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vendredi 5 avril 2024

Le prix Prem1ère 2024 à Sébastien Bailly

Sébastien Bailly. (c) Le Tripode.

 
Il est content, Frédéric Martin, et fier! Sa maison d'édition, Le Tripode, vient de remporter pour la troisième fois - en quatre ans - le prix Prem1ère de la RTBF. A la Foire du livre de Bruxelles, le jury d'auditeurs et d'auditrices a tranché entre les dix livres finalistes (lire ici). Et il a choisi de récompenser le premier roman de Sébastien Bailly, "Parfois l'homme" (Le Tripode, 192 pages), une exploration sévère mais jubilatoire de la condition masculine. Venu de Rouen où il a été longtemps journaliste avant de se tourner vers la consultance en rédaction, le lauréat n'a pas caché sa joie d'avoir été choisi par des lecteurs d'abord, belges ensuite et donc dotés d'humour.
 
"De la naissance à la mort, vivre n'est pas une mince affaire, mais cela a-t-il, au moins, un sens? Déceptions, abandons, rancœurs, courage, exaltation, grâce et un peu de beauté pour faire passer le tout: la condition masculine serait-elle hésitante et égarée? Dans son premier roman, Sébastien Bailly nous le rappelle avec lucidité, humour et panache", ont estimé Laurent Dehossay et les jurés du Prix Prem1ère 2024.

Cent dix nuances de l'homme

En huit chapitres présentés comme les romans d'aventures de Jules Verne ("Où l'homme pousse un premier cri,..") et cent dix séquences numérotées où le mot "l'homme" apparaît, le plus souvent en ouverture, moins souvent dans le corps du texte, deux fois pas du tout, Sébastien Bailly nous raconte un homme, lui?, de sa naissance (notice n°1) à son décès (notice n°110), pas lui. Entre les deux, des notices de longueurs variables abordent une existence masculine de façon chronologique en autant de thématiques. Exemples: 1, la naissance; 2, le choix du prénom; 3, l'accouchement; 4, la raison de la conception... Mais aussi l'enfant maltraité (6) ou choyé (7). Et encore le journal intime (13) ou l'art de collectionner (15). Sans oublier le quotidien, école, études, boulot, chômage, retraite, vacances, incidents de parcours, et la politique dont l'extrême-droite (60) ainsi qu'une impressionnante liste de ratages potentiels (71). On découvre des suites logiques comme des coqs à l'âne.
 
Bailly distille sa critique sociale d'un ton amusé ou au second degré. Pince-sans-rire ici, carrément noir là. De petites phrases percutantes réveillent un sujet banal. D'autres jouent sur le sens des mots. Elaborent des analyses rocambolesques (31) ou vantent la clef de douze (65). Quand il ne s'adresse pas directement à son lecteur. Sa couverture en spermatozoïdes multicolores, symbole masculin absolu, abrite un constat plutôt désenchanté sur la condition masculine. Mais les observations fines et bien rendues offent un réel plaisir de lecture tout en transpirant d'humanité. L'auteur sculpte ses différents tableaux tout en se lançant des défis littéraires. Une liste ici, une note là. Au final, un premier roman lettré dans le bon sens du terme, pesé, rythmé, dans lequel on circule facilement grâce à la numérotation. On pourrait même lire "Parfois l'homme" comme un "livre dont on est le héros". Et on le perçoit différemment après avoir entendu les réponses de l'auteur.

 
Sept questions à Sébastien Bailly

Ecrire un premier roman à votre âge, est-ce tard?
Je publie mon premier roman à 56 ans, mais cela ne veut pas dire que j'ai commencé à écrire maintenant. J'ai été journaliste pendant vingt-cinq ans, dans la presse informatique et dans la presse écrite, notamment locale pour "Ouest-France". On fait tout en locale. On est en prise réelle avec ce que vit la population. Sillonner Rouen a été nourrissant pour l'écrivain qui arrive derrière le journaliste.
En réalité, j'ai écrit mon premier livre à sept ans et demi. C'était un cahier de poèmes que j'ai fait en plus de mon cahier de poésie à l'école. Mon enfance et mon adolescence se sont déroulées avec l'écriture. Toujours de la poésie. Et des bouts de roman. Le travail d'écriture a toujours été là. Ensuite, j'ai fait des études de lettres et j'ai opté pour le journalisme afin d'écrire. C'était aussi une manière de repousser le moment où j'allais faire de la littérature. Comme écrire des livres techniques et non de la littérature blanche. "Parfois l'homme" est nourri de mon expérience. Évidemment, après cinquante-six ans, il n'est pas autobiographique. Et avant, pas complètement...

Mais la première scène l'est?
Oui.

Être un homme, un défi?
Le plus difficile à réussir, de mon point de vue, n'est pas que mon premier roman ne présente pas d'histoires, ni de personnages, mais qu'il se lise comme un page-turner. En l'absence de trame narrative tout en étant grand public. C'est cela qui a été mon défi.
L'écriture, cela s'apprend, le rythme, cela s'apprend. Sans technique, ce livre n'existe pas. Où mettre l'humour, comment l'intégrer? Il faut faire ses gammes. Se faire mal, comprendre ce qui ne marche pas.
 
Qui est cette Germaine Tribochon qui signe l'épigraphe "Parfois l'homme naît; parfois, l'homme meurt."?
C'est une blague. Elle n'existe pas. Comme il n'y a aucun personnage nommé dans le livre, je l'ai inventée pour avoir un nom. Accessoirement, sa phrase est le titre de mon manuscrit initial. Tout le livre est dans le point-virgule.

