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vendredi 7 février 2025

Un alléchant Festival Passa Porta 2025

Diantre! Ce sera déjà la dixième édition du Passa Porta Festival - il est né en 2007.Tous les deux ans, il rassemble une belle brochette d'écrivain.e.s et d'artistes multilingues à Bruxelles. Cette fois, ce sera du 28 au 30 mars, et une centaine d'entre eux sont attendus. "Ghosts" est le thème retenu pour cette édition. Bigre! Une septantaine de rendez-vous, plus ou moins fantomatiques, proposeront lectures, conférences augmentées, entretiens, projections, performances poétiques en une vingtaine de lieux du centre de Bruxelles. Sont déjà annoncés, Jeanette Winterson, Erri De Luca, Eléonore de Duve, In Koli Jean Bofane, Merethe Lindstrøm, Eduardo Halfon, Bregje Hofstede, Abdellah Taïa, Jón Kalman Stefánsson et Solvej Balle (en résidence en mars à Passa porta). Du bien beau monde! La liste des autres écrivain·es et artistes du festival sera dévoilée en même temps que sa programmation complète, le 24 février.

On sait déjà que le festival s'ouvrira le vendredi soir (28 mars) avec des "Ghost Stories", soit une soirée littéraire et musicale à La Monnaie. Répondront à la question "Par qui ou par quoi vous sentez-vous hanté?" cinq écrivain·es: le Guatémaltèque Eduardo Halfon ("Tarentule", traduit par David Fauquemberg, prix Médicis étranger 2024 (lire ici), Éditions de la Table Ronde, 2024), la Néerlandaise Bregje Hofstede (non traduite en français), la Norvégienne Merethe Lindstrøm ("Quelques jours dans l'histoire du silence", traduit par Marina Heide, Cambourakis, 2023), la Belge Eléonore de Duve ("Donato", Éditions José Corti, 2023 (lire ici) et "Sophia" Éditions José Corti, 2025) et l'Islandais Jón Kalman Stefánsson ("Ton absence n'est que ténèbres", traduit par Eric Boury, Grasset, 2022, Prix Jean Monnet de Littérature Européenne). Ils liront aussi chacun un texte inédit sur scène, dans leur langue maternelle (sous-titres simultanés en français et en néerlandais).

Le samedi, la formidable Britannique Jeanette Winterson ("Pourquoi être heureux quand on peut être normal?", traduit par Céline Leroy, L'Olivier, 2012 et "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", traduit par Kim Tran et Hélène Cohen, L'Olivier, 2012) donnera une conférence sur les fantômes en littérature, le thème de son formidable dernier recueil de nouvelles, "Histoire de fantômes" (traduit par Céline Leroy, Buchet-Chastel, 2024). Inoubliable dans chacune de ses interventions, le grand écrivain italien Erri De Luca ("Montedidio" évidemment, traduit par Danièle Valin, Gallimard 2002, prix Femina étranger 2003, mais aussi "Les règles du Mikado",  traduit par Danièle Valin, Gallimard 2024) sera également présent le samedi pour un grand entretien en français.

Le dimanche, nous accueillerons entre autres le romancier congolais In Koli Jean Bofane pour "Nation Cannibale" (Denoël, 2025) ainsi qu'Abdellah Taïa ("Le bastion des larmes, Julliard, 2024, prix Décembre 2024, lire ici), écrivain et cinéaste marocain qui brise le silence de l'homosexualité au Maroc.


Infos pratiques et réservations ici.

 

 

jeudi 24 juin 2021

La philosophe belge Vinciane Despret parmi les 65 distinctions 2021 de l'Académie française

Vinciane Despret, honorée pour l'ensemble de son œuvre.

Si le terme "Académie française" laisse souvent présupposer mille choses, pas toujours à la gloire de l'assemblée qui se tient au Quai Conti, il est un événement pour lequel on ne peut que la louer. Il s'agit de la publication de son palmarès annuel. Ce jeudi 24 juin, jour de la Saint-Jean, l'Académie française a communiqué son palmarès pour l'année 2021. Un palmarès fort de 65 distinctions, sachant que le Grand Prix du Roman sera, comme de coutume, décerné à l'automne.

Un palmarès dans lequel on relève avec un immense plaisir les noms des écrivains  Frankétienne, Abdourahman Waberi, Patrick Deville,  Camille de Toledo, Diane Meur, Pierre Ducrozet. Mais aussi ceux du chanteur Etienne Daho et du cinéaste Albert Dupontel. Et bien entendu celui de la philosophe belge Vinciane Despret, dont le dernier ouvrage, "Autobiographie d'un poulpe. Et autres récits d'anticipation" (Actes Sud) fait énormément parler de lui.




PALMARÈS DE L'ANNÉE 2021


complété des maisons d'édition par nos soins. 

