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jeudi 5 mai 2022

La triste nouvelle du décès de Robert Goolrick

Robert Goolrick et sa traductrice Marie de Prémonville en juillet 2019.
(c) Céline Nieszawer.



Triste nouvelle que le décès du formidable écrivain américain Robert Goolrick. Lui qui aimait tellement la France et avait le projet de s'y installer est mort le 29 avril dernier à Lynchburg (Virginie) après des mois d'hospitalisation pour cause de covid. Il avait 73 ans.

Il y a seulement un peu plus de dix ans que le public francophone a découvert l'écrivain américain avec "Une femme simple et honnête", publié en 2009 après avoir fait un tabac aux Etats-Unis. D'autres titres ont rapidement suivi, "Féroces", "Arrive un vagabond", "La chute des princes", enchantant la critique et le public. En traduction française, Robert Goolrick a tout de suite fait partie des auteurs américains qui comptent. Sept de ses livres, six romans et un album illustré, auront été publiés en français par l'éditeur Stephen Carrière aux éditions Anne Carrière, tous merveilleusement traduits par Marie de Prémonville, son souriant ange gardien qui veillait sur lui lors de rencontres par exemple. On trouve aussi aujourd'hui tous ses romans en édition de poche en 10-18 (les trois premiers avaient paru chez Pocket).
J'avais eu l'immense plaisir d'animer une rencontre avec plusieurs écrivains dont Robert Goolrick au Festival America 2014 (lire ici). Je me souviens de ses yeux pétillants, de sa gentillesse et de la générosité de ses propos.

Né en 1948 à Lexington en Virginie, d'un père universitaire et d'une mère au foyer, Robert Goolrick a commencé par une carrière dans la publicité. Il ne viendra à la littérature qu'à la cinquantaine. Mais ses lecteurs savent tout cela, car ses livres sont faits de sa vie, des drames vécus dont une enfance violée, comme de ses rêves et de son désir de trouver la paix, ainsi que de son incessant questionnement sur la chute et la rédemption. C'est un romancier hors pair qui vient de nous quitter, fin, efficace, drôle, généreux. J'ai lu et aimé tous ses livres (liens dans la bibliographie) sauf le dernier. Avais-je peur d'y trouver son épitaphe, phrase finale de "Ainsi passe la gloire du monde"?
"Puis c'est la chute. La chute dans la gloire infinie, jusqu'à l'aube des temps, la chute vers la foi retrouvée, dans la paix. Il chute, enfin, vers sa propre innocence."





Les livres de Robert Goolrick traduits en français
  • "Une femme simple et honnête" ("A Reliable Wife"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2009, 413 pages)
  • "Féroces" ("The End of the World as We Know It: Scenes from a Life"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2010, 254 pages)
  • "Arrive un vagabond" ("Heading Out to Wonderful"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2012, 319 pages)
  • "La Chute des princes" ("The Fall of Princes"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2014, 360 pages, lire ici et ici)
  • "L'enjoliveur" ("Hubcaps"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville, illustré par Jean-François Martin (Editions Anne Carrière, 2016, 70 pages, lire ici)
  • "Après l'incendie", suivi de la nouvelle "Trois lamentations", traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2017, 300 pages, lire ici)
  • "Ainsi passe la gloire du monde" ("Prisoner"), traduit de l'anglais par Marie de Prémonville (Editions Anne Carrière, 2019)

mercredi 1 avril 2020

La mémoire familiale secouée par une grossesse

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque9




Impeccable et prenante enquête familiale qui nous vient des Pays-Bas que "Le prénom de mon oncle" de la metteuse en scène Marjolijn van Heemstra (traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuèle Sandron, Les Escales, 220 pages, 2019; 10/18, 214 pages, 2020).
Ce n'est pas pour rien qu'il y a été un best-seller. L'auteure et narratrice y consigne en parallèle l'avancée de sa première grossesse et l'enquête qu'elle se sent obligée de mener à propos de la mémoire de sa famille.

En effet, elle a reçu de sa grand-mère le jour de son 18e anniversaire une bague, une chevalière, qui provenait d'un oncle disparu depuis et qui est considéré comme un héros de la Résistance et elle avait alors promis à son aïeule d'appeler son premier fils Frans. Frans, comme le donateur. Marjolijn a vécu depuis avec cette idée et le bijou sans s'interroger davantage. Mais là, elle est coincée. Il lui reste 27 semaines de grossesse à passer, qu'elle nous partage dans un savoureux franc-parler, et surtout la question de l'identité de l'oncle, celui de l'attentat à la bombe du 5 décembre 1946, la taraude. Sans compter que son compagnon et futur père n'avalise guère ce choix de prénom automatique.

Marjolijn van Heemstra nous entraîne dans une enquête captivante dont on suit toutes les étapes. Elle ne ménage pas sa peine, malgré son ventre qui s'arrondit, et entrouvre petit à petit des portes. Des anciens se mettent à parler, des boîtes de papiers lui sont confiées, des souvenirs reviennent. Le héros décoré perd son ombre légendaire et la future maman mène à bout sa quête tout en nous faisant part des rencontres improbables qui lui ainsi été données. "Le prénom de mon oncle" est passionnant de bout en bout, écrit avec vivacité et questionne l'histoire récente et les légendes familiales.





mardi 25 février 2020

Quand l'Américaine Alexandria Marzano-Lesnevich radiographie un pardon

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co

Alexandria Marzano-Lesnevich. (c) Sarah Trillet.


Avec son premier livre, le récit littéraire "L'Empreinte" ("The Fact of a Body, a Murder and a Memoir", USA, 2017; Sonatine, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, 2019, 480 pages; 10/18, 2020, 455 pages), Alexandria Marzano-Lesnevich procède à une démonstration assez extraordinaire de ce à quoi renvoie le concept de "justice réparatrice". L'entreprise était de taille, car l'auteure puise dans les éléments les plus intimes de sa vie privée les prémisses de ses réflexions, notamment à propos de la peine de mort.

L'écrivaine, alors jeune avocate fermement opposée à la peine de mort, voit ses valeurs vaciller en 2003 - elle a 25 ans - lorsque qu'elle est confrontée aux confessions d'un meurtrier, prédateur sexuel et pédophile, et qu'elle ressent le vif souhait de le voir mourir. Déstabilisée par cette réaction viscérale, elle se lance dans des investigations à la limite de l'acharnement pour reconstituer son parcours. En remontant durant dix ans le fil, une explication se dégage, des liens apparaissent peu à peu entre son propre passé, le chemin du meurtrier et un terrible secret de famille.