Comment s'est écrit "Parfois l'homme"?
J'ai composé le livre en suivant la chronologie de l'homme de la naissance à la mort. La numérotation des séquences est une idée de mon éditeur. Au départ, je n'en avais pas mise. C'étaient des blocs de texte. La numérotation donne des repères au lecteur. On découvre comment les gens s'approprient le livre, s'envoient des passages en les identifiant par leur numéro. Les différents paragraphes donnent aussi une idée très claire de tout ce que je pense. Le climat actuel en Europe est incroyable.

Quand écrivez-vous?
J'écris le matin, de cinq à sept heures, quand la maison dort. Dans les mêmes conditions d'écriture, jour après jour. Cela me permet, je pense, de maintenir le même style d'écriture. J'écrirais en fin de journée, les mots me viendraient différemment. Chaque numéro du roman a été écrit d'un coup, selon l'inspiration du jour et dans l'ordre du livre publié.

A part Perec, quelles sont vos admirations littéraires?
L'auteur Alexandre Vialatte qui m'a inspiré mon rythme et le décalage humoristique.
Eric Chevillard pour sa fantaisie et sa noirceur. Mais je ne l'ai découvert qu'a posteriori. Comme d'autres choses dans mon livre.


Lauréats précédents

  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" ;(Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour ;"Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour ;"Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006)


lundi 25 mars 2024

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2024


C'est à 14 heures le jeudi 4 avril, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct et remis le prix Prem1ère 2024. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? L'émission spéciale de Laurent Dehossay, président du jury, vous l'apprendra. Cinq des livres sélectionnés datent de la rentrée littéraire d'août 2023, cinq de celle de janvier 2024.

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF. Ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.

Les finalistes

Selon la chronologie de leur passage dans le magazine Le Mug (La Première, ici).


Éléonore de Duve
"Donato"
José Corti, 2023

(c) Bruno de Duve.

L'histoire de Donato, ouvrier mineur originaire des Pouilles venu vivre et travailler au Pays noir, telle que l'imagine Clio, sa petite-fille, dans une très grande inventivité langagière.

Présentation du livre le 21 mars dans Le Mug.


Bruno Markov
"Le dernier étage du monde"
Anne Carrière, 2023

(c) Abigail Auperin.

Bruno Markov réinvente le mythe de la réussite individuelle à l'heure des nouvelles technologies. Captivant, émouvant et subversif, il s'empare des questions éthiques les plus brûlantes autour de l'intelligence artificielle et de l’économie de l’attention.

Présentation du livre le 22 mars dans Le Mug sur La Première.

Virginie Bouyx
"La Varangue"
Le Pommier, 2023

(c) Hannah Assouline.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, dans une langue belle et émouvante, ce court roman aux allures de conte écologique nous parle de la disparition des êtres chers, de l'inexorable montée des eaux et de la place du rêve dans nos vies.

Présentation du livre le 25 mars dans Le Mug sur La Première.

Debora Levyh
"La Version"
Allia, 2023

(c) Ayoh Kré Duchâtelet.

Ce récit aux accents anthropologiques nous plonge avec inventivité dans l'observation d'un peuple imaginaire en mue perpétuelle, chez qui la notion d’identité n'a pas de valeur. L'occasion d'analyser finement la question du langage, et la difficulté à parler d'une culture dans une langue qui n'est pas la sienne.

Présentation du livre le 26 mars dans Le Mug sur La Première.

Pascal Lorent
"Retour à Anvie"
Weyrich, 2023

 
Solitaire, rigoureux et austère, un policier va devoir affronter son passé pour résoudre le meurtre qui lui est confié. Affronter un deuil qui se réveille quand il retourne à Anvie, innocente bourgade provinciale.

Présentation du livre le 27 mars dans Le Mug sur La Première.

Sébastien Bailly
"Parfois l'homme"
Le Tripode, 2024

(c) Le Tripode.

Ce roman de la condition masculine et de son agonie nous invite au rire en revisitant toutes les étapes de vies désormais pathétiques, hésitantes, égarées. De la naissance à la mort, des premières craintes aux ultimes lâchetés, des émois adolescents aux dernières rancœurs.

Présentation du livre le 28 mars dans Le Mug sur La Première.

Louis Vendel
"Solal ou la chute des corps"
Seuil, 2024

(c) Astrid di Crollalanza.

Dans ce livre, il n'y a ni personnages inventés, ni histoires imaginées, tout y est strictement vrai. Le rapport au monde de Solal, ami bipolaire du narrateur. Pourtant, on le lit comme un pur roman, au plus proche du réel. Une narration littéraire au service d’une éthique du récit.

Présentation du livre le 29 mars dans Le Mug sur La Première.

Cyril Anton
"Le nain de Whitechapel"
Les Éditions du Sonneur, 2024

A Londres, à la fin du XIXe siècle, la misère rôde. Prostitution, cirques de curiosités, corruption, mendicité, Jack l’Éventreur, Elephant Man, le gang Tabula Rasa... Un nain arrivera-t-il à offrir un refuge à tous les marginaux pourchassés avec son immense boule à neige magique?

Présentation du livre le 1er avril dans Le Mug sur La Première.