GRANDS PRIX

Grand Prix de la Francophonie
Frankétienne (Haïti)
Grande Médaille de la Francophonie
M. Abdourahman Waberi (Djibouti)
Grand Prix de Littérature
M. Patrick Deville, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix de Littérature Henri Gal
Prix de l' Institut de France
M. Claude Arnaud, pour l'ensemble de son œuvre
Prix Jacques de Fouchier
M. Alain Schnapp, pour "Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières" (Seuil)
Grand Prix Michel Déon
M. François Cérésa
Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Michel Bernard, pour "Le Bon Sens" (La Table Ronde)
Grand Prix Hervé Deluen
M. Jordan Plevnes (Macédoine du Nord)
Grand Prix de Poésie
M. Claude Royet-Journoud, pour l'ensemble de son œuvre poétique
Grand Prix de Philosophie
M. Emmanuel Housset, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix Moron
Mme Vinciane Despret, pour l'ensemble de son œuvre
Grand Prix Gobert
M. François Hartog, pour "Chronos. L'Occident aux prises avec le temps" (Gallimard)
Prix de la Biographie (littérature)
MM. Jean-Louis Cabanès et Pierre Dufief, pour "Les Frères Goncourt" (Fayard)
Prix de la Biographie (histoire)
Mme Pauline Dreyfus, pour "Paul Morand" (Gallimard)
Prix de la Critique
Mme Béatrice Didier, pour l'ensemble de ses travaux critiques
Prix de l'Essai
M. Jean-Claude Bonnet, pour "Les Connivences secrètes. Diderot, Mercier, Chateaubriand" (Rivages)
Prix de la Nouvelle
M. David Thomas, pour "Seul entouré de chiens qui mordent" (L'Olivier)
Prix d'Académie
M. François Azouvi, pour "Français, on ne vous a rien caché. La Résistance, Vichy, notre mémoire" (Gallimard)
M. Laurent Dandrieu, pour "La Confrérie des intranquilles" (L'homme nouveau)
M. Gérard Guégan, pour "Fraenkel, un éclair dans la nuit" (L'Olivier)
M. Pierre Joannon, pour "Michel Mohrt, réfractaire stendhalien" (La Thébaïde)
Prix du cardinal Grente
P. Philippe Capelle-Dumont, pour l'ensemble de son œuvre
Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Dieudonné Niangouna, pour l'ensemble de ses ouvrages dramatiques
Prix du Cinéma René Clair
M. Albert Dupontel, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique
Grande Médaille de la Chanson française
M. Étienne Daho, pour l'ensemble de ses chansons
Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Emily Beeny, conservateur au J. Paul Getty Museum
M. Michel Foucher, géographe et auteur de l'"Atlas des mondes francophones" (Marie B)
Mme Helen Glanville, spécialiste des questions de conservation et de restauration des biens culturels
Mme Emmelie Prophète-Milcé, femme de lettres et directrice du Bureau haïtien du droit d'auteur
M. Jean-Noël Schifano, traducteur de l'italien et directeur de la collection "Continents noirs" (Gallimard)


PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
M. Pierre Dhainaut, pour "Une porte après l'autre après l'autre", suivi de "Quatre Éléments plus un" (Faï Fioc)
Prix Heredia
M. Joël Vernet, pour "L'oubli est une tache dans le ciel" (Fata Morgana)
Prix François Coppée
M. Louis-Philippe Dalembert, pour "Cantique du balbutiement" (Bruno Doucey)
Prix Paul Verlaine
M. Réginald Gaillard, pour "Hospitalité des gouffres" (Ad Solem)
Prix Henri Mondor
M. André Stanguennec, pour "Novalis-Mallarmé. Une confrontation" (Honoré Champion)
Prix Maïse Ploquin-Caunan
M. Emmanuel Laugier, pour "Chant tacite" (Nous)


PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
M. Jean Seidengart, pour "L'Univers infini dans le monde des Lumières" (Les Belles Lettres)
Prix La Bruyère
Mme Séverine Denieul, pour "Casanova. Le moraliste et ses masques" (Classiques Garnier)
Prix Jules Janin
Mme Marguerite Bordry, pour sa traduction de "Senso et autres nouvelles vénitiennes" de Camillo Boito (Presses Universite Paris-Sorbonne)
Prix Émile Faguet
M. Gérard Ferreyrolles, pour "De Pascal à Bossuet. La littérature entre théologie et anthropologie" (Honoré Champion)
Prix Louis Barthou
Mme Annick Louis, pour "L'Invention de Troie. Les vies rêvées d'Heinrich Schliemann" (EHESS)
Prix Anna de Noailles
Mme Tiphaine Samoyault, pour "Traduction et violence" (Seuil)
Prix François Mauriac
Mme Celia Levi, pour "La Tannerie" (Tristram)
Prix Georges Dumézil
M. Jean-Michel Robert, pour "Leibniz et les universaux du langage" (Honoré Champion)
Prix Roland de Jouvenel
Mme Alexandra Lapierre, pour "Belle Greene" (Flammarion)
Prix Biguet
M. Dominique Pradelle, pour "Intuitions et idéalités. Phénoménologie des objets mathématiques" (PUF)
Prix Pierre Benoit
M. Hervé Gaillet, pour "Pierre Benoit, autrement" (AlterPublishing)
Prix Jacques Lacroix
M. Loïc Bollache, pour "Comment pensent les animaux" (Humensciences)
Prix Sivet
M. Jean-Noël Blanc, pour "Des opéras de lumière. Ravier et Thiollier" (Le Realgar)


