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lundi 31 octobre 2016

Rita Marshall, révélatrice de créateurs

(c) Etienne Delessert.

Ce n'est pas "Trick or treat?" (farce ou friandise?) mais une devinette littéraire. Quel est le commun dénominateur de ces cinquante albums pour enfants, et sans doute davantage, nés en français ou traduits? Bon, la liste se trouve ci-dessous mais je vous donne déjà quelques indices sous la forme de six noms d'illustrateurs: Roberto Innocenti, Monique Félix, Yan Nascimbene, Gary Kelley, Guy Billout,.. sans oublier bien sûr Etienne Delessert.

"Jeux d'enfants" d'Etienne Delessert, les différents livres de la Souris de Monique Félix, les premiers livres de la Nature, "Les Sept nains" d'Etienne Delessert, "Voyage" de Guy Billout, "Rose Blanche" de Roberto Innocenti et Christophe Gallaz, "Conte de Noël" de Charles Dickens et Roberto Innocenti, "Un jour en septembre" de Yan Nascimbene, "Ocean Deep/Bleue marine" de Yan Nascimbene, "Little Lou" de Jean Claverie, "Le mauvais Prince Hans" de Christian Andersen et Georges Lemoine, "J'aime pas lire!" de Rita Marshall et Etienne Delessert, "J'aime vraiment pas lire!" de Rita Marshall et Etienne, "J'ai rencontré un Dinosaure" de Jean Wahl et Chris Sheban, "Comédie de la lune" d'Etienne Delessert, "La Maison" de Roberto Innocenti, "Qui a tué Rouge-Gorge?" d'Etienne Delessert, "Paris Rutabaga" de Jean-Louis Besson, "Contes de mystère et d'imagination" d'Edgar Allan Poe et Gary Kelley, "L'Auberge de nulle part" de  Roberto Innocenti, "La Fille en rouge" de Aaron Frish et Roberto  Innocenti, "Loin des yeux loin du cœur" de Claude Lapointe, "Amorak" de Tim Jessel, "Leçons de tuba" de Monique Félix, "Pinocchio" de Carlo Collodi et Roberto Innocenti, "L'étoile d'Erika" de Ruth Vander Zee et Roberto Innocenti, "La Belle et la Bête" de Madame de Villeneuve et Etienne Delessert, "Le petit Soldat de plomb" de Hans Christian Andersen et Georges Lemoine, "Cendrillon" de Charles Perrault et Roberto Innocenti, "Bushy Bride" de Seymour Chwast, "Le petit Chaperon rouge" de Charles Perrault et Sarah Moon, "Le petit Sapin" de Hans Christian Andersen, Rita Marshall et Marcel Imsand, "La Reine des neiges" de Hans Christian Andersen et Stasys Eidrigevicius, "Hansel & Gretel" des frères Grimm et Monique Félix, "Le Pêcheur et sa femme" des frères Grimm et John Howe, "Roserouge et Neigeblanche" des frères Grimm et Roland Topor, "Casse Noisette" d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann et Roberto Innocenti, "Bas les monstres" d'Etienne Delessert, "Spartacus" d'Etienne Delessert, "Un verre" d'Etienne Delessert, "Cirque de nuit" d'Etienne Delessert, "Franklin la mouche" de Bob Blechman, "Doctor Dolittle" de Hugh Lofting et Seymour Chwast, "Everything is a Poem" de Patrick Lewis et Cristina Pritelli, "Fourru Bourru" d'Etienne Delessert, "Mowgli et ses frères" de Rudyard Kipling et Mary Wormell, "Le Cavalier sans tête" de Washington Irving  et Gary Kelley, "Le Collier" de Guy de Maupassant et Gary Kelley, "Le Lapin de velours" de Margery Williams et Monique Félix, "La Rivière" de Charles Darwin et Fabian Negrin.
Vous avez trouvé? Le dénominateur commun des livres ci-dessus est une Américaine menue, dont la taille est inversement proportionnelle à l'étendue de son talent et à sa ferveur pour le boulot bien fait. J'ai nommé Rita Marshall, directrice artistique depuis 1988 des formidables éditions américaines Creative Company (Mankato, Minnesota) - mais elle travaillait déjà avec elles avant.


