'"enfant terrible du livre pour enfants" avait une approche résolument anticonformiste de l’album illustré. Il la conserva tout au long de sa vie d'éditeur. Avec Harlan Quist de 1967 à 1972, chez Grasset-Jeunesse de 1972 à 1976, chez Jean-Pierre Delarge jusqu'en 1978, aux éditions de l'Amitié jusqu'en 1984 et encore lors de son bref retour en 2002 avec les Éditions DES LIRES. On lui doit quand même l'édition d'environ cent vint albums jeunesse.
 
Une partie des albums que Ruy-Vidal a publiés.
  
Grasset Jeunesse a publié un communiqué: "C'est avec une grande tristesse que nous apprenons le décès de François Ruy-Vidal, ce grand éditeur à qui l'on doit notamment les débuts de Grasset-Jeunesse, et tant de livres formidables et novateurs. Son exigence et son amour pour les textes, les images, les beaux livres, continueront à nous animer et à nous habiter. Merci, cher François, pour cette vie intense de passion, de création, de combat. Merci de nous avoir partagé cette flamme, que nous continuerons de porter haut, en défendant cette magnifique littérature qu'est la littérature jeunesse, vivante, vibrante,  nécessaire. Cher François, nous ne vous oublierons pas."
 
Le galeriste Michel Lagarde complète: "Rappelons qu’il était le premier relais des livres d’Harlin Quist en France qui ont mis un sacré coup de pied dans la fourmilière dans les années 70 dans le milieu de l'édition jeunesse. Les éditions Grasset ont pris la relève avec talent."
 
Bibliothécaire retraitée du Centre Pompidou, Christine Abbadie-Clerc complète le portrait: "François Ruy-Vidal, pionnier de la révolution graphique des albums pour enfants, était déjà entré dans la légende des professionnels du livre, un mythe à lui tout seul... adulé et controversé par ses auteurs... Il vient de nous quitter. Et soudain cette nouvelle réveille paradoxalement nos souvenirs, ses "apostrophes" à l'égard de maintes célébrités et institutions... et son duo turbulent avec son associé Harlin Quist. Il n en a pas moins consacré une grande "Littérature en couleurs"."
 
Travailleur assidu, François Ruy-Vidal continuait à scruter ce qui se disait ou s'écrivait sur lui et à le commenter abondamment. Il suffit de faire un tour sur son site pour le découvrir. Loïc Boyer en sait quelque chose, lui qui rédigea l'essai "Les images libres" (MeMo, 2022, lire ici) sur base des archives (dessins originaux, maquettes, correspondances, dossiers de fabrication, etc.) léguées par l'éditeur au Fonds patrimonial de l'Heure Joyeuse - Médiathèque Françoise Sagan et reçut à ce sujet de nombreux courriers.
 
Ruy-Vidal, Delessert, Quist, le trio est désormais ailleurs.  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 22 avril 2024

Le décès d'Etienne Delessert, créateur de Yok-Yok

Étienne Delessert.
 
Incroyable! Étienne Delessert a perdu un combat. L'énergique auteur-illustrateur suisse est décédé des suites d'un cancer dans la nuit de dimanche à ce lundi 21 avril à Lakeville (Connecticut). Il avait fêté ses 83 ans début janvier. L'artiste, créateur du célèbre personnage de Yok-Yok, résidait avec son épouse américaine, la graphiste et éditrice Rita Marshall, aux Etats-Unis depuis près de 40 ans (1985). Une incroyable maison où chacun avait son atelier (lui dans le grenier, elle dans le jardin) et où a grandi leur fils Adrien, 36 ans, la prunelle de ses yeux, aujourd'hui ingénieur en informatique.
 
Étienne Delessert, ce sont mille vies en une. Un talent d'artiste inouï qu'il a développé en autodidacte à travers plus de 80 livres, "Yok-Yok" bien entendu mais tant d'autres aussi, sans compter les diverses illustrations, peintures et sculptures. Un plaisir immense de prendre et reprendre ses pinceaux pour des créations magnifiques. Une énergie peu commune entièrement tournée vers l'aboutissement de ses multiples projets, livres, amitiés, amours, enthousiasmes professionnels. Une détermination inébranlable à sauver et à défendre la beauté, la complexité, l'exigence, à pourfendre la mièvrerie.
 
