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samedi 29 septembre 2018

"L'émouvance des émouvants", un nouveau courant artistique né en Tunisie

L'émouvance des émouvants - Sadika Keskes.

Durant l'été 2018, un nouveau mouvement dans l'art contemporain a germé en Tunisie sous la houlette de l'artiste Sadika Keskes, épaulée par ses pairs, Houda Ghorbel, Wadi Mhiri, Mouna Jemal Siala et par Neïla Mhiri, responsable du département droit des arts. Fin septembre, ce nouveau courant artistique est officiellement né. Il se nomme "L'émouvance des émouvants". Voici son texte fondateur, présentant les tenants et les aboutissants de cette nouvelle forme de représentation artistique.

Il a été cosigné par 150 artistes dont, pour ceux que j'ai déjà eu le plaisir de croiser Hélé Béji, Rochdi Belgasmi, Hatem Bourial, Mahmoud Chalbi, Richard Conte, Riadh Fehri, Gérard Haddad, Achraf Hammouda, Fatma Kammoun, Jean-Claude Villain, Selim Zarrouki, Fawzia Zouari (liste complète ci-dessous).
Et je ne suis pas peu fière de figurer également parmi les signataires.
C'est un peu complexe mais a la mérite de poser clairement les enjeux de l'art contemporain et d'apporter des éléments de réponse et de réflexion.


De l'apologie du beau à l'éloge de l'émotion

dans l'art du contemporain


Tunis, le samedi 22 Septembre 2018,

13 juillet 2018, Espace Sadika, Côte de Carthage. Eclosion d'un geste, en mouvance, dans l'histoire de l'art en Afrique. Manifestement, les faits têtus et l'époque singulière en témoignent. Dorénavant, c'est ainsi, l'art contemporain devra composer avec cette influence artistique, présence en éveil, jaillissant de la terre ocre des origines et vers le monde. De cette douce argile matricielle, notre parcours et notre vision de l'art au contemporain s'emparent de la chance de l'éclat, entre proportions magiques, symphonie des arômes et volumes aériens. Notre souvenir le plus lointain: la beauté. Non pas celle classique et immuable, mais celle liée à l'artistique ainsi qu'à la genèse et à la vie intérieure de l'œuvre elle-même. Fallait-il en parler.

Aussi indéfinissable que son contraire, l'absence du beau, au-dedans, empêche de batifoler à quatre pattes sur un tapis. Et, alors, d'ancrer le saisissement qui en émane, sur ce sol en relief coloré de notre enfance. En harmonie avec ce soleil au vent chaud, de la tradition du Kilim à la céramique chez les Chemla, en passant par les motifs Bogolans, l'art africain aux origines tenaces a ses touches et ses notes inspirées. Et puis, du geste au souffle, jusqu'au rythme, il y a eu cette verve délicate de la
plume. En effet, nous avons bu la "Plaidoirie d'un renouveau en mouvement: Des frontières de l'art dit "contemporain" à son dépassement." (lire ici)

Pour le moins, nous avons été touchés par ces sept pages fulgurantes, article de fond visionnaire, de Me Mohamed Benkhalifa, politologue, avocat international et coach certifié. Ce prodrome attise et ranime, de plus belle, notre émotion créatrice sensible à l'écoulement du temps et au mouvement dans l'espace. Aussi, sommes-nous de ces artistes "en émouvance", comme Mohamed Benkhalifa - féru du Japon de Watsuji Tetsurō et d'Augustin Berque - aime à le dire, avec raffinement, en nous qualifiant, taquinerie bienveillante en filigrane, d'"émouvants qui, de concert, à même fréquence, sont et font émotion", qui, à la fois, en créant, puis en exposant l'œuvre se laissent en proie à l'émoi, agiles à s'émouvoir, en soi, pour créer, puis, adroits à émouvoir, émeuvent, par le créé, l'autre, les autres, au pouvoir potentiel de création. Ainsi, dans ses mots-étincelles, sommes-nous ces "émouvants" qui "ont à conquérir le monde dans sa chair" qui "n'acquiescent pas à l'expulsion du sens [et qui] osent la question du devenir de l'être, tel un Parménide d'Elée" et qui, "légers, à fleur d'eau comme l'écume [...] sont paisiblement déterminés à s'échouer sur la falaise du paradigme friable". Détaché de ce paradigme sans s'y attarder, le regard sublimé de Benkhalifa perçoit l'image comme "une surface sonore à l'onde saisissant sa profondeur", qu'elle soit cliché ou réalité, et discerne le quadrilatère du tapis, comme "un morceau de couleur", au delà de n'être qu'une simple ou pure forme. Dès lors, héritiers de cette couleur sonore, nous renouvelons nos vœux artistiques et relevons le défi. Alors, cher Mohamed, chiche! Nous nous définissons, bien volontiers, comme l'"Emouvance des émouvants".

Et, entre autres, nous avons comme référence ce film poignant "Par où commencer?", utilisant un alphabet de magie créatrice, pour énoncer et offrir, de Nacer Khémir, conteur, écrivain et réalisateur de grand talent affirmant, que "l'utopie, ce n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé" et qui cite dans son film un Hadith: "Dieu est beau et il aime la beauté", tout en soulignant qu'ici, au berceau de l'humanité, "pour survivre, il faut ré-enchanter le monde en deuil d'enchantement". Cette survie repose sur sa vision stimulante ayant pour projet "une civilisation hospitalière ouverte sur le monde". Maître d'image, Khémir, comme Deleuze, comme nous, comme le prix Nobel Beckett, confirme que "ce qui comte dans l'image, ce n'est pas le pauvre contenu, mais la folle à l'énergie captée prête à éclater". Cette folie à l'énergie captée est tirée de notre puits d'inspiration, à l'eau artistique qui n'a pas fini de sourdre.