Si je vous parle d'elle aujourd'hui, c'est parce que l'incroyable travail dans l'ombre qu'elle a effectué depuis tout ce temps est aujourd'hui exposé pour la première fois en Europe. Rarement une directrice artistique américaine aura autant apporté à un genre littéraire. Qu'a-t-elle fait? Comment? C'est ce qui nous est montré pour la première fois et c'est passionnant.

L'Ecole Estienne à Paris met sur pied la très riche exposition rétrospective "Rita Marshall, dompteuse de lions, ou le portrait de The Creative Company, USA". Une maison d'édition exemplaire de qualité qui est parfois mieux connue ailleurs dans le monde qu'aux Etats-Unis même.

Bien sûr, les professionnels du livre jeunesse ont souvent croisé la fine silhouette de Rita Marshall au début du printemps à la Foire du livre pour enfants de Bologne. Ils ont souvent entendu prononcer son nom lors de la proclamation des RagazziAwards puisqu'elle et Creative Company ont souvent et à juste titre été mis à l'honneur. Et ils ont apprécié sur place les magnifiques catalogues qu'elle concoctait pour la Foire.

Bien sûr, les amateurs de livres pour enfants de qualité identifient son travail dans l'immense production éditoriale. Son raffinement, toujours adapté au sujet qu'elle traite, se distingue de loin. Les livres qu'elle a orchestrés ont été le fruit de nombreuses coéditions ou traductions. Rita Marshall sait non seulement envoyer des auteurs et les illustrateurs dans des chemins qu'ils ne pensent pas toujours explorer, mais les écouter, les rassurer et les encourager. Le petit chaperon rouge illustré de photos de Sarah Moon, c'était elle. La découverte de Roberto Innocenti aussi. Les mariages contes classiques-illustrateurs contemporains encore elle.

"Poe" de Nancy Loewen, photographies de Tina Mucci. (c) Creative Company.

 "Un chant de Noël", de Charles Dickens, dessins de Roberto Innocenti. (c) Cr.C.

"The Frog who wanted to see the Sea" de Guy Billout. (c) Creative Company.

"Mocha Dick" de Brian Heinz, dessins de Randall Enos. (c) Cr. C.



L'exposition qui s'ouvre cette semaine à Paris est une formidable occasion d'avoir une vue panoramique sur le travail de cette femme de l'ombre. Elle réunit une centaine de livres présentés sur des lutrins de bois, des originaux et des agrandissements des meilleurs artistes américains ou non qui ont participé à l'aventure Creative depuis trente ans. On y voit de près la démarche de la directrice de création, ses maquettes, ses recherches de logos, ses esquisses de couvertures, l'énorme travail qui précède l'impression des livres. En effet, Rita Marshall suit personnellement une vingtaine de livres de fiction par an, et elle supervise plus de 120 ouvrages de non-fiction (documentaires) richement illustrés.

L'exposition s'accompagne d'un excellent catalogue de 104 pages en grand format où la "Dompteuse de lions" est présentée par Etienne Delessert, son mari. Pas d'hagiographie mais un portrait tendre de la femme et une évocation précise non seulement de la directrice artistique mais de la situation éditoriale américaine avant et pendant Creative Company. Le destin de plusieurs albums marquants est conté. De très nombreuses illustrations agrémentent les pages, rappels de titres d'albums qui ont marqué la littérature de jeunesse internationale. Et qui ont marqué bien entendu les enfants qu'ils ont fait rire, sourire, trembler parfois, développer leur imagination, leur fantaisie, leur connaissance d'eux-mêmes et leur sens artistique toujours.



Première et quatrième de couverture du catalogue de l'exposition.


L'exposition "Rita Mashall, dompteuse de lions", se tient à l'Ecole Estienne (18 boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris) du 3 novembre au 2 décembre du lundi au vendredi de 14 à 19 heures.

Il serait évidemment très intéressant que le beau travail qui a été effectué pour cette exposition soit aussi partagé en Belgique...


Etienne Delessert et Rita Marshall.







jeudi 26 décembre 2013

LM l'histoire du verre ange gardien de Delessert

Etienne Delessert.



Du célébrissime "Yok-Yok" à l'immense chapeau (Gallimard Jeunesse, son éditeur principal) à "Siné Hebdo" (devenu "Siné mensuel") en passant par plus de quatre-vingts albums pour enfants dont les quatre "Contes de Ionesco", de très nombreux dessins de presse ("Le Monde", "The New York Times", "The New Yorker", "Time Magazine", etc.) et plusieurs expositions thématiques, le Suisse Etienne Delessert arpente le monde de l’illustration avec originalité et talent depuis plus de 45 ans et l’album "Sans fin la fête" ("The endless Party", avec Eleonore Schmid, Harlin Quist/ F. Ruy-Vidal, 1967).


