Nombre total de pages vues

mardi 7 juillet 2020

L'infinie richesse d'une enfance solitaire

#confinothèque52
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Les environs de la ferme de Gladys. (c) Rouergue Jeunesse.


A quoi pense-t-elle, cette énigmatique "Gladys" en couverture du nouvel album pour enfants de Ronald Curchod (Rouergue Jeunesse, 64 pages), son troisième chez l'éditeur? Cheveux sombres, rouge à lèvres assorti à sa robe d'été à pois roses (surprise à leur propos en quatrième de couverture), fond orange, elle darde ses yeux bleus dans ceux du lecteur. A moins qu'elle ne rêve?
Les pages de garde initiales nous apprennent que Gladys est la mère de l'auteur-illustrateur, artiste suisse installé à Toulouse. Des informations pratiques suivent une longue liste de dédicaces: les illustrations originales ont été réalisées à la tempera (technique de peinture basée sur une émulsion, comme la peinture à l'œuf); leur reproduction dans l'album est le fruit du travail du génial photograveur qu'est Cédric Cailhol et de l'artiste (tout aussi génial).

La première double page nous montre Gladys chez elle, jeune, dans une robe à pois du même tissu qu'en couverture. Sa coiffure en boule sombre fait ressortir ses yeux bleus. Deux chèvres l'entourent. Comme dans tout l'album, le texte sur papier quadrillé de cahier d'écolier est sobre:
"j'ai onze ans
on habite une ferme solitaire
dans la montagne"
Les deux somptueuses doubles pages suivantes plantent le décor, la ferme d'abord, ses environs ensuite, dans de splendides tons de nature, herbages, ciel, rivière, montagne. Si on regarde bien, on distingue de discrètes lettres blanches dans des phylactères posés ici et là. Des phylactères qu'on retrouve à la double page suivante, sans image, elle, placés sur différents mots d'un texte qui célèbre en courtes phrases la vie à la campagne.

"Gladys". (c) Rouergue Jeunesse.

Bien sûr, il est mieux de savoir lire pour goûter pleinement cet album d'une originalité rare,  élégamment construit dans un rapport texte-images prodigieux. A gauche le texte, à droite l'image, on suit Gladys qui égrène ses souvenirs dans une langue française accomplie et des images superbes incitant à la rêverie et au partage. On est avec elle sur la montagne guettant l'aigle, on est avec elle au creux de la nuit à la recherche des blaireaux, on est avec elle et son frère chasseur, on est avec elle et son grand-père savant qui partage ses connaissances d'instituteur... Il en est ainsi jusqu'au bout de l'alphabet discrètement égrené via les phylactères qui suivent l'ordre des lettres mais acceptent quelques intrus. A pour Aigle, B pour Blaireau, C pour Chamois, mais N pour Noisette à la page du E de l'Ecureuil. Le texte s'avère aussi enchanteur qu'informatif et incite au jeu de retrouver dans les images les lettres entrevues.

"Gladys". (c) Rouergue Jeunesse.

"Gladys". (c) Rouergue Jeunesse.

La règle alphabétique joyeusement chahutée donne lieu à une merveilleuse série de moments d'enfance, en famille ou dans la nature. La jeune Gladys grandit et devient de plus en plus familière au lecteur qui se reconnaîtra peut-être dans certains de ses traits de caractère et apprendra certainement des tas de choses sur la vie dans une ferme de la campagne suisse. Les saynètes se succèdent, toujours aussi remarquablement écrites et illustrées. Jusqu'au retour d'une page de texte uniquement et une terrible image de désolation ensuite, l'incendie de la ferme. La finale, texte à droite et image à gauche cette fois, révèle l'incroyable force de caractère de Gladys (et sa date d'anniversaire):
"on sauve les animaux
toute la ferme brûle...
on a dû tout reconstruire,
tout recommencer!"
Une phrase qui résonne encore quand on découvre les gardes finales, qui sont les dessins complétés des silhouettes du début. Que de chemin parcouru! "Gladys" est un de ces albums rares qui font chaud au cœur et aux yeux. On en sort plus riche et plus fort. Et tant pis si le livre demande un petit effort. Tant mieux même. Les enfants ne sont pas des idiots, on l'oublie parfois. Si Ronald Curchod joue une fois de plus avec justesse sur l'étrangeté de son propos, l'artiste a l'originalité sûre et enchante tant par sa beauté plastique que littéraire. Ne ratez pas cette impeccable "Gladys"! Pour tous à partir de 7 ans.