Persuadés que, dans l'art contemporain labellisé, l'oubli de l'être et l'abandon, voire le bannissement de la beauté, même celle extraite de la laideur ou encore la récusation de l'exclamation du simple "c'est beau!" pour qualifier une œuvre du contemporain, sont des réalités froides, en déréliction, de la contemporanéité. Benkhalifa et Khémir, deux penseurs d'influence, sur la même longueur d'ondes, à nos yeux poètes lucides, interpellent notre conscience qui interroge.

L'art, dans son geste premier, ne réside-t-il pas dans une éthique de la responsabilité vis-à-vis des générations naissantes et futures? Face à son miroir aux mille et un imaginaires, quelle image éthique l'artiste renvoie t-il dans l'œuvre qu'il offre aux sens d'autrui? Serait-il un organe vital dans ce corps social en ces Temps hypermodernes, au point d'en devenir sa source d'inspiration et son essence? Qu'en est-il du beau et de l'émotion dans l'art au contemporain?

De prime abord, tel l'élixir obtenu par une solution cathartique, il s'agit, d'emblée, de donner accès aux forces libératrices des fragrances de l'art et de passer du dire au faire, dans un milieu en symbiose avec l'atmosphère sociétale. Pourvu que l'avoir ne disloque point l'être, avec ou sans avoirs.

Ainsi, l'avoir-sans-l'être ne saurait nourrir et faire sourire le corps de cette certaine saveur de l'art au contemporain qui nous anime. Reste à raffiner son palais dont il n'est plus à douter qu'il émettra alors des résonances aux phonèmes arborants, de noèse en noème, de nouveaux langages. Ceux-ci ne reproduisant pas, ils rendent lisible et actionnent le mystère de l'émotion qui meut, à son tour, l'alpha et l'oméga de l'imaginaire créatif, mouvement vertueux sujet à faire acte de création.

Lumière en couleurs, parfois baumes, souvent parfums, l'œuvre est la sève qui stimule les profondeurs et émeut les fors intérieurs, prompts à vagabonder dans les clairières riches de tous les possibles, de toutes les émotions, comme lieux des vulnérabilités qui ne craignent pas le mot amour. Partant de l'ontologie d'Heidegger et davantage en proximité avec l'éthique de Levinas, nous croyons que "seul un moi vulnérable peut aimer autrui". Aussi définissons-nous l'œuvre d'art comme une puissante énergie qui fait monde à même de sauver l'acte de création du solipsisme. Loin du fatalisme, de la vérité absolutiste et des obscurs du mortifère, ce monde répond aux murmures du vivant et à la transcendance de ce qui nous enveloppe, en se livrant à l'expérience des échappées altruistes, au risque des encontres qui déroutent les certitudes à bascule et, plus en avant, qui initient aux vertus du vivre ensemble en paix.

22 juillet 2018. Marche allégorique solidaire et poétique aux frontières du Maghreb fraternel, pour la levée des barrières brutes, au-delà du limes de l'art contemporain officialisé.

15 août 2018. L'imaginaire prend place à la Galerie Alain Nadaud, toujours à Gammarth. Parmi la cinquantaine de convives, se trouve présent, hors du temps, Paul Klee, ce maître-peintre ayant absorbé l'énergie de l'art du tapis tunisien. Son œuvre nous transporte dans son interprétation picturale perméable à la légèreté de l'être. Le monde des Arts de ce côté-ci de notre Mère Méditerranée, fait partie des hôtes. Les femmes en sont l'écrin. A l'envers du temps, tissage et métissage chevillés au corps, elles entrelacent inlassablement. Faiseuses de liens, elles agissent, avec la justesse de la trame, dans un continent propice à l'extase du renouveau. Aussi, à l'instar de ces déesses tisserandes, il est à rajouter à notre siècle le fil de laine tiré de la toison, présage annonciateur du grain de beauté qui manque au tapis de l'art contemporain. Tel Simonide de Céos, nous savons que le derme de cette toison est de pourpre et, au demeurant, pour nous autres, il se destine à l'incarnat rougissant sous l'effet de l'émotion spontanée, issue de l'entropie du nucléus; et comme ce poète lyrique, nous serons parmi les premiers à chanter les êtres et non les héros ou les dieux, avec nos épinicies mêlées de la sensualité du vrai. Celle-ci trouve ses tons dans l'impératif de la réappropriation contemporaine de la candeur du spectre esthétique.

L'art contemporain, sa définition, son utilisation, son rôle et ses limites occupent la place depuis 1945. Amorcé par des artistes d'alors, ces derniers ressentirent un foisonnement légitime et incontesté, et le besoin de poursuivre et d'innover, face à un quotidien d'une époque imprégnée par la négation de l'autre, dans une guerre qui aura brandi l'étendard de l'innommable crime contre l'humanité. Des opéras de Richard Wagner impuissants à humaniser, à une culture de la guerre froide et ses blocs qui eurent la peau dure, la tonalité du monde a changé. Bientôt 80 ans après la mort de Paul Klee, voyant les belles heures de l'art moderne décliner et annonçant l'avènement de l'art contemporain, l'accessibilité à la vigueur de l'art aux quatre coins de l'Afrique réside, aujourd'hui, dans le fait de renouer avec nos racines, pour s'élever vers la cime de l'universel.