Fameuse bibliographie pour quelqu’un qui n’avait pas le dessin comme vocation première! Passionné d’"images qui communiquent des idées", l’adolescent est marqué par les livres de Saul Steinberg, les dessins de Siné dans "L’Express" lors de la guerre d’Algérie, ceux de Paul Perret, son compatriote proche de Ronald Searle, les affiches publicitaires suisses, "dans la lignée de Savignac mais en mieux"...

"Le dessin a été pour moi une décision prise à un moment de ma vie", dit l’autodidacte, né à Lausanne le 4 janvier 1941. "Après mon bac, j’ai eu envie d’apprendre des choses pratiques. Je suis entré dans un studio graphique à Lausanne". Trois ans d’un travail de moine, à raison de 14 heures par jour, lui font entrer le métier de graphiste dans les doigts mais "élaguent ses relations sociales".

A 21 ans, Delessert quitte cependant l’atelier et la Suisse. Direction Paris, à bord d’une 2 CV dont la suspension casse sous le poids des livres. Free-lance, il est de l’aventure de "Elle", de magazines pour adolescent(e)s. Il a une maison d’édition, Tournesol, un studio de dessin animé… En parallèle, il dessine, illustre, expose, peint. La nature, les oiseaux qu’il adore, surtout le corbeau de Poe. Jamais d’après nature: "Je prends des photos ou j’en fais faire et je travaille à partir de cela."

L’air de rien, il révolutionne la littérature de jeunesse. Ses dessins en rondeur frappent par leur ambiguïté et invitent à réfléchir. L’oiseau qui tient un œuf dans son bec, est-ce pour le protéger ou pour le casser? Son trait dit la joie et la tristesse, les anges et les humains, le bien et le mal. "Comme dans la vie", sourit l’artiste, adepte de l’aquarelle et du crayon de couleur, aussi tenté aujourd’hui par l’acrylique.

Après plusieurs allers-retours entre la Suisse et New York, Etienne Delessert se fixe aux Etats-Unis en 1985, à Lakeville dans le Connecticut, près du lac Wononscopomuc, avec Rita Marshall (des excellentes éditions Creative Company), sa troisième épouse, "la meilleure graphiste du monde". Avec elle, il mène de formidables projets éditoriaux en littérature de jeunesse et ailleurs, les siens et ceux d’autres. L’album "Rose-Blanche", de Christophe Gallaz, illustré par Roberto Innocenti (Gallimard), c’est eux! "C’est formidable de tout recommencer à 40 ans", commente l’infatigable créateur débordant de projets. Revenir au cinéma d’animation et, dans l’immédiat, reprendre Yok-Yok, celui qui "amenait la nature à la grande ville", dont onze titres sont actuellement parus. "Il sera le médiateur entre différents groupes sociaux, la tribu des “pas minces”, celle des “pas riches”, etc."

Conte de Ionesco n 4. (c) Etienne Delessert/Gallimard.




Ce programme de publications déjà fameux vient de se compléter d'un album de moyen format, assez particulier dans la bibliographie d'Etienne Delessert car complètement autobiographique. Son titre est aussi bref que singulier: "Un verre" (Editions MeMo, 32 pages). Voilà une première pour celui qui n'avait jamais rien raconté de lui dans ses livres. Même s'il n'avait rien caché non plus.