Ce faisant, Alexandria Marzano-Lesnevich offre au lecteur la possibilité d'occuper différentes places, tantôt celles des victimes, tantôt celles des auteurs de violence et de leurs proches. Et de provoquer un dialogue inattendu entre des positions en apparence inconciliables. S'ouvrent alors des perspectives de raisonnement qui dépassent l'utopie d'une vérité unique et objective. Celles-ci conduiront en outre l'auteure vers une puissante catharsis.
"Ce qui m'a tant séduite dans le droit il y a si longtemps, c'était qu'en composant une histoire, en élaborant à partir des événements un récit structuré, il trouve un commencement, et donc une cause. Mais ce que je ne comprenais pas à l'époque, c'est que le droit ne trouve pas davantage le commencement qu'il ne trouve la vérité. Il crée une histoire. Cette histoire simplifie les choses, et cette simplification, nous l'appelons vérité."
Au cours de sa quête, l'écrivaine met en évidence les inévitables zones d'ombre qui subsistent dans toute affaire criminelle et le caractère fondamentalement subjectif de la loi. Elle interroge en outre, sans jamais tenter ni affirmer de réponse, des sujets tels que la responsabilité, le traitement des maladies mentales, la mécanique - puissante - des secrets de famille, mais aussi les processus de résilience et du pardon.
"C'est la logique à laquelle je ne trouverai jamais d'explication; dans ma famille, une douleur, ce sera toujours la mienne ou la tienne, à monter l'une contre l'autre et à mettre en balance, jamais une douleur collective, jamais une douleur de famille. Est-ce que ce qu'il se passe dans une famille est le problème de la famille, ou le problème de celui ou de celle qui en est le plus affecté?"
"J'en suis venue à croire que chaque famille est définie par un acte fondateur, une croyance fondatrice. Depuis mon enfance, j'ai compris que celle de mes parents était la suivante: ne jamais regarder en arrière.”
"L'empreinte" n'est pas ce que l’on peut appeler une lecture agréable, elle a même été - pour moi - par moments douloureuse. Alexandria Marzano-Lenevich a mis dix ans à l'écrire. On y entrevoit la difficulté des travailleurs du secteur judiciaire, leurs zones d'impuissance, les traumatismes que ces métiers peuvent occasionner, y compris les traces que laissent les affaires criminelles sur les jurés, les hommes de loi mais aussi sur la société toute entière.

Mais ce récit qui mêle enquête journalistique, autobiographie et polar est non seulement riche d'un talent d'écriture prometteur mais est aussi un brillant manifeste contre la peine de mort. Et plus généralement, il proclame - pour toutes les parties - le droit à poursuivre sa vie.
"Merci pour ton amour, et pour avoir créé avec moi un foyer dans lequel mes souvenirs du passé peuvent subsister sans danger auprès de mes espoirs pour l'avenir."


"L'Empreinte" a reçu le Grand Prix des Lectrices de ELE 2019 (document) et le Prix du Livre étranger 2019 France Inter-JDD.

samedi 18 février 2017

Deux romancières du XIXe à Bruxelles...

Une des dix cartes postales proposées par les Brussels Book Days.

En écho à une des dix cartes postales créées à l'occasion des premiers "Brussels Book Days" (lire ici), où on peut lire "Au 19e siècle, deux célèbres romancières anglaises sont venues apprendre le français dans une institution pour jeunes filles située rue Baron Horta. De qui s'agit-il?", je propose de lire ou de relire l'excellent roman de Sheila Kohler, "Quand j'étais Jane Eyre" (traduit de l'anglais par Michèle Hechter, Quai Voltaire/La Table Ronde, 2012, 10/18, 2013). Lire ici.
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dimanche 18 décembre 2016

L'indispensable recueil "Ça m'énerve" en poche

Ça m'énerve quand je découvre le chat en train de lécher la graisse de mon foie gras tout juste préparé, histoire de me lancer à temps dans la magie de Noël.

Ça m'énerve, mais pas plus que ça, parce que je viens de relire un seau rempli de nuisances bien énervantes, toujours pirissimes que mes dernières aventures culinaires. Ces contrariétés, énervements et autres nuisances ont été brillamment consignés il y a quelques années par Marie-Ange Guillaume dans un recueil arborant le simple titre de "Ça m'énerve". Et croyez-moi, le récipient est bien plus grand et mieux rempli que la cuve à pop-corn mécaniquement vidée par mon voisin de rangée au cinéma pendant un film silencieux et tragique. Forcément silencieux et tragique.

Chat et fils. (c) 10-18.
Cet indispensable ouvrage paraît enfin en poche, sur beau papier blanc, chez 10-18 (192 pages), mais l'ouvrage original, sorti aux éditions Le Passage en 2012, est toujours disponible (lire ici). A noter, le changement d'illustrateur qui accompagne le changement de format: on passe de Manu Larcenet à Edith Carron, du sombre aux couleurs vives, d'autant que l'illustratrice pose ci et là des dessins bien envoyés entre les chroniques de l'auteure. Les utilisateurs de Facebook retrouveront sur le réseau social la verve dont Marie-Ange Guillaume use régulièrement dans ses nombreux posts à haute valeur humoristique. Comment fait-elle pour résumer l'incongru d'une situation, compiler l’énervement que crée une autre, en quelques mots bien choisis et savamment agencés? Le talent, tout simplement.

"Ça m'énerve" en livre un aperçu impressionnant. Quand Marie-Ange Guillaume explique son projet, cela donne ceci:
"Par pur esprit de vengeance, ce livre traite des nuisances. Pas les nuisances graves, comme la guerre, la mort et les avions qui se cassent la gueule. Non, juste les irritations, les furoncles, les gâchis d'humeur, les casse-couilles en tout genre, les hot-lines, la feuille de laitue décorative piégée dans la sauce, les paperasses et les télécommandes, le principe de précaution, le garçon de café qui met trois plombes à noter votre présence, la housse de couette récalcitrante, la langue de bois, les chasseurs d'éléphants, l'anticyclone coincé au-dessus de Bucarest. En gros, tout ce qui énerve (un peu, beaucoup, parfois énormément) et arrive à vous zigouiller une belle journée qui commençait si bien."

Allons-y donc pour prendre un pinte de bon temps, et se sentir vachement moins seul(e) face aux adversités du destin. Il y en a dans tous les domaines. Le métro parisien bien entendu, le traitement des informations à la télévision, les voisins de train, les déménagements, les enfants des autres, les dialogues entendus ici ou là... Pas de nouvelle chronique dans la nouvelle édition mais ce n'était pas nécessaire. Marie-Ange avait déjà bien repéré tout ce qui allait bien nous enquiquiner encore aujourd'hui. En même temps qu'elle nous partage avec générosité des expériences personnelles qui pourraient être les nôtres.

Exemple: "Cuisinez sans souci, qu'ils disent"
Cuisine sans souci. (c) 10-18.
"Quand j'étais petite, j'invitais fréquemment mon papa (toutes les dix minutes) à goûter mon célèbre gâteau concocté selon ma recette secrète: trois feuilles de marronnier pilées, un asticot découpé en rondelles, une demi-tasse de terre, et une cuiller d'eau. Pas de cuisson. Mon papa mâchouillait la chose - à la réflexion, je me demande s'il ne faisait pas semblant - et me félicitait: "Hmmm... il est bon ton baba au rhum!" Ce qui me contrariait car, dans mon idée, c'était une tarte au chocolat.
J'en suis toujours là. Si je cuisine un veau à la Mérovingienne, on me congratule pour mon lapin à la Fernande. C'est une image: en fait, je n'ai jamais fait de veau à la Mérovingienne. (...)

