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jeudi 6 avril 2023

Cinq moments de la Foire du livre de Bruxelles

Louis Joos.


Record d'affluence pour la 53e Foire du livre de Bruxelles qui s'est tenue à Tour & Taxis du 30 mars au 2 avril. Les organisateurs annoncent qu'elle a généré 80.000 tickets. S'ils n'ont peut-être pas tous donné lieu à une visite, il y a eu un monde inouï dans les allées tout au long du week-end. Et partout, une fois que la signalétique avait été améliorée, indiquant en grand que la visite se poursuivait dans un autre bâtiment, celui de la Gare Maritime. Comme chaque fois, il y a eu les auteurs qui généraient des files incroyables de chasseurs d'autographes, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Grégoire Delacourt pour ne citer qu'eux, et il y a eu ceux qui ont attendu le client/le lecteur. Comme chaque fois, il y a eu les maisons d'édition et les librairies qui ont super bien vendu, et il y a eu les maisons d'édition et les librairies qui ont dû remballer leur stock. Comme chaque fois, il y a eu les rencontres qui faisaient salle comble et il y a eu celles où les sièges sont restés vides. C'est la loi d'une Foire du livre à Bruxelles, le côté positif 2023 étant l'enthousiasme des visiteurs qui y sont revenus en masse.


Louis Joos à l'honneur

Parmi les rencontres peu suivies, celle organisée dimanche après-midi autour de Louis Joos. Notre merveilleux illustrateur était accompagné de Rascal, son vieux complice, et de son ami auteur-illustrateur Pascal Lemaître. La conversation précédait la remise, des mains de Nadine Vanwelkenhuyzen, directrice générale adjointe au Service général des Lettres et du Livre, du Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sa contribution au rayonnement de la littérature jeunesse en Belgique francophone.  Un maigre public d'une petite vingtaine de personnes, membres du jury l'ayant couronné, membres d'une fondation privée, personnes de sa maison d'édition ou famille du lauréat. Quel dommage!

Quoi qu'il en soit, ces lauriers sont une excellente nouvelle et une juste consécration, couronnant un immense artiste en littérature, jeunesse, BD et jazz, et en peinture (lire ici). Autre motif de réjouissance, la sortie en septembre d'un nouvel album jeunesse illustré par Louis Joos sur un texte de Rascal, "Buffalo Kid" (l'école des loisirs, Pastel). Cette histoire de bisons en Amérique arrivera plus de dix ans après la précédente, "Mère magie" (texte de Carl Norac, même éditeur). Un projet dont Louis Joos m'avait déjà parlé fin 2017 (lire ici en pages 32 à 37). Un album qui s'est créé comme les précédents du duo Rascal-Louis Joos: le premier compose une ébauche de texte, le second dessine et fait quelques suggestions, le premier écrit le texte définitif sur base des dessins réalisés.

Editeur jeunesse écoresponsable

Maison d'édition jeunesse créée à Nantes en 2019, La cabane bleue publie des livres illustrés pour sensibiliser les enfants à la protection de la planète dans une démarche 100 % écoresponsable. C'est-à-dire, quatre titres par an maximum, bien conçus et accompagnés, tous sur le même format pour optimiser l'impression réalisée en France, sans couverture à pelliculage plastique, avec des droits d'auteur supérieurs à la moyenne, distribués en Belgique par Makassar.

Les titres des différentes collections montrent bien combien chaque album apparaît original dans l'océan de livres jeunesse publiés sur tout et n'importe quoi. La collection "Mon humain et moi" présente des personnes célèbres par le biais de leur animal. "Les herbes folles" évoquent la nature et l'écologie autrement. "Suis du doigt" invite l'enfant à déterminer son parcours dans les pages qui lui présentent une espèce menacée. "Les histoires" réunissent des fictions sur les questions écologiques. Catalogue complet ici.

Aglaé, par Giulia Vetri. (c) La cabane bleue.

Revenons sur l'album documentaire "Charles et moi" d'Emmanuelle Grundmann aux textes et Giulia Vetri aux illustrations (La cabane bleue, 2019, 28 pages). Bien sûr, il y sera de la découverte de la théorie de l'évolution par Charles Darwin. Mais toute l'originalité de l'album tient dans le fait que la narratrice en est Aglaé, le poulpe que le naturaliste a capturé en 1832 près des îles du Cap-Vert et installé dans un bocal posé sur son bureau à bord du Beagle. Aglaé nous raconte l'homme en face d'elle, ses recherches, ses découvertes et l'évolution de leur relation. Un point de vue original et percutant porté par de somptueuses illustrations. Dès 8 ans.


Poésie jeunesse voyageuse

Quelle belle rencontre que les mots de la Belge Béatrice Libert et les dessins de Kotimi, une Japonaise vivant depuis longtemps à Paris (lire ici). Leur recueil de poèmes, "Voyages à perdre haleine" (Motus, 64 pages) est une puissante invitation à bouger. Qu'on soit une valise, un voyageur, un chapeau, un vaisseau spatial, un éléphant ou un escargot... C'est que chez la poétesse à la belle imagination, à la toute aussi grande tendresse et à l'humour très présent, tout peut voyager. Les humains comme les animaux ou les objets. Cela donne lieu à de formidables petits textes, souvent fantaisistes, où la première phrase ne permet en général pas de deviner la dernière. Ce merveilleux pouvoir de la poésie de tout déménager est transcendé par les illustrations de Kotimi qui a réinterprété chaque poème pour le porter encore plus loin. Combien de kilomètres parcourt-on dans cet excellent recueil? La question ne demande pas de réponse car le plus important est l'envie de remuer, de bouger, de voyager, que distillent irrésistiblement toutes ces doubles pages. Pour tous dès 6 ans.

