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mardi 17 mars 2026

La triste nouvelle du décès de Jean Delas

Jean Delas. (c) Photosegor.

Il faut avoir un certain âge pour avoir connu Jean Delas, un des trois cofondateurs de l'école des loisirs. Né le 31 août 1939 à La Réole en Gironde, il est décédé ce 16 mars 2026 à Hossegor dans les Landes. Cravate Hermès et rire sonore, il a mené sa maison de main de maître quand il n'exerçait pas son second métier, gestionnaire de forêts.
 
Sa maison d'édition a annoncé son décès à ses auteurs par ces mots:
"J'ai la grande tristesse de vous annoncer la disparition de Jean Delas, qui s'est éteint ce 16 mars à l'âge de 86 ans.
Éditeur de conviction, il était un infatigable défenseur de la création libre, de la promotion de la lecture chez les jeunes et de la lutte contre l'illettrisme.
Avec Jean Fabre, puis Jean-Louis Fabre et Arthur Hubschmid, il a animé notre maison pendant 50 ans avec une énergie farouche, la volonté de toujours aller de l'avant et, surtout, une passion pour les enfants et leur épanouissement."
l'école des loisirs, entreprise familiale qui a soufflé ses soixante bougies l'an dernier, a été créée en septembre 1965 par un trio, Jean Fabre (décédé en 2014, lire ici), son neveu Jean Delas et Arthur Hubschmid, un graphiste suisse. Un nom qui s'ajoute aux Éditions de l'École, spécialisées dans le manuel scolaire, créées par Raymond Fabry en 1922 et où entre en 1942 Jean Fabre, gendre du fondateur. Les y rejoint en 1945 Jean Fabry, fils de Raymond Fabry, à son retour de captivité. En 1949, au décès du fondateur, la maison sera dirigée par Jean Fabry (jusqu'en 1984) et Jean Fabre. Scolaires, les Éditions de l’École lorgnent toutefois vers autre chose. Surtout quand en 1962, elles sont rejointes par Arthur Hubschmid et Jean Delas, petit-fils du fondateur, de formation économique et commerciale. Le trio est là. Il sera rejoint en 1975 par Jean-Louis Fabre, fils de Jean Fabre et petit-fils du fondateur.

En septembre 1965, l'école des loisirs est créée. Dès ses débuts, elle publiera des auteurs majeurs, Tomi Ungerer, Maurice Sendak, Arnold Lobel, Leo Lionni, Peter Spier, Mitsumasa Anno, Iela et Enzo Mari. Des artistes francophones aussi, dont Marie Wabbes et sa série "Les enfants d'un autre temps". Tout de suite, elle se positionne comme un éditeur de référence, visant le meilleur pour les enfants (lire ici). Au sein de la maison, les rôles sont clairs: à Jean Fabre et Arthur Hubschmid, le côté créatif, à Jean Delas le visionnaire et le bâtisseur, les aspects plus pragmatiques. Et même s'il ne croit pas toujours à tous les titres que ses coéquipiers publient, il les défend. Et n'hésite jamais à appliquer une politique d'auteurs. Il sait qu'un titre moyen peut amener à l'excellence. Il patiente. Même s'il s'impatiente souvent. Il sait aussi qu'en engageant toute une série de femmes jeunes, ces dernières partiront en congé de maternité. Et il se réjouit de l'arrivée de ces futurs lecteurs. A l'extérieur, il traite magnifiquement les libraires et les bibliothécaires, ceux et celles qui passent les livres. Dont les siens à propos desquels il fait tout pour qu'ils soient connus - ils le méritent.

