Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Editions Bleu autour. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Editions Bleu autour. Afficher tous les articles

samedi 20 juin 2015

Pierre Loti et des vues de Paimpol il y a 125 ans

On pourrait facilement ironiser sur le fait de republier en grand format "Pêcheur d'Islande", le best-seller de Pierre Loti (édition illustrée commentée par Alain Quella-Villéger et Bruno Vercier, Bleu autour, 310 pages) en ce mois de juin 2015. Le livre, le plus célèbre de l'auteur, sortit en 1886 chez Calmann-Lévy, et fut immédiatement plutôt bien accueilli.

On pourrait ironiser et on aurait doublement tort.

D'abord parce que le choc thermique entre le titre et la température attendue en juin est loin de se réaliser cette année. A peine 13° à Bruxelles ce samedi soir - un peu comme il y a deux cents ans à Waterloo...

Ensuite parce que ce roman plus que centenaire est avant tout une histoire d'amour et même une histoire d'amour impossible. Sur fond de mer évidemment, et de Bretagne. Tragique et moderne, intemporel. On suit Gaud, la jeune fille qui était riche, et Yann, le sauvage pêcheur pauvre, dans leurs manœuvres d'approche puis dans ce que va apporter ce coup de foudre féminin. Dans le contexte âpre des saisons de pêche de l'époque et avec la mer en personnage omniprésent.

(c) Edmond Rudaux, collection particulière.

La version enrichie qu'en publient les éditions Bleu autour est particulièrement réussie. Elle est illustrée de photos remarquables d'Edmond Rudaux, et de gravures que composa le peintre à partir de ces plaques de verre. Une édition illustrée, dite d'"étrennes", de "Pêcheur d'Islande" parut en effet à l'automne 1892 proposant 128 gravures sur bois de Jules Huyot d'après les compositions d’Edmond Rudaux. Un numéro de "L'Univers illustré" de décembre 1892 publia aussi neuf des compositions de ce dernier, lequel expliqua s'être rendu à Paimpol vers 1890-1891 pour photographier les lieux et les personnes du roman. Une trentaine de ces plaques de verre ont été retrouvées en 1997, et numérisées. Elles ont servi à l'illustration de cette superbe édition et permettent de mieux comprendre la composition des gravures qu'elles ont inspiré et qui figurent également dans le livre.

(c) Edmond Rudaux, collection particulière.

Une belle préface remet l'écriture de "Pêcheur d'Islande" dans le contexte de l'époque de son écriture et de la vie de Pierre Loti. Les auteurs étudient autant le style que l'histoire du roman et indiquent comment il fut reçu à sa sortie. Des informations précieuses et passionnantes.

Après le roman en lui-même viennent d'autres chapitres très intéressants, pages manuscrites, analyse de la part imaginaire et de la part sociale, les conséquences pratiques qu'eut la sortie du livre ainsi que les critiques qu'un tel succès de librairie s'attira.

Tous ces éclairages sont extrêmement passionnants et permettent de mieux comprendre un roman toujours moderne qui s'enrichit ici de nombreuses images jamais vues.

On veut encore des classiques ainsi revisités. "Pêcheur d'Islande" de Pierre Loti est le troisième dans cette collection, après "Le Grand Meaulnes" d'Alain-Fournier en 2013 (lire ici) et "Visites aux paysans du Centre" de Daniel Halévy en 2012.


(c) Edmond Rudaux, collection particulière.



lundi 25 novembre 2013

LD couvre "Le Grand Meaulnes" en grand format

De mon temps, on entrait souvent en littérature avec "Le Grand Meaulnes",  d'Alain-Fournier, "Le lion", de Joseph Kessel, "L'étranger" d'Albert Camus et/ou "Le vieil homme et la mer" d'Ernest Hemingway.
Des bouquins formidables, tapis rouges vers des tas d'autres lectures exaltantes, qu'on découvrait bien entendu en format de poche, date de parution et budget obligent.

Il m'a donc fallu attendre que "Le Grand Meaulnes" ait cent ans pour le voir en belle collection! Le livre était en effet sorti fin octobre 1913 chez Émile-Paul Frères; il sera réimprimé plus de dix fois cette même année et manquera de peu le prix Goncourt attribué le 3 décembre au onzième tour de scrutin. A noter encore que le texte d'Alain-Fournier avait été prépublié de juillet à novembre 1913 dans "La Nouvelle Revue Française".


"Le Grand Meaulnes", de Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier (Bleu autour, 272 pages, diffusion Harmonia Mundi), est une remarquable réédition, pensée à l'occasion du centenaire du livre. La couverture,  création de Claire Forgeot, reflète bien l'atmosphère du roman. La préface est signée Pierre Bergounioux et le livre est complété de photos et de éclairages inédits d'écrivains, d'historiens et de journalistes, une édition pilotée par Bernard Stéphan.

Ce qui est assez amusant, c'est que les Editions Bleu autour sont établies non loin d’Épineuil-le-Fleuriel (Cher) où se noue l’intrique du roman d’Alain-Fournier. Le premier, d'inspiration autobiographique, et le seul complet puisque l'auteur mourra l'année suivante, à 27 ans, sur le front des Hauts de Meuse. La Grande Guerre avait commencé...

Alain-Fournier.
Ce livre initiatique, tragique aussi, a marqué des générations de lecteurs, par sa quête d'ailleurs et d'absolu.

Qui ne se souvient des premières lignes écrites par Alain-Fournier:
"Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189...
Je continue à dire "chez nous", bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n'y reviendrons certainement jamais.
Nous habitions les bâtiments du Cours supérieur de Sainte-Agathe. Mon père, que j'appelais M. Seurel, comme les autres élèves, y dirigeait à la fois le Cours supérieur, où l'on préparait le brevet d'instituteur, et le Cours moyen. Ma mère faisait la petite classe..."

Qui ne se rappelle des personnages: Augustin Meaulnes d'abord, 17 ans, orphelin de père, admiré par sa mère, en quête d’amour absolu et de perfection. François Seurel, le narrateur du roman, 15 ans, enfant unique, l’ami fidèle et constant du Grand Meaulnes. Yvonne de Galais, la belle jeune fille du Domaine des Sablonnières, rencontrée au bord de l’étang et au cours de la promenade en bateau, l’image de la pureté inaccessible et l’objet d’un désir impossible. Frantz de Galais, le frère de la précédente et son opposé complet. Le "Domaine mystérieux", où a eu lieu la "Fête étrange" et la "Rencontre " du héros avec Mademoiselle Yvonne de  Galais.

Qui n'a frémi devant cette merveilleuse histoire d'amour, pleuré à cause des forces contraires et vibré aux dernières lignes: "Et déjà je l'[Augustin Meaulnes] imaginais, la nuit, enveloppant sa fille dans un manteau, et partant avec elle pour de nouvelles aventures".



Création originale à l'occasion du centenaire. (c) Claire Forgeot.