Cependant, ce retour vers la source patrimoniale doit s'impliquer là où persiste une double fracture ouverte dans l'os de l'art contemporain de bon goût, en ayant en mémoire que Marcel Duchamp nous annonçait déjà que "le grand ennemi de l'art, c'est le bon goût" et, de surcroît, que "l'art est une chose beaucoup plus profonde que le goût d'une époque". La première fêlure réside entre l'œuvre se voulant émoi et entre la perception du public se voulant à émouvoir. Dans la fluidité d'un enrichissement mutuel, la seconde se loge entre le processus du duo création-imaginaire et entre la contribution de ce même imaginaire à faire société et, in fine, à bâtir une civilisation de l'authentique liberté.

Le souffle qui inspire notre approche du beau caresse le monde des éphémères dans son esthétique et sa poïétique. En outre et au-delà de l'effleurement, notre préoccupation artistique va des fibres du collagène côtoyant la chair de poule à la cellule intime hypodermique, là où réside un trésor caché dont il reste à exploiter le précieux gisement d'émotions crues. Certes, "Je pense donc je suis", mais comme Nietzsche, notre instinct se souvient que c'est le corps qui pense.

Aussi, bien encore dans notre temps qui se targue de la célérité et des mérites de la métamorphose, l'art a-t-il vocation à ouvrir la porte du miracle qu'est le rêve, de l'illisible au perceptible. Par ailleurs, l'émotion est origine et destination de la créativité, de l'enfant apprenant au sage parachevant, du premier cri à la naissance, jusqu'à la dernière larme de l'agonie des derniers instants. De la créativité foisonnante à la création effective, l'art est aussi à se vouer à l'être, alors même que l'émotion pointe.

La beauté est dévotion à l'œuvre d'émotion. Dans l'art, les courants aussi bien que les mouvements naissent, meurent, renaissent et s'éteignent, derechef, en imprégnant l'histoire de leurs expressions, formes et couleurs, en ne cessant, pour autant, de persister dans la course perpétuelle, entre naissance, apogée et fin d'une période artistique. Depuis les maniéristes jusqu'à l'art contemporain, la création artistique nous enseigne comme l'antique Epictète que "Raisin vert, raisin mur, raisin sec, tout est changement, non pour ne plus être mais pour devenir ce qui n'est pas encore". Animés par la praxis de la subtilité des nuances, nous avons la ferme volonté de contribuer à l'effort immémorial de l'art des lueurs, sans jamais nier le mérite des crépuscules et le clair-obscur fécond. Comme Paul Klee qui écrira, dans son journal, sur le geste artistique, en l'occurrence le dessin, qui "est si foncièrement différent de l'usage que l'on fait du ton et de la couleur", nous spéculons, qu'à propos, l'on pourrait "bien fort exercer cet art dans l'obscurité, dans la nuit la plus ténébreuse".

La lumière aime à danser, avec intensité, au rythme des longs cycles de l'histoire de l'art; du suranné à l'inédit. Nos doigts déjà humectés, par la salive de la responsabilité, adhérent, d'ores et déjà, à la page qui n'attend que de se tourner, pour écrire le renouveau en mouvement. Il en sera dit plus encore, hors de nous-mêmes, quand l'imminent adviendra, non comme une agitation, mais dans la dimension du surprenant conquérant, dans l'instant, son espace-temps improbable. Le cordon qui lie l'être et le beau est fait d'émotion, "relais du soleil". Chaque nouvelle lune apporte son reflet irradiant. La prochaine est dans les aspirations de tous les mortels, communs dans leurs chairs à vif; et ce, face à un certain art contemporain sur la défensive et accablé par sa respiration post-conceptuelle de l'entre-deux, en fin d'équilibre. Aussi, au risque de perdre son pourpre, il est à oser le rouge-sang de vie dans l'Afrique des Arts. Cette partie capitale de la planète, entre créativité en ébullition et charisme en suspens, est pourtant prête à magnifier l'inaccompli, celui de René Char qui "bourdonne d'essentiel". Affriolés par ce poète de la lucidité, notre intuition artistique au ventre, habités par la conviction que l'émotion est matière, nous aspirons à vivre et à faire vivre à nos semblables l'expérience du Bien-être "d'avoir entre scintiller la matière-émotion instantanément reine".

Originaires nés, destinataires adoptés ou encore acteurs de la prospérité et du rayonnement de l'Afrique, nous, membres de la famille des arts africains, d'ici et d'ailleurs, sommes convaincus que l'art ravit et délivre, par poussées intuitives entre évasions, pulsations, flux et reflux, quand l'être, la vie des autres, la nôtre comprise, contournent l'avilissement des sens. Cette histoire de l'Afrique des Arts, née ici en nos terres, vouée à "ré-enchanter" le monde, legs précieux s'il en est, siège en nos entrailles opiniâtres. Éloigné du poncif, le meilleur est là. Le pire est de mourir vivant sans l'ardeur qui saisit et étreint le bien-fondé de la beauté. De l'ontologique à l'éthique, dans sa marche  impassible, la créativité qui s'embrase, avec le désir-feu, de l'apologie du beau à l'éloge de l'émotion se veut assurément une artère sensitive à irriguer en plein cœur.