Évoquer Jean Delas, c'est parcourir la chronologie de sa maison d'édition car il n'a cessé d'innover, pour la faire grandir, pour la solidifier:
  • création de la SEREG en 1969, atelier éditorial dirigé par d'Arthur Hubschmid.
  • ouverture en 1974 à Paris de la librairie spécialisée pour enfants Chantelivre.
  • lancement en 1975 de la collection "Renard poche", première collection cartonnée de poche en France pour les enfants.
  • publication à partir de 1976 d'auteurs-illustrateurs français comme Yvan Pommaux, Philippe Dumas, Michel Gay, Frédéric Stehr, Claude Boujon.
  • lancement en 1977 de la collection "Lutin poche", première collection d'albums au format de poche pour les plus jeunes.
  • publication en 1978 de romans, les collections "Mouche", "Neuf" et "Médium" d'aujourd'hui et la création des "Classiques abrégés".
  • création en 1981 du premier club français d'abonnement-livres pour enfants, "Kilimax", qui sera suivi de sept autres "clubs Max", pour les âges allant de la toute petite enfance à la grande adolescence.
  • apparition d'une nouvelle génération à partir de 1987, la famille Lecaye (Grégoire Solotareff, Nadja et leur mère Olga), Philippe Corentin et Claude Ponti, etc. 
  • création en 1988 de l'imprint belge Pastel.
  • prise en diffusion en 1990 des éditions Kaléidoscope.
  • création en 1992 du label d'albums documentaires "Archimède" dont la devise est "Avec une histoire, je comprends".
  • création en 1994 du label "loulou & cie", pour les tout-petits et en Allemagne de l'imprint Moritz Verlag.
  • création en 1995 de la collection "Théâtre" et l'arrivée de nouveaux noms comme Adrien Albert, Stéphanie Blake, Magali Bonniol, Chen Jiang Hong,  Catharina Valckx, Anaïs Vaugelade...
  • création en 1998 à Barcelone de l'imprint Editorial Corimbo (castillan et catalan).
  • création en 1999 à Milan de l'imprint Babalibri.
  • création en 2001 de la collection "Petite Bibliothèque de l'école des loisirs", année où Jean Delas et Jean-Louis Fabre sont officiellement nommés directeurs généraux..
  • création en 2005 de la collection "Belles Vies", qui deviendra "Médium documents" en 2010.
  • arrivée en 2007 dans l'équipe de direction de Guillaume Fabre, petit-fils de Jean Fabre qui, âgé de plus de 85 ans, s'éloigne.
  • création en 2008 de la nouvelle holding familiale Nova Groupe.
  • création en 2009 de la collection audio "Chut!".
  • création en 2010 de la collection de BD poche pour enfants "Mille bulles".
  • départ en 2013 de Jean Delas quand son fils Louis lui succède à la direction générale, en binôme avec Jean-Louis Fabre dont le fils, Guillaume, est nommé directeur adjoint.
Ensuite, le passionné de rugby a poursuivi son engagement ancien contre l'illettrisme, en créant en 2015 le festival Lire sur la vague. Car pour lui, l'accès aux livres est un enjeu fondamental d'égalité.
 
 



Jean Delas.




dimanche 19 avril 2015

L'art d'être arrière-grand-père...

... ou la blague du dimanche soir.

On s'en est pris plein la figure ce week-end, en informations tragiques.
Alors, trois secondes de sourire ne peuvent faire que du bien.

Il y a peu, je vous présentais le pétillant récit "On ne s'en fait pas à Paris", de Boris Moissard et Philippe Dumas (l'école des loisirs, 160 pages), contant superbement le demi-siècle d'édition de la maison parisienne (lire ici).
Un demi-siècle officiellement, mais bien plus dans la réalité puisque l'école des loisirs est en quelque sorte venue s'accrocher en 1965 aux éditions de l'Ecole, fondées en 1922 par Raymond Fabry. Ces maisons ont toujours appartenu à la même famille même si, de génération en génération, les noms des directeurs ont changé, notamment quand les beaux-fils sont entrés dans la danse. En résumé, on a différentes générations de Roussille, Delas, Fabry et Fabre. Et beaucoup d'hommes prénommés Jean.

Pas facile de s'y retrouver, et j'avais déjà souri devant une annonce, rectifiée par la suite, de Culturebox.


Et paf, en ouvrant "Le Soir" de Bruxelles de ce week-end, la même boulette. Jean Delas devient l'arrière grand-père de Louis Delas alors qu'il en est tout simplement le père. C'est pas grave mais à répétition, cela devient encore plus drôle.