Paloma de Boismorel
"La fin du sommeil"
L'Olivier, 2024

(c) Patrice Normand.

Autour d'un architecte devenu malgré lui à la mode, une comédie absurde et pleine d'esprit qui se joue avec vivacité de la tyrannie du bien-être, des vanités et des faux-semblants.

Présentation du livre le 2 avril dans Le Mug sur La Première.

Marion Fayolle
"Du même bois"
Gallimard, 2024

(c) Francesca Mantovani.

Dans une ferme, l'histoire se reproduit de génération en génération: on s'occupe des bêtes, on vit avec, celles qui sont dans l’étable et celles qui ruminent dans les têtes. Les vies se dupliquent en dégradé face aux bêtes qui ont tout un paysage à pâturer.

Présentation du livre le 3 avril dans Le Mug sur La Première.





jeudi 17 mars 2022

Le prix Prem1ère 2022 à Mario Alonso



Mario Alonso.
Bis pour les éditions Le Tripode, attentives aux nouvelles plumes, dont un auteur remporte deux années successives, deux années de coronavirus et de confinement, le prix Prem1ère. Parmi les dix titres sélectionnés (lire ici), le jury de dix auditeurs/trices de la radio belge a choisi en cette seizième édition du prix le premier roman de Mario Alonso, "Watergang" (Editions Le Tripode, 222 pages). Un roman doux et poétique, à 180° de celui du lauréat précédent, Dimitri Rouchon-Borie, noir, glaçant, bouleversant. Habitant près de Lille, le lauréat est venu à Bruxelles recevoir son prix (5.000 euros) ce 17 mars et rencontrer ses lecteurs.

La couverture du roman, "Baltic Sea" (2010),
 par la peintre lituanienne Natalie Levkovska. (c) Le Tripode.

Un écrivain né en Espagne en 1965 et arrivé tout jeune en France, un titre en néerlandais évoquant la mer du Nord, une intrigue entre Pays-Bas et Grande-Bretagne, une plaisante mise en abyme, il n'en fallait pas plus pour séduire un jury belge, sensible aux brumes marines. Il a choisi de distinguer le parcours initiatique d'un grand gamin plutôt farfelu se destinant à l'écriture. Un prix qui enchante Mario Alonso, familier de notre pays. "J'ai une histoire avec la Belgique", confie-t-il, tout sourire, ce jeudi matin. "Je vis à Lille depuis cinquante ans. Ma compagne a le même amour que moi pour la Belgique. On vient très souvent chez vous. On aime l'art. On visite les galeries. Je me suis fait de vrais amis dans votre pays".
Honnête, le primo-romancier glisse, avant qu'on ne le lui demande, qu'il n'est jamais allé à Middelbourg, ville où se déroule son roman mais qu'il va y aller, promis!
Pourquoi Middelbourg alors? "Je regardais une carte ancienne des Pays-Bas du temps de leur grandeur géographique et le nom de Middelbourg m'a attiré. J'ai fantasmé le lieu, je l'ai composé de différents endroits proches."

Rien dans "Watergang" n'est habituel. Un héros de douze ans, presque adolescent, qui veut devenir écrivain. Un paysage entre canaux et polders. Une forme chorale où prennent la parole aussi bien les personnages que les éléments. Une intrigue mince, douce, en tours et en détours. Des chapitres courts, pièces de puzzle que le lecteur assemble pour saisir ce Paul qui est parfois Jan, sa famille et ses proches, régulièrement rebaptisés. Le tout porté par une écriture singulière, en couleurs et en sonorités, orale ici, théâtrale là, piquée de délicieux aphorismes chers à l'auteur - il en a publié un recueil en janvier 2021, "Lignes de flottaison" (Cactus Inébranlable éditions).

Lecture délicieuse que ce premier roman, qui se savoure lentement pour laisser les paysages et les  personnages se révéler, nous entourer, nous emporter. Qu'il est plaisant de découvrir Paul, dit Jan, ses carnets de notes, ses souhaits d'écrire, son besoin de nature et de solitude. De "no limit" même. A travers toutes les voix du roman, ces "je" vigoureux, on galope en sa compagnie autour de la ville, on entre dans la mer, on se glisse dans un transbordeur. On se couche dans ses couleurs et ses sensations. On suit les transformations de sa famille, sa sœur enceinte et ses copines innombrables, sa mère courage, héroïne fatiguée, son père absent, d'autres proches et le petit monde de Middelbourg. Paul, douze ans, presque treize, qui se rêve écrivain, qui se projette à Buenos Aires, nous emporte à sa suite pour une lecture enchantée.
"Il ne se passera rien, mais rien ne se passera tout à fait normalement. Je serai à l'image de mon auteur, à l'image du pays et de ses coutumes, je serai à l'image des marais, en pièces et complet. On m'écrira sans savoir écrire. On me lira sans jamais avoir lu auparavant. On me refermera comme on referme un missel, en le laissant pour quelqu'un d'autre, pour une autre fois. Ma dernière phrase pourra être..."
Mais ce ne sera pas celle-là car Mario Alonso s'amuse avec son lecteur, ce dont on le remercie.


Sept questions à Mario Alonso

Comment êtes-vous venu à l'écriture?
J'ai été photographe pendant douze ans. Mais j'étais souvent déçu. Je trouvais les choses plates sur mes tirages. Je ne ressentais pas sur le papier ce que j'avais vu et vécu. Il est difficile de donner de la nuance et de la profondeur en photo. Je me suis dit que j'allais tenter de les écrire. Je connais les canaux, je connais les polders. Ces paysages faussement plats où une dune devient une montagne et une crevasse un ravin. Idéal pour un esprit à l'imagination fertile comme le mien. Cela me permet aussi de me projeter hors du temps.

