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jeudi 23 novembre 2017

Découvrir la vie domestique d'hier grâce à d'anciennes maisons de poupées

La maison de poupée "Appelboom", haute de 2 mètres.

Les enfants jouent-ils encore avec des maisons de poupées aujourd'hui? Pas sûr mais les maisons de poupées d'hier suscitent toujours la même admiration. Ils pourront en voir plusieurs à l'excellente exposition "Little life" qui vient de s'ouvrir pour un an tout en haut de la Porte de Hal. A la fois ludique et informative. Et présentant des pièces de toute grande qualité. C'est la troisième fois que le lieu s'intéresse aux jouets en rapport avec la vie quotidienne. Il y avait déjà eu les expositions "Des jouets qui font… pouet!" (2013-2014, lire ici) et "Petits soldats de la Grande Guerre" (2015-2016).

L'idée de l'exposition est de faire découvrir la vie domestique des milieux bourgeois par les jouets de leurs enfants. C'est la raison pour laquelle les maisons-jouets exposées sont datées de 1850 et 1920. Les maisons de poupées existaient avant bien entendu, mais comme objets d'exposition et non comme jouets.

La salon de la maison de poupée Charlier.

Un monde miniature ravissant s'ouvre au visiteur qui se promène de pièce en pièce. Six maisons de poupée, quelques chambres de poupées et de nombreux meubles miniatures des années 1850-1920 racontent la vie quotidienne d'une famille bourgeoise de cette époque. Magnifiques, les pièces proviennent de la collection de jouets des Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles (MRAH) et de prêts des Musées du Jouet de Bruxelles et de Malines ainsi que du Musée de la Vie Wallonne de Liège.

Le salon de la maison de poupée attribuée à Victor François Bolant.


Les meubles sont ici faits en plumes d'oiseau.
Avec ses murs décorés d'agrandissements de catalogues anciens de jouets fabriqués en série à Nuremberg, "Little Life" s'ouvre sur le salon, pièce majeure à cette époque. Il fait le lien entre l'extérieur et l'intérieur et surtout accueille les invités. Cette pièce très souvent représentée dans les maisons de poupées a donné lieu à de merveilleuses dînettes miniatures,  à des ensembles de meubles de réception...

On mange alors en famille.
La partie consacrée à la salle à manger présente différents services pour enfants. Au XIXe siècle, manger était important et manger en famille l'était encore plus. On le reproduit donc en jouets. On remarque que les séries d'assiettes, de plats, de verres, de couverts sont de trois tailles: toutes-petites pour les maisons de poupées, petites pour les poupées, réduites pour les enfants.





Une vaisselle pour enfants. La cafetière mesure 13 cm de haut.


Un fourneau en fer.
Les espaces cuisine sont très différents de ceux qu'on connaît aujourd'hui. Manquant de confort et d'hygiène par rapport aux critères actuels, sentant fort, ils sont en général relégués au bout du sous-sol. Mais les cuisinières et les fourneaux fonctionnent souvent, malgré leur petite taille, alimentés par des bougies, de l'alcool à brûler ou du charbon de bois.


Bain mobile puis bain à eau chaude avant l'eau courante.
Même surprise du côté des salles de bain puisque l'eau courante n'était alors pas courante. La baignoire était souvent un bain mobile à remplir. Pour l'hygiène quotidienne, on se contentait d'une cuvette dans la chambre ou dans le boudoir à côté. A noter que dans la maison de poupée présentée, venant de Malines, la salle de bains a été rajoutée plus tard.



Une autre organisation des pièces dans la maison.

Les chambres à coucher ne sont pas oubliées dans l'exposition. Elles rappellent que c'est le temps de la "nursery". Que les enfants y jouent souvent pour ne pas déranger les adultes.

Des poupées de maisons de poupées.

La maison de poupée construite par Jules Charlier, clou de l'exposition.

Au centre de l'exposition se trouve l'impressionnante "Maison de poupée bruxelloise", complètement rénovée et désormais sous atmosphère protégée. Cette maison fermée (mais dont tous les côtés s'ouvrent) reproduit une maison néoclassique construite en 1876, rue Froissart, à Etterbeek. Elle mesure 122 cm de haut pour 179 cm de long et 65 cm de large.   Elle fut construite à la même époque par un ingénieur-électricien, Jules Charlier,  qui y habitait, pour ses nièces. On ne peut qu'admirer son talent et son souci du détail. Vu la profession de son constructeur, elle fut raccordée à l'électricité en 1899.