PRIX D'HISTOIRE

Prix Guizot
Mme Isabelle Dasque, pour "Les Diplomates de la République (1871-1914)" 
M. Clément Oury, pour "La Guerre de Succession d'Espagne. La fin tragique du Grand Siècle" (Presses Universite Paris-Sorbonne)
Prix Thiers
M. Nicolas Schapira, pour "Maîtres et Secrétaires (XVIe-XVIIIe siècle). L'exercice du pouvoir dans la France d'Ancien Régime" (Albin Michel)
Prix Eugène Colas
M. Étienne Peyrat, pour "Histoire du Caucase au XXe siècle" (Fayard)
Mme Patricia Sorel, pour "Napoléon et le livre. La censure sous le Consulat et l'Empire (1799-1815)" (PUR)
Prix Eugène Carrière
M. Alexandre Maral et Mme Valérie Carpentier-Vanhaverbeke, pour "Antoine Coysevox (1640-1720), le sculpteur du Grand Siècle" (Arthena)
Prix du maréchal Foch
M. Gaïdz Minassian, pour "Les Sentiers de la victoire. Peut-on encore gagner une guerre?" (Passés Composés)
Prix Louis Castex
Mme Armelle Faure, pour "Révolution et sorcellerie. Une ethnologue au Burkina Faso" (Elytis)
Prix Monseigneur Marcel
M. Brenton Hobart, pour "La Peste à la Renaissance. L'imaginaire d'un fléau dans la littérature au XVIe siècle" (Classiques Garnier)
M. Bruno Méniel, pour "Anatomie de la colère. Une passion à la Renaissance" (Classiques Garnier)
Prix Diane Potier-Boès
Mme Claude Denjean, pour "Les Juifs et les pouvoirs. Des minorités médiévales dans l'Occident méditerranéen (XIe-XVe siècle)" (Cerf)
Prix François Millepierres
M. Benoît Rossignol, pour "Marc Aurèle" (Perrin)
Prix Augustin Thierry
M. Pierre-Yves Le Pogam et Mme Sophie Jugie, pour "La Sculpture gothique (1140-1430)" (Hazan)


PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE

Prix Henri de Régnier
M. Camille de Toledo, après "Thésée, sa vie nouvelle" (Verdier)
Prix Amic
Mme Diane Meur, après "Sous le ciel des hommes" (Sabine Wespieser)
Prix Mottart
M. Pierre Ducrozet, après "Le Grand Vertige" (Actes Sud)





samedi 16 janvier 2021

Alexandre Najjar, Grand Prix de la Francophonie

Alexandre Najjar.

L'écrivain libanais d'expression francophone Alexandre Najjar a reçu le jeudi 14 janvier le Grand Prix de la Francophonie 2020. Décerné par l'Académie française et doté de 30.000 euros, il couronne "l'œuvre d'une personne physique francophone qui, dans son pays ou à l'échelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à l'illustration de la langue française."

Né le 5 février 1967, Alexandre Najjar est l'auteur actuellement d'une quarantaine de romans, récits, poèmes et biographies. Il a aussi relancé il y a une quinzaine d'années "L'Orient littéraire", le supplément littéraire du journal "L'Orient-Le Jour" et y contribue lui-même. Il est également avocat.