Comment est né "Watergang"?
Le projet de ce livre est d'être ancré dans un terrain imbibé d'eau, de jouer avec la mémoire, avec ce qui remonte qui peut paralyser ou donner des ailes. Paul, mon personnage principal, prend son élan.
Je suis bibliothécaire et lors d'un atelier d'écriture, j'avais écrit une phrase avec Paul: "J'ai treize ans, j'habite Middelbourg et ma sœur est enceinte." Je l'ai reprise pour le roman en la développant: "J'écrirai mon premier roman à treize ans. Treize, ça porte bonheur. J'ai tant de choses à dire sur Middelbourg mais je vais attendre. J'y tiens. Je suis superstitieux. Mon roman commencera par: "J'ai treize ans, j'habite Middelbourg et ma sœur est enceinte." Cette phrase, je l'ai écrite sur un carnet pour ne pas l'oublier. Et le carnet, je l'ai planqué quelque part dans les polders, loin du village." Là-bas, on ne sait pas où commence la terre et où commence la mer. 

Vous avez écrit le livre chapitre par chapitre?
J'ai ajouté des personnages qui me ressemblent et qui ressemblent à l'adolescent qu'est Paul. Tout de suite, il s'est donné un autre nom, Jan. Ensuite, j'ai écrit "Kim" pour le deuxième chapitre. Qui a été renommée en Birgit car Paul renomme tout le monde, même sa mère. C'était alors parti pour une forme chorale sans que je l'aie décidé. Des chapitres courts comme des pièces de puzzle, donnant la parole à des personnages ou à des éléments.

Le récit avance d'un intervenant à l'autre mais parfois se répète.
Le défi du livre est que je pose les pièces comme dans un puzzle et que le lecteur les assemble. Comme un paysage qu'on voit de haut. Je pose les pièces du puzzle une par une ou en double par un effet de miroir. Le reflet est une obsession chez moi. Le procédé choral est connu. Beaucoup d'écrivains l'ont utilisé, dont Gabriel Garcia Marquez.

Pourquoi utilisez-vous souvent les formes négatives?
Pour moi, Middelbourg est un village au milieu de rien. Oui, j'utilise beaucoup la forme négative dans mon écriture. Elle m'aide à dire la beauté et la poésie des choses, à ressentir sans analyser.

Vous convoquez du monde aussi, des écrivains, Florence Seyvos, Raymond Carver, des musiciens, les Beatles, Brian Eno ou PJ Harvey, le peintre Lucian Freud...
Je fais attention à la musique des mots, mes références ne sont pas que littéraires. Elles sont aussi plastiques, par exemple l'artiste allemand Stephan Balkenhol qui, pour moi, est à la sculpture ce que Edward Hopper est à la peinture. Ou cinématographiques, les scènes d'eau et les travellings de paysage chez Tarkovski, les scènes familiales du cinéma italien des années 1970.

Vous qui avez publié un recueil d'aphorismes, n'en avez-vous pas glissé dans le roman comme ce "Je suis cousu d'un fil noir"?
Si, il y en a régulièrement. J'aime beaucoup les images rapides.

Lauréats précédents
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018) 
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" (Editions Philippe Rey, 2017, lire ici
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008) 
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 


lundi 3 janvier 2022

Mantra, naïveté, humour?

LU & approuvé

2022, tout va bien? Sisi, au moins dans un livre en format de poche.

L'an dernier, les éditions du Tripode nous invitaient à rire de 2020 avec "Le tout va bien 2021, le monde insolite via l'AFP" (lire ici). Cette année, l'équipe persévère avec un nouveau recueil de faits divers insolites, "Le tout va bien, Le monde fou de l'AFP en 2022" (Le Tripode, 144 pages). Une anthologie désopilante dont le dessin de couverture est de Denis Dubois. Son titre peut toutefois prêter à confusion car ce sont bien entendu les dépêches de l'AFP (Agence France Presse) entre fin 2020 et fin 2021 qui ont fourni la matière de ces pages au très amusant tour du monde. Mais on peut en rire en 2022.

Présentées en ordre chronologique dans un graphisme agréable qui se pare de deux couleurs Pantone, le cyan foncé moyen 320 U et le rouge-orange 021 U, les nouvelles alignées ici en un incroyable collier de perles proviennent de la catégorie de dépêches de l'AFP intitulée "Tour du monde des insolites". L'équipe du Tripode a choisi les meilleures pour composer ce florilège de l'insolite jouant sur la surprise du lecteur: le titre se trouve en page de droite et il faut tourner le feuillet pour lire le fait divers, daté. 

Quelques exemples:
  • "Noël en Floride: attention aux pluies d'iguanes"
  • "Il fait des abdos sur un poteau électrique et provoque une panne générale"
  • "Ils braquent une banque puis tentent de s'enfuir en Uber"
  • "Brigade du whisky: Rocco le chien au rapport"
  • "Loto: le buraliste a voulu gratter la grand-mère"
Si le recueil apparaît extrêmement drôle, parfois poétique, souvent dérisoire, il nous tend aussi le miroir impitoyable de notre société, dans son quotidien le plus anodin comme dans ses excès les plus incroyables. 



jeudi 4 mars 2021

Le prix Prem1ère 2021 à Dimitri Rouchon-Borie

La couverture du roman, par Clara Audureau. (c) Le Tripode.