Dans un entretien accordé en 1991 à Paola Vassalli à l'occasion d'une exposition sur son travail à Rome, il lui dit:
"Ma mère naturelle est morte à ma naissance. Mon père était le pasteur d'une grande paroisse à Lausanne. Il m'a élevé avec l'aide de ma grand-mère paternelle jusqu'à la mort de cette dernière. Ensuite il a dû trouver quelqu'un pour l'aider à s'occuper de moi.
C'est mon plus ancien souvenir: j'avais deux ans et demi quand j'ai vu, pour la première fois, la personne qui, plus tard, allait devenir ma mère. J'ai attendu longtemps la fin de l'entrevue, puis ma mère, alors "Mam'selle Besson", est venue dans ma chambre pour voir "le fauve". Nous étions très intimidés, nous avons échangé quelques mots. Elle s'est aperçue que je fixais avec insistance une petite broche en bois - un canard jaune avec un bec rouge - qu'elle portait sur son pull, et elle m'en a fait cadeau. Ce fut le début d'une entente parfaite et c'est à elle que je dois mon talent de narrateur. Elle savait inventer des histoires absurdes, avec quelques éléments de mise en scène que nous construisions ensuite ensemble, animant des heures durant toutes sortes de personnages; elle savait aussi me laisser continuer tout seul les histoires où j'étais le loup et l'agneau, le poisson et le matelot, l'arbre et l'oiseau. J'avais sept ans lorsqu'ils se sont mariés, je fus heureux d'annoncer l'événement."

L'histoire de la broche en canard revient dès les premières pages de l'album "Un verre". Etienne Delessert conte son enfance en compagnie d'Eglantine Besson, "M'zelle Besson" comme il l'appelle. Une époque pleine d'amour, d'attention et d'imagination. "Tous mes amis auraient voulu une maman comme la mienne", une phrase qui dit tout de ce lien.

La vie avec M'zelle Besson. (c) Etienne Delessert/MeMo.

Etienne Delessert ne se souvient que de deux vraies bonnes grandes disputes avec sa mère.  A la première, il est ado et refuse de poursuivre les leçons de piano. A la seconde, il a vingt-et-un ans. Il dit avoir oublié le motif de la colère maternelle, mais se rappelle toujours très bien de la scène: "elle me lança un lourd verre à la tête!". Le jeune homme évite le projectile qui heurte le mur, rebondit sur le sol et finit contre la paroi d'en face. C'était un verre incassable... ("On a ri, on s'est embrassés... pour le reste de sa longue vie."), à l'image de leur relation.

S'il raconte cet épisode personnel aujourd'hui, c'est tout simplement parce que le verre en question ne l'a jamais quitté.
Il se trouve sur sa table à dessin et contient pinceaux, tubes de couleurs, plumes d'oiseaux et autres petits jouets. Un verre ange gardien, doudou, présence invisible et constante de la mère aimée disparue...

L'occasion pour l'artiste d'aborder la question de l'amour filial et celle de l'amour maternel, de brosser un portrait tendre de cette solide Eglantine aux particularités attachantes - elle vécut jusqu'à 92 ans - et de rappeler qu'à ses yeux, elle fut sa "vraie mère". Toute une déclaration! "Un verre" est une histoire privée qui touche à l'universel, servie par des illustrations retenues aux couleurs souvent sourdes, invitant les lecteurs à partager ces tranches de vie autobiographiques.


vendredi 23 novembre 2018

Les Maîtres de l'imaginaire s'exposent à Paris. Courez-y!


Quel bonheur d'avoir enfin pu découvrir "en vrai" les originaux réunis par Etienne Delessert et la fondation suisse Les Maîtres de l'imaginaire! Ils avaient été présentés pour la première fois à Strasbourg en mars dernier (lire et regarder les images ici et ici). Les voilà à Paris pour deux mois dans l'exquise cave voûtée des Libraires associés, du côté de Barbès (3 Rue Pierre l'Ermite, 75018). Une exposition légèrement complétée par rapport à sa version strasbourgeoise,  quatre autres "Maîtres" ayant rejoint la Fondation entre-temps, Nicole Claveloux, Alain Gauthier, Elwood H. Smith (non traduit en français) et Lisbeth Zwerger. L'expo parisienne se tiendra jusqu'au 19 janvier, du mardi au samedi de 14 à 19 heures.

MISE A JOUR: L'expo est prolongée jusqu'au 31 janvier aux mêmes horaires.

La cave des Libraires Associés.

Le travail
de Nicole Claveloux.
En tout, ce sont quatre-vingts œuvres originales dues à trente grands illustrateurs qui attendent le visiteur, aux cimaises et dans des vitrines, complétées de notices et, chaque fois que possible, des albums où elles apparaissent, disponibles en librairie ou pépites introuvables. Quelles merveilles! Cette juxtaposition d'illustrations exceptionnelles et un accrochage judicieux permettent de s'en mettre plein les mirettes, d'approcher le nez de ces fabuleux originaux, de découvrir de près le travail de ces immenses artistes. Les reproductions, c'est bien, les originaux, c'est mieux!