Bibliographie littéraire
  • "A quoi rêvent les statues?", poésie, Éd. Anthologie, 1989
  • "La honte du survivant", recueil de récits, Naaman, 1989
  • "Comme un aigle en dérive", recueil de récits, Publisud, 1993
  • "Pérennité de la littérature libanaise d’expression française", essai, Éd. Anthologie, 1993
  • "Les Exilés du Caucase", roman, Grasset, 1995
  • "L'Astronome", roman, Grasset, 1997
  • "L'école de la guerre", roman, Balland, 1999; La Table Ronde, La Petite Vermillon, 2020
  • "Athina", roman portant sur la guerre de l’Indépendance en Grèce, Grasset, 2000
  • "Khiam", poésie, Dar An-Nahar, 2000
  • "Le Procureur de l’Empire, Ernest Pinard (1822-1909)", biographie, Balland, 2001; La Table ronde, La Petite Vermillon sous le titre "Le Censeur de Baudelaire", 2011
  • "Le Crapaud", théâtre, FMA, 2001
  • "Lady Virus", thriller, Balland, 2002; Livre de Poche 2004
  • "Khalil Gibran, l'auteur du Prophète", biographie, Pygmalion, 2002; J'ai Lu
  • "De Gaulle et le Liban, essai en II tomes: "Vers l'Orient compliqué (1929-1931)", Éd. Terre du Liban, 2002 et "De la guerre à l'Indépendance (1941-1943)", Éd. Terre du Liban, 2004
  • "Le Mousquetaire, Zo d'Axa (1864-1930)", biographie, Balland, 2004
  • "Le Roman de Beyrouth", roman, Plon, 2005; La Petite Vermillon, 2020
  • "Saint Jean-Baptiste", biographie, Pygmalion, 2005
  • "La Passion de lire", essai en hommage au livre et à la lecture, Éd. librairie Antoine, 2005
  • "Awraq Joubrania", ouvrage en arabe consacré à Khalil Gibran, Dar An-Nahar, 2006
  • "Le Silence du ténor", récit, Plon, 2006; La Table ronde, La Petite Vermillon, 2020
  • "Phénicia", roman, Plon, 2008, Pocket
  • "Un amour infini", poésie, Dergham, 2008
  • "Pour la francophonie", essai, Dar An-Nahar, 2008
  • "Berlin 36", roman, Plon, 2010
  • "Haïti", suivi de "Aller simple pour la mort", poésie, Dergham, 2010
  • "L'Enfant terrible: Michel Zaccour (1896-1937)", biographie, Éd. L'Orient-Le Jour, 2010
  • "Un goût d'éternité", poèmes, Dergham, 2011
  • "Sur les traces de Gibran", essai, Dergham, 2011
  • "Anatomie d'un tyran", essai biographique autour de Mouammar Kadhafi, Actes Sud/L'Orient des livres, 2011
  • "Kadicha", roman, Plon, 2011
  • "L'Homme de la Providence, Abouna Yaacoub", biographie, L'Orient des Livres, 2012
  • "Les Anges de Millesgarden", récit de voyage en Suède, Gallimard, 2013
  • "Gibran", L’Orient des livres, 2013
  • "Dictionnaire amoureux du Liban", Plon, 2014 (lire ici)
  • "Six chants d'amour, recueil de six poèmes mis en musique par Nicolas Chevereau", L'Orient des livres, 2016
  • "Mimosa", récit, Les Escales, 2017
  • "Harry et Franz", roman, Plon, 2018; Mon poche, 2019
  • "Les confessions de Beethoven", L'Orient des livres, 2020
  • "L’amour ne se commande pas", récit autour de Samuel Beckett, L'Orient des livres, 2020
  • "La Couronne du diable", roman, Plon, 2020
Son prochain roman paraîtra aux éditions Plon en août prochain.

Les livres d'Alexandre Najjar parus en 2020, inédit et passages en poche.



J'avais eu le plaisir de rencontrer Alexandre Najjar en juin 2008 à Bruxelles, à l'occasion de la sortie de son roman "Phénicia" (Plon, 228 pages). Voilà ce que j'avais écrit à l'époque.

De Tyr à Beyrouth 
Dans "Phénicia", son nouveau roman, écho au précédent "Roman de Beyrouth" aux trois générations, le Libanais Alexandre Najjar établit un parallèle entre ce qui se passe aujourd'hui à Beyrouth et ce qui s'y est passé il y a deux mille ans, quand la ville s'appelait Tyr. On suit Elissa durant l'interminable siège de sa ville par Alexandre le Grand. Une histoire d'hier, où l'auteur fait parler les deux parties, qui se lit avec grand plaisir, les mots du passé éclairant le présent.

Y a-t-il un message dans votre roman?
J'ai voulu montrer que sur cette terre, la Phénicie hier, le Liban actuel, la tradition de liberté, ou de sa revendication, n'est pas fortuite. Elle se retrouve déjà il y a 2.000 ans dans la résistance de Tyr à Alexandre le Grand.

Comment est né le livre?
J'ai toujours été fasciné par la résistance farouche des Tyriens. Les Phéniciens n'étaient pas du tout belliqueux ni préparés pour lutter. Ils ont tenu tête durant sept mois à l'armée la plus importante de l'époque, avec celle de Darius. C'est aussi par analogie à ce que nous avons vécu durant la guerre où nous étions en lutte contre une occupation. J'ai ressenti la même idée d'enfermement. Le siège par Alexandre m'a rappelé l'attente durant la guerre, et la souffrance qu'elle occasionne, parce qu'on ne sait pas ce qu'on attend: un miracle qui ne vient pas, un obus?