In "Voyages à perdre haleine". (c) Motus.


Multiples familles animales

On ne cesse de parler de la multiplicité des familles chez les humains. Qu'en est-il chez les animaux, s'est demandé Karine Granier-Deferre dans son premier album documentaire junior, "Naître animal", fort bien illustré par Marie Caudry (Casterman, 48 pages). En vingt-six histoires, elle démontre que chez les animaux, la famille est tout aussi diversifiée que chez les humains, lesquels apparaissent en dernière double page. Il y a ceux qui inversent les rôles traditionnels comme la hyène. Il y a des mères célibataires, chez l'orang-outan par exemple. Il y a ceux qui changent de sexe par nécessité, cela arrive chez le poisson-clown et chez l'albatros.

L'auteure nous raconte tout cela avec force détails dans de petits textes ciselés, aux titres littéraires, le noms des espèces présentées apparaissant dans le cartouche scientifique. Ils sont superbement accompagnés par les dessins de Marie Caudry.

Présente à la Foire du livre de Bruxelles, Karine Granier-Deferre a répondu à mes questions.

Pourquoi "Naître animal"? "C'est un documentaire différent. Il fait écho aux changements de modèles familiaux dans la société. Je ne porte pas de jugement mais je veux montrer aux enfants les différentes familles qui existent. C'est une façon de parler de la différence, d'inciter à ne pas souffrir de la différence. Quand on voit toutes ces différences, on comprend que plus personne ne l'est, puisqu'on est tous différents. J'ai fait énormément de recherches, j'ai beaucoup lu, je me suis constitué mon réseau, j'ai échangé avec des chercheurs. J'ai fait un livre d'éthologie, de comportement."

Comment avez-vous établi votre sélection? "Je présente 26 animaux, dont l'être humain en finale. Pour les choisir, j'ai pris un peu dans toutes les espèces, avec des schémas très  différents, contre les clichés répandus comme celui que chez les mammifères, ce sont les mamans qui s'occupent des petits et non les papas. J'ai aussi opté pour des animaux qui plaisent aux enfants."

L'histoire qui vous a le plus étonnée? "Le nombre d’animaux qui grandissent sans parents. Autres étonnements: sur les quatre types de hyène, le fait qu'une soit complètement différente, et aussi que les campagnols soient les plus proches de la famille nucléaire."

Pourquoi Marie Caudry? "C'est l'éditeur qui a choisi l'illustratrice. J'aime le côté onirique de Marie Caudry, proche du conte. Elle a créé un vrai rapport texte-images, sans anthropomorphiser mais avec une touche affective pour l'émotion. Elle a choisi un pantone orange comme fil conducteur entre tous ses dessins."


La tortue Arrau. (c) Casterman.


Une plume adulte à suivre

Son recueil de nouvelles s'intitule "Incisives" (Lamiroy, 233 pages). Normal, Caroline Wlomainck y montre les crocs dans une écriture au scalpel épinglant divers faits de notre société. Cinq textes courts bien mordants qui, en réalité, enchantent. Qui secouent, dégoûtent, sidèrent et perturbent. Dans le bon sens du terme.
On avait découvert la Tournaisienne  en septembre dernier sous le nom de Kro. Déjà les crocs. Elle prêtait sa plume à une voyante, "Madame Irma" dont elle a égrené les lettres en deux volumes, "Perles fines" (lire ici), suivi en janvier de "Perles rares" (Lamiroy).

Sous son nom, Caroline Wlomainck se lançait aussi en janvier dans la nouvelle, plutôt noire, avec l'excellent opuscule "Little paradise" (Lamiroy, lire ici). Un texte qui se retrouve au milieu du recueil "Incisives" tout juste paru. Avant, dans un texte à deux voix, un jeune couple de "Vautours" qui se montre aimable avec sa vieille voisine, dans l'unique but de lui rafler sa maison au joli jardin. Sans imaginer que la fine Eliane allait déployer de redoutables ruses. Dans "Débordement", un journaliste déçu et dégoûté par l'ultralibéralisme décide de faire justice lui-même. Il enlève le big boss d'une multinationale de l'agroalimentaire, un pourri de la pire espèce. Ce sera la grande malbouffe! Des scènes incroyables et une finale inattendue. 

Après "Little paradise" arrive un texte tout aussi incisif, "Eté 89", où un ancien gamin se remémore les étés de sa jeunesse, au camping dans le sud. Les balades avec son meilleur ami, les explorations, les découvertes, les paris et les défis… Un texte à deux voix, leurs surnoms de l'époque, vingt ans plus tôt, car le destin a sacrément rebattu les cartes des inséparables. Enfin, "Joker" porte un grand coup dans la vie de couple. Vingt-cinq ans après leur mariage, Fred, le narrateur, travaille toujours (à la police) mais Hélène tourne en rond (syndrome du nid vide). Les bonnes intentions suffisent-elles?

Dans ces cinq nouvelles, Caroline Wlomainck pointe d'une écriture acérée, porte la plume, comme on disait avant, dans ce qui émerge de notre monde, l'argent, encore l'argent, le couple, les remords... Elle a de l'imagination et du style. Elle nous secoue pas mal et ça fait du bien.




mardi 24 janvier 2023

Au paradis de Caroline


Sous le pseudonyme de Kro, enfileuse des perles épistolières de Madame Irma (lire ici), on trouve donc Caroline Wlomainck, auteure d'une redoutable première nouvelle dans la célébrissime collection "Opuscule" des éditions Lamiroy où elle occupe la 273e place. Donnant alternativement la parole à Camille et Max qui se disputent une xième fois, "Little paradise" nous glisse les mots d'une femme qui veut encore croire à la passion et à l'amour même si elle sait que le jeune bébé est un volcan pour son couple et ceux d'un homme qui se révèle tel qu'il est.