La suite, savoureuse, est à découvrir dans le livre.
Et pour le foie gras au chat? Le chat au foie gras? J'attends sans m’énerver.







jeudi 8 septembre 2016

Treize raisons d'aimer Colum McCann


Colum Mc Cann sera à Vincennes ce week-end. (c) Belfond.

  1. Le dixième livre en français de Colum McCann nous parvient cette année: "Treize façons de voir" (un court roman et quatre nouvelles, traduit de l'anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre, Belfond, 308 pages) et il est excellent. Il se savoure comme un bon vin malgré les multiples formes de violence qu'il relate.
  2. L'écrivain irlandais né à Dublin en 1965 et installé aux Etats-Unis depuis 1986 est un des soixante invités au Festival America qui se tient de vendredi à dimanche à Vincennes (lire ici). Il parle aussi bien qu'il n'écrit et l'entendre est toujours un bonheur.
  3. Son nouveau livre est atypique, ni un roman comme les six qu'il a déjà écrits ("Le Chant du coyote", "Les Saisons de la nuit", "Danseur", "Zoli", "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" lire ici, "Transatlantic", lire ici),  ni un recueil de nouvelles comme il en a déjà publié deux ("La rivière de l'exil" et "Ailleurs en ce pays"), ni un recueil de textes comme l'est "Etre un homme" (lire ici).
  4. "Treize façons de voir", le roman bref qui donne son titre au recueil met en scène un juge à la retraite, M. Mendelssohn, 82 ans, fâché avec la vie (son état de dépendance) et avec sa vie (un fils décevant et une fille qui a déménagé en Israël) et qui va être victime d'une agression brutale en rue.
  5. Dans la nouvelle "Quelle heure est-il, maintenant, là où vous êtes?", McCann renoue avec l'Afghanistan et les soldats que l'Amérique y envoie. Mais cette fois-ci, il s'agit d'une femme, imaginée la nuit de Noël.
  6. "Sh'khol" est la terrible histoire de Thomas, 13 ans, et de ses parents séparés qui doivent faire face à la disparition de leur fils adopté après une baignade en mer.
  7. "Traité" nous fait suivre l'angoisse d'une religieuse autrefois violée dans la jungle colombienne et qui reconnaît son agresseur à la télévision.
  8. "Comme s'il y avait des arbres" est l'histoire sordide d'un gamin de 17 ans, Jamie, qui, renvoyé du lieu où il travaillait pour cause de drogue, s'en prend au couteau à un ouvrier roumain.
  9. Ces cinq histoires valent bien plus que leurs résumés qui ne rendent pas compte de la beauté de la langue de Colum McCann. Il faut vraiment les lire pour savourer tout son talent, mis ici au compte de la violence, quotidienne ou à l'échelle du monde. "Ces récits", note l'auteur, "ont leurs propres voix, mais si leur provenance vous intéresse (...), veuillez visiter mon site colummccann.com" (en espérant que le site fonctionne...).
  10. Colum McCann a été lui-même victime d'une lâche agression en juin 2014, alors qu'il avait presque terminé d'écrire ces nouvelles. Ce qui l'a incité à modifier certains passages du livre. "Il me semble", écrit-il, "que parfois nous écrivons notre vie à l'avance, et que, d'autres fois, nous sommes seulement capables de regarder derrière nous. Mais en fin de compte, chaque mot que nous écrivons est autobiographique, peut-être plus encore quand nous essayons d'éviter toute autobiographie".
  11. On peut lire un extrait de "Treize façons de voir" ici.
  12. Tous les livres de Colum McCann sont publiés (et disponibles) chez Belfond et ensuite ils passent en poche chez 10/18.
  13. Ces/ses mots magiques: "Malgré tout ce qu'elle doit à l'imagination, la littérature prend des chemins inimaginables."


lundi 1 février 2016

Avec une certaine idée du rêve américain, le romancier Robert Goolrick arrive chez 10-18

Lors de la dernière édition du Festival America qui s'est tenue à Vincennes en septembre 2014 - la prochaine, la huitième, aura lieu dans six mois, du 8 au 11 septembre -, le public avait découvert avec enchantement l'écrivain américain Robert Goolrick. Quelle générosité et quel humour chez quelqu'un qui se dit bougon. Sa nouveauté d'alors, l'excellent roman "La chute des princes" ("The fall of princes", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville) vient de passer en poche, chez 10-18 (240 pages).

Roman formidable et prenant de bout en bout, terriblement humain aussi, "La chute des princes" s'articule autour d'un trader des années 80 à qui tout réussit et qui parvient à tout perdre. Il débute ainsi:
"Quand vous craquez une allumette, la première nano-seconde elle s'enflamme avec une puissance qu'elle ne retrouvera jamais. Un éclat instantané, fulgurant. L'incandescence originelle.En 1980, j'ai été l'allumette et je me suis embrasé pour n'être plus qu'une flamme aveuglante."
Ecrit à la première personne, le roman raconte le milieu de l'argent, le travail sans fin, l'excitation du succès, la cocaïne, l'alcool, la drogue de vouloir  gagner toujours plus, les fêtes décadentes, le sexe, les femmes qui aiment et puis n'aiment plus. Toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort! Mais ce tableau a un revers, la dépression, le sida, les assuétudes, la solitude, le suicide… Au contraire d'un de ses potes, le narrateur va dégringoler jusqu'à ce qu'il transforme le dégoût qu'il a de lui-même. Et c'est la beauté de son chemin qui transparaît dans l'écriture de Robert Goolrick. Les livres ont toute leur place dans cette lutte contre les monstres, ceux de Keats, Shelley, Shakespeare et Proust pour celui qui se raconte avant qu'il ne se trouve une nouvelle vie sous leur protection.

Pour écrire "La chute des princes", le romancier américain a tout simplement transposé le monde de la publicité qu'il a connu de l'intérieur dans celui des traders. Incandescence, indécence, décadence et chute avant la renaissance.

Et comme un bonheur n'arrive pas toujours seul, ce roman a entraîné avec lui chez 10-18 trois de ses petits camarades, publiés précédemment chez Pocket.