De Sadika Keskes, artiste-souffleuse de verre

et Neïla Mhiri, responsable du département droit des arts, Houda Ghorbel, artiste-plasticienne, Wadi Mhiri, artiste-scénographe, Mouna Jemal Siala, artiste visuelle

et par ordre alphabétique, les signataires suivants:
Lynda Abdellatif, artiste plasticienne, Hédia Abdelkefi, professeur des universités à Tunis El Manar, littéraire, Khaled Abida, artiste plasticien, Jaleleddine Abidi, acteur culturel, Pierre Agostini, vice-président du Conseil économique, social-culturel et environnemental de Corse, président de l'association Cantu in Paghjella, Meriem Ait El Hara, artiste plasticienne, Houda Ajili, artiste-peintre, Alihossi Ggbenohin Alofan, artiste plasticienne, Opa Amadou, artiste plasticien, Rachida Amara, artiste-graveur, Hachemi Ameur, artiste plasticien, miniaturiste et enlumineur, Marie-José Armandoartiste plasticienne, Sarra Attia, artiste plasticienne, Florence Aubain, artiste plasticienne, Abdeslem Azdem, artiste plasticien, Yosri Bahrini, artiste sculpteur, Sami Bchir, artiste-peintre, Helé Béji, écrivain, Ghada Belabed, artisteplasticienne, Rochdi Belgasmi, artiste chorégraphe, Aida Bel Hadj Slimane, designer, Noutayel Belkadhi, artiste plasticien, Sami Ben Ameur, artiste plasticien, Ikram Ben Brahim, artiste plasticienne, Salah Benjkan, artiste plasticien, Hichem Benkhélifa, artiste photographe, vidéaste, Farah Ben Mansour, artiste plasticienne, Hamadi Bennya, artiste sculpteur, Liliya Ben Romdhane, artiste performeuse, Sanaa Bensaid, artiste-peintre, Mohamed Ben Soltane, artiste plasticien, Estrella Besada, traductrice, Sonia Ben Slimane Besada, artiste plasticienne, Brigitte Bollé, co-directrice de la Foire d'art contemporain et de design de Paris, Myriam Errais Borges, critique d'art, Houari Bouchenak, photographe, Alexandra Boucherifi, artiste plasticienne, chercheur, Mahmoud Bouchiba, artiste plasticien, Ines Boudidah, artiste plasticienne, chercheur, Mohamed Boudjimar, chef d’entreprise, acteur culture, Hédia Bouhjila, artiste-peintre, Yosra Bouhouche, designer, Noureddine Boumaaza, artiste plasticien, Kenza Bourennane, artiste plasticienne, Hatem Bourialjournaliste, Ahlem Boussandel, artiste-peintre, George Camille, artiste plasticien, Marianne Catzaras, artiste photographe, Lucie Cauwe, journaliste, Mahmoud Chalbi, artiste photographe, poète, Samia Kassab Charfi, professeur des universités à Tunis, littéraire, écrivain, Belhassen Chtioui, artiste graphique, Guy Cloutier, écrivain poète, Richard Conte, artiste plasticien, professeur des universités à Paris 1 et au CNAM, Meriem Dachraoui, artiste expressionniste, Paul Da Costa, artiste plasticien, Kaouther Darghouth, artiste-peintre, Saïd Debladji, Enseignant des arts à l'université de Mostaganem, artiste plasticien, Alia Derouiche, artiste graphiste, Gabriel Depascale, artiste plasticien, Agnès de Puymege, acteur culturel, Gérard de Puymege, écrivain, Khalifa Ababacar Dieng, artiste-scénographe, Jean-Baptiste Djeka, artiste plasticien, Ali Djerbi, architecte, artiste photographe, Nesrine El Amine, commissaire d'exposition, artiste visuelle, Bilel El Mekki, artiste plasticien, Riadh Fehri, musicien compositeur, Jean Michel Fickinger, photographe, Bernard Filippi, artiste plasticien, Mouna Fradi, artiste plasticienne, Ariel Français, écrivain, Sabah Garani, acteur culturel, Clément Gbegno, artiste plasticien, Taher Ghalia, archéologue, Aymen Gharbi, co-fondateur du festival Interférence de Tunis, curateur et architecte, Amor Ghdamsi, artiste plasticien, critique d'art, Michel Gilberti, artiste-peintre, photographe, Nomen Gmach, artiste plasticien, photographe, Hama Goro, acteur culturel, Antoine Graziani, poète, Françoise Graziani, professeur des universités en Corse, littéraire, directrice de la chaire Paul Valéry, Mehdi Hachid, artiste visuel, Gérard Haddad, psychanalyste, écrivain, Adnene Hadj Sassi, artiste-peintre, Amyra Hammamy, artiste plasticienne visuelle, Achraf Hammouda, artiste chorégraphe, Mourad Harbaoui, artiste-peintre, Besma Hlel, artiste plasticienne, Khoubeib Jellouli, artiste chorégraphe, Fatma Kammoun, artiste plasticienne, Selima Karoui, artiste visuelle, Mohamed Kchaou, artiste sculpteur, Awatef Khadraoui, maître assistante à l'Université de Monastir, critique d'art, Lyes Khelifati, galeriste, Mehdi Kriaa, artiste plasticien, Lazhari Labter, journaliste, poète et éditeur, Chawki Lahmar, artiste architecte, Héla Lamine, artiste plasticienne, Jean Lancri, artiste-plasticien, critique d'art, Mychèle Leca, Dany Leriche, artiste plasticienne, acteur culturel, Atef Maatallah, artiste plasticien, Brigitte Manoukian, artiste photographe, Jamel Matari, artiste designer, photographe, Karim Mazouz, banquier, Jenny Mbaye, maître de conférences en culture et industries créatives à Londres, Jean Jacques Mbiya, artiste-plasticien, Djamel Meskache,  commissaire d'exposition, enseignant et éditeur, Jneïna Messaoudi, artiste plasticienne, Ismahan Mezouar, artiste peintre, Adel Mhadhebi, designer, Samira Missaoui, artiste tapissière, Helen Modini, mécène, Moez Mrabet, acteur culturel, Amira Mtimet, artiste plasticienne, Mustapha Nedjai, artiste plasticien, Brayek Neffati, artiste plasticien, Abdias Ngateu, artiste plasticien, Valentina Ghanem Pavlovskaya, artiste plasticienne, Refka Payssan, artiste multimédia, bloggeuse et journaliste, Clara Puente, artiste plasticienne, Fatma Ressaissi, assistante à l'université de Monastir, Wafa Rezg, artiste plasticienne, Leila Rokbani, artiste plasticienne, Faten Rouissi, artiste plasticienne, Faouzia Sahly, agent d'art, Sonia Said, artiste plasticienne, Sana Braham Sanhaji, artiste plasticienne, Michela Margherita Sarti, artiste plasticienne, Zohra Hachid Sellal, artiste plasticienne, Leila Selmaoui, artiste-peintre, Karim Sergoua, artiste plasticien, performeur et scénographe, Leila Shili, artiste-peintre, Syrine Siala, architecte, acteur culturel, Othman Taleb, artiste plasticien, Sana Tamzini, artiste plasticienne, Hélène Tissières, critique d'art, Marwen Trabelsi, artiste photographe, vidéaste, Olfa Trabelsi, designer, Nathalie Trembla, pianiste, Samir Triki, artiste plasticien, Joseph L. Underwood, professeur des universités à Kent, historien d'art, Indrasen Vencatachellum, acteur culturel, Jean-Claude Villain, écrvain, critique d'art, Kamel Yahiaoui, artiste plasticien, Majed Zalila, artiste plasticien, Sélim Zarrouki, auteur-illustrateur, Ahmed Zelfani, artiste plasticien, Faouzia Zouari, écrivain, Nadia Zouari, artiste plasticienne, Zied Zouariartiste-musicien.