Donc, pour les cent ans de l'école des loisirs, merci de prévoir un arbre généalogique complet des familles aux manettes de l'école des loisirs.



mardi 7 avril 2015

Champagne pour l'école des loisirs!

Les sorties du 1er avril à l'école des loisirs.

Parmi les sorties du 1er avril, un ouvrage différent de ceux que publie l'école des loisirs, titré mystérieusement "On ne s'en fait pas à Paris", par Boris Moissard et Philippe Dumas (l'école des loisirs, 160 pages). Ni album, ni roman, ni pièce de théâtre. Mais presque les trois à la fois que ce récit roulé comme un roman et très largement illustré qui conte les cinquante premières années de la maison d'édition fondée en septembre 1965 par Jean Fabre, Jean Delas et Arthur Hubschmid.

Ce n'est pas tous les jours qu'une maison d'édition jeunesse française, familiale et indépendante, fête ses cinquante ans, son demi-siècle d'édition. Elle a été portée sur les fonts baptismaux par une autre maison au nom ressemblant - le livre commence d'ailleurs en 1922 avec la fondation des éditions de l'Ecole.
On s'y embrouillerait même vite entre les Jean et les générations et certains se sont pris les pieds dans le tapis.
Lisez bien la notice ci-dessous présentant Louis Delas, un des actuels co-directeurs de l'école des loisirs.


Arrière-petit-fils de Jean?  Meuh non, et la notice a été rectifiée depuis. Louis est le fils de Jean Delas, l'un des fondateurs des l'école des loisirs.
Mais cette embrouille a permis à Claude Ponti de nous faire une petite leçon de généalogie amusée.

 



Très vite, les 3 mousquetaires deviennent 4. (c) edl.
Bon, assez ri de nos semblables. Il s'agit maintenant de rire, et de sourire, en compagnie des compères Boris Moissard et Philippe Dumas. Car "On ne s'en fait pas à Paris", dont le titre s'éclairera au cours de la lecture est un bijou de prose aussi pétillante que la bouteille représentée en couverture.

Une des "photos de classe". (c) edl.
Le livre réussit le difficile pari de raconter la naissance et la vie d'une maison d'édition jeunesse en y intéressant les lecteurs, qu'ils la connaissent ou non.  La ligne du temps est agréablement bousculée au profit de quelques flash-backs ou de sauts dans l'avenir.

Le texte perle de bulles d'air rendant hommage aux éditeurs, au personnel des différents étages de la rue de Sèvres, et bien entendu aux auteurs sans qui une maison d'édition n'existerait pas.

Faits historiques et anecdotes s'enchaînent à bon rythme sous la plume alerte de Boris Moissard, ancien libraire. Tout son texte est porté par les superbes illustrations de Philippe Dumas qui a su croquer les personnes dans leur forme vraie ou dans leur forme imaginée par l'autre des duettistes.

Le plaisir de lecture est au rendez-vous et on apprend plein de choses au fil des pages. Moi-même j'ai découvert comment était né le nom de l'abonnement "Kilimax". On entre dans les coulisses de la vénérable maison: le papillon d'André François qui lui sert de sigle, le vouvoiement entre les ans, les séances de piscine de l'autre, la caverne de documentation d'un troisième. On retrouve peut-être aussi ceux qu'on a le plaisir de croiser à l'une ou l'autre occasion, comme l'ineffable dame du standard téléphonique. Bien sûr, le livre est fait par et pour la maison. Mais il n'a rien d'une hagiographie, plutôt un catalogue de bons souvenirs qu'on feuillette en souriant, avec peut-être un brin de nostalgie mais sans regret. En se réjouissant que tout cela existe.

L'avenir. (c) l'école des loisirs.
Le "demi-siècle" se complète d'une vue sur l'avenir par Jean Delas, de témoignages de libraires, de bibliothécaires, de journalistes, de médiateurs du livre.
Bon, je l'avoue, j'y raconte ma première rencontre avec Claude Ponti. Ces "témoignages" sont suivis de repères chronologiques bien utiles, avec les arrivées d'éditeurs et d'auteurs et les dates de livres-clés.



Pour en savoir davantage sur le programme des 50 ans, c'est ici.