Robert Goolrick est arrivé tard en littérature, dans les années 2000, la cinquantaine bien entamée. Il est né en 1948 en Virginie où il habite actuellement. Jeune, il voulait être acteur ou peintre! Il vécut alors plusieurs années en Europe, notamment dans l'île grecque de Paros et parle du coup grec. Il ne sera ni peintre, ni acteur, mais publicitaire à New York après avoir publié un livre qui lui vaut d'être déshérité par ses parents! Il y restera trente ans. Pas plus. A cinquante-trois ans, l'agence où il travaille le vire. Que faire du reste de sa vie? Il se souvient que jeune, il aimait raconter des histoires complexes de vie et de mort. Il se lance dans l'écriture d'un premier livre qui ne trouve pas d'éditeur. Son agent lui conseille d'écrire son autobiographie. Ce sera "Féroces" ("The End of the World as We Know It", 2007), son deuxième livre à être traduit en français par Marie de Prémonville, sa traductrice attitrée (2010).  Un premier roman autobiographique, lourds de secrets, qui raconte une famille idéale du sud des Etats-Unis dans les années 50. Idéale en apparence. Goolrick y dit son passé d'enfant violé par son père, terrible blessure tenue jusque-là secrète, sa tentative de suicide à 30 ans, ses séjours en hôpital psychiatrique.

Le premier livre de Robert Goolrick a avoir été publié en France chez Anne Carrière a été "Une femme simple et honnête" (2009, "A reliable Wife", 2009), l'histoire d'un veuf qui, dans le Wisconsin de 1907, attend la jeune épouse qui a répondu à son annonce, sauf qu'elle n'est pas la femme annoncée. Leur première rencontre se fait sur le quai d'une gare.

Ont suivi "Féroces" (2010) et "Arrive un vagabond" (2012), l'arrivée d'un boucher en Virginie au cours de l'été 1948 qui y découvrira la passion et l'interdit, un roman qui fut Grand Prix des Lectrices de "Elle" 2013. Charlie Beale débarque avec deux valises. Dans l'une, quelques affaires personnelles et sa collection de couteaux, dans l'autre, une grosse somme d'argent. Il y tombera deux fois amoureux. D'abord de la ville paisible de Brownsburg, ensuite de Sylvan Glass.


Depuis qu'il a décidé d'écrire, Robert Goolrick puise dans ses souvenirs pour livrer de remarquables romans, superbement empreints d'humanité. Il vit actuellement dans une ancienne ferme de Virginie, dans un petit village, en compagnie de son chien, qui, dit-il, "n'apprécie pas toujours ses histoires". Nous, on attend avec impatience la suivante.


dimanche 27 décembre 2015

Quand 10/18 se met en habits de fêtes


Un cadeau de dernière minute? Pourquoi pas un livre de poche mais en version "collector"?
10/18 a revêtu quatre de ses titres, et pas des moindres, d'habits de fête, dont une nouvelle agréable couverture illustrée, à rabats de surcroît.


Un demi-siècle plus tard


Les choses
Georges Perec
10/18, 170 pages

"Une histoire des années 60", selon la définition que Georges Perec donne lui-même de son livre. Se rappelle-t-on que "Les Choses" parut en 1965 chez Julliard, à l'initiative de Maurice Nadeau, et reçut la même année le prix Renaudot? Un demi-siècle plus tard, il est passionnant de (re)lire ce roman, celui de Perec qui eut le plus grand succès. Un livre culte qui met en scène Sylvie et Jérôme, jeunes psychosociologues de la classe moyenne qui cultivent une idée matérialiste du bonheur au risque d'être happés par le vertige des choses... Oui, il y a cinquante ans.

Les premières lignes
"L'œil, d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures, représentant l'une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l'autre un navire à aubes, le Ville-de-Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir, retenue par de gros anneaux de bois noire veiné, et qu'un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette, alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement."



Le Cercle littéraire des amateurs
d'épluchures de patates
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aline Azoulay
10/18, 412 pages

Sorti au printemps 2009 en français chez Nil éditions (et en 2014 chez 10/18), le livre aussi délicieux que poignant eut un destin aussi incroyable que sa genèse: un formidable succès tant public (vingt mille exemplaires de la traduction française avaient trouvé preneur en quinze jours de mise en vente) que critique couronna ce roman épistolaire situé durant la Seconde Guerre mondiale. Malgré son titre. En effet, titrer un roman "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", il faut l'oser! Et encore, la traduction française n'est qu'un raccourci de la version originale, "The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society" (Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey).

Sous l'appellation déconcertante se niche un formidable roman, touchant, surprenant et très addictif, qui mêle littérature, amour et esprit de résistance à l'envahisseur. Sa genèse est déjà un roman en soi. Il est l'œuvre unique de Mary Ann Shaffer, une bibliothécaire et libraire américaine née en 1934. En 1976, elle visite l'île de Guernesey et découvre la vie des habitants sous l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Vingt-cinq ans plus tard, pressée par son cercle littéraire de se lancer dans l'écriture, elle repense à son excursion anglo-normande – toute sa vie, elle avait rêvé d'"écrire un livre que quelqu'un aimerait assez pour avoir envie de le publier". Elle se lance et opte immédiatement pour la forme épistolaire qu'elle pense plus aisée. Sa première version enchante son entourage et trouve un éditeur. Mais le contrat signé, Mary Ann Shaffer tombe gravement malade. Elle demande alors à sa nièce, Annie Barrows, de poursuivre son travail. Elle décédera en février 2008, peu avant la sortie du livre aux Etats-Unis.

Le roman débute en janvier 1946. Londres se relève péniblement de la guerre. Alors que Juliet Ashton, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain livre, elle reçoit la lettre d'un jeune fermier de Guernesey, Dawsey Adams, qui possède un livre mentionnant son nom et son adresse. Il lui fait part de son admiration pour l'écrivain Charles Lamb et évoque une affaire de cochon rôti pendant la guerre et la création d'un cercle littéraire local pour échapper aux Allemands. Curieuse, Juliet lui répond, lui pose des questions, s'intéresse à lui, à ses voisins, à leur passé durant la guerre, raconte tout cela à son éditeur, à une amie. Avant de se décider à se rendre sur place, par amitié pour ces amis postaux.

D'autres prennent également la plume: les membres du cercle littéraire, une voisine acariâtre, peu enthousiaste à l'idée que Juliet écrive un roman à partir de ce que les habitants de Guernesey lui racontent. Surtout qu'elle veut y évoquer Elizabeth, personnage finalement central de ce superbe roman. Une jeune originale qui a disparu depuis son arrestation par les Allemands (pour avoir secouru un prisonnier polonais) et a laissé une petite fille née de son amour pour un médecin militaire allemand.

Des séquences du passé se révèlent dans ces échanges épistoliers, d'autres histoires d'amour se construisent au jour le jour. Plein de douceur, de beaux sentiments et de références littéraires, original et percutant, jamais mièvre, cet épatant roman offre une lecture extrêmement réjouissante.