lundi 11 juin 2018

Se souvenir de l'écrivain Alain Nadaud et le découvrir encore et encore

Alain Nadaud et deux de ses amours, Sadika et la mer.

Demain 12 juin, il y aura trois ans que l'écrivain Alain Nadaud décédait sur son bateau, au large d'une île grecque (lire ici). L'immense homme de mots qu'il a été nous manque toujours autant, d'autant que son œuvre littéraire tarde à être rééditée et que le riche site personnel qu'il s'était créé est inaccessible pour le moment. Restent ses livres qui sont encore dans le circuit des librairies, les plus récents principalement, certains titres anciens en format de poche. Et ceux qui sont à l'abri des bibliothèques.

Les Nadaldiens et les Nadaldiennes de tous pays découvriront avec joie et intérêt la publication, au format de la revue "Triages", des Actes du Colloque "Autour de Alain Nadaud" (Editions Tarabuste, 210 pages) qui s'est tenu à l'Université de Paris Nanterre les 19 et 20 octobre derniers sous la direction de Djamel Meskache et Dominique Viart (lire ici).
Deux jours de réflexion et de témoignages dont les textes sont enrichis d'autres contributions pour cette publication bienvenue.

Illustrés par Daniel Nadaud, un homonyme, les Actes sont organisés selon plusieurs thématiques: introduction, instantanés/mémoire, vacillements... l'écrire, confrontations et rapports: l'exigence d'une écriture, ici-bas comédie et un jour un ami.

Ils réunissent les interventions des participants au colloque mais aussi de grandes parts du journal inédit que tenait Alain Nadaud, une cinquantaine de pages en grand format allant de 2000 à 2012, ainsi que le texte "L'Iconolâtre" qu'il avait écrit,  récit datant des années 1990 et dont la diffusion fut confidentielle.

On trouve successivement dans ces pages brillantes et variées dont l'alpha et l'oméga sont le couple Colette Fellous et Jean-Baptiste Malartre, des amis proches d'Alain Nadaud et Sadika Keskes, son épouse,