La grande expositions d'originaux "L'incroyabilicieux anniversaire!" débute demain 8 avril à Lyon-La Part Dieu.


Pour lire les choix de Louis Delas, l'arrière-petit-fils de... , non je blague, c'est ici.

Pour écouter Louis Delas, c'est ici.


Pour écouter et voir Jean Delas, le père de..., c'est ici.








mardi 14 janvier 2014

LAA ppris le décès de Jean Fabre

Jean Fabre. (c) Aline Giron.

Jean Fabre, "Monsieur Fabre" comme on l'appelait, allait avoir 94 ans (il était né le 29 janvier 1920). Le confondateur des éditions de L'école des loisirs s'est éteint jeudi dernier, le 9 janvier 2014. Cofondateur, car les compères étaient trois en 1965 à se lancer dans une aventure éditoriale fort originale pour l'époque, créer des livres pour enfants différents, leur permettant de développer leur personnalité - elle réunit aujourd'hui le meilleur de la production jeunesse des cinquante dernières années.

Le trio se composait de Jean Fabre, l'aîné qui travaillait aux Editions de l'école, scolaires donc, de son neveu Jean Delas, diplômé de HEC et du graphiste venu de Suisse, stagiaire aux Editions de l'école,  Arthur Hubschmid. Il faut les imaginer arpenter les allées de la Foire internationale du livre de Francfort en 1963 avant de prendre leur décision et de créer une maison d'édition dont le nom, L'école des loisirs, prolongerait la précédente.

C'est l'époque où la jeune maison d'édition, installée rue de Sèvres, amène sur le marché français les traductions des albums de Maurice Sendak,  Arnold Lobel, Tomi Ungerer, Leo Lionni, Iela Mari. Dès la première année, une créatrice belge sera de la partie, Marie Wabbes avec son "Olivier Lepage" (texte de Marcel Vermeulen), précédent ses "Vache Caroline" qu'elle signera du nom de Florence.
Suivra sous la bannière L'école des loisirs, une foule de grands noms, Barbapapa comme le répètent ceux qui relaient la dépêche AFP, mais aussi et surtout Philippe Dumas, Mitsumasa Anno, Claude Ponti, Grégoire Solotareff, Nadja, Philippe Corentin, et tous ceux des générations suivantes...

Aujourd'hui, c'est toujours un triumvirat qui dirige L'école des loisirs. Arthur Hubschmid en est toujours le directeur éditorial. Jean Delas a laissé sa place l'an dernier, en 2013, à son fils Louis, devenu co-directeur de la maison avec Jean-Louis Fabre qui avait pris la succession de son père en 1995. Ce qui n'empêchait pas Jean Fabre de veiller encore et toujours sur sa chère maison et ses auteurs. Sa gentillesse, ses yeux pétillants, sa bienveillance ont frappé tous ceux et celles qui l'ont approché.

"Monsieur Fabre" venait régulièrement en Belgique, transporté ici et là dans la R5 du responsable belge de sa maison. Il rencontrait les libraires et donnait des conférences où ses choix en littérature de jeunesse convainquaient sans peine un public ébloui.

Extraits.

"L'album pour enfants est un miroir de soi-même, un porte-voix de ses émotions et une fenêtre ouverte sur le monde. Le livre plaide aussi pour que ce soit à l'école que les enfants découvrent la littérature et qu'ils la découvrent pour ce qu'elle est, une source infinie de plaisirs, et non la simple occasion d'un cours de grammaire."

"L'enfant plus âgé trouve plusieurs motivations à la lecture. Tout d'abord, la communication, au-delà des frontières, des cultures (avec l'ouverture à la tolérance), l'occasion de sortir de ses habitudes de vie. Ensuite, le jeu avec les mots et les images. Enfin, un essai à la vie par procuration en se dédoublant à travers des personnages qui ont chacun quelque chose à dire."

 "Certains albums portent plus loin, résonnent plus fort, s'insinuent plus intimement, deviennent pour de jeunes lecteurs des références et des repères en les accompagnant dans leur cheminement personnel et en élargissant leur horizon familier."

Tout est dit et bien dit.
Merci Monsieur Fabre.