"Gladys". (c) Rouergue Jeunesse.







lundi 6 juillet 2020

Le mort était trop beau

Afficher l’image source
Louvain-la-Neuve, ville piétonne.

Il y avait les Dupont-Dupond. Il y a désormais les Dumont-Dupuis. Plus précisément Agnès Dumont et Patrick Dupuis, nouvellistes tous les deux, éditeur également pour le second, qui signent ensemble une enquête policière à Louvain-la-Neuve très réussie, "Une mort pas très catholique" (Weyrich, collection "Noir Corbeau", 188 pages). Un roman policier contemporain bien mené qui nous balade aux quatre coins de la ville piétonne de Louvain-la-Neuve. Une ville universitaire belge bâtie de toutes pièces au milieu des champs de betteraves au début des années 1970. En Région wallonne, entre Bruxelles et Namur.

Le roman commence sans préambule. On est le vendredi 18 juillet et on entre à la suite de Roger Staquet dans un appartement du quartier chic des Bruyères, près du lac de Louvain-la-Neuve. Le retraité est un ami de Jean Meunier, le propriétaire du lieu, inquiet de ne pas parvenir à joindre son locataire. Et pour cause! Quand le serrurier ouvre la porte fermée à double tour, les visiteurs découvrent un mort en pyjama, couché sur son lit. Infarctus? Peut-être mais pas sûr. Bien entendu, la police est appelée. Arrive un agent de quartier, le jeune Paul Ben Mimoun, précédé de peu du médecin qui a son cabinet au rez et son logement dans l'immeuble.

La première conversation entre Staquet et Ben Mimoun est un peu rude. Dès les présentations faites entre le jeune flic et l'aîné qui s'avère être un flic bruxellois à la retraite, les deux vont mieux s'entendre. Ils ont flairé une affaire. Hélas ni la seringue à côté du lit, ni le téléphone décroché, ni le double tour de la serrure n'ont ému l'officier de garde qui refuse d'ouvrir une enquête.

Qu'à cela ne tienne, les deux policiers vont s'en occuper, en toute illégalité donc, puisque le premier est retraité et que le second est en week-end prolongé à l'occasion du 21 juillet. Ils n'ont que peu de jours devant eux avant les funérailles. Ils vont devoir faire très vite pour mettre des mots sur leurs soupçons, découvrir l'identité du cadavre et les raisons de sa "mort pas très catholique". Roger Staquet le veuf au penchant sérieux pour le marc de Bourgogne et Paul Ben Mimoun le gamin amateur de cigarettes tout juste largué par sa copine vont se jauger, se juger et s'épauler pour cette enquête qui touche le milieu des trafiquants textiles et celui, bien plus dangereux des sugar babies.

L'intrigue progresse agréablement avec indices, récapitulatifs et fausses pistes. On rencontre d'intéressants personnages secondaires. On suit avec intérêt le duo échafauder ses théories, les confirmer ou les infirmer, avec une tension qui va croissant jusqu'à la finale, évidemment différente de ce qu'on aurait pu imaginer, mais miroir d'un grave problème de société.

L'écriture est plaisante, qui se partage entre le portrait des deux policiers, leurs ressemblances et leurs différences, leurs conversations, les différentes pistes et l'enquête elle-même. Bien sûr, on n'est pas terrifié mais agréablement pris dans ce récit noir savamment construit. Ecrit à quatre mains, soit à vingt doigts? "Disons que ce fut une écriture à 10 doigts (2 x 5)", rectifie Patrick Dupuis, "car Agnès et moi nous ne sommes pas pianistes. J'ai demandé à Agnès de m'accompagner alors que j'avais entamé le chemin et que mes personnages commençaient à m'enquiquiner quelque peu (je suis, comme elle, d'abord et avant tout nouvelliste). Je l'ai fait car j'ai toujours considéré que nos univers étaient proches. Ça a bien fonctionné, on s'est d'abord mis d'accord sur la suite qu'il fallait donner à ce qui existait déjà, on a écrit et, ensuite, on a passé un temps fou à se corriger mutuellement, ce qui a donné une unité au roman. J'ajoute qu'on s'est bien amusé." Hé bien, pareil pour la lectrice que je suis, je me suis bien amusée.





















mercredi 1 juillet 2020

Coup de foudre un soir de canicule

#confinothèque51
Aujourd'hui, un de ces romans jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Maïa Brami.