Figure essentielle de la littérature de jeunesse telle qu'on la connaît, Étienne Delessert a séduit les enfants par son œuvre juste, honnête, généreuse, même si peu conventionnelle d'apparence. Avançant en âge, il s'y est même confié, lui, l'homme secret, dans une dimension universelle. Pilier de l'édition jeunesse, il a été un acteur et un témoin de tout ce qui a marqué le genre. Ce n'est pas pour rien qu'il a voulu sauver le site français Ricochet et qu'il y est parvenu (lire ici), créé par Janine Despinette (lire ici). Ce n'est pas pour rien qu'il a créé en 2017 "Les Maîtres de l'imaginaire", réunissant les archives des meilleurs artistes mondiaux de la littérature de jeunesse (lire ici).
 
Étienne Delessert, c'est un auteur-illustrateur que j'ai rencontré "pour de vrai" très tardivement, en 2009, lors de son exposition à Moulins, même si j'avais lu et chroniqué dans "Le Soir" la majorité de ses albums. Il en fut fort surpris et moi j'ai découvert un homme charmant. Pourtant, Étienne Delessert, je l'avais vu souvent, de loin, à la Foire du livre pour enfants de Bologne, dès 1985. Il animait des rencontres à ce qui allait être le Café des illustrateurs. Il accompagnait son épouse Rita Marshall qui y recevait nombre de distinctions, pleinement justifiées. Il régnait sur le stand suisse. Mais il me faisait peur. Trop doué pour que je l'ose l'aborder. Trop précédé d'une réputation de colérique.
 
Une fois le contact établi en France, nous sommes toujours restés en lien. Souvent par Skype, le soir pour moi, bien plus tôt pour lui. Ensuite sur WhatsApp. De quoi nous rattraper. Il m'a raconté tant de choses. Sur lui, ses projets, ses idéaux, ses combats, ses regrets, ses colères aussi. Un de ses derniers souhaits était de créer un cours de lecture des images à destination des adultes. Étienne Delessert était mon ami.

Pour voir une vidéo rétrospective sur lui, créée par son fils Adrien en avril 2021, c'est sur Vimeo (ici).
 
 
Pour lire ce que j'ai écrit sur Étienne Delessert, nouveaux livres et projets, dans ce blog, c'est ici.


 

lundi 8 avril 2019

Foire du livre pour enfants de Bologne, le retour


Habituée de la Foire du livre pour enfants de Bologne, la Fiera del Libro per Ragazzi di Bologna comme on disait avant - vingt-et-une visites entre 1985 et 2007, j'y suis retournée pour de vrai cette année et j'en reviens enchantée. Même si je n'ai pas croisé toutes les personnes dont je savais qu'elles étaient là.

Rappel:
Palmarès des Bologna Ragazzi Awards 2019 ici.
Artistes choisis à l'Exposition des illustrateurs 2019 ici.


Vagabondage en images

Des affiches de la Foire partout dans la ville,
avec une identité visuelle signée cette année Masha Titova.

Je craignais le pire après ces douze ans d'absence sur place, c'est-à-dire une poussée phénoménale du mass-market. Hé bien non, ce n'est pas pire qu'avant. Il y en a toujours beaucoup beaucoup dans les allées de ce qui s'appelle désormais la Bologna Children's Book Fair (BCBF). Mais pas plus qu'auparavant. La principale différence est que ces livres en série et sans valeur culturelle, destinés aux supermarchés principalement, sont aujourd'hui réalisés à l'ordinateur. Entre ce qui flashe ici, les paillettes et le rose appuyé là, on trouve toujours des centaines de livres appréciables à aimer. Qu'ils soient de facture classique ou innovants. Tous ces titres et principalement les nouveautés cherchent acheteur étranger puisque la BCBF est une foire de droits, comme l'est la Buchmesse de Francfort en octobre qui, elle, couvre toute l'édition alors que Bologne se limite à la jeunesse. Plus de 1.400 exposants en provenance de 80 pays se retrouvent chaque printemps en Italie.

