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dimanche 8 décembre 2024

Les différents talents de Kitty Crowther

VU & approuvé
 
Kitty Crowther à la galerie Le Serpent Vert.

Depuis plusieurs années, Kitty Crowther développe en marge de ses albums pour enfants et de ses projets d'illustration  une recherche graphique personnelle. Des visages par dizaines, des petits et des très grands, des papillons, des chouettes, des variations sur le thème des fleurs aquatiques et d'autres sujets. Une exposition réunit une belle série de ces illustrations,  monotypes et peintures récentes dans l'agréable espace de la galerie parisienne itinérante Le Serpent Vert. Sont également proposées une dizaine d'images provenant de ses albums jeunesse, "Le petit homme et Dieu" (Pastel/l'école des loisirs) et " Dans moi" (MeMo).
 
Papillons verts.
(c) K. Cr.
Il est très intéressant de voir comment l'artiste belge, prix Astrid Lindgren 2010, diversifie son art tout en gardant son identité. On peut ainsi voir 80 petits visages en crayons de couleurs de la série Face the day, réalisée durant sa résidence à Fotokino (Marseille) au printemps de l'an dernier. Des monotypes de grands visages sont aussi présents aux cimaises, ainsi qu'une série de papillons verts et une attirante chouette. Sans oublier les études de plantes aquatiques. On y retrouve la sensibilité que l'on connaît dans son travail d'auteure-illustratrice pour la jeunesse où elle fait des merveilles depuis trente ans déjà. En témoignent les originaux des deux albums exposés. 

"Face the day". (c) Kitty Crowther.

Chouette. (c) Kitty Crowther.



Illustrations provenant d'albums jeunesse. (c) Kitty Crowther.

 
Pratique
  • Où? Galerie Le Serpent Vert, 4 rue des Guillemites Paris 75004.
  • Quand? Du mardi au dimanche de 14 à 19 heures jusqu'au 15 décembre.

 

vendredi 19 mai 2017

Anne Leloup, éditrice chez Esperluète et artiste


Anne Leloup.
Après plus de vingt ans d'existence, Esperluète éditions a décidé de se faire mieux connaître du public. Disons plutôt de se faire connaître d'un public élargi car quel amateur de littérature ignore-t-il la maison créée par Anne Leloup - assistée depuis quelques années par Charlotte Guisset -, basée à Noville-sur-Mehaigne (pour les non-Belges et les nuls en géo, c'est dans la province de Namur) mais présente à de nombreux marchés et foires du livre.
Se faire aussi mieux connaître du public international puisque la diffusion en France est désormais confiée aux Belles Lettres, ce qui permet de toucher aussi la Suisse et le Canada.

Esperluète, une maison d'édition dont le logo est un signe typographique afin de signifier le lien entre écrivains et plasticiens (quasi cent cinquante auteurs publiés) et aussi le lien entre le livre et son lecteur (expositions thématiques, rencontres littéraires, lectures musicales, animations...).

Une maison d'édition qui vit sa vie au rythme de dix publications en moyenne par an, apparaissant dans trois catalogues (texte, image, autre).
Soit
  • Collections Littéraires: "En toutes lettres", "L'Estran", "Cahiers" et "Hh istoires" (et "Orbe" à la rentrée)
  • Collections Imagées: "Hors-formats", "Accordéons", "Albums " et "Livres-jeux"
  • Collections En marge: "[dans l'atelier]" et "Hors-Collections"

Une maison d'édition belge et indépendante, membre du groupe des Editeurs Associés (voir ici), qui a notamment repris en février de cette année l'ex-librairie Corti à Paris, en face du Jardin du Luxembourg.

Pour retrouver le catalogue actuel, c'est ici. Tout complet, tout bien fait. Mais il y a aussi les sorties du mois de mai, à savoir une réédition et deux nouveautés.


Un grand amour
Nicole Malinconi 
récit
Esperluète
collection "En toutes lettres"
52 pages, 2015, 2017

La voix et la pensée de Theresa Stangl, la veuve de Franz Stangl, l'ex-commandant du camp d'extermination de Treblinka, après la mort de son mari en 1971.


Chevaux de guerre
poème d'Albane Gellé
accompagné de peintures d'Alexandra Duprez
Esperluète
collection "L'Estran"
48 pages, 2017

Si on sait que la vie d'Albane Gellé tourne autour de la littérature et surtout de la poésie ("Où que j'aille", avec Anne Leloup, Esperluète, 2014), on sait moins qu'elle élève des chevaux chez elle. Elle consacre un délicat et vibrant poème à ceux qui ont servi pendant la guerre 14-18. Ces "chevaux de guerre" qui ont quitté leurs fermes, leurs chemins ou leurs forêts pour entrer dans un conflit innommable. Qui ont troqué le front contre leur maison. Qui ont rencontré d'autres hommes que les leurs. Qui ont accompagné, servi de bouclier, qui ont henni, qui ont marché, qui sont morts, comme souvent leurs cavaliers. Qui ont vécu avec ces derniers le meilleur comme le pire.

Peinture d'Alexandra Duprez (c) Esperluète.

Un texte magnifique, entre vérité et émotion, écrit en regardant des cartes postales de la Première Guerre mondiale, et qui est accompagné d'expressives peintures d'Alexandra Duprez ("Les Cerfs", roman de Veronika Mabardi, Esperluète, 2014, "La petite sirène", conte de Myriam Mallié, Esperluète, 2007)

Peinture d'Alexandra Duprez (c) Esperluète.