Vous donnez les deux points de vue.
J'ai voulu donner une double perspective du siège de Tyr en partant de l'idée que personne n'a le monopole de la vérité. Tout le livre est une alternance entre le point de vue des Phéniciens assiégés, par la voix d'Elissa, et celui d'Alexandre le grand, l'assiégeant. C'est peut-être ce qui a été le plus difficile pour moi, me mettre dans la psychologie d'Alexandre, voir comment il est passé de l'arrogance au doute, à l'angoisse, à l'euphorie de la victoire et à la revanche. Il ne s'attendait pas du tout à une résistance de sept mois et non de deux jours. Le siège est devenu un duel entre deux honneurs, deux orgueils, deux intelligences. Mais les Phéniciens ont un peu plus de mérite qu'Alexandre parce qu'ils n'étaient pas préparés à la guerre. C'étaient des navigateurs. Ce qui aurait dû être un combat honteusement inégal a été un combat d'égal à égal.


Par ailleurs, le Grand Prix de littérature Paul Morand 2020 (biennal, 45.000 euros) a été décerné au cours de la même séance de l'Académie française au dramaturge, essayiste et peintre Valère Novarina pour l'ensemble de son œuvre. Une œuvre gigantesque, forte d'une quarantaine de titres, publiée chez P.O.L. à partir de 1984 - précédemment il était édité chez Christian Bourgois. Derniers livres parus, à raison d'un par an.







Le palmarès complet des prix de l'Académie française pour l'année 2020 contient 65 distinctions (lire ici et ici).




lundi 5 novembre 2018

Le Femina à Philippe Lançon pour "Le lambeau"

Philippe Lançon, prix Femina 2018. (c) Gallimard.


Vivent les femmes! Les dames du prix Femina réunies au Cercle Interallié tirent les premières dans la grosse semaine des prix littéraires qui s'ouvre ce lundi. Elles couronnent crânement "Le lambeau" de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages) paru en avril de cette année dans la collection Blanche. A l'unanimité moins une voix qui est allée à David Diop. Un livre indispensable que le Goncourt n'avait pas jugé utile de sélectionner parce que non "œuvre de fiction" - à se demander s'il avait été lu.

Philippe Lançon.
(c) C. Hélie/Gallimard.
Le journaliste et romancier, rescapé de l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015, très gravement blessé à la mâchoire, y raconte sa lente reconstruction à la fois physique et spirituelle. Une remontée vers la vie bouleversante qui n'épargne rien, ni les douleurs physiques, ni les douleurs morales. "Le lambeau" est sans doute LE livre de l'année 2018. C'est aussi un chef-d'œuvre et il est réconfortant que le prix Femina lui ait attribué ses lauriers.

Pour lire le début de l'épais "Le lambeau", déjà vendu à 110.000 exemplaires, c'est ici.


Première apparition publique depuis l'attentat de Philippe Lançon, pour le prix Femina.

Le jury du prix Femina est composé d'Eveyline Bloch-Dano, Claire Gallois, Anna-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas (présidente). Le secrétariat est assuré par Anne de Caumont.

Le prix Femina étranger couronne l'Américaine Alice McDermott pour son roman "La neuvième heure" (traduit de l'anglais par Cécile Arnaud, La Table Ronde/Quao Voltaire, 282 pages).

Jim, jeune homme aux grands yeux bleus qui a dû mal à se lever le matin, vient d'être congédié de son emploi aux chemins de fer. Il referme la porte derrière sa femme Annie qu'il a envoyée faire des courses, puis enroule soigneusement son pardessus "dans le sens de la longueur" pour le poser au pied de la porte. Quand Annie reviendra, elle manquera de faire sauter la maison entière en craquant une allumette dans l'appartement rempli de gaz.

Malgré la fatigue et ses chevilles enflées, Sœur Saint-Sauveur, en chemin vers le couvent voisin après une journée à faire l'aumône, prend la relève des pompiers auprès de la jeune femme enceinte et des voisins sinistrés de ce petit immeuble de Brooklyn. Elle tente de faire jouer ses relations pour que Jim soit enterré dans le cimetière catholique où le couple avait acheté une concession, mais la nouvelle du suicide est déjà parue dans le journal. Il lui reste à veiller son corps, en compagnie de l'acariâtre Sœur Lucy et de la novice Sœur Jeanne, en attendant que le croque-mort l'emporte à la fosse commune...

Pour lire le début en ligne, c'est ici.