On retrouve la Maison Charlier en détail dans la publication que Linda Wullus lui consacre, "La maison de poupée bruxelloise" (Musées royaux d’Art et d’Histoire, Fedopress, 40 pages, 2017). Largement illustrée, la brochure parcourt les lieux de pièce en pièce par le texte et par les photos, donnant à voir les innombrables détails qui en font son charme et sa richesse.
Le rez de la maison fait l'objet d'une visite en 3D dans l'exposition.

Une vitrine à atmosphère calculée abrite la maison Charlier.
On voit très bien les différentes pièces de la maison Charlier.

Les maisons de poupées de l'expo

  • La maison de poupée bruxelloise de Jules Charlier, au cœur de l'exposition.
  • Le salon de poupée attribué au fabricant de jouets français Victor-François Bolant
  • La maison de poupée Appelboom, réalisée en Allemagne.
  • La maison de poupée de Mr et Mme Cabus-Stuer, venue d'Angleterre avec une de ses anciennes propriétaires.
  • La maison des sœurs Ghislaine et Andrée Verneuil avec ses cinq étages, rescapée de la Première Guerre mondiale


"Little life" est une exposition extrêmement réjouissante qui plaira aux petits comme aux grands, aux collectionneurs de jouets et aux bricoleurs prêts à se lancer dans l'aventure.


Pratique

L'exposition "Little life" se tient jusqu'au 25 novembre 2018 à la Porte de Hal (Boulevard du Midi 150, 1000 Bruxelles), du mardi au vendredi de 9h30 à 17 heures, le week-end de 10 à 17 heures (fermée les lundis ainsi que les 25/12, 01/01, 1/05, 1/11, 11/11).



Pour compléter la visite, on se rappellera de lire l'extraordinaire livre en petit format, "Un elfe tombé du ciel", de Fougasse (l'école des loisirs, 2012) qui nous arrive en livre pour enfants près d'un siècle après sa création et dont je raconte l'histoire ici.


mardi 21 janvier 2014

LD couvre avec joie les innombrables cousins et cousines de Sophie, la girafe qui fait "pouet"

Sophie la girafe, une star mondiale.
Il existe à Bruxelles un château de princesses. C'est du moins comme cela que les enfants voient souvent  la Porte de Hal, rénovée en 2008. Murs particulièrement épais, escaliers tournants en pierre, salles impressionnantes...
C'est justement au troisième étage de ce château de contes de fées bruxellois que se tient en ce moment une fort plaisante exposition.

"Des jouets qui font POUET!" est consacrée à Sophie la girafe, la reine des jouets "pouet" et à tous ses copains de caoutchouc, de vinyle et de PVC. Vous savez bien, ces jouets qui accompagnent la petite enfance, qu'on donne dès le berceau ou pour le bain, avec lesquels les enfants s'exercent à la découverte ses sons et qui sont souvent récupérés ensuite, et mis sous vitrine, par quelques adultes collectionneurs.

On l'a compris, l'appellation "pouet" réunit les jouets qui font du bruit quand on les serre dans la main.  En français, ils font "pouet". En néerlandais, ils font "piep". En anglais, on parle de "squeaky toys". Fabriqués pour représenter l'air du temps de la société, ils permettent une véritable étude sociologique de leur âge d'or, la seconde moitié du siècle dernier. Si on admire leur réalisation, on ne peut que constater combien tous les poncifs d'un temps y sont omniprésents.

"La rénovation de la Porte de Hal en 2008 permet dorénavant d’accueillir au troisième étage des expositions temporaires sur le folklore auquel appartiennent les jouets", m'explique Linda Wullus des Musées royaux d’art et d’histoire.

Ces expositions temporaires peuvent provenir des collections de musées ou de collections particulières. Celle des "Jouets pouet" a été fournie par Isabelle Lecomte, collectionneuse depuis vingt ans et auteur du très beau catalogue illustré bilingue, "Des jouets qui font... pouet! Speelgoed om in te knijpen piep!" (Lannoo, 224 pages).
Un ouvrage riche de mille informations peu connues et d'autant plus passionnantes.



Les 101 dalmatiens, produits de 1961 à 1963. (c) DISNEY.


Casimir, pouet  à tête pivotante produit de 1974 à 1982
(c) C.IZARD / Y. BRUNIER – Une licence Osibo Productions.





Gédéon, pouet réalisé en 1977.
Reproduction photographique avec l’ autorisation des Amis de Benjamin Rabier.
