Des mètres et des mètres de murs dédiés aux illustrateurs.

Particularité notable de cette 56e édition (01-04/04/19) à laquelle ont pris part 29.000 personnes en quatre jours, et récente selon plusieurs avis, le nombre d'illustrateurs qui sillonnent les allées, leurs cartons à dessin sous le bras, a explosé. Ils sont partout, affichant leur travail aux panneaux, dessinant sur les murs, attendant en queue les éditeurs, participant aux diverses rencontres initiées par la Foire, au Café des Illustrateurs ou ailleurs.


Cambridge School of Art.

Autre nouveauté, de nombreuses écoles d'art d'Italie ou même de Grande-Bretagne ont un stand à la BCBF, suscitant des attroupements de jeunes artistes ou d'étudiants dans les allées.


Bart après Kitty


Bart Moeyaert explose de joie à l'annonce de son prix. (c) Susanne Kronholm.

Année impaire oblige, seul le prix Astrid Lindgren est décerné à la Foire. Et il va en cette année 2019 au Belge Bart Moeyaert. L'écrivain flamand vivant aujourd'hui à Anvers succède à l'Américaine Jacqueline Woodson (lire ici). Explosion de joie quand, présent à la Foire de Bologne, il a été proclamé en direct depuis Stockholm où se trouvaient huit des douze jurés alors que les quatre derniers étaient assis au Café des illustrateurs, en pleine foire. Explosion de joie d'autant plus grande qu'il est le deuxième Belge à être primé dans une compétition sévère. Kitty Crowther avait décroché le prix Astrid Lindgren en 2010. Il y avait 246 candidats présélectionnés en cette dix-neuvième édition du prix (lire ici). Si la nouvelle a réjoui tous les Belges sur place, francophones comme néerlandophones, elle semble avoir un peu attristé le monde de l'édition française.

Bart Moeyaert recevra officiellement son Astrid Lindgren Memorial Award (ALMA) des mains de S.A.R. la Princesse héritière Victoria de Suède, lors d'une cérémonie organisée à la Maison des concerts de Stockholm le lundi 27 mai 2019. Juste avant son anniversaire. Il est en effet né le 9 juin 1964 à Bruges, septième enfant d'une famille de sept garçons.

Je reviendrai ultérieurement en détail sur son œuvre, importante. Plus de cinquante livres publiés, pébliscités, honorés, principalement des romans pour ados mais aussi des romans pour enfants et de la poésie.

Les lauréats ALMA précédents

2018 Jacqueline Woodson (lire ici)
2017 Wolf Erlbruch (lire ici)
2016 Meg Rosoff (lire ici)
2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger

Ce n'est pas pour rien que le Astrid Lindgren Memorial Award est aujourd'hui considéré comme l'équivalent jeunesse du prix Nobel de littérature, détrônant les prix Andersen de l'IBBY de cette appellation. Avec sa dotation de 5 millions de couronnes suédoises (480.000 €), il est le prix en littérature de jeunesse le plus important au monde.

Au fil des allées


Une petite partie d'un des espaces coréens.

"Lire pour réver", un  programme chinois.

Le plus impressionnant est la taille des espaces des éditeurs coréens et chinois. Ensemble, ils occupent grosso modo l'espace d'un des six pavillons dédiés à la Foire, même s'ils ne sont pas toujours localisés les uns près des autres. Et on y trouve de tout, du meilleur comme du pire.


Une affiche chinoise avec les héros européens.


L'éditrice Agnès Gyr-Ukunda et l'auteure-illustratrice Marie Wabbes.