Les premières lignes
"8 janvier 1946
Mr. Sidney Stark, Editeur
Stephens & Stark Ltd.
21 St. James Place
Londres SW1
Angleterre

Cher Sidney
Susan Scott est une perle. Nous avons vendu plus de quarante exemplaires du livre, ce qui est plutôt réjouissant, mais le plus merveilleux, de mon point de vue, a été la partie ravitaillement. Susan nous a déniché des tickets de rationnement pour du sucre glace et de vrais œufs afin de nous confectionner des meringues. Si tousses déjeuners littéraires atteignent ces sommets, je suis partante pour une tournée dans tout le pays. Penses-tu qu'un somptueux bonus l'encouragerait à nous trouver du beurre? Essayons, tu n'auras qu'à déduire la somme de mes droits d'auteur.
A présent, les mauvaises nouvelles. Tu m'as demandé si mon nouveau livre progressait. Non, Sidney, il ne progresse pas."




Un jour
David Nicholls
traduit de l'anglais par Karine Regnier
10/18, 622 pages

Cette excellente comédie romantique et sociale venue de Grande-Bretagne est arrivée en traduction française chez Befond début 2011 (elle sera reprise en 10/18 l'année suivante). Le troisième livre du Britannique David Nicholls, mais le premier à être traduit en français, est l'histoire d'un coup de foudre que ni Emma ni Dexter ne veulent voir. Sous une apparente légèreté, le roman fouille à fond l'humain et la société ! Cette comédie pleine d'humour et de charme raconte le long chemin qui mènera Emma et Dexter l'un vers l'autre tout en pointant, l'air de rien, les grands thèmes de l'actualité britannique des vingt dernières années.

Le roman débute le 15 juillet 1988, à Saint-Swithin. Dexter Mayhew et Emma Morley ont passé ensemble la nuit qui a suivi la remise de leurs diplômes universitaires. La vie s'ouvre devant ces jeunes gens, 23 ans, qui se sont à peine vus durant leurs études. Se seraient-ils trouvés en ce dernier jour? Lui vient d'un milieu bourgeois ; il est sûr de lui, insouciant, frivole. Elle est d'origine modeste, bourrée de complexes et de convictions.

Que vont-ils en faire de cette vie qui les attend? David Nicholls a eu l'excellente idée de raconter leur histoire, non de manière linéaire, mais de 15 juillet en 15 juillet. Un rendez-vous annuel qui photographie les mois écoulés au moyen de procédés graphiques d'écriture variés: narration, dialogues, lettres, flash-back, points de vue d'autres personnages, répétitions volontaires de textes. Une belle trouvaille qui aiguise l'appétit de lecture.

Si Dexter entame son existence adulte par deux ans de vacances, Emma étanche sa passion pour le théâtre. Mais elle peine à trouver du travail et à subvenir à ses besoins. Les petits boulots, comme serveuse dans un restaurant tex-mex, seront pour elle avant de se lancer dans l'enseignement où elle rayonne. Ecrire des livres? Elle y pense plus qu'elle ne le pratique avant que ses choix de vie, faits parfois à reculons, ne lui en donnent l'occasion. Dexter de son côté, deviendra une star de la télé qui découvre les paillettes, avec tout ce que cela suppose: femmes, alcool, drogue… L'ascension, puis la descente…

Les années se succèdent sans que Dexter et Emma se perdent de vue. Ils se voient plus ou moins selon les moments, se chamaillent souvent, pensent en réalité bien plus l'un à l'autre qu'ils ne l'avouent. S'aimeraient-ils?

Comédie romantique, "Un jour" brosse aussi un vif portrait de l'Angleterre récente. "Le livre était une histoire d'amour au départ", me disait à sa sortie David Nicholls. "Mais je voulais aussi décrire l'ambiance de la fin des années 80. Je suis sorti de l'université en 1988, comme Dexter et Emma. Les temps étaient austères, rigoureux. Tout le monde était politisé. Puis, en quatre ou cinq ans, tout cela s'est évanoui. L'époque est devenue frivole. C'était très désorientant."

Bien entendu, le lecteur voit tout de suite le coup de foudre entre Dexter et Emma. Eux pas. David Nicholls s'explique: "J'ai voulu m'inscrire dans la grande tradition des écrits romantiques, où les promis s'aiment mais se querellent sans cesse. Cela a donné de grandes œuvres, dont "Beaucoup de bruit pour rien", de Shakespeare, qui m'émeut plus que "Le Roi Lear". J'aime beaucoup le moment où les querelles s'apaisent et où le couple comprend qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Le challenge d'écriture était d'autant plus intéressant que, dans la vie occidentale moderne, les gens peuvent se mettre ensemble comme ils veulent. Il n'y a plus d'obstacle comme avant: famille, parents, tradition, etc. Comment maintenir alors le suspense? Outre ceux de l'intrigue, j'ai placé des obstacles liés aux étapes par lesquelles passent les héros. Dexter à 23 ans est beaucoup trop frivole et immature pour comprendre qu'Emma est la personne qu'il lui faut. Emma à 25 ans est trop centrée sur ses problèmes pour s'ouvrir et aller vers ce que lui propose Dexter."

Serait-ce à dire q'un jour peut conditionner toute une vie? "Je suis sûr que oui. Il n'y a pas de jour qui n'ait d'influence sur le reste de notre vie. C'est le mot d'ordre du livre. Aucun jour de notre vie n'est ordinaire, banal, ou inutile. Dickens dit que si on enlève un jour, toute la chaîne de notre vie en est modifiée. C'est vrai pour moi. Quand je reviens en arrière sur ma vie, je m'aperçois qu'il y a eu à tel moment, une rencontre, un coup de téléphone, qui aurait pu modifier le cours de ma vie s'il ne s'était pas produit."

Bourré d'humour de tous les types, jusqu'au plus noir, ce roman séduit aussi par la finesse de sa construction, dont on ne s'aperçoit heureusement qu'à la toute fin du livre.

Les premières lignes
"Vendredi 15 juillet 1988
Rankeillor Street, Edimbourg
"Je crois que... ce qui compte, c'est de faire bouger les choses, dit-elle. D'arriver à les changer.
- Comment ça? Changer le monde, tu veux dire?
- Pas le monde tout entier, mais celui qui t'entoure... Si tu pouvais y changer quelque chose, ce serait déjà pas mal, non?"
Le jour allait bientôt se lever. Allongés l'un contre l'autre dans le petit lit, ils marquèrent un silence, puis se mirent à rire d'une voix rauque, cassée par leur longue nuit blanche."



Ainsi résonne l'écho infini des montagnes
Khaled Hosseini
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Bourgeois
10/18, 498 pages

Il était vraiment attendu il y a deux ans, le troisième roman de Khaled Hosseini, qui avait déjà réjoui des millions de lecteurs avec "Les cerfs-volants de Kaboul" (2005) et "Mille soleils splendides" (2007), des romans se déroulant entre l'Aghanistan et les Etats-Unis, en parallèle à l'itinéraire de l'auteur. Il est paru chez Belfond en 2013 et a été repris en 10/18 en 2014. Le revoilà sous de nouveaux atours.