Tout amateur de littérature de jeunesse aura aussi une pensée pour le très beau roman pour ados, le premier, de Michael Morpurgo, "Cheval de guerre" ("War Horse", 1982, traduit de l'anglais par André Dupuis, Gallimard Jeunesse, 1984, 2004, 2012), où Joey, cheval de ferme, devient cheval de guerre en 1914.



La Théo des fleuves
roman de Jean Marc Turine
Esperluète
collection "En toutes lettres"
224 pages, 2017

Les souvenirs de la vieille Théodora, enfant du fleuve, née Rom. "Ce roman, j'ai mis vingt ans pour l'écrire", expliquait l'autre jour Jean Marc Turine dans les salons de Passa Porta. "C'est un hommage aux Tziganes et aux Roms, un hommage et un cri d'amour à ces personnes que j'adore. Mon roman traverse tout le XXe siècle et notamment le génocide durant la Deuxième Guerre mondiale. Un génocide qui n'est toujours pas reconnu aujourd'hui, alors que ses proportions sont identiques à celle du massacre des Juifs. En 1987, alors que je faisais un film sur les rescapés des camps nazis, ce sont eux qui m'ont parlé de la situation des Tziganes dans ces camps. Ils sont un peuple sans littérature mais non sans oralité, un peuple sans frontière et pas nomade comme on aime le dire. Je dénonce aussi dans mon livre les conditions de vie des Roms qu'on voit dans nos rues. Et comme toujours, je fais des clins d’œil à mes autres livres, comme "Foudrol" (Esperluète, 2005), sur la Première Guerre mondiale."


Et pour mieux connaître Anne Leloup éditrice, rendez-vous avec Anne Leloup artiste. A l'occasion par exemple de la sortie toute récente, en mars, du livre "Trouvé par terre (notes d'atelier)" (Esperluète, collection [dans l'atelier], 64 pages), réunissant des textes et des œuvres récentes. Un travail personnel de recherche qu'Anne Leloup accomplit en parallèle de ses activités d'éditrice à découvrir absolument. On réalise combien ses différents supports accueillent la continuité de ses explorations sur le trait et la couleur.

Ou du texte. "Je vois le ciel, et la terre, et les arbres, les voitures, la route, les maisons", écrit ainsi Anne Leloup. "Je ne les dessine pas. Je ne vois pas les formes qui m'habitent. Je vois le contour des choses, leur poids, leur mesure. Je vois le temps qui passe, qui use. Je vois les enfants qui courent et la femme qui marche. Je vois les hommes qui vivent, respirent, meurent au moment où je dessine. Et puis, je ne vois plus rien, ne sens rien et commence à suivre le trait qui chemine puis s'arrête."

Des notes d'atelier qui proviennent des carnets de croquis qui accompagnent l'artiste. Petits cailloux blancs dont les mots éclairent un travail ou interrogent son sens.

Les œuvres réunies, plutôt abstraites, posent discrètement la question du dessin et de sa représentation., les blancs, les vides, les passages, mais aussi les visages et les végétaux.

"Dedans", litho. (c) Esperluète.

"Double rouge", litho. (c) Esperluète.

"Feuilles", litho. (c) Esperluète.

"Figuiers", litho. (c) Esperluète.

"Tulipes", litho. (c) Esperluète.



dimanche 9 février 2014

LAET frappée par un fil rouge à l'expo Zurbarán

C'est curieux comme on peut être frappé par un aspect d'une exposition, qui en devient presque un invisible fil rouge, un peu comme une ritournelle est capable de vous hanter l'oreille toute une journée.

Bien sûr, à la rare et splendide exposition Francisco de Zurbarán (1598-1664), qui se tient jusqu'au 25 mai sauf le lundi à Bozar, on est saisi par la force de nombreux tableaux d'une qualité inouïe et d'une modernité rare. Ce sont les œuvres d'un peintre espagnol finalement assez peu connu, dommage, même s'il a été le contemporain de Velázquez et de Murillo, qu'il nous est donné de voir. Certaines sont particulièrement fortes et impressionnantes. C'est le cas des chefs-d’œuvre que sont le "Saint-François" de presque deux mètres de haut qui inaugure la découverte des cinquante toiles rassemblées pour l'expo, ou l'exquise petite nature morte, "Tasse d'eau et rose sur plateau d'argent", un peu plus loin.

"Saint-François d'Assise", Musée d'Art du Milwaukee.

"Tasse d'eau et rose sur un plat d'argent", Londres, The National Gallery.

D'autres huiles magnifiques encore. Des audaces de couleurs, de rendus, de lignes, de compositions.

Mais ce qui m'a frappée lors de ma visite, ainsi que l'amie que j'accompagnais, c'est l'abondance des livres dans les tableaux de Francisco de Zurbarán. Ouverts, fermés, ils sont présents dans la plupart des toiles. Et, une fois qu'on l'a remarqué, impossible de ne pas les rechercher aux cimaises suivantes.

L'exposition est formidable. On a rarement l'occasion d'admirer autant d’œuvres majeures disséminées dans le monde entier. Et le coup des livres peut être un excellent fil rouge pour les malheureux enfants qui seraient traînés à Bozar par leurs parents.

Quelques exemples, venant du dossier de presse. Pour vous laisser le plaisir de découvrir les autres livres peints par Zurbarán sur place.

"Vierge à l'enfant avec Saint Jean-Baptiste", Musée de Bilbao.

"La vision de saint Pierre Nolasque", Madrid, Musée du Prado.

"Frère Jeronimo Perez", Beaux-Arts de San Fernando, Madrid.