Agnès Gyr-Ukunda est la créatrice des éditions rwandaises Bakame (ce qui veut dire "lièvre malin" en kinyarwanda) qui fêteront leurs vingt-cinq ans l'an prochain. Créees pour aider par la culture le Rwanda dévasté par la guerre, elles ont l'excellente idée, pas assez répandue, de publier des auteurs et des illustrateurs rwandais avec des histoires qui viennent de chez eux. En résumé, une maison d'édition faite par des Rwandais et pour les Rwandais. Par exemple, ces délicieux imagiers petit format qui montrent en plusieurs langues les fruits et les légumes locaux ainsi que les plantes dont ils proviennent, remarquablement illustrés par des peintures sur toile avec un intéressant relief dû à l'usage de sable.














Au début, il s'agissait de mettre par écrit la littérature orale traditionnelle. Depuis, en quasiment un quart de siècle, l'offre s'est diversifiée, albums et romans de fiction, documentaires, livres pratiques, livres scolaires... Elle est loin l'année 1995 où Bakame  publia quatre titres, en petit format et en noir et blanc. Depuis plusieurs années, la maison édite quinze titres en quadrichromie par an. En kinyarwanda, en anglais, en français et en kiswahili.

Un travail qui a été reconnu dans le monde entier. Une mention d'honneur pour les éditions Bakame par la Biennale des Illustrations de Bratislava en 2001. Le Prix BolognaRagazzi Nouveaux Horizons pour le livre "Ubucuti bw'imbeba n'inzovu" en 2005. Le prix IBBY-Asahi pour la promotion de la lecture en 2008. Le prix BOP à Bologne du meilleur éditeur pour la jeunesse de l'année en Afrique en 2013.



De formidables kamishibais italiens avec de toutes aussi formidables histoires.


La Belge Kristien Aertssen dévoile la maquette de son nouvel album,
un livre à rabats particulièrement joyeux. 


Eternel, Leo Lionni, classique adoré, ici en italien.


Hommage à Gianni Rodari, né le 23 ocotbre 1920 à Omegna.


L'univers d'Astrid Lindgren, en 2D et en 3D.


Cela discute ferme chez Creative Company où publie Etienne Delessert.


L'auteur-illustrateur italien Roberto Innocenti
en visite chez son éditeur américain.


Toujours discrète et active,
la plasticienne tchèque Kveta Pacovska.


Une librairie propose les titres primés et une sélection de livres en diverses langues,
ce qui évite aux visiteurs de devoir les voler.


Comment dit-on "lire" en...?


Un remarquable colloque sur le lien entre la lecture des enfants et le plurilinguisme, plein d'idées innovantes dans le contexte de la mondialisation, organisé par Ibby Europe. J'y reviendrai.


L'édition se doit d'être aussi nourricière.


Les expos

In situ

L'expo des illustrateurs.

L'expo des illustrateurs.
La célèbre Exposition des illustrateurs se visite le nez baissé vers les vitrines présentant à l'horizontale les œuvres des 76 artistes sélectionnés, et non accrochées aux cimaises. C'est un peu bizarre mais ce qui est encore plus bizarre, c'est ce qui nous est montré. A peine cinq recherches artistiques vraiment intéressantes sur l'ensemble.




Une lettre par artiste suisse.

La Suisse est invitée d'honneur 2019 et a emporté avec elle une exposition sous forme d'abécédaire assez malicieux. Vingt-six lettres pour vingt-six auteurs et/ou illustrateurs, connus ou débutants, vingt-six lettres pour vingt-six mots représentatifs de la Suisse, dans les quatre langues du pays et en anglais, vingt-six lettres pour les vingt-six cantons suisses.

Sur les panneaux dressés, un mot illustré d'un côté, la bio-bibliographie de l'artiste de l'autre. Un regret cependant, aucun original n'y est exposé.



"Shanghai Impressions".

"Shanghai Impressions".

"Shanghai Impressions".