  • l'extrait du roman de Colette Fellous "Pièces détachées" (Gallimard, 2017) consacré à Alain Nadaud,
  • des extraits du journal d'Alain Nadaud,
  • l'intégrale de la conversation-interview que j'avais eue à Bruxelles avec Alain Nadaud à l'occasion de la sortie du "Passage du col" (Albin Michel)
  • la France des années 50, années d'enfance d'Alain, par Pierre Bergounioux,
  • les souvenirs de François Bon,
  • la rencontre entre Djamel Meskache et Alain Nadaud, 
  • les extraits du journal de Serge Safran concernant Alain Nadaud,
  • les silences d'Alain Nadaud par Jean-Claude Villain,
  • la passerelle entre "La fonte des glaces" et "D'écrire j'arrête" jetée par Hédia Abdelkéfi
  • la quête de l'écriture selon Alain Nadaud par Laurent Demanze,
  • Nadaud lecteur de Flaubert par Silvia Disegni
  • les enjeux de la littérature selon Alain Nadaud par Paolo Tamassia
  • le choix du non-écrire pour écrire par François Berquin
  • les cinq livres fondateurs d'Alain Nadaud par Jean-Claude Lebrun
  • jouer du vrai et du faux par Dominique Rabaté
  • les romans d'aventures métaphysiques d'Alain Nadaud par Dominique Viart,
  • la postérité d'Alain Nadaud par Belinda Cannone
  • la revue "Quai Voltaire" par Jean-Philippe Domecq,
  • Alain Nadaud, auteur "mal positionné" par Alain Nicolas,
  • la cessation de l'écriture comme sujet et projet littéraires par Samir Marzouki
  • témoignage du compagnon d'université Jacques Gysin,
  • les derniers jours d'Alain Nadaud par Jean-Baptiste Malartre.

Autant d'éléments qui permettent de mieux connaître l'écrivain et l'homme, deux états intimement liés chez Alain Nadaud.


Dans la galerie qui porte désormais son nom.







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dimanche 15 octobre 2017

Alain Nadaud au cœur d'un colloque à Paris

Alain Nadaud, écrivain, éditeur, marin d'eau de mer.

Nadaldiens, Nadaldiennes, ceci vous concerne.
Il y a déjà plus de deux ans que l'immense écrivain français Alain Nadaud (1948-2015) est mort soudainement, au large d'une île grecque (lire ici). Laissant une œuvre majeure, hélas éparpillée entre divers éditeurs qui tardent souvent à réimprimer les livres épuisés. Une œuvre parfois mieux considérée à l'étranger qu'en France. Il existe ainsi en Inde une association de chercheurs qui se dédient à lui. En France, ses archives vont être accueillies à l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine).

Les hommes meurent, mais les œuvres vivent. Le premier anniversaire de sa disparition a été célébré à la Bibliothèque de Tunis (lire ici).

Et, aujourd'hui, la précieuse contribution d'Alain Nadaud à la littérature française sera l'objet d'un colloque international de deux jours qui va se tenir les 19 et 20 octobre prochains à l'Université Paris Nanterre.
On ne pouvait lui trouver meilleur titre que "Alain Nadaud, l'exigence d'écrire". Deux mots et tout est dit.

Voici par exemple ce qu'Alain Nadaud notait dans son "Journal" le 20 novembre 2009.
"... Le rapport à l'écriture est proche du rapport au corps d'une femme: on s'en approche, on le frôle et le caresse; on s'y reprend à plusieurs fois, on s'excite, on croit toucher au but, on jouit, mais sans jamais véritablement en atteindre le centre, le posséder. Aussitôt que le désir renaît, tout est à recommencer. Longtemps j'ai hésité quant à savoir user et disposer du corps des femmes, à trouver le moyen de leur donner de la jouissance, de même que longtemps je n'ai su que faire de cette activité d'écrire,dont j'étais embarrassé et dont je ne trouvais pas non plus l'emploi. Aussi, quand j'affirme que j'ai pris la décision d'arrêter d’écrire, est-ce à dire que, quand le désir s'estompe, l'écriture à son tour s'éloigne, puis vient à faire défaut? Comme si l'imaginaire, qui est le support commun aux deux relations, touchait à son point de tarissement? Car l'imaginaire érotique, qui sous-tend le désir et en est sans doute sa composante essentielle, est au plus près lié à l'imaginaire romanesque.
Est-ce que l'on n’écrit jamais que pour séduire? Et le moment venant, où le besoin de séduction se fait moins fort, est-ce que la pulsion d'écrire décline aussi à proportion?"

On signalera aussi la sortie posthume en début d'année de "L'herbier des Mythes" (Editions Tarabuste, 48 pages) avec, en ouverture et manuscrit, ce texte d'Alain Nadaud, écrit le 25 mars 2011 à Gammarth, près de Tunis, là où il vivait: "Des pays qu'ils ont traversés, les voyageurs en général s'encombrent de souvenirs inutiles ou factices, qui finissent par être relégués au grenier ou jetés. J'ai préféré quant à moi saisir de ces contrées ce qu'il il y a de plus fugace et éphémère: des feuilles d'arbre, des végétaux, parfois des fleurs séchées. En se renouvelant année après année, ces témoins du passage des saisons enfouissent leurs racines, au sens propre comme au figuré, dans le passé, redonnent vie aux anciennes légendes, fait resurgir à nos yeux étonnés la présence des mythes dont ils sont la vivante mémoire. De ce qui n'a pas eu lieu, de cet imaginaire, si vif à l'esprit des hommes qu'il influença leurs croyances, leurs gestes et leur destin, ces familles dérisoires témoignent de la puissance des rêves, puisque des hommes en ont fait foi, de leur fragilité en même temps que de leur permanence."

Le début de "L'herbier des mythes" est à feuilleter ici.

Première feuille de l'herbier d'Alain Nadaud. (c) Tarabuste.