Une peinture de Nicole Claveloux,
toute fraîche arrivée de Bruxelles.

Yok-Yok d'Etienne Delessert.
A déambuler entre les cimaises richement garnies, on comprend bien Jacques Desse, un des Libraires Associés, quand il dit: "Mon plaisir du soir parfois, pendant l'installation d'une exposition, est de descendre fignoler l'accrochage, dans le calme et le silence de la nuit. "Tiens, ce serait bien d'intervertir ces deux dessins... On verrait mieux ce livre s'il était surélevé de quelques centimètres..." Et ainsi de suite, par petites touches.
Pendant une heure, ou deux, ou trois, seul en compagnie des œuvres, je les vois, revois et redécouvre sans fin ni lassitude, bien au contraire. Il m'arrive même de m'asseoir, comme ça, écoutant des yeux, tandis que le chat s'est discrètement lové sur une étagère. Ces moments privilégiés sont le plus grand luxe que je connaisse."

Alain Le Foll.
L'expo des Maîtres de l'imaginaire en solo, cela doit être bien. Mais en régime normal, de jour, avec d'autres visiteurs, elle vaut déjà grandement le détour. Incroyable comme un espace en sous-sol finalement assez réduit peut accueillir un grand nombre d'œuvres sans donner l'impression de vous assommer. Alors que chaque centimètre d'espace est utilisé. Ici une illustration, là une vitrine, là encore des albums portant la signature des artistes exposés, dont quelques trésors. Tout est tellement bien mis en place qu'on regrette plutôt d'avoir déjà fait le tour complet. Que ce soient les œuvres partiellement calcinées d'André François, toujours impressionnantes, les merveilles d'Alain Le Foll, Etienne Delessert, Henri Galeron, Guy Billout, Roberto Innoccenti qu'on connaît bien via leurs livres, les trésors de Ian Nascimbene, disparu il y a déjà cinq ans, d'Alain Gauthier et d'artistes non ou peu traduits en français, et tous ceux et celles qui portent à raison le même titre de Maîtres de l'imaginaire et figurent dans la liste ci-dessous.

Eléonore Schmid en "stéréo".

Une exposition tout simplement magique! Aussi bien pour ceux qui connaissent la littérature de jeunesse et pousseront des "oh!" et des "ah!" devant la qualité des artistes présentés que pour ceux qui la découvrent et verront ici que la création d'aujourd'hui est bien née de celle d'hier. Gloire à ces précurseurs qui ont su donner ses lettres de noblesse à un genre littéraire injustement décrié (souvent par méconnaissance). Et merci à Etienne Delessert qui a eu l'énergie de porter ce magistral projet.

Henri Galeron en original et en livre.


Les Maîtres de l'imaginaire, ce sont, désormais, par ordre alphabétique:
  • Marshall Arisman
  • Jean-Louis Besson
  • Guy Billout
  • Ivan Chermayeff
  • Seymour Chwast
  • Nicole Claveloux (nouvelle)
  • Jean Claverie
  • Etienne Delessert
  • Heinz Edelmann
  • Stasys Eidrigevicius
  • Randall Enos
  • Monique Félix
  • André François
  • Henri Galeron
  • Alain Gauthier (nouveau)
  • Roberto Innocenti
  • Gary Kelley
  • Claude Lapointe
  • Alain Le Foll
  • Georges Lemoine
  • David Macaulay
  • Sarah Moon
  • Yan Nascimbene
  • Chris Payne
  • Jerry Pinkney
  • Eleonore Schmid
  • Chris Sheban
  • Elwood H. Smith (nouveau)
  • David Wiesner
  • Lisbeth Zwerger (nouvelle)



dimanche 29 juin 2014

LB nit Etienne Delessert et son engagement aux côtés de Janine Kotwica (Centre André François)


Ci-dessous, un texte de l'auteur-illustrateur Etienne Delessert à propos du départ forcé de Janine Kotwica, à la fin septembre, du poste de directrice artistique du Centre André François (Margny-lès-Compiègne) qu'elle occupait depuis sa création il y a quatre ans.

Le milieu de la littérature de jeunesse connaît bien et depuis longtemps Janine Kotwica, inlassable défenderesse de l'art.

