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vendredi 20 avril 2018

L'amour de l'homme, ou de l'enfant, pour le livre


Le 23 avril, troisième jour du signe astrologique du Taureau, c'est:
  • le 113e jour de l'année (114e en cas d'année bissextile) du calendrier grégorien.
  • la fête de Saint Georges et variantes George, Georget, Georgi, Georgio, Georgy, Giorgio, Jerzy, Jo, Jordi, Jordy, Jorg, Jorge, Joris, Jory, Jorys, Jürgen, Yuri et en formes féminines Georgette, Georgia, Georgiana, Georgiane, Georgie, Georgina, Georgine.
  • depuis 1995, la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur, décrétée par l'Unesco, commémorant le jour de l'année 1616 où décédèrent trois écrivains majeurs, William Shakespeare, Inca Garcilaso de la Vega et Miguel de Cervantes.
  • pour la vingtième fois dans nos contrées francophones, la Fête de la Librairie par les libraires indépendants. Comme toujours, elle est célébrée le samedi le plus proche de la date par l'offre d'une fleur et d'un livre spécial à tout client de la librairie ce jour-là. En cette année 2018, ce sera le 28 avril (lire plus bas).

Le 23 avril est aussi la date qu'a choisie l'ADEB (Association des éditeurs belges) pour promouvoir la lecture des enfants. Comment? Grâce à une fort jolie affiche signée Anne Herbauts. Il y est proclamé "J'offre un livre à un enfant", et précisé en petit que cela peut aussi se faire par un emprunt en bibliothèque, ou un choix dans sa bibliothèque personnelle. Cela devrait donc être prendre le temps de lire un livre à un enfant, mais ce n'est pas écrit.

Bonne idée de soutenir la lecture des plus jeunes, dont les résultats dans ce domaine sont déplorables si l'on se réfère aux résultats de l'enquête internationale PIRLS 2016 (Progress in Reading Literacy Study). Les élèves belges francophones de 4e année primaire sont les plus faibles lecteurs de l'Union européenne et des pays membres de l'OCDE.

Bien sûr, il existe déjà des manifestations en faveur du livre et de la lecture en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des mesures ont été prises à l'école via le plan lecture. De nombreuses personnes agissent au quotidien. Au vu des résultats, c'est insuffisant.

Une affiche lançant un appel à l'action fera-t-elle mieux? C'est ce que pensent les éditeurs de livres jeunesse et scolaires (Acrodacrolivres, Alice Jeunesse, Au Gai Savoir, A pas de loups, Auzou, CotCotCot, Dupuis, Dargaud-­Lombard, Averbode, Casterman, Plantyn, Kate'Art, Ker, Bayard et Milan, Mijade, Pastel-l'école des loisirs, Philéas & Autobule, Versant Sud Jeunesse), en partenariat avec l'ADEB, rejoints par la Foire du livre de Bruxelles et le Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles.

Ils ajoutent: "Cette journée du 23 avril n'est pas l'aboutissement d'une action, mais le début d'une mobilisation afin que le livre, mais surtout la lecture et la maîtrise de la langue française, soit à la fête tous les jours !"

Parfait. Mais pourquoi ne pas mettre un livre entre les mains des enfants pratiquement alors? Cela se fait de diverses manières en France, pour le plus grand plaisir des lecteurs, de leurs familles, des auteurs et des éditeurs.

Pourquoi choisir la date du 23 avril, qui est la date officielle de la journée du livre mais dont on sait qu'elle se déplace par commodité à un samedi?

Pourquoi, puisqu'il s'agit de jeunesse, ne pas s'aligner sur le 2 avril, jour de l'anniversaire de Hans Christian Andersen, où, depuis 1967, à l'instigation de l'organisation IBBY (International Board on Books for Young People) est célébrée la Journée internationale du livre pour enfants qui vise à inciter à l'amour de la lecture et à attirer l'attention sur les livres pour enfants de tous âges.

Ne faudrait-il pas grouper les forces plutôt que les éparpiller?




J'en reviens à la Sant Jordi, Journée mondiale du livre et du droit d'auteur où sera célébrée cette année la 20e Fête de la librairie par les libraires indépendants. Un événement chaque année fort réussi.