Il est des livres qui vous clouent à votre siège vous entrent dans les yeux le cerveau et le cœur. Vous remuent par leur fond quelle histoire et par leur forme quelle écriture. Vous accompagnent vous hantent vous interrogent vous rendent aussi plus humain. "Le Démon de la Colline aux Loups", le premier roman de Dimitri Rouchon-Borie (Le Tripode, 240 pages), lauréat en ce 4 mars du quinzième prix Prem1ère 2021 (lire ici), doté de 5.000 euros, est de ceux-là. Un roman excellemment présenté comme toujours au Tripode, papier de qualité, typo soignée et ce magnifique paysage en couverture.

"Le Démon de la Colline aux Loups" est un livre sombre, très sombre. Il raconte l'itinéraire d'un enfant né comme ses frères et ses sœurs dans une famille atrocement maltraitante. Un père et une mère toxiques au-delà de ce qu'on voit habituellement, qui martyrisent leur progéniture. Aucun soin, aucun souci, aucune attention, pas assez de nourriture, aucune activité mais des colères, des punitions, des enfermements, des sévices. Pour dire cela, Dimitri Rouchon-Borie use d'une écriture qui n'est qu'à lui. Des phrases immenses sans autre ponctuation que des points. Au lecteur de se débrouiller pour faire la part entre ce qui s'écrit et ce qui se dit. Au lecteur d'entrer par cette porte étroite dans ce roman bouleversant qui va le conduire loin, très loin, dans la noirceur humaine. Au-delà de ce qu'on imagine communément.
Le paragraphe initial du roman:
"Mon père disait ça se passe toujours comme ça à la Colline aux Loups et ça s'était passé comme ça pour lui et pour nous aussi. Maintenant je sais que ça s'est arrêté pour de bon. La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça que je vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça."

On découvre l'histoire du narrateur à travers le journal que, devenu adulte et incarcéré, il tape à la machine à écrire dans sa cellule. Il raconte tout sans filtre, ces enfants qui n'ont pas de lit où dormir et se serrent les uns contre les autres sur le sol comme dans un nid, ces enfants qui ignorent qu'ils ont un prénom et l'apprennent un jour par hasard - pour le narrateur, Duke, ce sera à l'école -, ces enfants qui ne savent rien parce que personne ne leur apprend rien, ne leur montre rien, ces enfants devenus quasiment de petits animaux. Et bien entendu les violences, d'une rare cruauté et hautement répétitives. Les souvenirs de Duke sont interrompus par des scènes dans la prison, son compagnon de cellule, le gardien et, surtout, le prêtre qu'il a demandé parce qu'il s'interrogeait sur ce qu'est l'âme. Par ses réflexions aussi: où était-il bien? avait-il le choix de ne pas devenir un monstre? son père lui a-t-il légué le Démon? aurait-il pu avoir un autre destin? Il a les réponses.

Chroniqueur judiciaire au quotidien breton "Le télégramme", Dimitri Rouchon-Borie enfile les souvenirs de son personnage comme autant de perles noires. La violence, les viols, la résistance de Duke pour protéger sa sœur, l'intervention de la justice, le placement en famille, le procès des parents ("je m'appelle Clara et si mon père n'avait pas violé mon frère je n'aurais jamais su que c'était mon nom"), la fuite à seize ans, la violence à répétition, toujours plus forte, due pour Duke à l'intervention du Démon, l'apaisement dans la nature jusqu'à l'effroi absolu et le drame atroce de la finale.

Servi par cette écriture hypnotique, sans une once de gras, où le primo-romancier est parvenu à se glisser dans la peau d'un enfant qui ne sait rien du monde, de la vie ou de lui, ce livre extra-ordinaire est une claque littéraire qui nous oblige à regarder aussi les enfants qui sont nés dans des familles de monstres. Des enfants martyrs qui ne connaissent pas toujours le chemin de la résilience mais voient naître en eux la haine. Une haine balayée par quelques moments d'amour ou de tendresse. Pour Duke, ce sera sa sœur d'abord, Billy ensuite, une jeune fille qu'il tentera d'extraire de ses démons à elle. Etait-ce suffisant pour qu'il puisse trouver son chemin?



Le lauréat du prix Prem1ère 2021 est venu à Bruxelles ce 4 mars pour recevoir sa récompense et rencontrer les dix jurés qui l'ont élu. Un déplacement qui a aussi été l'occasion de lui poser quelques questions.


Neuf questions à Dimitri Rouchon-Borie

Dimitri Rouchon-Borie.
Votre roman provoque à la lecture une stupéfaction inhabituelle. On en est quasiment figé.
Cela a été une telle expérience d'écriture pour moi que je comprends l'expérience du lecteur. Ce livre, je l'ai écrit en trois semaines, au printemps 2019. J'ai été comme traversé par une tempête. Je l'ai écrit sans réfléchir, de manière fusionnelle. J'étais dans le livre de manière totale. Quand il est sorti, que j'ai eu le livre physique en main, c'est comme si on avait coupé le cordon ombilical. J'ai alors pu le réaborder de l'extérieur.