Khaled Hosseini est en effet né à Kaboul, en 1965. Cadet de cinq enfants, fils d'un diplomate et d'une professeur de farsi et d'Histoire, il a passé son enfance en Iran, puis à Paris, déménageant au gré des affectations de son père fixées par le ministère des Affaires étrangères. En 1980, alors que l'Afghanistan est occupé par l’armée soviétique, les Hosseini obtiennent le droit d'asile aux Etats-Unis et s’installent à San Jose, en Californie. Après une licence de biologie et des études de médecine, Khaled Hosseini devient interne au Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles en 1996.

En 2001, parallèlement à la pratique de la médecine, il entame l'écriture de son premier roman, "Les cerfs-volants de Kaboul". Le livre sort en 2003 aux Etats-Unis et bénéficie d'un extraordinaire bouche à oreille. Traduit dans plus de 70 pays, vendu à plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde, acclamé par la critique, il devient un phénomène international.  Dès sa sortie en 2007, son deuxième roman, "Mille soleils splendides", se classe aussi sur les listes des meilleures ventes aux États-Unis et en Europe.

Marié et père de deux enfants, Khaled Hosseini vit actuellement dans le nord de la Californie. En 2006, il a été nommé ambassadeur par l’UNHCR, l'agence internationale des Nations unies pour les réfugiés. Depuis, l'écrivain s'est investi dans de nombreuses causes humanitaires. A l'occasion d'un voyage en Afghanistan, en 2007, il a créé sa fondation personnelle, afin de venir en aide aux populations réfugiées afghanes. "En tant qu'originaire d'Afghanistan, pays où la population de réfugiés est l'une des plus importantes du monde, la question des réfugiés est une cause dont je me sens proche et qui est chère à mon cœur. Mon rôle est de parler au nom de cette cause et d'être l'avocat public des réfugiés du monde entier."

Après une attente de six ans, la parution du troisième roman de Khaled Hosseini, "Ainsi résonne l'écho infini des montagnes", a été mondialement saluée. Il nous conduit d'un village afghan des années 1950 à la Californie des années 2000, en passant par Kaboul sous les talibans, Paris durant des  seventies et une petite île perdue de l'archipel grec aujourd'hui. Cette fresque historico-familiale nous donne à  connaître les destins de Pari, petite fille de 3 ans vendue par son père veuf trop pauvre, et de son entourage, dont son frère de 10 ans, Abdullah, sous forme d'un roman choral bouleversant.

Après le lien père-fils dans "Les cerfs-volants de Kaboul", le destin des femmes afghanes dans "Mille soleils splendides", Khaled Hosseini prend comme fil rouge de "Ainsi résonne l'écho infini des montagnes" l'amour entre un frère et une sœur.


 Les premières lignes
"Bien. Vous voulez une histoire, je vais vous en raconter une. Mais seulement une. Inutile de m'en réclamer une autre ensuite. Il est tard et un long voyage nous attend demain, Pari et moi. Vous aurez besoin de dormir cette nuit. Oui, toi aussi, Abdullah. Je compte sur toi, mon garçon, pendant que ta sœur et moi nous serons partis. Tout comme ta mère. Bon, une histoire, donc. Ecoutez-moi, tous les deux. Ecoutez-moi bien et ne m'interrompez pas."





jeudi 9 juillet 2015

DTPE 5: famille avec Kéthévane Davrichewy

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.


Les deux mots "Quatre murs" font penser à une maison, et il en est bien sûr question dans le superbe roman de Kéthévane Davrichewy qui porte ce titre (Sabine Wespieser, 2014, 192 pages, 10/18, 2015, 142 pages). Son troisième, excellent, sans compter de nombreux romans pour la jeunesse, tout aussi bons, à l'école des loisirs.

Mais on se rend très vite compte que le titre peut aussi qualifier l'attitude des quatre frères et sœurs de cette famille d'origine grecque. En un prologue, trois chapitres sur les enfants, Saul, Hélène et, ensemble, les jumeaux Réna et Elias, et un épilogue, la romancière fait le portrait d'une famille hantée par un secret. Elle ancre son propos dans un lieu, la maison familiale dont il faut se défaire, une fois le père mort et la mère trop âgée pour y résider seule.

Kéthévane Davrichewy.
Une maison dont les quatre murs n'ont pas besoin de parler puisque Kéthévane Davrichewy déroule son propos par les prises de parole successives des enfants. Quatre regards de frères et de sœurs sur la vie, sur leur vie. Des points de vue forcément différents que le lecteur assemble pour son puzzle personnel - il en sait vachement plus que chacun des personnages, au moins jusqu'à la finale où les choses se disent.

On prend beaucoup de plaisir à découvrir cette fratrie qui a été tellement soudée dans l'enfance et qui, deux ans après la vente de la maison familiale, semble s'être dissoute. Il faut dire que leurs chemins de vie ainsi que les questions d'héritage, décidées par la mère, n'ont pas aidé à la bonne ambiance. Là, ils vont se retrouver tous ensemble pour la première fois, avec leur mère, dans une autre maison, celle de l'aîné, en Grèce. Murés dans leur passé collectif dont tous ne savent pas tout, ils vont finir par le découvrir et dépasser leurs silences et leur éloignement.

En nous donnant à connaître successivement les histoires des uns et des autres, Kéthévane Davrichewy signe non seulement un superbe récit où on reconnaît sa belle écriture vive mais une remarquable construction littéraire. On navigue entre Saul qui s'est réfugié sur une île grecque, Hélène qui court le monde, Elias qui ne parvient plus à être musicien et Réna qui cherche sa voie, tout en découvrant en filigrane les portraits des parents. Qu'est-ce qui a fissuré ces quatre enfants pleins de vie? Réponse dans "Quatre murs", un roman bref qui vous suit longtemps.


Le début de "Quatre murs" en grand format peut se lire ici.


Rappel
DTPE 1 "Nous étions l'avenir", de Yaël Neeman (Actes Sud)
DTPE 2  "Jules", de Didier van Cauwelaert (Albin Michel)
DTPE 3 "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
DTPE 4 "Georges, si tu savais...", de Maryse Wolinski (Seuil)
 

mardi 9 décembre 2014

Tom Schamp, "Parisien" le 13/12 chez Candide

The Parisianer, Tom Schamp. (c) 10/18.

Ci-dessus, en exclusivité, la couverture que le Belge Tom Schamp a réalisée pour la version 2.0 du livre  "The Parisianer" (10/18, 152 pages). Ce riche ouvrage illustré réunit les couvertures d'un magazine imaginaire, où des artistes rendent hommage à Paris. C'est à lire ici. Le dessin de Tom Schamp est exposé à la librairie Candide (1 place Brugmann, 1050 Bruxelles) ainsi que dix-neuf autres tirages d'exposition provenant du même livre jusqu'à la fin de l'année.

De ce travail en collages de peintures qu'il a réalisé, Tom Schamp dit encore: "Le sac que porte la fille-tour Eiffel est en une fois un hommage à Milton Glaser et à la chanson d'Alpha Blondy."

