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jeudi 19 janvier 2023

Les 80 gagnants de l'expo 2023 des illustrateurs de la Foire de Bologne

Une œuvre de la Française Jeanne Macaigne
qui sera présentée à l'Expo 2023 des illustrateurs.

Quelques jours après avoir dévoilé les noms des 315 artistes finalistes de la 57e Exposition des illustrateurs de la 60e Foire du livre pour enfants de Bologne (lire ici), le jury a révélé les noms des gagnants. Ils sont 80 artistes originaires de 28 pays et territoires du monde qui exposeront 79 séries d'illustrations. Si les Belges ont disparu, le nom de la Française Jeanne Macaigne est présent dans cette liste restreinte, ainsi que celui de l'Italien Andrea Antinori, de l'Espagnol Miguel Tanco et de l'autre Français Marc Majewski.

La liste des 80 gagnants se trouve ici, mais ce qui est surtout intéressant, c'est que la page propose un aperçu graphique de chacun des lauréats.

Une œuvre du Français Marc Majewski
qui sera présentée à l'Expo 2023 des illustrateurs.




vendredi 17 décembre 2021

KWA29 chez Grasset Jeunesse?

"Le chat", Baudelaire et Jean-François Martin.
(c) Grasset Jeunesse.

Parcours dans la très belle production récente de Grasset Jeunesse.

Anthologie féline


Pourrait-on vivre sans les chats? Non, assurément. C'est fou aussi comme de tous temps, ces petits animaux ont inspiré les écrivains. On en a la confirmation dans l'anthologie "Petits portraits de chats" (collectif, Grasset Jeunesse, 32 pages) où onze illustrateurs jeunesse ont illustré onze textes du patrimoine littéraire. Cet album de grand format et de belle fabrication est le septième titre de la collection "La collection" qui fonctionne selon deux principes, l'un littéraire, montrer aux enfants d'aujourd'hui que la littéraire est vivante et leur est accessible, l'autre graphique, réaliser un dessin en quatre couleurs seulement et dans un temps très court, une journée seulement dans ce cas-ci.

Le résultat est formidable, une célébration des chats, de la littérature, de la poésie ici, et de l'illustration en autant de croisements percutants et féconds. Jean-François Martin ouvre l'album avec son chat illustrant Charles Baudelaire. Suivent


"Petits portraits de chats" traverse les époques et compose une magnifique galerie de portraits. Pour tous.

Gérard DuBois et Jacques Roubaud. (c) Grasset-Jeunesse.

Alain Pilon et un texte anonyme. (c) Grasset Jeunesse.



Enfance sans paroles


Elaborées sur Instagram pendant le confinement (ici), enrichies, complétées, développées, les "Toutes petites histoires" de Miguel Tanco (Grasset Jeunesse, 80 pages) sont aujourd'hui un délicieux petit format à l'italienne. Très à l'italienne même puisque chaque page accueille les trois images carrées d'origine composant chaque fois une courte histoire. Un album cartonné sans paroles à l'exception des titres, un par double page, traduits en français par Christian Demilly.



Trois des "Toutes petites histoires". (c) Grasset Jeunesse.

L'artiste espagnol installé à Milan avec femme et enfants saisit avec délicatesse dans cette septantaine de séquences en petits dessins rapides plus ou moins aquarellés, toutes les facettes de l'enfance. Rêves, imagination, réalité, jeux, expériences... Avec un charme fou, un brin d'humour et une tendresse inouïe. "Toutes petites histoires" est un album bienveillant à partager avec les jeunes lecteurs à partir de 4 ans. Ils décrypteront les charmants dessins et pourront s'y identifier ou s'y projeter. Un album qui sert de tremplin à l'imagination. A noter que les images sont visibles aussi sur le site de Miguel Tanco (ici).


Les trois dessins tels que publiés sur Instagram.

"Un suspect idéal", la même séquence publiée en livre.
(c) Grasset Jeunesse.



Edition collector


Dix ans après sa parution, "Le Yark", conte drôle et poétique de Bertrand Santini au texte et Laurent Gapaillard aux illustrations, reparaît dans une édition anniversaire de luxe, revue et enrichie (Grasset Jeunesse, 80 pages). Format agrandi, édition cartonnée, nouvelle mise en page, chapitres introduits par des lettrines dessinées, l'ouvrage est plus que beau. Quant à l'histoire, elle porte bien ses dix ans. L'impressionnant monstre n'a pas pris une ride et attend aujourd'hui les lecteurs qui n'étaient pas en âge de le découvrir lors de sa première publication.