Quel a été l'élément déclencheur de l'écriture?
Je suis journaliste au "Télégramme" en Bretagne. J'y suis chroniqueur judiciaire. Il m'est parfois difficile d'être dans l'écriture journalistique, d'être dans l'horreur tout le temps puisque je suis les procès d'assises. J'encaissais trop. Parce que les procès, je les couvre de manière empathique, pour comprendre chacun de ceux qui sont réunis là.

Comme un journaliste?
Oui, un journaliste raconte l'humain. Parce qu'il est nécessaire de dire les choses, de ne pas les cacher, d'être au plus près de ce que c'est que vivre la violence. On se laisse traverser par tout ce qu'on n'écrit pas, les coups d'œil, les soupirs, les visages. Tous ces fantômes se sont amalgamés en moi et sont sortis sous cette forme-là. J'ai écrit ce livre avant un nouveau procès de maltraitance d'enfants. Par peur que ce soit le procès de trop pour moi. Je l'ai écrit comme un exutoire, comme une thérapie. Cela a été libérateur. Il m'a permis de me rencontrer moi, de comprendre ma position d'humain, de journaliste, dont la souffrance est de ne pas tout dire, d'être avec tant de questions dans ces procès et de repartir avec elles. Ce livre a guéri des blessures et m'a fait d'autres cicatrices. L'écriture s'est imposée parce que pour raconter l'indicible, il faut une langue qui n'existe pas.

Vous êtes-vous basé sur vos expériences de chroniqueur judiciaire pour écrire?
J'ai une formation en philosophie et en sciences cognitives. Les questions théoriques sont incarnées dans les histoires vraies que je côtoie. Il y a aussi des miracles dans les tribunaux, mais davantage d'histoires comme dans mon livre. Dans mon coin de Bretagne, 80 % des procès d’assises sont des affaires de viol.
Je me suis donc basé sur ce que j'ai vu et entendu lors des procès. Par contre, je n'ai jamais croisé d'affaire avec une absence de prénoms. Pour moi, le symbole absolu de la violence et de la maltraitance est de ne pas nommer son enfant. Quand on supprime l'identité, on n'est rien. J'ai voulu que Duke découvre son prénom à l'école, avec quelqu'un de bienveillant.

Il n'y a pas de résilience pour Duke.
Il y en a qui s'en sortent, oui, mais l'inverse est vrai aussi. Violenter un enfant, c'est prendre ce risque-là. J'ai été taraudé par ces questions. Par exemple, lors du procès que j'appréhendais, les enfants victimes dessinaient. Ils dessinaient pendant que se disaient les horreurs qui leur avaient été faites! J'en ai été bouleversé. Cela faisait écho au livre que j'avais écrit. 
Pourquoi certains n'en sortent pas? On n'en sait rien. Les éducateurs évoquent des récidives sans que personne ne sache pourquoi. Pourquoi chez Duke tout foire-t-il tout le temps? On n'a pas de réponse du côté des hommes. Lui-même se pose des questions à propos de Dieu, de l'âme, du purgatoire. Il lit les confessions de Saint-Augustin pour tenter de comprendre.

Vous vous êtes glissé dans la peau d'un enfant qui ne connaît rien.
Je suis allé chercher ce petit garçon dans le "nid". Je suis parti de là. Cela m'a permis de le raconter. Il est la synthèse de tous mes fantômes. Il y a tellement d'histoires de maltraitance d'enfants. Lors d'un procès, un enfant de onze ans avait été évalué comme ayant le niveau d'un enfant de trois ans. Le juge a dit que ce n'était pas rattrapable pour lui. Pourquoi certains et pas les autres? On ne sait pas mais on sait que les maltraitances sexuelles ont un taux de reproduction très fort.

Et pour Duke?
Duke est dans un tourbillon. C'est comme une malédiction à ses yeux: cela se passe comme ça. Mais comment cela s’arrête-t-il? que fait-on de cela? Duke nous parle à nous. Il veut s'affronter lui-même. Il est clairvoyant par rapport à lui-même. Il a envie de ne rien s'épargner car pour lui, ce serait déjà faire gagner le Démon. Il se pose des questions et fait ses choix. Il a bien conscience en écrivant son journal qu’il aurait pu à certains moments faire d'autres choix. Mais il n'a pas pris ces options-là.

Duke tient parce qu’il veut sauver, sa sœur d'abord, Billy ensuite.
Et par amour. Il vit une première lumière de l'amour, de la tendresse, après les violences que  lui a infligées son père, avec sa sœur. Mais elle est incestueuse. Il sait que cette beauté qu'il vit avec sa sœur est anormale.
Dans la nature, il est bien aussi. Il peut s'oublier. Il a là un sentiment océanique. Le début de la souffrance, c'est l’émergence de l'inconscient. La nature, c'est l'indistinction.

Vous ne donnez pas d'indication de lieu ou de temps.
Ni l'époque ni les choses ne sont localisées pour arriver à saisir des choses plus universelles. Je n'utilise pas de lieux réels ni de situations réelles. J'aime cela, cela me donne une vraie liberté dans l'imaginaire. Cela s'oppose à mon métier de journaliste où je dois être réel. Cela me permet d’emmener les gens ailleurs.