Ce samedi 28 avril 2018, plus de 480 librairies en France mais aussi en Belgique (liste en fin d'article), au Luxembourg et en Suisse francophone prendront part à l'opération "un livre une rose".
Chaque librairie s'occupera de se fournir en fleurs. Mais un livre illustré broché en noir et blanc et en grand format, sur un sujet formidable, le livre fondateur de trente-deux éditeurs et éditrices, jeunesse et "vieillesse", vingt hommes et douze femmes, sera offert aux clients des librairies participant à la journée. "L'homme-livre" est tiré à 23.000 exemplaires en partenariat avec Actes Sud.

Il est extrêmement amusant de découvrir ce que ces trente deux femmes-livres et hommes-livres indiquent comme étant leur livre fondateur, vital et  souvent à l'origine de leur vocation. L'émotion pointe toutefois dès qu'on ouvre le recueil, dédié à Paul Otchakovsky-Laurens, le fondateur des éditions P.O.L., brutalement disparu début janvier dans un accident: "Nous dédions ce livre à notre très regretté et incomparable Paul Otchakovsky-Laurens. Tous nos vœux pour la pérennité de son catalogue."

Ensuite, après la très belle préface de Marie-Rose Guarniéri de l'Association Verbes  et de la librairie parisienne Les Abbesses rendant hommage aux libraires, se succèdent par ordre alphabétique les trente-deux témoins, superbement photographiés par Jérôme Bonnet, femmes et hommes de l'ombre qui se retrouvent, pour une fois en pleine lumière.

A découvrir donc, les récits et les livres choisis par José Alvarez (Editions du Regard), François Besse (Parigramme), Jacques Binsztok (Tohu Bohu), Thierry Boizet (Finitude), Adrien Bosc (Editions du Sous-sol), Lidia Breda (Petite bibliothèque, Rivages), Laurent Cauwet (Al Dante), Caroline Coutau (Zoé), Bruno Doucey (Editions Bruno Doucey), Jean Hubert Gailliot et Sylvie Martigny (Tristram), Oliver Gallmeister (Gallmeister), Sophie Giraud (Hélium), Marie Hermann (Agone),  Marion Jablonski (Albin Michel jeunesse), Laure Leroy (Zulma), Liana Levi (Liana Lévi), Thierry Magnier (Thierry Magnier), Jean-Maurice de Montrémy (Alma), Patrick Mauries (Thames & Hudson et Presses de Serendip), Maurice Olender (La librairie du XXIe siècle, Seuil), Yves Pagès (Verticales, Gallimard), Michel Parfenov (Solin /Actes Sud), Philippe Picquier (Philippe Picquier), Eric Poindron ("Curiosa & cætera", Le Castor Astral), Gilles Rozier (Editions de l'Antilope), Thomas Simonnet (L'Arbalète, Gallimard), Sophie  de Sivry (L'Iconoclaste), Claire Stavaux (L'Arche), Jean-Yves Tadié (Folio classique, Gallimard), Marie-Catherine Vacher (Actes Sud), Olimpia Verger (Syrtes).

Quatre des éditrices qui témoignent. (c) Verbes-Actes Sud.

Qui a choisi "Journal d'un curé de campagne", "L'enfance de Bécassine", "Les petits chevaux de Tarquinia", "L'île au trésor", "Love", "Bleu de travail", "Le petit Robert" et d'autres titres encore? Réponse le samedi 28 avril chez les libraires indépendants.