Rappelez-vous le début du texte!
"Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l'Homme est l'espèce la plus répandue.
Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue.
C'est le Yark.
 
Le Yark aime les enfants.
Il adore sentir leurs petits os craquer sous sa dent et sucer leurs yeux moelleux comme des bonbons fondants.
Il raffole de leurs petits doigts, de leurs petits pieds, de leurs petites langues qu'il mâchouille avec un brin de menthe comme une friandise sucrée et merveilleusement gluante.
Fin gourmet, il aime également siroter leur cerveau qui – paraît-il – a le goût du Chamallow.
Pas raciste pour un sou, il en dévore de toutes les couleurs. Qu'ils soient noirs, jaunes ou blancs, tous les enfants du monde ont le sang rouge et le cœur succulent.
Gare à sa morsure…
Cet ogre de six mètres a la dent dure!
Il plane en silence au-dessus des maisons endormies et l'odeur de la chair fraîche le guide comme un phare dans la nuit. Attention!
Sa main tourne la poignée de votre porte…
Et quand bien même elle est fermée, ses ongles crochus lui serviront de clé."

Le problème du Yark est qu'il ne se nourrit que d'enfants sages. Et des enfants sages, il n'y en a plus beaucoup. Le monstre va donc parcourir le monde à leur recherche, ce qui lui vaudra de fameuses expériences. Dont la rencontre avec la très gentille Madeleine. Va-t-il la manger? De quoi faire autant frissonner que rigoler les jeunes lecteurs (dès 7/8 ans). Un texte de qualité et des illustrations expressives qui rappellent Gustave Doré.

Le Yark et Madeleine. (c) Grasset Jeunesse.


Sortis plus tôt dans l'année


La très grande aventure
Anne Cortey
Olivier Latyk
Grasset Jeunesse
32 pages
dès 4 ans

Les aventures délirantes d'un petit pois, Marcello, et d'un haricot vert, Nanni, engloutis par un coq glouton et nourris dans l'estomac du volatile par la fourmi Monica. A l'ouverture d'une porte magique, le duo va filer de sa prison, en vespa, vers la mer et plein d'autres aventures trépidantes lançant des clins d'œil au cinéma italien. Des images rafraîchissantes mais un texte un peu long pour de très jeunes lecteurs.



Un trésor lourd à porter
Maxime Derouen
Grasset Jeunesse
80 pages
dès 7/8 ans

Sixième titre dans la collection "Les P'tits reliés" composés de romans très illustrés, divisés en courts chapitres, parfaits pour la lecture orale et pour les enfants qui commencent à lire tout seuls, un conte moderne et initiatique mettant en scène un petit dragon soucieux de bien faire mais différent de sa lignée et une petite princesse en cavale. D'une écriture riche et vivante, soutenue par de vigoureux dessins en noir et blanc, rehaussés de jaune, l'auteur nous fait partager les réflexions de son héros dragon sur le sens de la vie en général et de l'argent en particulier.

"Un trésor lourd à porter". (c) Grasset Jeunesse.




La baignade
Emma Lidia Squillari
traduit de l'italien par Christian Demilly
Grasset Jeunesse
40 pages
dès 3 ans

Une histoire animalière estivale pleine de charme et de rires. De quelques frissons aussi. Tout commence un matin tellement beau qu'il donne l'idée à Odile, cane blanche de son état, d'aller se baigner à l'étang. Elle n'y emmènera pas son colocataire, le chat Charlot, mais ses amies Coco et Pattie, une cochonne et une pie. La séance ne se déroule pas comme escompté et Odile se sent bien isolée avec ses envies de baignade. Où est sa journée parfaite? Elle plonge seule et tombe bec à nez avec un monstre des profondeurs. C'est le déclic qui va décoincer les amies et leur permettre de barboter joyeusement. Au passage, de récolter quelques trésors. Une belle histoire d'amitié, de peur dépassée et de rires partagés, délicatement illustrée à l'ancienne.


En route pour l'étang. (c) Grasset Jeunesse.




La malédiction des flamants roses
Alice de Nussy
Janik Coat
Grasset Jeunesse
48 pages
dès xx ans

Il y a deux noms d'auteures en couverture mais en réalité, elles sont trois à avoir réalisé cet album atypique car il faut y ajouter le nom de l'éditrice Valeria (Vanguelov). Ce grand format rose flashy est à la fois un petit manuel d'édition expliquant les différentes étapes de la création d'un livre et une immense blague car les personnages s'y révoltent sans cesse contre les choix de celles qui les inventent, à savoir l'auteure, l'illustratrice et l'éditrice. 