Programme du colloque

Jeudi 19 octobre


9h30
Ouverture
  • Sylvie Gouttebaron, directrice de la Maison des Ecrivains et de la Littérature
  • Djamel Meskache, Editions Tarabuste
  • Dominique Viart, Université Paris Nanterre
"La mémoire d'un homme et d'une œuvre"
  • Adresse d'Olivier Poivre d'Arvor, Ambassadeur de France à Tunis, lue par Jean-Baptiste Malartre
  • Sadika Keskes, l'association les amis d'Alain Nadaud et la Galerie Alain Nadaud
11 heures
Romans d'aventures métaphysiques
Modérateur: Paolo Tamassia
  • Dominique Rabaté (IUF, Université Paris Diderot): "Jouer du vrai et du faux. Crime et reconstitution dans Auguste fulminant"
  • Laurent Demanze (ENS de Lyon): "Quête de l'écriture et écriture de l'enquête  une lecture du Livre des malédictions"
14h30
Une certaine idée de la littérature
Modérateur: Dominique Rabaté
  • Dominique Viart (Université Paris Nanterre): "La littérature comme anthropologie critique"
  • Paolo Tamassia (Université de Trento): "Séparation vs autonomie: les enjeux de la littérature selon Alain Nadaud"
15h30
La question éditoriale
Modérateur: Dominique Viart
  • Jean-Philippe Domecq, écrivain
  • Djamel Meskache, Editions Tarabuste
  • Serge Safran, Editions Zulma
16h30
Lecture
  • Alain Nadaud, "Autobiographie semi-fictive", lue par Jean-Baptiste Malartre.

Vendredi 20 octobre


9h30 
En lisant, en écrivant
Modérateur: Jean-Marc Moura (IUF, Université Paris Nanterre)
  • Silvia Disegni (Université Federico II, Naples): "Nadaud lecteur de Flaubert"
  • François Berquin (Université du Littoral): "Voyage en Grande-Scripturie"
11 heures
Alain Nadaud parmi les écrivains
Modérateur: Djamel Meskache
  • Belinda Cannone, écrivaine
  • Guy Cloutier,  écrivain 
  • Pierre Michon, écrivain
14h30
La réception de l'œuvre
Modératrice: Agathe Novak-Lechevalier (Université Paris Nanterre)
  • Philippe-Jean Catinchi ("Le Monde")
  • Alain Nicolas ("L'Humanité")
  • Jean-Baptiste Para (revue "Europe")
15h30
L'expérience littéraire
Modérateur: Silvia Disegni
  • Samir Marzouki (Université de la Manouba, Tunis): "D'écrire j'arrête, ou la cessation de l'écriture comme projet littéraire"
  • Hedia Abdelkefi (Université de Tunis Al-Manar): "La Fonte des glaces au miroir de D'écrire j'arrête"
16h30
Nadaud en images et sur scène
Modérateur: Philippe-Jean Catinchi
  • Jacques Gysin, professeur de français 
  • Sadika Keskes, plasticienne
  • Dominique Lièvre, musicien
  • Jean-Baptiste Malartre, comédien
  • Daniel Nadaud, plasticien

Lieu: Université Paris Nanterre
Auditorium de la maison de la recherche Max Weber
bâtiment W
Entrée libre
Colloque organisé par les éditions Tarabuste et l'Observatoire des Ecritures contemporaines (Université Paris Nanterre)
Responsables: Djamel Meskache et Dominique Viart
Avec le soutien de Sadika Keskes et de l'association Alain Nadaud, la Galerie Alain Nadaud, l'Ambassade de France à Tunis, le Centre des sciences des Littératures en langue française de l'Université Paris Nanterre, l'Institut universitaire de France et la Maison des écrivains et de la Littérature.

A noter encore qu'une souscription est ouverte en vue de la publication des Actes du Colloque. Infos ici.




samedi 11 juin 2016

Performance ce dimanche 12 juin en clôture de la très belle exposition POLLEN à La Marsa

L'entrée de la BNT le 2 juin. (c) Jan Demeulemeester

Début juin, j'étais à Tunis pour prendre part à la chaleureuse et brillante commémoration du décès de l'écrivain Alain Nadaud (1948-2015, lire ici) qui s'est tenue à la Bibliothèque nationale de Tunisie (BNT). Une matinée de rencontres autour de l'œuvre et de la personne de l'auteur Français qui vivait à Gammarth depuis dix-sept ans - précédemment, dans les années 1980, il avait dirigé le Bureau du livre à Tunis. De quoi faire revivre par la parole, la lecture, l'image, le son, le film et une performance l'homme extraordinaire qu'il fut, intellectuel exigeant et ami chaleureux. Une absence-présence qui fit du bien.

A cette occasion, les éditions Sa'Al qu'il avait fondées avec son épouse, l'artiste tunisienne Sadika Keskes, lui consacrent un livre collectif illustré, "Présence d'Alain Nadaud" (coédité avec Simpact et la BNT). L'ouvrage est préfacé par Raja Ben Slama, la directrice de la Bibliothèque. Cette dernière a saisi l'occasion de la commémoration pour annoncer la numérisation des manuscrits d'Alain Nadaud à l'intention des étudiants et des chercheurs de la BNT mais aussi des lecteurs.

"Présence d'Alain Nadaud" rassemble des analyses et des témoignages ainsi que de nombreuses images de l'exposition collective "La joie", qui est la première à avoir été montée dans la galerie qui porte désormais le nom de l'écrivain dans l'espace artistique Sadika à Gammarth.
Le livre s'achève idéalement avec le texte "Autobiographie semi-fictive" qu'Alain Nadaud écrivit en 2010.