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Un Prix Femina spécial 2018 pour l'ensemble de son œuvre va à Pierre Guyotat pour "Idiotie" (Grasset, 249 pages), récompensé il y a une quinzaine par le Prix de la langue française de Brive (lire ici).










Enfin, le Femina de l'essai va à la philosophe Elisabeth de Fontenay pour "Gaspard de la nuit, Autobiographie de mon frère" (Stock, 140 pages), un livre où elle explore, entre biographie et cheminement philosophique le parcours de ce "petit frère" de 80 ans dont on saura seulement qu'il est handicapé.

Pour en lire le début en ligne, c'est ici.




Les finalistes du prix Femina

Roman français

  • Emmanuelle Bayamack-Tam, "Arcadie" (P.O.L.)
  • Yves Bichet, "Trois enfants du tumulte" (Mercure de France)
  • David Diop, "Frère d'âme" (Seuil)
  • Michaël Ferrier, "François, portrait d’un absent" (Gallimard)
  • Pierre Guyotat, "Idiotie" (Grasset)
  • Philippe Lançon, "Le lambeau" (Gallimard)
  • Tiffany Tavernier, "Roissy" (Sabine Wespieser)

Roman étranger

  • Javier Cercas, "Le monarque des ombres" (Actes Sud) traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic, avec la collaboration de Karine Louesdon
  • Davide Enia, "La loi de la mer" (Albin Michel) traduit de l’italien par Françoise Brun
  • Stefan Hertmans, "Le cœur converti"(Gallimard) traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
  • Alice McDermott, "La neuvième heure" (La Table Ronde/Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud
  • Gabriel Tallent, "My absolute darling" (Gallmeister) traduit de l’américain par Laura Derajinski
  • Olga Tokarczuk, "Les livres de Jakob" (Noir sur blanc) traduit du polonais par Maryla Laurent
  • Samar Yazbek, "La marcheuse" (Stock) traduit de l'arabe par Khaled Osman

Essai

  • Antoine de Baecque, "Histoire des crétins des Alpes" (Vuibert)
  • Stéphane Beaud, "La France des Belhoumi" (La Découverte)
  • Marc Dugain, "Intérieur jour" (Laffont)
  • Colette Fellous, "Camille Claudel" (Fayard)
  • Elisabeth de Fontenay, "Gaspard de la nuit" (Stock)
  • Laurent Nunez, "Il nous faudrait des mots nouveaux" (Cerf)
  • Dominique Schnapper, "La citoyenneté à l'épreuve" (Gallimard)
  • Marc Weitzmann, "Un temps pour haïr" (Grasset)





samedi 18 février 2017

Deux romancières du XIXe à Bruxelles...

Une des dix cartes postales proposées par les Brussels Book Days.

En écho à une des dix cartes postales créées à l'occasion des premiers "Brussels Book Days" (lire ici), où on peut lire "Au 19e siècle, deux célèbres romancières anglaises sont venues apprendre le français dans une institution pour jeunes filles située rue Baron Horta. De qui s'agit-il?", je propose de lire ou de relire l'excellent roman de Sheila Kohler, "Quand j'étais Jane Eyre" (traduit de l'anglais par Michèle Hechter, Quai Voltaire/La Table Ronde, 2012, 10/18, 2013). Lire ici.
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mardi 15 septembre 2015

La première sélection du prix Décembre


Intitulé Décembre mais remis en novembre, le lundi 2 cette année, le prix Décembre vient d'annoncer quels sont les quatorze livres, romans et essais, qui font partie de sa première sélection. Cinq sont écrits par des femmes. Simon Liberati y trouve une quatrième sélection, Christine Angot une troisième.

Créé en 1999, soutenu par Pierre Bergé, le prix Décembre couronne une œuvre littéraire en langue française publiée dans l'année, quel que soit son domaine, roman, nouvelles, essai...

La sélection
  • Pierre Adrian, "La piste Pasolini" (Editions des Equateurs)
  • Christine Angot, "Un amour impossible" (Flammarion)
  • Jean-Michel Delacomptée, "Adieu Montaigne" (Fayard)
  • Michaël Ferrier, "Mémoires d'Outre-mer" (Gallimard)
  • Stéphanie Hochet, "Un nom anglais" (Rivages)
  • Jérôme Leroy, "Jugan" (La Table ronde)
  • Simon Liberati, "Eva" (Stock)
  • Laure Murat, "Flaubert à La Motte-Picquet" (Flammarion)
  • William Marx, "La haine de la littérature" (Minuit)
  • Judith Perrignon, "Victor Hugo vient de mourir" (L'Iconoclaste)
  • Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset)
  • Sébastien Rutés et Juan Hernandez Luna, "Monarques" (Albin Michel)
  • Monica Sabolo, "Crans-Montana" (JC Lattès)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)
Le jury du prix Décembre 2015 se compose de Josyane Savigneau (présidente), Laure Adler, Pierre Bergé, Michel Crépu, Charles Dantzig, Cécile Guilbert, Patricia Martin, Eric Neuhoff, Dominique Noguez, Amélie Nothomb, Philippe Sollers et Arnaud Viviant.