Que celui/celle qui n'a jamais espionné des heures durant celui ou celle sur qui il/elle avait secrètement jeté son dévolu, que celle qui n'a jamais éprouvé un flash électrique à la vue d'un biceps qui se gonfle sous l'effort et brille au soleil, la mettant dans un état aussi inouï qu'imprévu (cette étincelle est-elle un truc de fille ou est-elle mixte?), passe son chemin devant "Toute à vous", le nouveau roman pour grands adolescents de Maïa Brami (Editions Thierry Magnier, collection "L'Ardeur", 122 pages). Ou plutôt non, qu'il/elle reste et se lance dans ce roman à fleur de peau, de désir et de fantasme, d'une justesse parfaite et d'une langue qui enchante.

Un roman pour les plus de 15 ans, avertit l'éditeur, en raison de "scènes explicites qui peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes". Et pour les adultes, qu'ils se dénomment "jeunes adultes" ou autres. Il est le troisième de la collection "L'Ardeur", lancée à l'automne 2019. Une collection dont l'ambition se résume en trois mots, "LIRE, OSER, FANTASMER" - ils clôturent le volume - et qui publie des textes parlant de sexualité, de désir, de fantasme. Pour l'éditeur, "la collection "L'Ardeur" se pose résolument du côté du plaisir et de l'exploration libre et multiple que nous offrent nos corps." Une chance pour les lecteurs d'aujourd'hui, peu importe leur âge.

Pour nous raconter son héroïne, Stella, 21 ans, Maïa Brami a choisi la forme épistolaire. L'étudiante écrit à son voisin d'en face qu'elle a surpris en train d'enlever son t-shirt devant sa fenêtre. Un mouvement sans doute anodin pour lui mais un détonateur pour celle qui l'a observé à 21h47. Stella en a été retournée, électrisée, aimantée. Avait-elle jamais vécu cela auparavant? Ce désir fou, cette obsession, cette curiosité! Stella ne sait plus qu'une chose. Elle veut rencontrer cet inconnu dont elle ne sait rien. Elle le veut même tout court et le lui dit de toutes les façons dans ces lettres qui ne trouveront sans doute jamais leur destinataire.

Au fur et à mesure des missives, on découvre et on suit Stella dont la cinéphilie enflamme l'imagination qu'elle a vive. Ses ex, ses envies, ses fantasmes, ses colères, ses élans. "Toute à vous" est plein de trouvailles et de surprises. Rien à voir avec un roman à l'eau de rose! Au contraire, un texte magnifique, brûlant, drôle parfois même sur le désir, le sexe, la vie, les hommes et les femmes. Une enquête minutieuse et amoureuse sur cet énigmatique voisin et sa canne blanche. L'auteure règle admirablement la tension de ce roman de vie et d'envie, les deux si joliment dites. Comment ne pas être Stella tant les mots nous la rendent proche? "Toute à vous" traque la vérité des émotions, dit les sensations les plus intimes, ne s'encombre pas de bienséance, le tout dans une langue riche et précise. Un bonheur de lecture.


Pour lire en ligne le tout début de "Toute à vous", c'est ici.




jeudi 25 juin 2020

L'infiniment belle rencontre de deux femmes

Juliette Jourdan.

Le 20 juin est la journée mondiale des réfugiés (et des demandeurs d'asile). Crise sanitaire oblige, il a, cette année, à juste titre, été beaucoup réclamé des régularisations massives. Au point qu'on a moins parlé que les éditions précédentes des infectes "procédures Dublin". Ce règlement européen stipule qu'une personne doit demander l'asile dans le premier pays où elle a laissé ses empreintes. Il a pour conséquence que les demandeurs d'asile sont renvoyés là où ils sont arrivés en Europe, l'Italie et la Grèce en général, deux pays à qui on fait porter le poids de toutes les migrations politiques et économiques. Il a aussi pour conséquence que les demandeurs d'asile tentent souvent le tout pour le tout pour faire enregistrer leur demande ailleurs que là où ils sont arrivés. Bien sûr, on peut casser une procédure Dublin, mais c'est un véritable parcours du combattant, différent d'un pays européen à l'autre et extrêmement chronophage.