Hello Kitty, 1994
(c) SANRIO CO., Ltd.
La Bruxelloise qui habite actuellement en Suisse rêvait d’exposer sa collection car, selon elle, le jouet est un représentant actif de la société. Isabelle Lecomte a donc choisi six cents pièces parmi ses innombrables trésors amassés grâce aux puces, aux ventes et à internet (sa pièce plus ancienne est un chat de 1954 en caoutchouc) pour les montrer à la Porte de Hal. Bien entendu, les jouets sonores sont exposés de telle manière que les publics de tous âges soient contents, enfants comme adultes.




"Plusieurs thèmes ont été définis", ajoute Linda Wullus (KMKG-MRAH), "contes, cirque, animaux, enfance des bébés, rôles hommes-femmes ou garçons-filles, poupées folkloriques. On rencontre des silhouettes connues, venues des bandes dessinées, des séries télévisées ou de Walt Disney mais on fait aussi de réelles  découvertes, comme les "jouets pouet" dus au Tchèque Libuse Niklová, les "pouets à roulettes" ou les "pouets russes" aux dessins naïfs et dont le prix en kopecks est gravé dans le caoutchouc!"
















 Rares  pouets de l’ex-URSS réalisés vers 1965-1970.




Les "jouets pouet" sont anonymes ou le fruit du merchandising. Walt Disney concède des licences par pays. Les enfants les découvrent dans des vitrines basses à leur hauteur. Il faut les voir reconnaître Pierre Lapin, Nounours, Babar, des héros de la TV et de la BD (Tintin, Astérix, Marsupilami, Schtroumpfs), ou s'interroger sur les animaux amoureux de Peynet, ou sur un petit Bouddha…
A noter que le premier "pouet" est un Jiminy Cricket, que les formats sont plus grands quand ils viennent d'Italie, que les "pouets" belges sont plus petits et plus simples.

Les années 1970 voient arriver en masse les jouets éducatifs "intelligents" de Fisher Price et Kiddicraft, et envoient le "jouet pouet", trop simple, dans les cordes. Il en apparaît encore mais beaucoup moins. Aujourd’hui les "jouets pouet" se sont recyclés dans les jouets de bain, mais sans sifflet, alors que la condition pour être un "jouet pouet" est qu’il y ait un sifflet.

"Les jouets pouet n’intéressent pas les collectionneurs parce qu’ils ne sont pas composés de matériaux nobles", dit la collectionneuse Isabelle Lecomte. "J’ai été attirée par leur côté populaire, bon marché, souvent mal vu, mais surprenant par leur variété. Quand j’ai acheté mon premier jouet pouet, j’ai craqué et c’est devenu une passion. Malheureusement le caoutchouc est très fragile, le vinyle un peu moins. Mes jouets viennent des quatre coins du monde. J’ai aujourd’hui 2000 pièces et  ma collection augmente de jour en jour. J’achète beaucoup par internet. Le collectionneur pense toujours à ce qu’il n’a pas, à la série qui lui manque. Internet permet des recherches précises."

En effet, le "jouet pouet" nous dit l’enfance au XXe siècle. Le public est large, familial, comprenant les tout-petits. Le "jouet pouet" est souvent le premier contact du bébé avec les objets. L’exposition présente les ancêtres des jouets qui font du bruit, les jouets sur soufflets, les hochets, réalisés en papier mâché et en bois. Le "jouet pouet" présente la difficulté qu’il est à la fois une poupée et un jouet qui fait du bruit.

Différentes cellules didactiques montrent la fabrication du "jouet pouet", avec la confection du moule en bronze où est coulé le caoutchouc, le fait qu’il est un miroir de la société, notamment dans la répartition des rôles masculin-féminin, surtout dans les années 50-60, et expliquent sa disparition à cause de l’apparition de l’électronique.

On ne se doute guère que Sophie la girafe est devenue une star mondiale. Haute de 18 cm, elle est née le 25 mai 1961, jour de la Sainte-Sophie et a déjà été vendue à plus de trente millions d'exemplaires. Un site lui est même consacré.

Après la visite, une séance de jeu avec des "jouets pouets" est possible au grenier de la Tour de Hal: livres, maison de poupées, coloriages, magasin attendent les jeunes visiteurs.

Et ceux qui n'en ont pas vu assez se plongeront avec délices dans le catalogue très abondamment illustré de l'exposition qu'a rédigé Isabelle Lecomte. L'ouvrage bilingue (FR-NL) remonte aux années 1930 et présente toute histoire du "jouet pouet". Les notices sont passionnantes et sont complétées de nombreux documents, photos anciennes, extraits de catalogues



L'exposition se tient à la Porte de Hal tous les jours sauf le lundi jusqu'au dimanche 15 juin. Infos pratiques ici. 

Elle ira ensuite à Gand (Huis van Alijn), du 6 décembre au 22 février 2015.