Ce jour-là, Max a claqué la porte et est parti. Et les vacances dans le Sud prévues? Camille décide de prendre quand même la route avec le petit Sam. Destination, leur mas en Provence, acheté deux ans plus tôt et dénommé "Little Paradise". Si on ne va évidemment pas révéler ce que l'un et l'autre expriment à tour de rôle, on va tout de même signaler qu'on est là face à une nouvelle noire, très noire même, de très haute qualité.

D'autres "Opuscules" ici.



dimanche 16 octobre 2022

Les perles épistolières de Madame Irma

Une question. (c) Lamiroy.

Qui ne connaît une Madame Irma? Celle qui démarche par téléphone, celle qui glisse des publicités dans les boîtes aux lettres... Ce sont de fausses Madame Irma, on le sait bien. Car la vraie Madame Irma se tient derrière sa boîte aux lettres liée à un compte bancaire suisse. Elle vient de rassembler ses meilleurs échanges de courrier dans le livre illustré "Madame Irma, Perles fines", par l'intermédiaire de la Tournaisienne Kro, de son vrai nom Caroline Wlomainck, (Lamiroy, 88 pages). Une farce pleine d'humour qui, l'air de rien, passe au crible notre mode de vie.


Sa réponse. (c) Lamiroy.

L'album se présente sous forme de questions-réponses. A gauche, le problème soumis par un(e) correspondant(e), posé sur une photo pleine page en lien. A droite, sur fond clair, la solution proposée par Madame Irma, laquelle annonce traiter d'amour, d'argent, de santé, de boulot, d'amitié..., illustrée par la voyante dont les vêtements et la boule de cristal s'assortissent à la photo de gauche.

Si elles sont fines, les perles de Madame Irma sont aussi référencées que noires. Allusion aux chanteurs Daniel Balavoine, Alain Souchon et Yves Duteil ici, conseils complètement inattendus là. Farfelus, terre à terre, désinvoltes jouant sur les mots ou les situations. Quand ils ne sont pas carrément diaboliques, Madame Irma ne connaissant pas la solidarité féminine mais réclamant systématiquement ses dix euros de consultation. Une dérision bienvenue.

On sourit aux premières pages, la banane s'élargit aux suivantes. On rit et on est cuit. Il faudra lire les conseils de Madame Irma jusqu'au bout, sans marquer de halte. C'est tout notre société qui défile dans les questions, foot à la télé, ronflements nocturnes, religion, cancer incurable, obsessions diverses, vie de couple, loterie, grossesse mystère, émissions TV, mariages arrangés, choix des prénoms, etc. Quant aux réponses, elles font rire aux éclats quand leur rédactrice apparaît comme une nouvelle Madame Sans-Gêne. Elles font aussi parfois frémir tant Madame Irma met le doigt sur ce qui coince. La boule de cristal de la voyante est un miroir infaillible de notre société. A-t-elle tout vu? Peut-être pas car le titre du recueil est précédé d'un mystérieux 1.

Une autre question. (c) Lamiroy.

Sa réponse. (c) Lamiroy.









lundi 3 octobre 2022

Plaisir et liberté chez Amélie Nothomb

Nausicaa Dewez.


Diantre! Covid ou non, le temps file et nous voilà déjà à la vingt-cinquième parution de "L'article", mensuel littéraire belge composé d'un seul article de 5.000 mots (Editions Lamiroy) et inauguré en septembre 2020 (lire ici). La troisième année s'ouvre avec notre chère Amélie Nothomb nationale (lire ici), croquée dans un "article" de Nausicaa Dewez intitulé "Shéhérazade père et fille". Un point de vue original et passionnant sur le "métronome de la rentrée littéraire" depuis trente ans par la rédactrice en chef du blog des Lettres belges francophones, "Le Carnet et les Instants".

D'entrée de jeu, Nausicaa Dewez fait remarquer qu'Amélie Nothomb n'est pas prophète dans son pays: snobée par les prix littéraires nationaux, elle est bien davantage reconnue par les jurys en France. Elle se lance ensuite dans une exploration sans a priori de l'œuvre de "son" auteure, au départ de "Mauvais sang", magnifique roman de l'an dernier couronné par le prix Renaudot, écrit à la première personne et consacré au père de la romancière avant sa naissance (lire ici). Nous voilà à Shéhérazade, ce procédé qui a sauvé la vie à Patrick Nothomb diplomate, une figure qui était déjà apparue dans d'autres livres de sa fille. "Le pouvoir de la littérature, la puissance de Shéhérazade ne s'entend pas sans le plaisir", analyse le texte. Plaisir et liberté d'inventer dans le chef d'Amélie Nothomb au point de ne pas toujours paraître crédible à ses débuts. Plaisir de se raconter dans des romans mariant fiction et autobiographie, liberté de devenir le personnage du livre, plaisir et liberté d'inventer des personnages et de leur donner des noms. En cinq mille mots, Nausicaa Dewez cerne Amélie Nothomb sans jamais l'enfermer. Un "article" libre et plaisant.



Il y a quelques mois, un autre numéro du mensuel littéraire belge se faisait remarquer par son brio et sa documentation, "Arthur Conan Doyle: Puis-je marier Sherlock Holmes?", celui d'Isabelle Chevalier (Lamiroy, mars 2022, #18). Tout est présent dès le titre. Peut-on distinguer le héros de l'auteur? Isabelle Chevalier a enquêté autant sur le désamour qu'Arthur Conan Doyle vouait au Sherlock Holmes qu'il avait créé, préférant se tourner vers d'autres horizons et constamment ramené par le public à celui qu'il ne voulait plus voir que sur cette réalité, cette humanité, qu'ont donnée les lecteurs à un enquêteur de papier tellement aimé. C'est documenté, passionné, passionnant et aussi très amusant quand on réfléchit à ces deux questions qui émaillent l'histoire de la littérature.