Lauréats précédents
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018) 
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" (Editions Philippe Rey, 2017, lire ici
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008) 
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 










mardi 2 mars 2021

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2021


Qui sera le lauréat du prix Prem1ère 2021 (RTBF), prix récompensant chaque année un premier roman écrit en langue française (lire ici)? Verdict le 4 mars.
Les titres finalistes ont été choisis par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires (Deborah Danblon, Régis Delcourt, Kerenn Elkaïm, Emmanuelle Jowa, Christine Pinchart et Laurent Dehossay) avant d'être soumis à un jury de dix auditeurs de la Première, présidé par Laurent Dehossay.

Les dix finalistes

Ludovic Manchette
Christian Niemiec
"Alabama 1963"
Le Cherche-Midi

Cap sur les États-Unis, en Alabama, en 1963, au cœur d'une tragédie: la disparition de plusieurs fillettes noires à Birmingham. Sur une toile de fond extrêmement sombre, ségrégation raciale, Ku Klux Klan, assassinat de Kennedy, les auteurs nous racontent comment deux êtres que tout oppose vont apprendre à se connaître et à se respecter avec leurs différences.



David Fortems
"Louis veut partir" 
Robert Laffont

En route vers Bogny-sur-Meuse, petite ville des Ardennes françaises, près de Charleville-Mézières, pour suivre l'enquête menée par Pascal, ouvrier dans la quarantaine, sur le suicide de son fils, Louis, 18 ans. Un garçon passionné par la lecture, bon élève. D'où l'incompréhension totale du père. Passée la stupéfaction, il part à la recherche de la vérité. Louis se révèlera avoir été un parfait inconnu pour lui.
 


Dima Abdallah
"Mauvaises herbes"
Sabine Wespieser

L'histoire d'une petite fille née à Beyrouth pendant la guerre civile. Elle n'a pas peur et ne pleure pas car son papa l'attend et la protège. Mais celui qui est un géant aux yeux de sa fille, sait toute son impuissance. Ce sera ensuite l'exil à Paris. Pour elle, pas pour lui. C''est en devenant mère qu'elle tentera de se délivrer de ce passé meurtrier.



Christophe Perruchas
"Sept gingembres"
Rouergue/La Brune

Antoine, quadragénaire, est cadre dirigeant dans une agence de publicité parisienne plutôt prospère. Père attentionné, mari aimant, manager efficace. Mais si Antoine est un winner, il y a une faille … #balancetonporc… Antoine va faire l'objet d’une plainte pour harcèlement sexuel. La jolie photo se déchire alors de toute part.



Maylis Adhémar
"Bénie soit Sixtine" 
Julliard

Sixtine, jeune fille très pieuse, nous ouvre la porte du milieu fondamentaliste catholique français. Sa rencontre avec Pierre-Louis, qui a mis la barre très haut dans la pratique des valeurs chrétiennes. Son mariage foireux dès la nuit de noces. Sa réduction au statut de mère. Ses désillusions devant les affirmations de son mari et de ses semblables. Son effroi lors de leurs expéditions punitives. Mais Sixtine est aussi une combattante, celle de sa liberté de vivre.



Emmanuelle Dourson
"Si les dieux incendiaient le monde"
Grasset

Les histoires de familles finissent-elles mal? Pas sûr, même si elles sont traversées par la douleur et les ruptures. Celle-ci va du départ brutal de la fille cadette qui restera silencieuse pendant une quinzaine d’années et deviendra une pianiste renommée basée à New York. L'annonce d'un concert d'elle à Barcelone, met sa famille est en émoi. Serait-ce l'occasion de se réunir?



Dimitri Rouchon-Borie
"Le Démon de la Colline aux Loups" 
Le Tripode

Descente dans l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus noir, avec ce journal d'un homme en prison et perdu à jamais. Il raconte l'impensable, ce qui lui est arrivé. Une enfance dévastée par des adultes monstrueux. Un sauvetage par les services sociaux. Un âge adulte empli de douleur, de rage et de violence et d'amour. Sauf que les démons, trop souvent, triomphent de l'amour.



Emmanuel Chaussade
"Elle, la mère"
Minuit

Lors de sa mise en terre, une mère va se révéler à travers les souvenirs du fils, narrateur de l'histoire. Amour, colère, incompréhension, admiration, déception devant cette femme à la puissante personnalité. Une femme qui s'est voulue libre à une époque sans #metoo. Au final, une femme seule, qui a refusé d'être une victime, n'épargnant personne et certainement pas son fils.



Anthony van den Bossche
"Grand Platinum"
Seuil

Une sorte de fable sur les temps présents, aux côtés de Louise, jeune et dynamique entrepreneuse qui tente de récupérer les magnifiques carpes japonaises, des koïs, que son père décédé, a dispersées dans plusieurs plans d'eau de la capitale, en toute illégalité.



Abdelhafid Metalsi
"La colline à l'arbre seul"
JC Lattès/La Grenade

Des gamins, issus de milieux modestes, redoublent de débrouillardise pour se payer des séances de cinéma et des canettes de boissons gazeuses sirotées au coin d'un feu sur lequel ils font cuire des patates. Pour trouver l'argent, ils récupèrent cartons et bouteilles consignées qu'ils revendent à un ferrailleur. Mais la petite bande n'est pas la seule à exploiter le filon. 