A l'autre bout de la BCBF se tient la plus belle des expositions, présentant les œuvres de trois dessinateurs espagnols, "Shanghai Impressions", premier projet de la China Shanghai International Children 's Book Fair, qui est partenaire de la Foire de Bologne depuis quelques années. Elle présente les travaux de trois artistes espagnols, Joan Negrescolor, Miguel Pang Ly et Adolfo Serra, qui ont été durant dix jours en résidence à Shanghai, dans le but de se promener dans la ville, de se perdre dans les rues, à la recherche de l'humanité de cette métropole de 25 millions d'habitants. Aux murs et dans des vitrines sont montrées quarante magnifiques illustrations, réalisées sur différents supports dont des leporellos et avec différentes techniques.




In città




"Les Maîtres de l'Imaginaire" sont à Bologne jusqu'à la fin avril.


Présentée à Strasbourg (lire ici) puis à Paris (lire ici), l'exposition Les Maîtres de l'imaginaire a pris ses quartiers dans le Palazzo D'Accurso, en plein centre de la ville de Bologne. Augmentée de vingt-cinq œuvres depuis sa version parisienne. Ce sont aujourd'hui les originaux de trente-cinq illustrateurs jeunesse majeurs qui sont présentés aux visiteurs, grâce au soutien et à l'énergie d'Etienne Delessert. On la retrouverait en Chine l'an prochain que ce ne serait pas étonnant.





Arrivederci





vendredi 23 novembre 2018

Les Maîtres de l'imaginaire s'exposent à Paris. Courez-y!


Quel bonheur d'avoir enfin pu découvrir "en vrai" les originaux réunis par Etienne Delessert et la fondation suisse Les Maîtres de l'imaginaire! Ils avaient été présentés pour la première fois à Strasbourg en mars dernier (lire et regarder les images ici et ici). Les voilà à Paris pour deux mois dans l'exquise cave voûtée des Libraires associés, du côté de Barbès (3 Rue Pierre l'Ermite, 75018). Une exposition légèrement complétée par rapport à sa version strasbourgeoise,  quatre autres "Maîtres" ayant rejoint la Fondation entre-temps, Nicole Claveloux, Alain Gauthier, Elwood H. Smith (non traduit en français) et Lisbeth Zwerger. L'expo parisienne se tiendra jusqu'au 19 janvier, du mardi au samedi de 14 à 19 heures.

MISE A JOUR: L'expo est prolongée jusqu'au 31 janvier aux mêmes horaires.

La cave des Libraires Associés.

Le travail
de Nicole Claveloux.
En tout, ce sont quatre-vingts œuvres originales dues à trente grands illustrateurs qui attendent le visiteur, aux cimaises et dans des vitrines, complétées de notices et, chaque fois que possible, des albums où elles apparaissent, disponibles en librairie ou pépites introuvables. Quelles merveilles! Cette juxtaposition d'illustrations exceptionnelles et un accrochage judicieux permettent de s'en mettre plein les mirettes, d'approcher le nez de ces fabuleux originaux, de découvrir de près le travail de ces immenses artistes. Les reproductions, c'est bien, les originaux, c'est mieux!

Une peinture de Nicole Claveloux,
toute fraîche arrivée de Bruxelles.

Yok-Yok d'Etienne Delessert.
A déambuler entre les cimaises richement garnies, on comprend bien Jacques Desse, un des Libraires Associés, quand il dit: "Mon plaisir du soir parfois, pendant l'installation d'une exposition, est de descendre fignoler l'accrochage, dans le calme et le silence de la nuit. "Tiens, ce serait bien d'intervertir ces deux dessins... On verrait mieux ce livre s'il était surélevé de quelques centimètres..." Et ainsi de suite, par petites touches.
Pendant une heure, ou deux, ou trois, seul en compagnie des œuvres, je les vois, revois et redécouvre sans fin ni lassitude, bien au contraire. Il m'arrive même de m'asseoir, comme ça, écoutant des yeux, tandis que le chat s'est discrètement lové sur une étagère. Ces moments privilégiés sont le plus grand luxe que je connaisse."