D'autres notes sur d'autres "Articles" ici.

Parutions
  1. "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", un article de Gorian Delpâture - octobre 2020
  2. "Jacques De Decker: L'immortel de l'Académie royale de Belgique", un article de Véronique Bergen - novembre 2020
  3. "Arno: Le roi des belges", un article de Thierry Coljon - décembre 2020
  4. "Victor Hugo: Les années d'exil et d'écriture à Bruxelles", un article de Marc Meganck - janvier 2021
  5. "Bernard Werber: Les Fourmis, trente ans après", un article de Jérémy Guerineau - février 2021
  6. "Camille Lemonnier: Et s'il entrait dans la Pléiade?"un article de Frédéric Saenen - mars 2021
  7. "Jean-Patrick Manchette: le franc tireur du roman noir", un article de Jérémy Bouquin - avril 2021
  8. "Bob Marley: Des paroles dures et militantes au message d'amour universel", un article de Brice Depasse - mai 2021
  9. "H. P. Lovecraft: L'horreur en grande profondeur", un article de Arnaud de la Croix - juin 2021
  10. "Julos Beaucarne: La poésie comme royaume", un article de Jean Jauniaux - juillet 2021
  11. "Marguerite Duras: Aimer les huîtres, la mer, le tout. Aimer Duras.", un article de Michel Zumkir - août 2021
  12. "Marc Levy: Et si c'était lui...", un article de Xavier Huberland - septembre 2021
  13. "Jean Ray: Un écrivain au pied marin", un article de François Crunelle - octobre 2021
  14. "Jim Morrison: Un poète américain", un article de Gorian Delpâture - novembre 2021
  15. "Henri Vernes : L'aventure est éternelle", un article de Christophe Corthouts - décembre 2021
  16. "Emmanuelle Arsan: Un prénom davantage qu'un visage", un article de Daniel Bastié - janvier 2022
  17. "Eddy Mitchell: Claude Moine est un (rock) auteur", un article de Alain Magerotte - février 2022
  18. "Arthur Conan Doyle: Puis-je marier Sherlock Holmes?", un article d'Isabelle Chevalier - mars 2022
  19. "Pierre Rapsat: Un artiste d'eau douce", un article de Guy Delhasse - avril 2022
  20. "Émile Verhaeren: Balades dans les pas du poète", un article de Kate Milie - mai 2022
  21. "Gilbert Keith Chesterton: Le Père Brown, détective céleste", un article de Jean-Baptiste Baronian - juin 2022
  22. "Marcel Proust: Tant de jours sont venus se placer dans le Temps", un article d'Eric Lamiroy - juillet 2022
  23. "Sacha Guitry: Ça rend fou, la littérature", un article de Gaëtan Faucer - août 2022
  24. "Hervé Guibert: Les ombres blanches de l'ange", un article de Stéphane Maton-Vann - septembre 2022
  25. "Amélie Nothomb: Shéhérazade Père et Fille", un article de Nausicaa Dewez - octobre 2022
A venir
  • "Michel Audiard: L'homme à la casquette à carreaux qui en avait sous le capot", un article d'Alain Magerotte - novembre 2022
  • "Christian Dotremont: Cent ans", un article de Georges A Bertrand - décembre 2022
  • "Georges Simenon: Les pendules de Saint-Pholien", un article de Guy Delhasse - janvier 2023
  • "Molière: Le malade imaginaire est mort il y a 350 ans", un article de Gaëtan Faucer - février 2023
  • "Pierre Louÿs: Entre sexe et silence", un article de Luc Dellisse - mars 2023
Illustration des couvertures: Hugues Hausman
Informations et abonnements à "L'article" ici.


mardi 31 août 2021

Un million de mots assemblés en "Opuscules"

Isabelle Bary.

Le 13 août 2021, un vendredi comme il se doit, la collection "Opuscules" des Editions Lamiroy voyait paraître son 200e volume, "Tout ça pour ça" d'Isabelle Bary. Une nouvelle de cinq mille mots, préfacée pour l'occasion par le chroniqueur Michel Dufranne, toujours dans ce séduisant petit format 10 x 14 cm qui se glisse facilement en poche, le temps d'un trajet en tram ou en bus. Deux cents "Opuscules" en moins de quatre ans, un fameux défi que cette idée de nouvelle hebdomadaire lancée le 1er septembre 2017. Un défi relevé haut la main qui donne l'occasion de lire des auteurs confirmés et des débutant prometteurs. Une collection qui remporte un tel succès que l'éditeur avertit que désormais "un auteur déjà publié dans cette collection ne sera plus publié à l'avenir pour donner la chance au plus grand nombre".


"Tout ça pour ça" est une nouvelle réjouissante, qui bouscule joyeusement le petit monde du livre et de l'édition. Isabelle Bary n'a pas peur de se moquer de ses travers et d'en faire le moteur de cette histoire dont le fil rouge est un chauffeur de taxi marocain, Ahmed. On y est surpris quand un mal mystérieux frappe le monde des lettres qui se retrouve dans le même hôpital avec de curieux symptômes. On s'y amuse beaucoup devant cette liberté de ton et on se rappelle du titre de ce film déjà ancien, "Et la tendresse, bordel?"


D'autres "Opuscules" ici.
Info et renseignements sur la collection ici.

mercredi 14 avril 2021

Une "vie de merde" désamorcée

#belgicothèque 4

Anne-Sophie Vandevoorde.