Le texte d'Etienne Delessert a été censuré par le site Ricochet auquel il avait été initialement proposé.
Je le reproduis d'autant plus volontiers et vous invite à le partager.


VOULEZ-VOUS JOUER AVEC STASYS?
C'est le jeu des ressemblances, qui me rappelle comment Gaston Gallimard fit un jour copier, très soigneusement, les dessins du Petit Prince, alors qu'il était "fatigué" de devoir demander les droits de ces images à l'éditeur américain Harcourt Brace pour chaque réédition...

Regardez bien: cette fois le jeu est assez facile. Stasys Eidrigevicius a dessiné une page d'ouverture pour le catalogue de son exposition au Centre André François de Margny-lès-Compiègne. Et comme il est un artiste, n'est-ce pas, il a signalé sa présence en cette petite ville, mais a omis de mentionner le nom exact du lieu.

Aussi Janine Kotwica, qui a créé le Centre voici quatre ans et y a organisé 13 expositions, a-t-elle découvert le 21 juin que la nouvelle directrice, Catherine Palomar, avec beaucoup d'application, avait corrigé cette erreur à la main sur chacun des catalogues. Il faut bien justifier son emploi du temps.












Les choses se dégradaient depuis avril, lorsque la municipalité a nommé cette directrice improvisée pour "encadrer" Janine (c'est un assez joli mot!) qui, depuis quinze ans avait organisé avec passion et grand talent des expositions dans cette localité.

Nous savons tous que illustration - ou dessin graphique - est un Art à part entière, qui souvent transpose les humeurs politiques et sociales du moment bien mieux que ce que l'on appelle "Art pur": il nous faut des histoires, des images magiques, dès l'enfance.

Il nous faut donc des personnes qualifiées pour mettre en valeur ces images essentielles, pour affirmer leur pouvoir.

Stasys Eidrigevicius, Gilles Bachelet, Alain Gauthier, Emmanuelle Houdart, Louis Joos et bien d'autres ont confié leur œuvre à Janine Kotwica, cette infatigable voyageuse qui parcourt l'Europe des ateliers, et a su présenter finement dans ses écrits l'esprit et la couleur de leurs créations. Elle a aussi, bien sûr, réveillé en France l'intérêt pour André François, par plusieurs expositions de cet immense artiste de réputation mondiale

Kotwica n'est plus au Centre André François, sa démission a été acceptée "cordialement" par le maire. Que va devenir sans elle ce lieu d'exposition appuyé inconditionnellement par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et soutenu par les deniers publics de la Région? Cela pose clairement la question du financement public de la culture, qui a fonctionné en France assez remarquablement depuis la guerre: en période de difficultés économiques, va-t-on devoir recourir uniquement, comme aux Etats-Unis, à un appui de sponsors privés, avec toutes les conséquences que cela peut comporter?
Etienne Delessert


Quelques-unes des images de Stasys Eidrigevicius exposées au Centre André François jusqu'au 30 août.

Chèvre, "Quelques histoires miraculeuses", 1988.

La grange des trois frères, 1982.

Le Chat Muche, 1982.

L'homme cent têtes, visuel de l'exposition.



lundi 12 mars 2018

L'exception de l'illustration en littérature jeunesse exposée en primeur à Strasbourg avant de rejoindre sa nouvelle fondation suisse


Les Strasbourgeois sont des gens chanceux et les Suisses de Lausanne peut-être encore davantage.


A Strasbourg va s'ouvrir au Centre de l'illustration (Médiathèque André Malraux) ce 15 mars et pour deux mois une double exposition des plus grands de la littérature jeunesse. La première, "Rita, dompteuse de lions", est celle, magnifique, qui a été montée à l'Ecole Estienne à l'automne 2016 (lire ici) et qui présente le formidable travail de Rita Marshall, directrice artistique des éditions américaines Creative Company. Beaucoup d'albums nous en parviennent en traduction française ou en coédition.
On nous dit que l'expo est la même que celle présentée à Paris, légèrement complétée toutefois. A ne pas manquer.

La seconde exposition s'intitule "Les Maîtres de l'imaginaire" et s'annonce rudement intéressante elle aussi. Elle rassemble deux cents œuvres des meilleurs artistes en littérature jeunesse, en Europe et aux Etats-Unis, les maîtres, les pionniers. Le gratin. Jugez-en.