Les librairies belges associées à l'événement

  • Tropismes  Galerie des Princes, 11 1000 Bruxelles
  • Tulitu Rue de Flandre, 55 1000 Bruxelles
  • Candide Place Brugmann, 1-2 1050 Bruxelles 
  • Les yeux gourmands Avenue Jean Volders, 64A 1060 Bruxelles 
  • Librairie Jaune Rue Léopold 1er , 499 1090 Bruxelles
  • U.O.P.C.  Av. Gustave Demey, 14-16 1160 Bruxelles 
  • La Licorne Chaussée d'Alsemberg, 715 1180 Bruxelles 
  • A Livre Ouvert-Le Rat conteur Rue St Lambert, 116 1200 Bruxelles 
  • Cook & Book Place du Temps Libre, 1 1200 Bruxelles 
  • L'Ivre de Papier Rue St Jean, 34 1370 Jodoigne 
  • Au P'tit Prince Rue de Soignies, 12 1400 Nivelles 
  • Graffiti Chaussée de Bruxelles, 129 1410 Waterloo
  • Le Baobab Rue des Alliés, 3 1420 Braine-l'Alleud
  • Livre aux Trésors Place Xavier Neujean, 27A 4000 Liège
  • La Parenthèse Rue des Carmes, 24 4000 Liège
  • Pax Place Cockerill, 4 4000 Liège
  • Siloë Rue des Prémontrés, 40 4000 Liège 
  • Le Long Courrier Avenue Laboulle, 55 4130 Tilff
  • La Dérive Grand Place, 10 4500 Huy
  • Les Augustins Pont du Chêne, 1 4800 Verviers
  • Papyrus Rue Bas de la Place, 16 5000 Namur
  • Point-Virgule Rue Lelièvre, 1 5000 Namur
  • Antigone Place de l'Orneau, 17 5030 Gembloux
  • DLivre Rue Grande,  67A 5500 Dinant
  • Libre à toi Avenue de Forest, 30 5580 Rochefort 
  • Molière Bld Tirou, 68 6000 Charleroi
  • Croisy Rue du Sablon, 131 6600 Bastogne
  • Du tiers et du quart Rue de Neufchâteau, 153  6700  Arlon
  • Le Point Virgule Grand Place, 21 6700 Arlon 
  • Le Temps de lire Rue du Serpont, 13 6800 Libramont
  • Oxygène Rue St Roch, 26 6840 Neufchâteau
  • Leto Rue d'Havré, 35 7000 Mons
  • Ligne Claire Grand-rue, 66 7000 Mons 
  • Polar & Co Rue de la Coupe, 36 7000 Mons
  • Ecrivain Public Rue de Brouckère, 45 7100 La Louvière
  • Librairie de la Reine Grand Place, 9 7130 Binche
  • Quartier Latin Rue Grande, 13 7330  Saint-Ghislain
  • Chantelivre Quai Notre-Dame, 10 7500 Tournai
  • Decallonne Grand Place, 18 7500 Tournai







dimanche 27 novembre 2016

Dingue! Les créateurs jeunesse mangent aussi!


Comme chaque année à cette époque, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (française mais beaucoup d'artistes belges y sont affiliés) se rappelle au grand public avec une campagne destinée à l'informer du système de rémunération des auteurs en vigueur. Une façon toujours originale de dénoncer la réalité économique qui en découle. Parce que s'ils créent, les auteurs mangent aussi! Et pour nombre d'eux, le quotidien est précaire.

Après les olives, miettes, pépins etc. de l'an dernier (lire ici), il s'agit cette fois de se mettre "dans la peau d'un auteur jeunesse". Comparaison étant souvent raison. La nouvelle brochure de la Charte comporte dix-huit pages. Fièrement propulsée par Dorothée de Monfreid et son kilo de bananes (à condition qu'elle vende 4 livres), elle est réalisée en partenariat avec la Société des Auteurs dans les arts graphiques et plastiques. Elle explique avec brio et humour la situation des auteurs jeunesse.

C'est facile à comprendre. En jeunesse, les droits d'auteur sont extrêmement minces, aux alentours de 6 % du prix d'un livre vendu. Ce qui signifie 0,567 euros pour un livre vendu 10 euros. Bien entendu, ces cinquante cents sont à se partager lorsqu'il y a un auteur et un illustrateur. Oui, 6 % seulement, ce n'est vraiment pas gras, alors que les droits d'auteur en littérature générale tournent en général en France autour de 10 %. Pourquoi moins en jeunesse? Voilà une question à laquelle il serait intéressant de recevoir des réponses. 

Mais la brochure n'est pas là pour faire pleurer. Ou alors pleurer de rire. Car le choix a été fait de montrer le quotidien, par le biais de l'humour et du non sense, le fait que tout créateur qu'il soit, l'auteur ou l'illustrateur doit aussi gagner sa vie, c'est-à-dire de bénéficier de droits d'auteur corrects.

Pour la télécharger, c'est ici.

La quatrième de couverture de la nouvelle brochure. (c) La Charte.

Dorothée de Monfreid a la banane.(c) Charte.
Ils sont seize auteurs et illustrateurs jeunesse à s'être prêtés au jeu "Dans la peau d'un auteur jeunesse". Ils sont photographiés par Laura Stevens dans des mises en scène très amusantes, en lien avec leur quotidien. Une légende explique chaque fois le choix de l'objet quotidien retenu. Pourquoi un paquet de café moulu pour Olivier Philipponneau (7 livres vendus), un tube de dentifrice pour Valentine Goby (5 livres vendus), un sèche-cheveux pour Marion Billet (71 livres vendus), , une baguette croustillante pour Roland Garrigue (2 livres vendus), une chemise fleurie pour Marc Boutavant (62 livres vendus), une paire de chaussettes pour Joëlle Jolivet (8 livres vendus), une paire de baskets pour enfants pour Marc Lizano (62 livres vendus), un vélo de ville pour Magali Le Huche (353 livres vendus), une place de cinéma pour Séverine Vidal (18 livres vendus), une boîte de paracétamol pour Marcelino Truong (4 livres vendus), une paire de lunettes pour Gilles Bachelet (530 livres vendus), un ordinateur pour Sara (1676 livres vendus), un poulet fermier pour Fred Bernard (18 livres vendus), une maison pour Karim Ressouni-Demigneux (388.008 livres vendus), une valise à roulettes pour Yaël Hassan (87 livres vendus)...