Quelles sont les fées qui se sont penchées sur le berceau de Léa? La jeune femme est née à Bruxelles, ses parents sont sales, elle ne sait rien ou pas grand chose. Le jour où elle rencontre Boris, plutôt mauvais garçon, son destin est tracé. Léa termine l'école secondaire enceinte et découvre l'amour en donnant naissance à Clément. Au fond des tripes, Léa a la volonté, le désir absolu, de sortir de cette "vie de merde". Un fait divers lui en donne l'occasion. La petite famille s'installe à Masbourg, à 120 kilomètres de Bruxelles. Une nouvelle vie commence pour Léa et Clément tandis que Boris se laisse aller chaque jour davantage à ses démons. Jusqu'à la violence de trop. Car Léa est prête à tout pour son bonheur et celui de son fils. Avec "Une petite ambition" (Lamiroy éditions, Opuscule #174, 40 pages), Anne-Sophie Vandevoorde cisèle une nouvelle noire et lumineuse à la fois.

Infos et renseignements ici.






La nature, cette force surnaturelle

#belgicothèque 3

Patrick Delperdange.


Dans cette campagne, il n'y a plus de champs de blé. A peine y pousse-t-il péniblement de l'orge ou du sarrasin. Dans cette campagne, il n'y a plus de vaches aux prés. Mais dans cette campagne, il y a un natif, le Champenois, qui contemple le désastre. Il y a aussi sa femme, Catherine, qui fait les comptes. Quand il y a des comptes à faire, vu le désastre économique annoncé. Et puis il y a ce Thierry Chastain, spécialisé dans les subventions à demander à l'Europe, moyennant un petit dédommagement. Au début de l'opuscule, tout le monde a l'air plus ou moins content. Mais en chemin...

Patrick Delperdange nous déroule une impeccable et implacable nouvelle: "Nous n'irons plus au bois" (Editions Lamiroy, Opuscule #173, 36 pages) est acide à souhait, avec juste ce qu'il faut de mots.

Infos et renseignements ici.

jeudi 8 avril 2021

Le jubilatoire sergent-chef de Jean-Louis Sbille

#belgicothèque 2

Jean-Louis Sbille en pleine lecture.


Les romans en librairie ne vous tentent pas? Trop tristes, trop lourds, trop dramatiques, trop longs, trop légers, trop gnangnan, trop... Optez alors franchement  pour "Sergent-Chef Massamba", le dernier-né de Jean-Louis Sbille (Editions Lamiroy, 124 pages). Vous serez étonné, amusé, dépaysé, bousculé, bref comblé à tous points de vue, littéraire compris. Une intrigue complètement improbable, des rebondissements incroyables, une écriture déjantée et une maîtrise telle pour enchevêtrer tout ça qu'on ne lâche pas le bouquin une seule seconde. Au contraire! Ce sont des "oh, comme il ose" et des "ah, il nous emballe".

"Sergent-Chef Massamba", c'est un texte qui dépote et un écrivain qui cache bien son jeu. Quand Sbille nous fait rencontrer son narrateur, Alexandre, 40 ans, bon vivant, amateur de femmes, producteur de son état, homme pressé, un peu raté, et un vieillard africain qui a été tirailleur sénégalais pendant la guerre, n'a rien oublié de la sagesse prophétique de son pays, on ne sait pas où il va nous emmener. Du premier au dernier chapitre, son texte apparaît complètement imprévisible. Pas tant que ça sans doute car on y mord. Et pas qu'un peu. La rencontre des deux personnages principaux a lieu pas loin de l'aéroport. Le premier a crevé un pneu, le second arrive à pied, une petit valise à la main. Le premier ne sait réparer que les pneus de vélo, le second s'occupe de tout en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Le temps du roman, Jean-Louis Sbille entretiendra ses lecteurs de quelques dizaines de digressions et d'incises. On rit beaucoup, on s'émeut un peu. Et on accompagne le duo dans une enquête familiale urgente qui va le mener chez le commandant Robert à Bruxelles d'abord jusqu'à une fermette en Alsace. Abandonnées, les galipettes avec Miss Kisskiss. Mais le narrateur a de quoi les remplacer avec des lettres vieilles d'un demi-siècle, des conversations sur mille sujets, des aveux et des secrets. Déjanté et jubilatoire, ce roman cache une approche originale de l'histoire récente et révèle une belle histoire d'amour. A lui seul, "Sergent-Chef Massamba" conjugue un road-movie, un polar, une satire de la société, une caricature de l'économie actuelle et glisse de multiples sujets de réflexion sur la vie, l'amour, l'amitié et la mort. OK OK Go, on y fonce.




lundi 1 février 2021

La rage de vivre de Vicky

Pilar Pujadas.

Une escapade mensuelle, le premier vendredi du mois, pendant une dizaine d'années. Destination, la maison de Vicky, en dehors de Bruxelles, où la vieille dame, figure du milieu culturel, accueille ses deux jeunes amies, Anita et la narratrice. Le rituel s'est arrêté sur une dispute six mois plus tôt. Le rituel ne reprendra pas car Vicky, 88 ans, est morte sans que le trio se revoie. Le temps d'un dernier voyage vers la maison vide de Vicky, les deux amies s'interrogent. Sur leur voyage? Pour souffrir, par remords? Sur leur non-réconciliation avec la disparue, dont elles connaissaient les côtés fantasques? Sur place, les souvenirs se bousculent autant que d'autres questions.

Qui était la défunte finalement? A quoi tenait leur amitié? Pourquoi son attitude vis-à-vis d'elles, chaleureuse ou maltraitante? On devine les failles qui  seront révélées durant la demi-heure de chemin de retour. Avec brio et un superbe sens de la narration, Pilar Pujadas déroule avec tact cette nouvelle dont les émotions font des montagnes russes. La soirée dans la maison de Vicky sera l'occasion de dessillements et de confidences, qu'annoncent le titre "Des larmes pour Vicky" (Lamiroy, Opuscule #170).