Par ordre alphabétique:
  • Marshall Arisman
  • Jean-Louis Besson
  • Guy Billout
  • Ivan Chermayeff
  • Seymour Chwast
  • Jean Claverie
  • Etienne Delessert
  • Heinz Edelmann
  • Stasys Eidrigevicius
  • Randall Enos
  • Monique Félix
  • André François
  • Henri Galeron
  • Roberto Innocenti
  • Gary Kelley
  • Claude Lapointe
  • Alain Le Foll
  • Georges Lemoine
  • David Macaulay
  • Sarah Moon
  • Yan Nascimbene
  • Chris Payne
  • Jerry Pinkney
  • Eleonore Schmid
  • Chris Sheban
  • David Wiesner
Rien que lire ces noms donne une leçon d'histoire de la littérature de jeunesse de qualité contemporaine, jusque dans ses développements actuels puisque nombre d'entre eux sont toujours actifs aujourd'hui. C'est dire si l'exposition sera riche et passionnante! En deux mots, tous à Strasbourg.

En voici un avant-goût.

Jean-Louis Besson. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Ivan Chermayeff. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Seymour Chwast (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Jean Claverie. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Etienne Delessert.  (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Stasys Eidrigevicius. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

André François. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Henri Galeron. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Roberto Innocenti. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Gary Kelley. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Alain Le Foll. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Georges Lemoine. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Sarah Moon. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 Yan Nascimbene. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

 David Wiesner. (c) Les Maîtres de l'Imaginaire.

Rien que du bon, du très bon! On notera que l'exposition présente deux artistes qui n'avaient jamais été montrés en Europe, Marshall Arisman et Jerry Pinkney, mais qui y ont été traduits en français (peu).

Marshall Arisman
Jacob Grimm et Wilhelm Grimm
L'Oiseau d'Ourdi
traduit de l'allemand par Armel Guerne
Grasset, collection Grasset Monsieur Chat, 2004

Jerry Pinkney
Le lion & la souris
album muet
Le Genévrier, Collection Caldecott
40 pages, 2012



Les deux expositions à Strasbourg sont montées en partenariat avec l'Ecole Estienne, The Creative Company, la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne, et le Consulat général de Suisse à Strasbourg.

La seconde exposition de Strasbourg est en quelque sorte la pointe de l'iceberg que constitue la Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire, à laquelle Etienne Delessert œuvre avec l'énergie qu'on lui connaît depuis plusieurs années et qui a été créée en 2017 à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne (HEP Vaud). Elle en est aussi la première manifestation publique.

La Fondation Les Maîtres de l'Imaginaire se distingue par un programme original et enthousiasmant, visant à réunir aspects patrimonial et pédagogique.

C'est-à-dire, pour le patrimonial, rassembler au fil des années les dessins originaux des artistes les plus réputés pour leurs livres pour enfants (créés en Europe, aux Etats-Unis et en Asie), les archiver et  les présenter au travers d'expositions et de catalogues individuels ou de groupe richement illustrés.
Des artistes de tout premier plan des deux côtés de l'Atlantique ont déjà répondu à l'appel d'Etienne Delessert et ont accepté de participer à ce projet suisse. D'autres finalisent les démarches. Sont prévus des prêts renouvelables à long terme et des dons à la Fondation qui compte réunir entre 500 et 750 dessins par an.

Le programme pédagogique sera, lui, unique en Europe. Les œuvres rassemblées serviront de support à l'apprentissage de la "lecture de l'image". Le programme destiné à la formation des enseignants suisses via la Haute Ecole Pédagogique (HEP/Vaud) de Lausanne sera ouvert au grand public dès 2019. La HEP compte plus de 2600 étudiants et assure la formation continue de près de 10.000 enseignants.

Le projet destiné à développer la lecture de l'image utilisera les œuvres des grands artistes réunis dans la fondation Les maîtres de l'Imaginaire, grâce à une collaboration unique entre artistes, critiques, pédagogues, didacticiens et scientifiques. Enseignants et élèves pourront approcher et développer une lecture interprétative de dessins et de peintures de facture et d'esprit variés. Il débutera en Suisse à l'automne 2019 et sera dès lors proposé à des structures de formation des enseignants en Europe et aux Etats-Unis.

Les choses bougent avec cette excellente idée de mettre en valeur le patrimoine de l'image en littérature jeunesse et on ne peut que s'en réjouir. A suivre de près.


Le logo de la fondation.