Tom Schamp dédicacera "The Parisianer" à la librairie Candide le samedi 13 décembre de 16 à 18 heures.

Across the Alps. (c) TS.
Il dédicacera également des livres pour enfants, dont l'album "Mary Jolie, fille du Mississippi" (texte de Muriel Bloch, Seuil Jeunesse, 2003), indisponible en librairie.

Ainsi que trois se des posters, "Otto Plane", "Otto Boat" et "Across the Alps".


Otto Plane. (c) Tom Schamp.
Otto Boat. (c) Tom Schamp.





jeudi 13 novembre 2014

"The Parisianer", livré presqu'à domicile

A la place Brugmann, à Ixelles, on a bien plus de chances de croiser un(e) Parisien(ne) qu'un(e) Bruxellois(e). Pas de ségrégation ici, juste la constatation, corroborée par les statistiques officielles, que les habitants de la capitale française "montant" dans le pays voisin au nord, aiment beaucoup s'y installer. Ainsi que dans ses environs.

Ils seront ainsi cueillis par l'exposition "The Parisianer" qui se déroule actuellement et jusqu'à la fin de l'année à la librairie Candide (1 place Brugmann précisément). Elle présente vingt tirages d"exposition du livre graphique "The Parisianer" (10/18, 152 pages), riche, lui, de 127 illustrations, qui vient juste de sortir.
"Quoi? Une nouveauté?", me glissez-vous dans l'oreillette. "Ce livre existait déjà."
Bien sûr, vous avez raison, mais je n'ai pas tort.
La version 10/18 est une édition revue et augmentée du livre qui a été coédité sous le même titre par l'association La Lettre P et les éditions Michel Lagarde l'an dernier. Sorti à l'occasion de l'exposition des originaux à la Galerie de la Cité internationale des Arts de Paris en décembre 2013, il est arrivé en librairie en mars 2014. Mais, pfffuuiiittt, de ces 1.700 exemplaires, il n'en reste aucun.

The Parisianer, Julien Phoque. (c) 10/18.
Le livre "The Parisianer" rassemble donc largement plus de cent couvertures d'un magazine imaginaire célébrant Paris, hommage superbe au "New Yorker" dont il pourrait être la version française. L'ouvrage est extrêmement réussi et propose un portrait multiple, kaléidoscopique, de la ville lumière, loin des clichés de base. On y voit bien sûr des Tour Eiffel, des métros, des touristes japonais et des pigeons mais, entre cinq selfies et cinq fois plus de graffitis, on y découvre surtout un formidable élan pour cette ville à laquelle on n'échappe pas. C'est au moins de l'intérêt, souvent de l'amitié et même régulièrement de l'amour. Ce recueil d'images superbes permet de savourer une multiplicité de visions posées par des artistes contemporains, dont aucun, paradoxe amusant, n'a dessiné de couverture pour le vrai "New Yorker".

The Parisianer, Aurélie Pollet. (c) 10/18.
Le projet a été graphique dès le départ. Il s'agissait de l'exposition de 500 m2 à la Cité des Arts. Ayant bénéficié d'une année pour la monter, les artistes Aurélie Pollet et Michael Prigent ont invité une centaine de leurs pairs à leur dessiner un ou des Parisiens. Mais avec des consignes. "Un brief commun a été envoyé aux illustrateurs", m'explique Aurélie Pollet, venue à Bruxelles pour le vernissage de l'exposition chez Candide. "Il comportait le format, la technique, plutôt classique pour rendre hommage au "New Yorker", et surtout la demande d'un Paris positif, même si celui-ci était décalé ou humoristique. Histoire de sortir de l'habitude de critiquer continuellement Paris. Des croquis préparatoires étaient aussi demandés, pour éviter les redondances et les clichés."

The Parisianer, Michael Prigent. (c) 10/18.
L'artiste se souvient de la période où arrivaient les croquis: "C'était Noël tous les jours. Nous avons eu des très bonnes surprises, des points de vue justes, efficaces tout de suite. Quelques images clichés qui ont été tout de suite revues quand nous avons proposé aux auteurs d'aller plus loin."









The Parisianer, Martin Jarrie. (c) 10/18.
Si le talent des artistes sélectionnés est réel, on est parfois surpris de découvrir plein de nouveaux noms en plus d'auteurs de livres pour enfants ou de dessinateurs de presse connus, Edmond Baudoin,  Serge Bloch, Marc Boutavant, Martin Jarrie, Gwendal Le Bec, Jean-François Martin, Aude Picault, Olimpia Zagnoli, pour ne citer qu'eux.







"Au début du projet", reprend Aurélie Pollet, "nous avons choisi des artistes que nous admirions ou que nous connaissions, parce qu'ils sont des références ou parce que nous avons découvert leur travail. Nous avons activé notre réseau. Plein d'entre eux viennent de l’école des Arts Décos à Paris, du cinéma d'animation, comme nous. Mais certains ont voulu tenter autre chose comme Catherine Meurisse qu'on connaît dans d'autres genres. Tous ont un rapport à Paris même s'ils n'y habitent pas ou plus. J'ai moi-même passé dix années de mon enfance en Belgique. Dominique Corbasson, par exemple, vit à Bruxelles." Occasion aussi de se rendre compte en tournant les pages des familles qui composent compte l'illustration et de leurs héritages heureux.

Le livre est arrivé ensuite lors d'une rencontre avec l'éditeur et agent d'illustrateurs Michel Lagarde. "Faire le livre a été notre plaisir", sourit Aurélie Pollet. "C'était la partie artistique du projet, associer ces images ouvertes. C'est pour cela qu'il n'y a pas de pagination, pour que chacun puisse se promener dans les pages."
Il y a toutefois des chapitres, introduits chacun par une citation, qui donnent du rythme, une respiration.

The Parisianer, Quentin Vijoux. (c) 10/18.
La nouvelle édition enrichie a permis d'ajouter quarante nouveaux auteurs, dont les deux  Belges Tom Schamp et Brecht Vandenbroucke, "afin d'enrichir les chapitres et d'en ajouter un, "Les Mystères de Paris", plus onirique", précise Aurélie Pollet.
Michel Lagarde m'explique qu'après l'épuisement de la première édition de "The Parisianer", coédition de La lettre P et de ses propres éditions avec deux versions de couverture, une de Thomas Baas et une de François Avril, il a été contacté par Bénédicte Adrien de 10/18 pour le reprendre dans une version augmentée. Cette fois, le tirage est de 20.000 exemplaires; le prix inférieur à 20 euros pour un ouvrage de cette qualité vaut d'être signalé.

Quant aux couvertures des deux Belges, apparues dans la version deux, elles sont exposées à la librairie Candide que tient Eric Haegelsteen. Il me dit: "Quand j'ai vu le livre de Michel Lagarde, avant même la réédition en 10/18, j'ai voulu faire venir le projet ici. Ce qui m'a plu, c'est la diversité des regards sur Paris. Pour l'exposition à la librairie, j'ai choisi vingt illustrations sur un échantillon de cinquante."
A noter la vente de vingt-sept reproductions encadrées en format 30 x 40, produits dérivés intelligents du livre original.