Cette longue introduction pour dire pourquoi j'ai été immédiatement attirée par le deuxième roman, en dix ans, de Juliette Jourdan. Il porte en effet comme titre un laconique "Procédure Dublin" (Le Dilettante, 192 pages). Etalé sur quatre jours, vendredi, samedi, dimanche et lundi, ceux de la procédure, écrit à la deuxième personne du singulier car adressé à Aminata, une jeune Malienne arrivée en France via l'Italie, il dit extrêmement bien la forteresse que l'Europe a érigée actuellement. Il dépeint l'itinéraire d'Aminata, entre espoirs et désillusions, force et volonté, et en sous-texte la sévérité pour ne pas dire l'idiotie des règlements. Mais surtout la force inexpliquée qui peut envoyer une femme en aider une autre, à trois cents kilomètres de chez elle.

Extrêmement documenté sur le quotidien des demandeurs d'asile en France, ancré dans le présent car on y voit passer quelques gilets jaunes, ce roman n'est toutefois pas un roman de plus sur les demandeurs d'asile. L'auteure fait constamment résonner le rude parcours d'Aminata avec celui de la narratrice, la soixantaine, également secouée par le destin, dans sa sphère familiale comme professionnelle. Entre ces deux-là, qui espèrent mieux pour demain, qui dérivent mais se servent de bouées l'une l'autre, quelles qu'en soient les raisons, un lien terriblement fort existe et ne peut être coupé. Et permet de reprendre un tout petit peu de confiance en l'humanité. Juliette Jourdan a l'écriture vive et un talent fou pour nous faire appréhender ces deux itinéraires qui se sont croisés tout en laissant au lecteur l'espace pour s'y glisser, le temps de ces pages attachantes et bouleversantes.

Pour lire un extrait de "Procédure Dublin", c'est ici.









lundi 22 juin 2020

Jean-Paul II, un saint à la grande ombre

Le voyage à Jérusalem en 2000.


Lire un livre sur le pape Jean-Paul II, quelle drôle d'idée, m'étais-je dit. Et puis, lecture faite de l'essai de Christine Pedotti et Anthony Favier "Jean Paul II, l'ombre du saint" (Albin Michel, 330 pages), l'idée était bonne. C'était d'abord une manière originale de revoir le cours du monde durant trois décennies du siècle dernier. Karol Józef Wojtyła a été pape de 1978 à 2005. Un pontificat de 9.673 jours, le deuxième plus long de l'histoire de l'Eglise. Une période proche mais parfois un peu oubliée à redécouvrir par ce prisme. C'était, pour moi, un coup de projecteur sur un homme au destin hors du commun, à la stature politique indiscutable. C'était enfin trouver des réponses, vu ses choix et ses décisions, à la crise que traverse aujourd'hui l'église catholique.

Les auteurs ne font pas de procès à ce pape au charisme exceptionnel. Mais ils ouvrent un "droit d'inventaire" en étudiant de près les grands axes de son pontificat. Ils signent un ouvrage facile d'accès, extrêmement documenté et qui se laisse lire sans difficulté. Ecrivaine, journaliste et éditrice, Christine Pedotti sait y faire. Elle a publié plus d'une trentaine de livres, des romans et des essais, principalement sur l'Église catholique. Elle se présente comme catholique et féministe et donc a toujours eu quelques œufs à peler avec Jean-Paul II. Anthony Favier, lui, est plus jeune. Professeur agrégé d'histoire et docteur en histoire contemporaine, il a beaucoup travaillé sur les questions du genre et du corps dans le catholicisme.

Confinée en Normandie, Christine Pedotti a fait un saut à Bruxelles pour présenter son nouveau livre. L'occasion de lui poser quelques questions. Et aussi d'apprendre que l'idée lui en était venue lors de la canonisation de Jean-Paul II par le pape François le 27 avril 2014: "S'agissait-il d'une canonisation pour le protéger? Je me suis posé la question comme beaucoup d'autres. Elle est la genèse du livre. Que s'est-il passé dans la tête du pape François le jour de la canonisation de Jean-Paul II?  J'étais à Rome ce jour-là, pas du tout loin de lui, et je voyais son visage fermé. Il est redevenu lui-même juste après, lorsqu'il s'est mêlé à la foule. C'est à ce moment que l'idée du livre m'est venue."

L'idée: "Nous avons voulu  regarder les grands thèmes de ce pontificat en rapport avec la crise que vit l'église aujourd'hui. Un pontificat plein de superlatifs et quinze ans plus tard, une crise avec encore plus de superlatifs."