Ce déplacement en Tunisie a aussi été l'occasion d'inaugurer l'exposition POLLEN dans les superbes jardins de la résidence de l'ambassade de France à La Marsa, Dar Al Kamila. Une exposition mêlant arts plastiques et littérature puisqu'elle accueille neuf artistes plasticiens et quatre écrivains dont les textes sont à lire au détour de l'exploration, Colette Fellous, Hedi Kaddour, Naceur Khemir et Pierre Assouline. Ce sont les commissaires Sadika Keskes et Wadi Mhiri qui ont demandé à ces créateurs de nous proposer leur regard sur le monde.

Si je vous en parle aujourd'hui, c'est parce qu'elle se termine demain avec un performance du plasticien français Richard Conte. A 17 heures, à 100 mètres de Dar Al Kamila, il proposera "Bille en tête", un "ciel de boules au sol", tableau évolutif et vivant qu'il composera avec une centaine de boulistes.


Performance collective de Richard Conte.

Auparavant, de 11 à 16 heures, ce sera la dernière occasion de visiter l'exposition POLLEN.
Ce qui m'a le plus impressionnée dans les œuvres des artistes Meriem Bouderbala, Mouna Jemal Siala, Sadika Keskes, Najet Ghrissi, Noutayel Belkhadi, Houda Ghorbel, Wadi Mhiri et Bchira Triki, ce sont celles de Houda Ghorbel, Sadika Keskes, Mouna Jemal Siala, Wadi Mhiri et Bchira Triki.
Mille mercis à Amor Ben Rhouma de m'avoir permis de reproduire ses photos pour vous les montrer.



 

"Terre, pardonne-nous!" (c) Amor Ben Rhouma.

"Terre, pardonne-nous!" de Houda Ghorbel, en terre, céramique et arbres, montre des pieds de géants dépassant de la terre pour mieux nous alerter sur notre environnement.
"Homme que je suis, ton fils ma Terre, j'ai honte de mes actes
Honte de mon ignorance envers la diversité des pensées!
Honte de ma criminalité envers les peuples démunis!
Honte de ma cupidité envers mes frères!
Honte de mes armes meurtrières envers tes larmes!
Terre, pardonne-nous!"

















"Tombeaux". (c) Amor Ben Rhouma.

En hommage aux martyrs tombés pour une Tunisie libre et démocrate, "Tombeaux" de Sadika Keskes se compose de onze tombeaux en cubes de verre bleu, sa création personnelle, son terreau de création, écho à une précédente installation de tombeaux, cette fois en verre transparent et avec l'aide de la population locale, sur la place en face de la mairie de Kasserine. C'était à la mi-août 2013. Cette première installation demeura trois mois sur place sans aucun dégât jusqu'à ce qu'il soit ordonné de la démolir...



"Réflexion". (c) Amor Ben Rhouma.

Mouna Jemail Siala, elle, propose "Réflexion", une installation faite de parallélépipèdes de verre entourant des statues. Une idée qui lui est venue après l'initiative du musée du Capitole à Rome de voiler les statues dénudées à l'occasion de la visite du président iranien. Elle a donc couvert les statues du jardin de la résidence de parallélipipèdes dont la surface est un miroir qui réfléchit le jardin alentour mais qui, lorsqu'on s'en approche, allume une lampe à l'intérieur qui rend le miroir inopérant. La statue est alors à nouveau visible! Une réflexion à double sens.




"Jardin des lettres". (c) Amor Ben Rhouma.

Plus loin, le "Jardin des lettres" de Bchira Triki fait danser les lettres et les mots en ascension verticale, rappelant l'univers mystique des Soufis.


"Allongez-vous" (c) Ghassen Oueslati.

"Allongez-vous" (c) Ghassen Oueslati.
"Allongez-vous". (c) DR

Enfin, on pouvait revoir dans le joli kiosque à musique l'impressionnant "Allongez-vous" (céramique, bois et tissu) de Wadi Mhiri, déjà montré dans une précédente exposition. Soit un grand lit à baldaquin, immaculé, sur lequel on est prié de s'allonger. Et c'est à ce moment que s'écrivent, en lettres faites de cartouches suspendues, les mots "Jihad Annikah" (le jihad du sexe). La contribution, souvent forcée ou ignorante, des femmes dans le couloir de la mort qu'est le jihad.


Bains de soleil noir. (c) Amor Ben Rhouma.
La visite se termine par une œuvre qui met mal à l'aise pour des raisons moins honorables, le "Solitaire Siméon" de Meriem Bouderbala, installé assis et se tenant les genoux en haut d'un palmier mort avec des zodiacs au pied du tronc, des "Bains de soleil noir". Une allusion mêlant la maladie des palmiers et le sort des réfugiés syriens selon ses mots. Une œuvre qu'on ne peut s'empêcher de lier à celle du collectif belge Schellekens & Peleman, "Inflatable Refugee" (réfugié gonflable). Avec son migrant assis, se tenant les genoux, en toile de bateau gonflable comme les Zodiacs, elle sillonne les mers depuis novembre 2015 et porte des lettres de réfugiés qui sont, traduites, imprimées et transmises aux populations (lire ici).

Inflatable Refugee. (c) Schellekens & Peleman.