C'est ludique et foisonnant, plein de surprises, très graphique. Bref, un joyeux bazar qui conduit en finale à la construction d'un livre. Enfin, quasiment un livre car il demeure certaines pages blanches. En bonus (ici), des décors et des personnages à imprimer pour créer sa propre histoire. Pour quel âge? Je n'en sais rien.

Rébellion chez les personnages. (c) Grasset Jeunesse.







mardi 11 août 2015

Moi? Quand lieux, choses, états me disent

Qui suis-je? L'identité et la quête de soi sont au cœur de l'enfance et donc de la littérature de jeunesse.
Les six albums qui suivent abordent ces thèmes, chacun à leur mode.


Annie Agopian et Audrey Calleja
"Moi à travers les murs"
Rouergue, 40 pages

Une chambre d'enfant. La chambre d'un enfant. Lieu d'exclusion quand les parents l'y cantonnent. Lieu d'imagination quand la colère s'apaise - qui l'a mieux montré que Maurice Sendak dans "Max et les maximonstres"? Lieu de révélation de soi entre les quatre murs de la pièce. Lieu d''évasion quand l'enfant se fait passe-muraille. Lieu de paix où l'action comme l'inaction ont droit de cité.

Voilà un album qui raconte de façon fort originale les différents états de la chambre d'un enfant. Le texte explore aussi les différentes acceptions du mot "chambre" telles que les présente le dictionnaire. En fait, ce sont les images, complètement dans l'univers de l'enfance, entre jouets et animaux familiers, qui permettent à chaque lecteur de se créer sa propre version de ce bel album destiné aux enfants en âge d'école primaire.


Une chambre d'enfant ordinaire? A voir... (c) Rouergue.

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Anne Cortey et Anaïs Massini
"Les petits jours de Kimi et Shiro"
Grasset Jeunesse, 48 pages

Un petit format aquarellé tout doux, au format de la main, qui raconte quatre histoires autour de deux mignons personnages, Kimi la fille, Shiro le garçon. Quatre histoires de joie, de découverte, d'amitié et de poésie qui déclinent les quatre saisons de l'année.

"Jour de chat" (c) Grasset Jeunesse.

"Jour de chat" pose sans façon un jour "sans": Kimi n'a pas envie de se lever, se sent chat et n'a donc pas envie de jouer avec Shiro déguisé en chien.

"Jour rond" (c) Grasset Jeunesse.
Dans "Jour rond", elle se rattrape en faisant de son ami un chercheur de trésors comblé: sans qu'il le sache, elle a préparé pour lui des tas de cailloux plus jolis les uns que les autres, des joyaux!

"Jour de neige" (c) Grasset Jeunesse.
"Jour de feuilles" voit les deux personnages ratisser les feuilles tombées, s'y cacher jusqu'à transformer la fragile montagne en un éphémère Everest. "Jour de neige", enfin, célèbre très joliment le blanc à travers une promenade pleine d'imagination qui se termine chaleureusement avec un chocolat fumant.

Ce sont des petites choses de la vie que pointent les deux auteures, réunies pour la troisième fois ("Les ailes d'Anna" et "Nuit d'hiver", Autrement jeunesse, 2009 et 2012). Elle le font avec une délicatesse qui enchante et rend le monde beau.

A propos de cet album, Anaïs Massini écrit ceci sur son blog:
"Anne m'avait montré les textes en novembre et l’'quipe de Grasset Jeunesse avait donné son feu vert en décembre. Au lendemain de l'assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo, je me suis sentie autant sonnée que soudain réveillée. Dessiner, peindre, tracer, mes gestes. Je me suis enfermée dans mon bureau, tous les matins, tôt, souvent même très tôt. Et j'ai peint dans le souffle de la détonation. En un mois et demi, des premières idées au rendu. Certains albums m'ont occupée des années. Celui-là moins de deux mois. Ne vous fiez pas à son apparence "vite fait". Pour chaque illustration il y en a une dizaine, une quinzaine que je n'ai pas choisies. Travailler en légèreté, recommencer et recommencer, garder un trait rapide et aérien, est un travail de patience exigeant.