(c) Les illustrations proviennent du site de la RTBF.


vendredi 30 octobre 2020

Le Tripode pour nous aider à rire de 2020


#tousenlibrairie

"2020? Bon, mieux vaut en rire"
, estiment les Editions du Tripode qui pensent à leurs lectrices et à leurs lecteurs, et surtout "à ceux que les semaines à venir vont plus particulièrement fragiliser". Au printemps, le Tripode leur avait offert le roman "La Grande Panne", d'Hadrien Klent (2016, version poche en octobre 2020), "afin de mettre un peu d'ironie et de gaité dans ce qui arrivait".

Cet automne, autre cadeau, le recueil dans le registre humoristique "Le tout va bien 2021, le monde insolite via l'AFP", concocté par l'équipe du Tripode et l'AFP, qui devait paraître dans quelques jours. Un tour du monde des faits divers les plus absurdes. On sourit au premier, la banane augmente au deuxième, la gueule se fend au troisième. Et il y en a encore plein d'autres! 

"Les librairies passant en régime réduit (soutenez-les! commandez vos livres chez eux pendant le confinement!)" poursuit Le Tripode, "nous ne savons pas encore s'il sera finalement possible de faire paraître ce livre. Alors, pour ouvrir le mois étrange qui s'annonce sur quelques éclats de rires bienvenus, nous avons décidé de vous en offrir une version numérique."

Fromages qui puent, cochon rôti ou tacle de poulet, il y en a pour tous les goûts,  les titres étant évidemment suivis d'explications suivent dans l'ouvrage. 





Mais on attaque également des aliens, on se retrouve à l'hôpital à cause d'un renne, on recherche des voleurs de chocolat Milka... Bref entre situations insolites ou juste complètement dingues, on s'amuse beaucoup. Pour obtenir la version numérique de "Le tout va bien 2021, le monde insolite via l'AFP", riche de 113 pages, il suffit de cliquer ici. Merci, Le Tripode!






lundi 2 septembre 2019

Le prix du roman Fnac 2019 dit une femme inuit

Bérangère Cournut.

C'est donc Bérengère Cournut qui est la lauréate du Prix du Roman Fnac 2019 (lire ici) pour son roman "De pierre et d'os" (Le Tripode, 219 pages, en librairie depuis le 29 août). La moins connue sans doute des quatre finalistes (de sexe féminin, rappelons-le) de cette dix-huitième édition. Le Prix lui sera remis le vendredi 20 septembre lors de l'inauguration du Salon Fnac (Halle des Blancs Manteaux, Paris IV, 20, 21 et 22 septembre) par l'invité d'honneur, l'Américain Bret Easton Ellis. Le seul roman que Le Tripode édite en cette rentrée littéraire 2019.

"Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l'Arctique depuis un millier d'années. Jusqu'à très récemment, ils n'avaient d'autres ressources à leur survie que les animaux qu'ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d'animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L'eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu'accompagne parfois le battement des tambours chamaniques."
Ainsi est présenté "De pierre et d'os",  roman sur le peuple inuit et plus particulièrement sur Uqsuralik, une jeune femme inuit qui se voit séparée de sa famille lors d'une fracture de la banquise, et est contrainte de rencontrer d'autres êtres vivants, hommes, animaux, créatures, pour survivre au froid polaire et à la pénombre, de Bérengère Cournut, née en 1979, auteure déjà de plusieurs livres:

  • "L'Écorcobaliseur" (roman, Attila, 2008)
  • "Nanoushkaïa" (poésie, L'Oie de Cravan, 2009) 
  • Palabres" (roman publié sous le pseudonyme U. M. Espedite avec N. Tainturrier, Attila 2011)
  • "Wendy Ratherfight" (poésie, L'Oie de Cravan, 2013)
  • "Née contente à Oraibi" (roman, Le Tripode, 2017, sur le peuple indien hopi)
  • "Par-delà nos corps" (roman épistolaire, Le Tripode, 2019)
  • "Le Roi de la Lune" (jeunesse, illustré par Donatien Mary, Editions 2024). 

Avec ce roman en immersion dans le monde inuit, écrit à la première personne, en 96 notules plutôt brèves interrompues de poèmes, complété d'un cahier de photos, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d'une vision alternative du monde.




Palmarès du prix du roman Fnac
  • 2018 Adeline Dieudonné, "La Vraie Vie "(L'Iconoclaste, lire ici)
  • 2017 Véronique Olmi, "Bakhita" (Albin Michel)
  • 2016 Gaël Faye, "Petit pays" (Grasset)
  • 2015 Laurent Binet, "La Septième Fonction du langage" (Grasset)
  • 2014  Benjamin Wood, "Le Complexe d'Eden Bellwether" (Zulma)
  • 2013 Julie Bonnie, "Chambre 2" (Belfond)
  • 2012 Patrick Deville, "Peste et Choléra"(Seuil)
  • 2011 Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit" (JC Lattès)
  • 2010 Sofi Oksanen, "Purge" (Stock)
  • 2009 Yannick Haenel, "Jan Karski" (Gallimard)
  • 2008 Jean-Marie Blas De Roblès, "Là où les tigres sont chez eux" (Zulma)
  • 2007 Nathacha Appanah, "Le Dernier Frère" (L'Olivier)
  • 2006 Laurent Mauvignier, "Dans la foule" (Minuit)
  • 2005 Pierre Péju, "Le Rire de l'ogre" (Gallimard)
  • 2004 Jean-Paul Dubois, "Une vie française" (L'Olivier)
  • 2003 Pierre Charras, "Dix-neuf secondes" (Mercure de France)
  • 2002 Dominique Mainard, "Leur histoire" (Joëlle Losfeld)