Alain Le Foll.
L'expo des Maîtres de l'imaginaire en solo, cela doit être bien. Mais en régime normal, de jour, avec d'autres visiteurs, elle vaut déjà grandement le détour. Incroyable comme un espace en sous-sol finalement assez réduit peut accueillir un grand nombre d'œuvres sans donner l'impression de vous assommer. Alors que chaque centimètre d'espace est utilisé. Ici une illustration, là une vitrine, là encore des albums portant la signature des artistes exposés, dont quelques trésors. Tout est tellement bien mis en place qu'on regrette plutôt d'avoir déjà fait le tour complet. Que ce soient les œuvres partiellement calcinées d'André François, toujours impressionnantes, les merveilles d'Alain Le Foll, Etienne Delessert, Henri Galeron, Guy Billout, Roberto Innoccenti qu'on connaît bien via leurs livres, les trésors de Ian Nascimbene, disparu il y a déjà cinq ans, d'Alain Gauthier et d'artistes non ou peu traduits en français, et tous ceux et celles qui portent à raison le même titre de Maîtres de l'imaginaire et figurent dans la liste ci-dessous.

Eléonore Schmid en "stéréo".

Une exposition tout simplement magique! Aussi bien pour ceux qui connaissent la littérature de jeunesse et pousseront des "oh!" et des "ah!" devant la qualité des artistes présentés que pour ceux qui la découvrent et verront ici que la création d'aujourd'hui est bien née de celle d'hier. Gloire à ces précurseurs qui ont su donner ses lettres de noblesse à un genre littéraire injustement décrié (souvent par méconnaissance). Et merci à Etienne Delessert qui a eu l'énergie de porter ce magistral projet.

Henri Galeron en original et en livre.


Les Maîtres de l'imaginaire, ce sont, désormais, par ordre alphabétique:
  • Marshall Arisman
  • Jean-Louis Besson
  • Guy Billout
  • Ivan Chermayeff
  • Seymour Chwast
  • Nicole Claveloux (nouvelle)
  • Jean Claverie
  • Etienne Delessert
  • Heinz Edelmann
  • Stasys Eidrigevicius
  • Randall Enos
  • Monique Félix
  • André François
  • Henri Galeron
  • Alain Gauthier (nouveau)
  • Roberto Innocenti
  • Gary Kelley
  • Claude Lapointe
  • Alain Le Foll
  • Georges Lemoine
  • David Macaulay
  • Sarah Moon
  • Yan Nascimbene
  • Chris Payne
  • Jerry Pinkney
  • Eleonore Schmid
  • Chris Sheban
  • Elwood H. Smith (nouveau)
  • David Wiesner
  • Lisbeth Zwerger (nouvelle)



lundi 12 mars 2018

L'exception de l'illustration en littérature jeunesse exposée en primeur à Strasbourg avant de rejoindre sa nouvelle fondation suisse


Les Strasbourgeois sont des gens chanceux et les Suisses de Lausanne peut-être encore davantage.


A Strasbourg va s'ouvrir au Centre de l'illustration (Médiathèque André Malraux) ce 15 mars et pour deux mois une double exposition des plus grands de la littérature jeunesse. La première, "Rita, dompteuse de lions", est celle, magnifique, qui a été montée à l'Ecole Estienne à l'automne 2016 (lire ici) et qui présente le formidable travail de Rita Marshall, directrice artistique des éditions américaines Creative Company. Beaucoup d'albums nous en parviennent en traduction française ou en coédition.
On nous dit que l'expo est la même que celle présentée à Paris, légèrement complétée toutefois. A ne pas manquer.

La seconde exposition s'intitule "Les Maîtres de l'imaginaire" et s'annonce rudement intéressante elle aussi. Elle rassemble deux cents œuvres des meilleurs artistes en littérature jeunesse, en Europe et aux Etats-Unis, les maîtres, les pionniers. Le gratin. Jugez-en.