"Les petits jours de Kimi et Shiro" est accessible à tous les lecteurs. Les plus jeunes, comme les plus vieux. "Les petits jours de Kimi et Shiro", c'est l'urgence de se rappeler que la vie est une petite poussière dans l'infini, mais aussi l'essence même de la poésie."
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Jo Witek et Christine Roussey
"Mes petites peurs"
De La Martinière Jeunesse, 30 pages

L'an dernier, elles avaient fait ensemble "Ma boîte à petits bonheurs" (même éditeur, 24 pages), un inventaire des raisons de sourire. Auparavant, elles avaient déjà créé "Toi dedans, moi devant. Le ventre de maman" et  "Les bras de papa. Rien que pour moi!" Des albums à la première personne dont les couvertures sur fond blanc se font délicatement écho. Cette fois, Jo Witek au texte et Christine Roussey aux illustrations dressent une liste de situations inquiétantes pour l'héroïne de cette jolie série et de ses manières de se rassurer. Le découpage habile de certaines parties de pages rend la lecture attractive.

Des peurs, la narratrice en a beaucoup et au quotidien! Qui constituent une grande montagne verte, à moins qu'on y voie une grosse bête. A noter que toutes les représentations inquiétantes sont dotées de visages expressifs.

Au supermarché... (c) De La Martinière Jeunesse.

Si l'héroïne apparaît minuscule face à ses frayeurs, elle témoigne néanmoins d'une belle énergie et de beaucoup d'imagination pour les contrer. Douceur et tendresse s'épaulent dans cet album qui incite à avoir confiance en soi. Le texte a une belle musique, les illustrations sont sobres et pleines d'imagination, aux crayons de couleurs rehaussées de mini touches fluo. "Mes petites peurs" sont aussi des formes de petits bonheurs.

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Piret Raud
"Emily et tout un tas de choses"
traduit de l'estonien par Olek Sekki
Rouergue, 40 pages

Emily est un poisson mais qu'est-ce que les humains lui ressemblent, à toujours amasser plus d'objets! Dès le matin tôt, la voici partie faire un tour au fond de la mer pour voir ce qu'elle va trouver. Des choses de toutes sortes, dont elle nous dresse la liste avec enthousiasme. Des choses perdues qu'elle s'approprie et qui ne sont donc plus perdues...

Emily est ravie d'autant posséder, jusqu'au jour où elle découvre lors de ses recherches une bouteille contenant un message. Et quel message! "Chère Emily, Je suis LA CHOSE LA PLUS IMPORTANTE QUI SOIT et si je vous écris, c'est pour que vous m'aidiez à me retrouver car je suis perdue."

Voilà le poisson investi d'une fameuse mission, dont les épisodes vont lui permettre de reconsidérer complètement son existence. Quand l'absurde dénonce les excès de la consommation et permet de repenser l'avoir et l'être. Un graphisme original pour un album très réussi à lire à plusieurs niveaux.

Emily est réjouie par toutes ses trouvailles. (c) Rouergue.

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Miguel Tanco
"Les farfelus"
Les fourmis rouges, 36 pages

Tendre portrait de quelques représentants de l'espèce humaine, dénommés "farfelus" dans lesquels on se reconnaîtra forcément. Dans lesquels on aimerait se reconnaître. Parce qu'ils vivent plus fort, ont le cœur plus grand, les yeux mieux ouverts, le sens du quendiraton faible. Parce qu'ils ont simplement l'air plus heureux.

Bref, les farfelus, on les aime et on se plaît à les débusquer dans ce premier album en France de Miguel Tanco. Tant leur apparence que leurs gestes sont délicieux. Coiffés à leur façon, la barbe tressée, attentifs aux plus petits, aux isolés, aux adversaires, sensibles à la musique, à l'humour, à la nature, à la danse... Si le mot n'était tellement galvaudé, on dirait d'eux qu'ils sont de "belles personnes". Un album à consommer sans modération tant texte finement observé et images savamment composées sont excellents. "Le monde aura toujours besoin de farfelus au cœur tendre..." termine l'auteur-illustrateur. Ne dirait-on pas plutôt "nous avons tous besoin d'être des farfelus au cœur tendre"?

Le farfelu prend soin des tout petits. (c) Les fourmis rouges.

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Brian Won
"Génial ce chapeau!"
traduit de l'anglais, sans mention de traducteur
Gautier-Languereau, 40 pages

Difficile de rester grognon quand le facteur vous apporte en cadeau un extraordinaire chapeau! Monsieur Elephant nous conte cette expérience avec beaucoup d'humour dans un album farandole où on rencontre une inouïe série de personnages plus grognons les uns les autres jusqu'à ce qu'ils reçoivent un morceau du chapeau cadeau initial. Et se mettent en route ensemble pour redonner du peps à Madame Girafe. Simple, efficace et bien pensé.


L'arrivée du cadeau surprise. (c) Gautier-Languereau.

Madame Tortue est aussi grognon. (c) Gautier-Languereau.