La prochaine sélection sera dévoilée le mardi 20 octobre.

Pour les sélections des prix Goncourt et Goncourt des lycéens, c'est ici.
Pour celles du Renaudot ici, du Médicis ici, du Wepler ici.




mardi 8 septembre 2015

Premières sélections pour le prix Renaudot


On l'aurait oublié, on serait vite rappelé à l'ordre! La saison des prix littéraires a bel et bien commencé et les annonces de sélections vont se succéder à bon rythme au cours des prochaines semaines. Jusqu'aux finales de la fin octobre et surtout du début du mois de novembre. Le 3 en ce qui concerne le prix Renaudot, chez Drouant, dans une salle voisine de celle qui accueille les jurés du prix Goncourt; le prix Renaudot qui vient de communiquer ses premières sélections ce mardi soir, dix-huit romans et huit essais.

Panier plein pour Grasset, absent actuellement de la liste Goncourt, avec trois romans. Pareil pour le Seuil, Gallimard et Stock en ayant deux chacun. Et la présence de trois romancières dans les dix-huit livres retenus, dont Delphine de Vigan, également en lice pour le Goncourt - tout comme Boualem Sansal et Simon Liberati.

Romans
  • Yves Bichet, "L'Eté contraire" (Mercure de France)
  • Laurent Binet, "La septième fonction du langage" (Grasset)
  • Christophe Boltanski, "La Cache" (Stock)
  • Charles Dantzig, "Histoire de l'amour et de la haine" (Grasset)
  • Agnès Desarthe, "Ce cœur changeant" ( L'Olivier)
  • Delphine De Vigan, "D'après une histoire vraie" (JC Lattès)
  • Fabrice Guénier, "Ann" ( Gallimard)
  • Eric Holder, "La Saison des bijoux" (Seuil)
  • Philippe Jaenada, "La petite femelle" (Julliard)
  • Aram Kebabdjian, "Les Désœuvrés" (Seuil)
  • Arnaud Leguern, "Adieu aux espadrilles" (Le Rocher)
  • Jérôme Leroy, "Jugan" (La Table ronde)
  • Simon Liberati, "Eva" (Stock)
  • Cherif Madjalani, "Villa des femmes" (Seuil)
  • Frank Maubert, "Les Uns contre les autres" (Fayard)
  • Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset)
  • Boualem Sansal, "2084" (Gallimard)
  • Alice Zeniter, "Juste avant l'oubli" (Flammarion)

Essais
  • Pierre Adrian, "La Piste Pasolini" (Les Equateurs)
  • Patrick Besnier, "Henry de Régnier" (Fayard)
  • Serge Bramly, "La Transparence et le reflet" (JC Lattès)
  • Sony Labou Tansi, "Encre, sueur, salive et sang" (Seuil)
  • Frédéric Pajak, "Manifeste incertain 4" (Noir sur blanc)
  • Judith Perrignon, "Victor Hugo est mort" (L'Iconoclaste)
  • Jean-Michel Ribes, "1001 morceaux" (L'Iconoclaste)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)

Les deux prochaines sélections auront lieu les 6 et 27 octobre.

Le jury du Renaudot, présidé cette année par Jean-Noël Pancrazi, se compose de Patrick Besson, Dominique Bona, Frédéric Beigbeder, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jérôme Garcin, Louis Gardel, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli et Jean-Marie Gustave Le Clézio.









mardi 19 novembre 2013

LE entrée dans la tête de Jane Eyre

La littérature réserve d'incroyables bonnes surprises. Par exemple, le roman "Quand j'étais Jane Eyre" de Sheila Kohler (traduit de l'anglais par Michèle Hechter, Quai Voltaire/La Table Ronde, 2012) tout juste passé en poche, chez 10/18. Le troisième traduit en français de l'auteure née en 1942 à Johannesburg, partie en 1981 aux Etats-Unis après avoir passé quatorze ans à Paris. Depuis est sorti cette année un quatrième livre en français d'elle, "L'enfant de l'amour" (Quai Voltaire/La Table Ronde).

Pourquoi cette curiosité pour un roman alors que des centaines d'autres attendent dans la bibliothèque? Le fait que Charlotte Brontë a passé quelques mois à Bruxelles ? Le titre qui intrigue ? Ou tout simplement la baguette d'une bonne fée qui m'a guidée vers ce formidable roman?