Par ordre alphabétique:
  • Marshall Arisman
  • Jean-Louis Besson
  • Guy Billout
  • Ivan Chermayeff
  • Seymour Chwast
  • Jean Claverie
  • Etienne Delessert
  • Heinz Edelmann
  • Stasys Eidrigevicius
  • Randall Enos
  • Monique Félix
  • André François
  • Henri Galeron
  • Roberto Innocenti
  • Gary Kelley
  • Claude Lapointe
  • Alain Le Foll
  • Georges Lemoine
  • David Macaulay
  • Sarah Moon
  • Yan Nascimbene
  • Chris Payne
  • Jerry Pinkney
  • Eleonore Schmid
  • Chris Sheban
  • David Wiesner
Rien que lire ces noms donne une leçon d'histoire de la littérature de jeunesse de qualité contemporaine, jusque dans ses développements actuels puisque nombre d'entre eux sont toujours actifs aujourd'hui. C'est dire si l'exposition sera riche et passionnante! En deux mots, tous à Strasbourg.

En voici un avant-goût.

Jean-Louis Besson. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Ivan Chermayeff. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Seymour Chwast (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Jean Claverie. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Etienne Delessert.  (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Stasys Eidrigevicius. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

André François. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Henri Galeron. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Roberto Innocenti. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Gary Kelley. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Alain Le Foll. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Georges Lemoine. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Sarah Moon. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Yan Nascimbene. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 David Wiesner. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Rien que du bon, du très bon! On notera que l'exposition présente deux artistes qui n'avaient jamais été montrés en Europe, Marshall Arisman et Jerry Pinkney, mais qui y ont été traduits en français (peu).

Marshall Arisman
Jacob Grimm et Wilhelm Grimm
L'Oiseau d'Ourdi
traduit de l'allemand par Armel Guerne
Grasset, collection Grasset Monsieur Chat, 2004

Jerry Pinkney
Le lion & la souris
album muet
Le Genévrier, Collection Caldecott
40 pages, 2012



Les deux expositions à Strasbourg sont montées en partenariat avec l'Ecole Estienne, The Creative Company, la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne, et le Consulat général de Suisse à Strasbourg.

La seconde exposition de Strasbourg est en quelque sorte la pointe de l'iceberg que constitue la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, à laquelle Etienne Delessert œuvre avec l'énergie qu'on lui connaît depuis plusieurs années et qui a été créée en 2017 à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne (HEP Vaud). Elle en est aussi la première manifestation publique.

La Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire se distingue par un programme original et enthousiasmant, visant à réunir aspects patrimonial et pédagogique.

C'est-à-dire, pour le patrimonial, rassembler au fil des années les dessins originaux des artistes les plus réputés pour leurs livres pour enfants (créés en Europe, aux Etats-Unis et en Asie), les archiver et  les présenter au travers d'expositions et de catalogues individuels ou de groupe richement illustrés.
Des artistes de tout premier plan des deux côtés de l'Atlantique ont déjà répondu à l'appel d'Etienne Delessert et ont accepté de participer à ce projet suisse. D'autres finalisent les démarches. Sont prévus des prêts renouvelables à long terme et des dons à la Fondation qui compte réunir entre 500 et 750 dessins par an.

Le programme pédagogique sera, lui, unique en Europe. Les œuvres rassemblées serviront de support à l'apprentissage de la "lecture de l'image". Le programme destiné à la formation des enseignants suisses via la Haute Ecole Pédagogique (HEP/Vaud) de Lausanne sera ouvert au grand public dès 2019. La HEP compte plus de 2600 étudiants et assure la formation continue de près de 10.000 enseignants.

Le projet destiné à développer la lecture de l'image utilisera les œuvres des grands artistes réunis dans la fondation Les maîtres de l'Imaginaire, grâce à une collaboration unique entre artistes, critiques, pédagogues, didacticiens et scientifiques. Enseignants et élèves pourront approcher et développer une lecture interprétative de dessins et de peintures de facture et d'esprit variés. Il débutera en Suisse à l'automne 2019 et sera dès lors proposé à des structures de formation des enseignants en Europe et aux Etats-Unis.

Les choses bougent avec cette excellente idée de mettre en valeur le patrimoine de l'image en littérature jeunesse et on ne peut que s'en réjouir. A suivre de près.


Le logo de la fondation.