Depuis le 1er septembre 2017, la collection Opuscule des Editions Lamiroy publie chaque vendredi en petit format (10 x 14 cm) une nouvelle de 5.000 mots Ouverte à des auteurs débutants comme confirmés, elle présente une très plaisante diversité et offre de vrais petits bonheurs de lecture, courts moments littéraires à glisser dans son emploi du temps. Informations ici.



jeudi 14 janvier 2021

Les yeux verts de la féline Alma

Verena Hanf.


Depuis le 1er septembre 2017, la collection Opuscule des Editions Lamiroy publie chaque vendredi en petit format (10 x 14 cm) une nouvelle de 5.000 mots Ouverte à des auteurs débutants comme confirmés, elle présente une très plaisante diversité et offre de vrais petits bonheurs de lecture, courts moments littéraires à glisser dans son emploi du temps. Informations ici.

Auteure de deux romans au Castor Astral, Verena Hanf a écrit l'Opuscule #169. Il est excellent. Elle en a aussi dessiné la couverture 🐈.
"La griffe" est la preuve que la nouvelle, forme trop souvent décriée en littérature française, est un art littéraire à part entière. On y découvre page après page Alma, cette énigmatique jeune femme aux yeux verts et bridés comme un chat. En deuil depuis le décès des deux personnes âgées qui prenaient soin d'elle. Alma la solitaire, ses chats et ses questions. Alma la marginale et ses connaissances en vie près de la nature et en cuisine. Alma et ses chagrins, Alma et ses espoirs d'amitié. Julie, la nouvelle voisine, lui semble sympathique... Alma et ses découvertes, terribles. Alma, la féline qui griffe pour se sauver. Le temps d'un Opuscule, Verena Hanf nous emporte dans l'univers de son héroïne et nous fait l'aimer. Rondement menée, une nouvelle palpitante très réussie.






dimanche 10 janvier 2021

Victor Hugo à Bruxelles en 5.000 mots

Marc Meganck.


On connaît désormais bien "L'article", ce mensuel littéraire belge des éditions Lamiroy lancé en octobre 2020, en tout petit format, dont la particularité est qu'il comporte un seul article de cinq mille mots (lire ici et ici). Sont déjà parus: "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?" par Gorian Delpâture, "Jacques De Decker: L'immortel de l'Académie royale de Belgique" par Véronique Bergen, "Arno: Le roi des Belges" par Thierry Coljon.

Et, en ce mois de janvier 2021, "Victor Hugo: Les années d'exil et d'écriture à Bruxelles", par Marc Meganck. Victor Hugo à Bruxelles? C'était quand encore? Ah oui, au XIXe siècle. Mais pourquoi? Une histoire d'exil, non? Oui mais pourquoi s'être exilé? Que se passait-il alors en France? Mais Victor Hugo n'était-il pas alors à Guernesey, sur son "rocher"? Oui, il y était aussi. Bref, les longs passages de Victor Hugo à Bruxelles, c'est un peu comme le brouillard de ces petits matins d'hiver. Et oui, on a un peu honte de tant s'embrouiller. D'autant que Visit.Brussels propose un itinéraire Victor Hugo.

Pour se remettre les idées au clair, pour découvrir où l'homme de lettres et militant politique a logé, où il a marché, ce qu'il a mangé, et surtout ce qu'il a publié et fait publier durant ses différents séjours bruxellois, le texte de Marc Meganck est une bénédiction. Informatif et agréablement composé, il comble nos lacunes et nous fait comprendre combien la Belgique a compté dans le parcours de l'auteur des "Misérables", important actionnaire de la Banque nationale, apprend-on aussi au détour d'un paragraphe. De la rue de la Violette à la place des Barricades, en passant par la Grand-Place et les galeries Saint-Hubert, on chemine dans les rues en compagnie de Hugo. On le suit dans sa vie politique comme dans sa vie personnelle, entre sa maîtresse Juliette Drouet, son épouse Adèle, ses enfants et ses petits-enfants. On se tient dans l'ombre de sa silhouette écrivant debout à son pupitre, de préférence le matin, et dans ses émerveillements devant la nature. Surtout on comprend mieux le parcours de l'écrivain voyageur qu'il a été à sa mode.


Suite du programme
  • 5. "Bernard Werber", un article de Jérémy Guerineau - février 2021
  • 6. "Camille Lemonnier", un article de Frédéric Saenen - mars 2021
  • 7. "Jean-Patrick Manchette", un article de Jérémy Bouquin - avril 2021
  • 8. "Bob Marley", un article de Brice Depasse - mai 2021
  • 9. "Howard Phillips Lovecraft", un article de Arnaud de la Croix - juin 2021
  • 10. "Julos Beaucarne", un article de Jean Jauniaux - juillet 2021
  • la onzième étant reconnaissable et le douzième étant Maxime Lamiroy, éditorialiste du magazine
Infos et abonnements ici.

"L'article" en onze numéros. (c) Lamiroy.


samedi 12 décembre 2020

Arno, artiste rock né à Ostende

Arno.

Il fait un temps belge, gris, humide, désagréable. Idéal pour se plonger dans le troisième numéro de la série littéraire mensuelle "L'article" des éditions Lamiroy (lire ici). Daté de décembre et signé Thierry Coljon, il s'intitule "Arno, le roi des Belges" (Lamiroy, "L'article", 35 pages).  Un "article" relu et augmenté par le chanteur en personne, nous signale-t-on en éditorial, qui redonne lumière, énergie et joie. Arno, c'est bien sûr la trajectoire Ostende-Bruxelles, inaugurée par Léopold Ier quand il fit son entrée en Belgique par La Panne, nous rappelle encore Maxime Lamiroy.

