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mercredi 6 novembre 2024

Le prix Femina décerné à Miguel Bonnefoy

Miguel Bonnefoy. (c) AFP.

On aurait pu croire que les jurées du prix Femina se soient accordées sur un troisième choix, faute de départager leurs deux préférés, tant a été grande la surprise d'entendre que le prix Femina 2024 allait à Miguel Bonnefoy, 37 ans, pour "Le Rêve du jaguar" (Rivages), récompensé à juste titre il y a moins d'une semaine par le Grand prix du roman de l'Académie française (lire ici). Il semble qu'il n'en soit rien. En plusieurs tours, il l'aurait tout simplement emporté par cinq voix contre quatre à Emma Becker dont "Le mal joli" (Albin Michel) était favori. Dommage qu'un autre roman francophone n'ait pas été mis à l'honneur ce mardi 5 novembre

Les dames se sont montrées plus pertinentes et audacieuses dans l'attribution de leurs autres récompenses.
 
Le prix Femina de l'essai va à "Tenir tête", de Paul Audi (Stock, 328 pages).
Présentation de l'éditeur:  Choqués par le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d'Israël le 7 octobre 2023, et désemparés devant la riposte de l'armée israélienne à Gaza, deux amis français s'échangent des lettres dans lesquelles ils s'inquiètent de la recrudescence des actes et des discours antisémites partout dans le monde.
 
 
 
 
Le prix Femina du roman étranger va à "Propre" d'Alia Trabucco Zerán (traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet, Robert Laffont, collection "Pavillons", 272 pages).
Présentation de l'éditeur: Le monologue d'une domestique qui retrace, dans un récit lucide, impitoyable et brutal, les étapes menant au drame qui fera s'effondrer le décor d'une vie "propre"
 

 
 
 
Quant à l'écrivain irlandais Colm Tóibín, il a reçu le prix spécial du jury Femina a attribué pour l'ensemble de son œuvre. Auteur de dix romans, finaliste du Booker Prize pour "Le Maître", son roman biographique consacré à Henry James, le grand public le découvre avec la publication de "Brooklyn". L'adaptation cinématographique de ce dernier livre connut un grand succès en 2015 et fut nommé aux Oscars. Il est également l'auteur de plusieurs livres d'essais, de recueils de nouvelles et du best-seller sur Thomas Mann, publié en 2022 chez Grasset, "Le Magicien".
"Long Island" (traduit de l'anglais (Irlande par Anna Gibson, Grasset, 400 pages) se situe à l'interstice entre deux mondes. Il offre des retrouvailles bouleversantes avec Eilis Lacey dont les lecteurs de "Brooklyn" se souviennent encore. Quinze après la publication de ce best-seller, Colm Tóibín fait la démonstration magistrale de ses talents de romancier avec un inoubliable portrait de femme.

 

jeudi 24 octobre 2024

Le Grand prix du roman de l'Académie française décerné à Miguel Bonnefoy

"L'Académie française, dans sa séance du jeudi 24 octobre 2024, a décerné son Grand Prix du roman, d'un montant de 10.000 euros, à M. Miguel Bonnefoy pour son roman "Le Rêve du jaguar" (Rivages)", informe la vénérable institution. Joie et amusement car c'était mon pronostic (lire ici).

C'est au troisième tour de scrutin que le lauréat est apparu, obtenant huit voix contre sept à Grégory Cingal ("Les Derniers sur la liste", Grasset) et sept à Abel Quentin ("Cabane", L'Observatoire). Ce qui nous fait 22 votes sur une assemblée qui affiche actuellement 37 membres sur 40.
 
A près de 38 ans, il les aura le 22 décembre, l'auteur remporte son premier grand prix littéraire, après divers autres lauriers estimables.
 
"Le Rêve du jaguar" est le dixième ouvrage de l'écrivain qui est passé par la nouvelle et le récit avant de parvenir au roman. Un volume plus épais que précédemment mais sans doute fallait-il 300 pages pour brosser une saga familiale sur trois générations. La destinée d'Antonio, de son épouse et de leurs descendants nous régale d'autant plus que l'auteur y cultive son style toujours aussi flamboyant. 
 
 
 
 
 
 Bien sûr, Miguel Bonnefoy s'est inspiré de ses ancêtres pour donner vie à un récit vibrant aux personnages inoubliables dont la destinée s'entrelace à celle du Venezuela. Né en France d'une mère diplomate vénézuélienne qui a été l'attachée culturelle de l'ambassade du Venezuela à Paris et d'un père romancier chilien naturalisé français, le lauréat a grandi au Venezuela et au Portugal. Il y a suivi sa scolarité dans des lycées français.
 
L'histoire commence quand une mendiante muette de Maracaibo, au Venezuela, recueille un nouveau-né sur les marches d'une église. Orphelin élevé dans la misère, Antonio sera tour à tour vendeur de cigarettes, porteur sur les quais, domestique dans une maison close avant de devenir, grâce à son énergie bouillonnante, un des plus illustres chirurgiens de son pays. Une compagne d'exception l'inspirera. Ana Maria se distinguera comme la première femme médecin de la région. Ils donneront naissance le 23 janvier 1958, jour de la chute du dictateur Marcos Pérez Jiménez, à une fille qu'ils baptiseront du nom de leur propre nation: Venezuela. Liée par son prénom autant que par ses origines à l'Amérique du Sud, elle n'a d'yeux que pour Paris. Mais on ne quitte jamais vraiment les siens. C'est dans le carnet de Cristobal, né, lui, à Paris, dernier maillon de la descendance, que les mille histoires de cette étonnante lignée pourront, enfin, s'ancrer.
 

Bibliographie de Miguel Bonnefoy
  • "Quand on enferma le labyrinthe dans le Minotaure" (en italien, Edizione del Giano, 2009, 35 p.)
  • "Naufrages" (Quespire, 2012, 76 p.; Rivages, 100 p., 2020)
  • "Icare et autres nouvelles" (Buchet/Chastel, 2013, 352 p.)
  • "Traversée" (Paulsen, 2013)
  • "Le Voyage d'Octavio" (Rivages, 2015, 123 p.; Rivages Poche Petite Bibliothèque, 2016, 144 p.)
  • "Jungle" (Paulsen, 2016, 122 p.; Rivages Poche, 2017, 150 p.)
  • "Sucre noir" (Rivages, 2017, 209 p.; Rivages Poche, 2019, 192 p.)
  • "Héritage" (Rivages, 2020, 206 p.; Rivages Poche, 2022, 224 p.)
  • "L'inventeur" (Rivages, 2022, 208 p.)
  • "Le rêve du jaguar" (Rivages, 2024, 304 p.)