Il commence quand Charlotte Brontë veille son pasteur de père, tout juste opéré des yeux. Nous sommes en 1846, à Manchester. C'est dans ce calme que la jeune femme commence à écrire "Jane Eyre", très différent de son premier roman, "Le professeur", malhabile et distancié alors qu'il raconte une peine de cœur. Le vieil homme guéri, toute la famille se retrouve au presbytère de Haworth. Enfin, ce qu'il reste de la famille. La mère est décédée, les deux filles aînées aussi. Dans la sombre bicoque se meuvent les rescapés, le père, sa belle-sœur et quatre enfants : un garçon, le fils unique idolâtré, empêtré dans l'alcool et l'opium, et celles qu'on appellera plus tard les sœurs Brontë. Les trois écrivent, sous un pseudonyme masculin commun, et tentent de se faire publier.

Ce magnifique texte nous entraîne, insensiblement mais de plus en plus profondément, dans la tête de Charlotte Brontë, sensible, souvent blessée, sœur aimable mais aussi jalouse. Il dépasse les événements biographiques pour nous plonger dans les dédales de la création littéraire. Il livre en parallèle un percutant portrait de la société britannique de l'époque en général et de la vie des femmes, combien ennuyeuse, en particulier.

Sheila Kohler explique qu'elle a essayé d'imaginer ce qui avait pu se produire pendant que Charlotte écrivait "Jane Eyre" et comment ce livre a changé la vie des Brontë et de beaucoup de lectrices. "Est-ce que ce sont les moments qu'elle a passés avec son père immobile, impotent, qui lui ont donné la permission d'écrire “ je” sur la page, de s'approcher plus près du matériel qu'elle-même était?"  

"Quand je me pose une question, je commence à écrire", ajoute la romancière. "J’ai choisi des parties de la vie de Charlotte Brontë qui m’intéressaient: la compétition entre les sœurs et le soutien qu’elles se portent les unes aux autres, l’équivalent de nos actuels cours d’écriture".

"Quand j'étais Jane Eyre" nous entraîne dans le sillage de Charlotte Brontë, jeune femme peu gâtée par le destin, à laquelle Sheila Kohler est liée depuis toujours. "J'avais sept ans quand mon père est mort. A cet âge, ma tante m'a lu le premier chapitre de "Jane Eyre". C'était une idée bizarre mais elle a déclenché quelque chose en moi. J'ai commencé à écrire à ce moment-là."

Toute son enfance, la future romancière et professeure universitaire a écrit. Elle a eu ses enfants très jeune. La mort de sa sœur, dans un accident de voiture inexpliqué, a déclenché son premier livre, écrit en trois mois, "par terreur et rage". Refusé, il lui a permis de prendre de la distance.

Depuis, elle se partage entre l'écriture (neuf romans et trois recueils de nouvelles, pas tous traduits) et l'enseignement aux universités de Columbia et de Princeton. Et elle suit à merveille le conseil de l'écrivain J.M. Coetzee: "Quand vous écrivez sur quelqu'un, ne restez pas trop près de la vérité".





Sheila Kohler. (c) Hélène Bamberger.
Sheila Kohler
est aussi depuis toujours une fervente admiratrice de
Charles Dickens



Elle nous confie pourquoi elle aime l'écrivain dans un texte personnel.


"Dickens a été très important dans ma vie comme dans la vie de beaucoup d’écrivains, j’imagine. Ses livres sont peuplés de personnages, souvent mineurs mais qu’on ne peut pas oublier. Ces personnages demeurent peut-être plus vivants dans la mémoire que les vrais membres d’une famille.

Qui pourrait oublier le personnage de Miss Havisham dans "Les Grandes espérances", par exemple? La vieille dame toujours vêtue de sa robe de mariage qui force le pauvre Pip à marcher avec elle autour de la table, couverte de poussière et de toiles d’araignées et présentant les restes du repas de noces? Ou le forçat qui, dans le même ouvrage, apparaît tout un coup, sortant des brumes, renversant le petit Pip, le tenant par les pieds, et lui montrant les tombeaux de sa famille sous cet angle surprenant? 

Comment oublier le bon Joe Gargery ou sa femme qui arrive à mettre des aiguilles dans le pain qu’elle presse contre sa poitrine? Comment oublier Mr. Micawber se tirant par ses propres cheveux dans "David Copperfield", ou le personnage du titre lui-même, qui essaie d’apprendre la sténographie avec autant de difficultés; ou David amoureux et portant des chaussures trop petites pour plaire à sa Dora?

Ces êtres imaginaires sont rendus inoubliables par une phrase ou par un geste qui les expriment parfaitement dans leur entièreté, à moins que ce ne soit qu’un nom ou une simple sensation comme les mains moites de Uriah Heep, aussi dans David Copperfield. Ce sont des personnages exagérés, peut-être, mais rendus éternellement crédibles et vivants par des détails qui nous parlent si éloquemment."