Arno, au magnifique acronyme "artiste rock né à Ostende", nous est conté avec allégresse de ses débuts dans la musique avant même le groupe TC Matic jusqu'à aujourd'hui où il est maintenant âgé de 71 ans. Arnold Charles Ernest Hintjens de son vrai nom nous apparaît dans cet essai biographique comme un homme fou de musique et attentif au monde dans lequel il vit. Si le chanteur s'abrite souvent derrière sa manière de parler, à la fois lance et bouclier, l'homme se révèle avec simplicité dans ce texte fourmillant d'informations tant sur son œuvre et les musiciens qui l'accompagnent que sur son rapport aux femmes par exemple. Emaillé d'une foule d'anecdotes et mettant en rapport la vie et les chansons d'Arno, le texte se lit avec grand plaisir. Il nous dévoile un Arno, belge, roi de la zwanze et d'un rock blues ou d'un blues rock qui n'appartient qu'à lui. Un mec qui a décidé de vivre sa vie.

Informations et abonnements ici.

Arno en concert.

mardi 29 septembre 2020

Un mensuel de littérature avec un seul article!

Les 5 premiers numéros du mensuel. (c) Lamiroy.

Super dynamiques et inventives, les Editions Lamiroy se lancent dans une nouvelle aventure ce 1er octobre, celle du mensuel littéraire. Ce magazine s'intitulera "L'article" car il ne comportera qu'un seul article. Inédit pour un magazine, mais assumé dès la couverture qui précise de qui est l'article en question. Le format est le même que les célèbres "Opuscules" (nouvelles), aujourd'hui déclinés aussi en "Adopuscule" (jeunesse) et "Crépuscules" (polar), mais d'un papier et d'un graphisme différents. Illustré en couverture, sur papier glacé, par Hugues Hausman, chaque numéro comportera 40 pages et sera disponible en format papier (4 euros + 1 euro de frais de port) ou numérique (2 euros) sur toutes les plateformes. Chaque numéro s'ouvre sur une page éditoriale par Maxime Lamiroy, le fils d'Eric Lamiroy, du cerveau duquel est sorti le concept de "L'article". Puis vient l'essai en question qui répond à l'idée, posée en titre. Des sujets variés à regarder le programme des cinq premiers numéros.

Premier numéro, ce 1er octobre, "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", par Gorian Delpâture (Lamiroy, 40 pages). Soit une passionnante biographie de l'écrivain américain, en tout cas pour moi qui le connais mal, qui insiste sur son enfance et sa jeunesse pour mieux faire comprendre quel a été son parcours ensuite. Le style est direct et plutôt sympathique: "Je sens que je vous ennuie avec ces histoires de jeunesse. Si, si, je vois bien que je perds votre attention. Mais, vous savez, pour comprendre l'œuvre d'un écrivain, il est important de connaître son histoire personnelle." Un style presque parlé qui n'empêche pas une vraie connaissance du sujet. Gorian Delpâture sait de quoi il nous entretient. Il est l'auteur d'une série en 45 épisodes sur Stephen King, diffusée cet été sur La Première et disponible en podcast Auvio. Il réussit en tout cas dans son "Article" à brosser un portrait de l'écrivain, à parler de ses livres, de ses influences et de sa manière de travailler. Même qu'il le verrait bien Prix Nobel de littérature. Sa pirouette pour contourner la question en titre du magazine.

Programme des parutions
  1. "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", un article de Gorian Delpâture - octobre 2020
  2. "Jacques De Decker: L'immortel de l'Académie royale de Belgique", un article de Véronique Bergen - novembre 2020
  3. "Arno: Le roi des belges", un article de Thierry Coljon - décembre 2020
  4. "Victor Hugo: Les années d'exil et d'écriture à Bruxelles", un article de Marc Meganck - janvier 2021
  5. "Jean-Patrick Manchette: le franc tireur du roman noir", un article de Jérémy Bouquin - février 2021
Informations et abonnements ici.


mardi 8 septembre 2020

Neuf kilomètres à pied pour penser

Marcel Leroy.

Neuf kilomètres à pied, cela use sans doute un peu. Cela permet surtout de réfléchir. C'est ce que fait le marcheur que nous présente Marcel Leroy dans "Adios, Fangio" (Lamiroy, "Opuscule", 42 pages), le 150e opus de la collection qui affiche maintenant trois ans de publications hebdomadaires. Une longue nouvelle mêlant le coronavirus du printemps 2020, la fascination pour les voitures des générations du vingtième siècle et le réchauffement climatique. Une longue nouvelle où on retrouve l'attention à l'humain et à ses interrogations du journaliste belge à la retraite mais toujours free-lance, auteur de plusieurs livres de reportage et de mémoire.

"Adios, Fangio" ressemble à un long monologue à la troisième personne. Celui que permet la marche en solitaire sur une route déserte, confinement lié au coronavirus oblige. Le héros marche et pense. Il se revisite jeune, fasciné par l'avancée de l'industrie automobile. Sa chance d'avoir renconré Fangio à Francorchamps. Tout était alors mécanique dans la voiture, l'électronique n'existait pas. Les garages étaient des lieux vivants. Le marcheur pense à ce qui a été un progrès et a dérapé en produit de consommation, entraînant aussi la raréfaction des transports en commun.