Deux anecdotes d'artistes

The Parisianer, Vincent Bergier. (c) 10/18.
Vincent Bergier
"J'avais acheté un parapluie à Monoprix, très solide, que j'ai malheureusement perdu. J'ai racheté un autre parapluie qui ne valait rien, qui s'est retourné tout de suite. Je me suis dit qu'on n'est pas égaux devant la pluie. J'ai choisi cette anecdote de la vie quotidienne pour en faire une sorte de chorégraphie parisienne avec le paradoxe que je représente une scène de pluie sans une goutte d'eau."

Une autre histoire de parapluies, c'est celle de l'autre Belge, Brecht Vandenbroucke.

Tom Schamp
"L'idée me plaisait car je connais bien les couvertures du "New Yorker". Personnellement, j'ai travaillé en collages sur les liens entre Paris et New York. J'ai même fait mon dessin le 14 juillet!
J'ai dessiné une fille puisqu'on dit "une" tour Eiffel. Elle va d'une ville à l'autre, comme pour rencontrer la Statue de la Liberté. Elle fait le voyage de la France aux Etats-Unis."
Aux pieds de la tour-jeune fille, plein d’éléments symbolisent chacun des deux pays.

A noter que Tom Schamp devrait être en dédicace chez Candide le samedi 13 décembre.



vendredi 31 octobre 2014

Claque de littérature avec Kathleen Winter

On apprend via le site Rue 89 que le magnifique premier roman de Kathleen Winter, "Annabel" (traduit de l'anglais (Canada) par Claudine Vivier, Christian Bourgois, 460 pages, 2013, 10/18, 474 pages, 2014) avait été écrit dans sa version originale au passé simple - il a été publié au Canada en 2010 chez House of Anansi -, mais traduit en français pour les éditions du Boréal au présent. Le site rapporte le désappointement de la romancière canadienne qui découvrit la chose lors du Festival America qui s'est tenu à Vincennes à la mi-septembre et où elle était invitée.

Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une polémique sur les droits et les devoirs des traducteurs, des éditeurs et des auteurs, d'autres s'en chargent. La traduction littéraire n'est pas la traduction littérale d'un texte mais une obligatoire trahison, certains l'ont très bien expliqué. Juste peut-on s'étonner que Kathleen Winter n'ait pas été avertie de la chose et tombe dessus deux ans plus tard. Elle-même a déclaré à Vincennes qu'un jour, elle en rirait.

Demeure un superbe premier roman, lumineux, prenant, interpellant, porté par une écriture précise et imaginative, consacré à un sujet peu commun en littérature, l'hermaphrodisme. Qu'a-t-on eu comme fictions sur ce difficile sujet? "Middlesex", de Jeffrey Eugenides (traduit de l'anglais par Marc Chodolenko, Editions de l'Olivier, 2003, Points, 2004), "Un baiser sous X", d'Eric Paradisi (Fayard, 2010).

Kathleen Winter.

Lors du Festival America à Vincennes, Kathleen Winter a expliqué qu'elle n'avait pas choisi ce thème rare de l'hermaphrodisme pour rien. Elle y a été confrontée via son entourage proche. Et, à près de 50 ans - elle est née le 25 février 1960 dans le nord-est de l'Angleterre -, elle a plongé dans l'écriture de cet étonnant et prenant premier roman. Elle a fait de son personnage de papier une personne qui l'accompagne depuis qu'elle l'a créée. Auparavant, elle avait écrit des textes pour la télévision et un recueil de nouvelles, "Boys" (2007), non traduit.

"Annabel" est l'histoire d'un bébé qui naît en 1968 dans un village du Labrador au Canada. Autant dire au bout du monde. Ce premier né a la particularité d'être à la fois fille et garçon. Hermaphrodite. On imagine l'effroi de ceux qui le voient. Comment vivre avec lui? Pour bien comprendre ce qui est en train de se dérouler là, il faut se replonger dans l'époque d'alors, les années 1970. Avec ce que l'on sait alors en médecine et en psychologie. Sans oublier les règles de la vie en société dans un village.

Seules trois personnes sont au courant de la particularité du nouveau-né, ses parents, Treadway et Jacinta Blake, et Thomasina Baikie, une voisine de confiance. Très vite, le père prend seul la décision de faire de ce petit bout un garçon, qui sera appelé Wayne. "Jamais", écrit Kathleen Winter, "il ne lui vient à l'esprit de faire ce que souhaitent ardemment Thomasina et Jacinta; laisser son enfant vivre tel qu'il est venu au monde."

La part féminine de ce dernier, secrètement baptisé Annabel par la voisine elle-même en souffrance, en disparaît-elle pour autant? Non, bien entendu. "Le prénom Annabel se dépose sur l'enfant avec la légèreté du pollen, à côté de celui que lui a attribué Treadway." On va suivre le personnage, double, ambigu et déchiré, ainsi que ses proches, de la naissance à l’âge adulte. Une bonne vingtaine d'années qui donnent l'occasion à la primo-romancière de darder ses projecteurs sur la vie quotidienne en Terre-Neuve, dans cette incroyable nature qu'elle nous donne en partage, une région qu'elle connaît bien pour y avoir longtemps habité avant de s'installer au Canada. Aujourd'hui, Kathleen Winter vit à Montréal avec sa famille.

Récit de l'intime absolu, "Annabel" ne verse jamais dans le voyeurisme. Pas de scène ratée ou inutile, mais le portrait, précis, serré, d'un être humain qui tente de vivre sa vie. Au-delà de ses différences, au-delà de ses secrets puisque ses parents lui cachent longtemps la vérité. Wayne a une part féminine en son corps, mais il ne le sait pas. Il le perçoit au travers de ses centres d'intérêt, du choix de ses ami(e)s, dont la remarquable Wally, à cause de l'éducation rude que lui inflige son père, des silences de sa mère. Il le vivra violemment, dans la souffrance, quand les hormones de l'adolescence se manifesteront. A ce moment, il ne sera plus possible de lui cacher la vérité. Mais il trouvera une meilleure alliée en sa mère, malgré la nostalgie grandissante de cette dernière.

Heureusement, Wayne-Annabel n'est pas tout-à-fait seul face à l'existence. Il peut notamment compter sur l'appui, le soutien de Thomasina, même si elle n'est pas toujours physiquement présente dans le village. Outre son empathie pour son héros, Kathleen Winter a aussi eu l'excellente idée de multiplier les points de vue de personnages dont on suit aussi les destins. Cela fait de son premier roman aussi bien conçu qu'écrit avec délicatesse une très belle fresque humaine, sans jugement mais qui donne à réfléchir. Remercions-la pour la belle claque de littérature qu'elle nous met.