Gilles Bachelet.
Joëlle Jolivet.
Marc Boutavant.

Les autres participants sont à découvrir dans la nouvelle brochure ou sur la page Facebook de la Charte ou sur son compte Twitter.

Et ce n'est pas tout. La Charte invite les créateurs jeunesse, auteurs et illustrateurs de tous horizons, à se mettre également en scène, accompagnés de l'objet de leur choix, en précisant son équivalent en nombre de livres vendus et à poster cette photo sur le Facebook ou Twitter de la Charte.

Certains ont déjà répondu. Allez-voir sur Facebook ou Twitter comment ils prolongent l'esprit de la campagne 2016. Et les photos personnelles ne cessent d'arriver...

Elise Fontenaille.
Martine Bourre.



Alice Brière-Haquet.
Maïa Brami.













Au Salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, la Charte occupe le stand G2 au niveau 0. Rendez-vous y pour discuter avec les membres présents et découvrir l'exposition photographique qui accompagne la brochure.











lundi 30 novembre 2015

Signer contre miettes, croûtes, pépins, olives...

Une des bannières web.

Etre payé en miettes, en croûtes, en pépins, en olives..? C'est avec ces comparaisons éloquentes que la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse entend attirer l'attention du public et des professionnels, souvent ignorants des pratiques éditoriales françaises en matière de droits d'auteur. Le moment est bien choisi puisque le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis pointe le bout de son nez (il se déroulera à Montreuil du 2 au 7 décembre, sans scolaires pour raison de sécurité mais en invitant tous les adultes à être les ambassadeurs du livre auprès des enfants).

Que veut faire savoir la Charte? Tout simplement qu'en France les droits d'auteur en littérature de jeunesse (album et roman) sont inférieurs à ceux d'autres secteurs. Ils se montent en général à 6 % alors qu'ils sont de 10 % en littérature générale et en bande dessinée. Naturellement, si l'auteur et l'illustrateur de l'album sont deux personnes, ils doivent se partager les 6 %. Que reste-t-il?

La Charte a donc créé ces infographies efficaces:
"Si le livre était une baguette, les auteurs gagneraient... les miettes."
"Si le livre était un fromage, les auteurs gagneraient... les croûtes."
"Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient... les miettes." 
"Si le livre était une pizza, les auteurs gagneraient... les olives."









Les autres bannières web.
Et l'association a lancé une pétition en ligne à ce sujet, à signer ici si vous adhérez, ce qu'ont déjà fait plus de 5.500 personnes.





Marque-pages et bannières web complètent l'action de la Charte, d'autant plus justifiée que d'autres pays se montrent plus généreux en droits d'auteur. N'entrons peut-être pas dans ce débat-là, contentons-nous de rendre publique cette injustice, d'autant plus irritante que c'est la jeunesse qui s'en sort le mieux économiquement dans le secteur de l'édition. Une seule petite remarque sur les visuels: l'usage du mot "gagne" me dérange un peu car il donne l'idée du gain sans amener celle des frais, le matériel pour les auteurs-illustrateurs, la fabrication pour les éditeurs... Les chiffres avancés sont plutôt ceux de la répartition des postes dans le prix d'un ouvrage jeunesse.

Mais ce n'est pas très grave. Ce qui l'est, c'est la situation financière des auteurs et illustrateurs jeunesse dont nous admirons tellement les œuvres. N'ont-ils pas le droit de vivre de leur travail comme les autres auteurs? Ils méritent donc des droits d'auteur à 10 %, surtout qu'ils sont très souvent à répartir entre deux personnes.


D'où vient cette différence? Héritage historique sans doute. Il n'y a pas tellement de temps que les enfants sont bien considérés dans la société, leurs auteurs devaient sans doute être pénalisés par manque d'intérêt plutôt que par intention. Aujourd'hui, il est grand temps de revoir leurs conditions de travail.

Les marque-pages, côté recto et côté verso.