La forme: "Pour que le livre soit agréable à lire, il a fallu trouver une forme narrative et une trame chronologique. Il a été décidé de raconter l'histoire à travers dix-neuf dates saillantes de la vie de Jean-Paul II."

Le propos: "Le livre n'a pas été compliqué à faire. C'est beaucoup de travail mais tout est connu. Il a la forme d'un inventaire, critique et lucide mais pas acide. Jean-Paul II est canonisé, on ne peut plus rien dire. Comme s'il était dans une vitrine et qu'on en a jeté la clé. L'homme avait un charisme incroyable. Il en imposait alors qu'il ne mesurait que 1,74 m. on a essayé de le comprendre."

La situation de départ: "Quand Jean-Paul II arrive, le catholicisme est en crise. Il mène une politique de reconquête. Il devient le général en chef de cette reconquête. Il décide de tout, veut un réarmement doctrinal et ses bons soldats sont les prêtres. Pour lui, être une mère est la mission de la femme, être une mère de prêtre est encore mieux et il place la vierge Marie au-dessus de tout. Il instrumentalise les femmes. La raison d'Eglise est comme la raison d'Etat. Il met sous le tapis tout ce qui est gênant. Les abus et les personnes abusées seront des vérités qui vont causer de nombreux dégâts collatéraux."

Les femmes: "En faisant de la Sainte Vierge une mère de substitution, Jean-Paul II va se mettre à dos les femmes. Or ce sont elles qui font la transmission de la foi aux enfants. Il parle des femmes de façon dithyrambique, mais il ne connaît que LA femme. Il perd aussi les pauvres en Amérique latine, les femmes modernes. Les évangélistes s'engouffrent dans les brèches. Sans oublier la question des abus qui scandalise le monde., celle de la contraception."

Bilan: "Son point le plus positif est l'avancée vers le judaïsme plutôt que l'œcuménisme. Son point le plus négatif est la poussée de l'Opus Dei et des Nouveaux légionnaires. Jean-Paul II n'est pas glauque, ses choix sont francs, nets. Mas sa modernité (son rapport à son corps notamment) est trop moderne, trop libre pour les vrais traditionalistes."

Les cinq dates les plus importantes sur les dix-neuf du livre:

  • 2000 le voyage à Jérusalem. "Il a désarmé l'antijudaïsme chrétien, indemne d'antisémitisme. Jean-Paul II s'est vraiment battu parce que ce n'était pas simple."
  • 1983 le voyage au Nicaragua. "Il commet sa plus grave erreur quand il tance le père Ernesto Cardenal car il passe complètement à côté des plus pauvres, des plus faibles, en Amérique latine."
  • 1979 le voyage aux Etats-Unis. "Quand la religieuse américaine Theresa Kane lui demande d'ouvrir l'ordination aux femmes, son visage se ferme et il donne une mauvaise réponse, démontrant son fond autoritaire."
  • 2004 le jubilé de Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ. "Une scène exemplaire de l'aveuglement de Jean-Paul II qui adoube un monstre, un pervers, un abuseur parce qu'il veut avoir une armée de prêtres et que le prêtre est un homme du sacré. Les conséquences aujourd'hui sont extrêmement graves. La baisse de la crédibilité de l'église catholique tient à la négation de ces abus."
  • 1959 la messe de Noël à Nowa Huta quand il est encore évêque de Cracovie. "En opposition avec le régime communiste, il célèbre une messe de minuit dans ce quartier nouveau prévu sans lieu de culte. Cet événement dit ce qui va suivre, le sens de la dramaturgie de Jean-Paul II qui aurait, dit-on, voulu être acteur. Plus tard ce seront les JMJ, la rencontre d'Assise, le mur des Lamentations, l'ouverture de la Porte sainte. Jean-Paul II a le sens du moment et du spectacle."


"Jean-Paul II, l'ombre du saint" examine toutes les facettes des décisions d'un homme et leurs conséquences aujourd'hui. On lit avec plaisir cet essai agréablement écrit, en regrettant l'absence d'un cahier photos qu'on peut trouver ici, et celle d'un index permettant d'y circuler facilement, "un choix de l'éditeur", me dit Christine Pedotti.












jeudi 18 juin 2020

CotCotCot Editions, ce ne sont pas des carabistouilles!

#confinothèque50
Aujourd'hui, des albums jeunesse qui ont croisé la covid-19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Les catalogues CotCotCot prêts pour la Foire du livre de Bruxelles.