Ne faudrait-il pas se déplacer autrement, s'interroge encore le promeneur, quitte à perdre le plaisir égoïste de rouler? Le réchauffement climatique est là. Et si l'arrêt et l'isolement nés de la crise sanitaire étaient une occasion de faire autrement désormais? Au fil des neuf kilomètres, la promenade du marcheur se ponctue aussi de souvenirs, marques de voiture bien entendu, séances de réparation de vieilles 2CV mais aussi de scènes de films d'anthologie, d'émissions de radio et de disques de l'époque. Une nouvelle à la nostalgie heureuse qui veut bousculer nos jours pour nous assurer un avenir. "Adios, Fangio" se lit d'une traite et touche délicatement.





vendredi 6 mars 2020

Déplier les jambes, occuper l'espace

Sophie d'Aubreby. (c) Victoire de Changy.

En ce vendredi 6 mars, pour la journée célébrant les droits des femmes, les éditions Lamiroy ont la bonne idée de publier leur "Opuscule" hebdomadaire, le #132 (*), écrit par une femme (**), et de le dédier à ces 24 heures annuelles.

"Déplier les jambes" de Sophie d'Aubreby (Lamiroy, "Opuscule", 38 pages) dépasse le simple retour nocturne en ville en solo  d'une femme partie dîner en banlieue chez une amie. Dernier bus dans sept minutes, dernier métro ensuite. Et puis dodo. Tout paraît simple. Surtout que la narratrice, ni jeune, ni vieille,  a un mental d'enfer. Elle connaît les bonnes attitudes, les gestes qui sauvent, les phrases qui décontenancent. "Je n'ai plus peur, seule, quand je sors." Merci à la silhouette féminine puissante et pleine d'allure qu'elle a croisée lors de son adolescence.

Mais ce trajet de retour vers la ville ne sera pas celui imaginé. Et le mental en acier n'empêche pas la peur de l'agression, la crainte de marcher seule dans un lieu inconnu. Surtout quand surgissent de bêtes incidents de parcours comme un accès au métro fermé ou une rencontre plus surprenante. La tension monte, l'angoisse aussi et les jambes se croisent quand arrivent deux hommes dans le compartiment. La peur n'est pas loin. La peur est là. Il faut malgré tout à la narratrice de faire l'effort de décroiser les jambes, d'occuper l'espace. De gérer alerte et puis révolte devant les mots et les attitudes de l'agresseur jusqu'au geste final de la voyageuse, ultime sursaut venu du fond d'elle-même.

En léger différé de la Foire du livre,
l'auteure découvre son livre en papier.

Avec Sophie d'Aubreby, un harcèlement nocturne dans le métro est bien davantage qu'une violence quotidienne. Sa nouvelle à l'écriture intense se lit d'une traite, ouvre d'autres portes, dont celle des souvenirs, et invite à ne pas se laisser faire, à déplier les jambes, à se redresser, à occuper l'espace.



(*) La collection Opuscule des Editions Lamiroy est un petit format 10 x 14 cm de nouvelles de 5.000 mots paraissant tous les vendredis depuis le 1 septembre 2017. Elle est ouverte à tout auteur - débutant ou confirmé. Infos ici.

(**) Un petit calcul dénombre 93 auteurs masculins sur les 132 opuscules actuellement disponibles.
"Alors que seul le texte est pris en compte pour décider ou non de la publication", précise l'éditeur.



Les éditions Lamiroy organisent la "Nocturne des Opuscules" à la Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 6 mars de 18 à 22 heures.







lundi 18 novembre 2019

Lecture junior: Adopuscule et Mouchoir de poche

"Les "Adopuscules", tout comme leurs grands frères, les "Opuscules"", annonçaient en juillet les éditions belges Lamiroy, "seront des nouvelles de 5.000 mots destinées aux ados."

L'Adopuscule #1 vient de sortir, le 1er novembre précisément. "Les oiseaux de passage", des frères Yves Ringer et Olivier Ringer (Lamiroy, 50 pages), est excellent mais semble davantage destiné à un public nettement plus jeune que celui des adolescents. Je dirais plutôt milieu d'école primaire, les 9-10 ans, même s'il peut encore se lire après.

"Les frères Ringer écrivent ensemble les scénarios de leurs longs métrages", précise l'éditeur. "Destinés à un public familial, s'adressant tant aux adolescents qu'aux adultes, leurs films ont remporté plus de 50 prix internationaux dans les festivals du monde entier, ils ont aussi reçu le “Best Children's Film Award” 2012 et 2016 décerné par l'European Children's Film Association. “Les Oiseaux de Passage” est leur première intrusion en littérature." Intrusion! 😏 On ne s'étonnera donc pas que "Les Oiseaux de passage" soit également un film, sorti en 2015, destiné au jeune public, 8 à 12 ans, et que livre et film se ressemblent.

C'est Cathy, qui fête ses dix ans au début de l'histoire, la narratrice. On va la suivre avec sa meilleur amie, Margaux, en chaise roulante, dans une aventure incroyable d'imagination et de sens pratique. La raison, le cadeau d'anniversaire de son père, un œuf fécondé qui va bien entendu éclore. Mais rien ne se passe comme prévu et les deux fillettes vont devoir ruser pour arriver à leurs fins et sauver leur petit protégé. Un périple inouï permettant d'aborder de grandes questions des grands enfants, un suspense accrocheur pour cette nouvelle pétillante qui ne dramatise rien mais montre des parents pleins de tendresse et de compréhension pour leurs rejetons, même s'il faut parfois un peu les forcer.


Autre ouvrage en même tout petit format (10,5 cm x 15 cm), pour la même tranche d'âge, "Si tu pouvais décrocher la lune", de Simon Priem (Motus, "Mouchoir de poche", 32 pages).

Une question et vingt-six réponses réalisées à l'aide des sept pièces du jeu de tangram légendées en autant de questions, chaque fois repositionnées, complétées du dessin de la lune, pour imaginer, rêver et s'amuser de ce qu'on pourrait faire avec la lune si on la décrochait.
C'est tout simple, réjouissant et fascinant aussi.

Trois exemples.