Foire du livre de Bruxelles oblige, plusieurs éditeurs belges ont sorti différents titres début 2020 à cette occasion. Encore davantage que leurs collègues français ou suisses, ils se sont trouvés bien marris quand le confinement est arrivé.

Parmi eux, en littérature de jeunesse, CotCotCot Editions, une "aventure éditoriale qui a commencé en 2011", explique sa fondatrice, Odile Flament. Elle a débuté en version numérique uniquement ("Bleu de toi", de Dominique Maes, non mis à jour en 2020, "Qui fait bzzz?" de Sabine De Greef, application disponible, "On tient la forme" de Cécile Eyen, application disponible)

Puis, en 2017, l'éditrice a eu l'occasion de passer au livre papier, sur beau papier plutôt car les albums sont très soignés, son "rêve depuis la création de la maison d'édition", avec "Ma mamie en poévie" de François David et Elis Wilk dont la version numérique était sortie un an plus tôt.

"La rencontre avec François David nous a permis de passer au papier en 2017", indique Odile Flament. "Sans ses encouragements et ses conseils, je n'aurais pas osé me lancer."





L'an prochain, CotCotCot Editions, volontairement absente d'Amazon, fêtera donc ses dix ans. "Pour l'instant", précise l'éditrice, "nous avons dix titres au catalogue, parmi lesquels le livre-application de Sabine De Greef que nous aimerions bien adapter en livre à rabats cartonné. Il me faut encore trouver un imprimeur en Europe, ce qui n'est pas chose aisée pour ce format. Nos neuf derniers titres sont en papier et tous n'ont pas vocation à être proposés en numérique. Actuellement, seul "Ma Mamie en Poévie" de François David et Elis Wilk est interactif. Nous travaillons à une version enrichie de l'album "Le Sourire de Suzie" d'Anne Crahay, mais nous sommes assez circonspects sur le manque de suivi de l'IDPF (International Digital Publishing Forum) dont l'extension de lecture Readium n'est plus mise à jour par Google."

Trois nouveautés étaient sorties pour la Foire du livre de Bruxelles, "Le chant du phare", "Allers-retours" et "De ville en ville". Trois albums confinés donc.
L'éditrice de CotCotCot Editions relativise toutefois l'impact de la covid-19 sur sa maison: "Durant le confinement, nous avons rapidement créé des versions numériques homothétiques - avec quelques adaptations indispensables pour assurer la fluidité et la lisibilité de l'ensemble des éléments des albums. Nos lecteurs et lectrices ont ainsi pu avoir accès aux livres en attendant de pouvoir en recevoir les versions papier. Il y a eu un certain intérêt et cela nous a permis d'être plus ou moins sereins jusqu'à la réouverture des librairies indépendantes."


"Le chant du phare". (c) CotCotCot Editions.


"Le chant du phare", d'Alizée Montois qui a fait les Beaux-Arts à Tournai, frappe par ses eaux-fortes aux teintes sombres de toute beauté et son histoire sans gras. Celle d'un "marin au creux de la vague" qui construit un phare au milieu des champs, à vingt kilomètres des côtes, en attendant que la mer vienne le chercher. Petit à petit, on va apprendre, avec beaucoup de délicatesse, comment ce solitaire anime ingénieusement son sémaphore, quel drame l'a mené là et comment il en sortira. Le quotidien comme les villageois, les boîtes de sardines siglées et le recours aux mouettes donnent une belle assise à cette histoire qui fait appel aussi aux émotions et aux sentiments. Un album de vie et de mort, un peu triste au sens noble du terme, d'espoir et de désespoir, de petits arrangements avec le destin. A partir de 5-6 ans.

"Le chant du phare". (c) CotCotCot Editions.



Album à l'aquarelle sans texte, fruit de son travail de fin d'études en illustration à Saint-Luc Liège, "Allers-Retours" de Nina Le Comte dit formidablement l'épouvantable chemin qui est réservé aux migrants quand, ayant survécu à la mer, ils arrivent sur notre terre ferme. Même Kafka ne s'y retrouverait pas. "Quand j'ai vu l'album, ce fut un coup au plexus dont je ne suis pas totalement remise", se rappelle l'éditrice. On la comprend. On ressent pareil.

La couverture donne déjà une belle idée de l'immensité à laquelle un réfugié va être confronté. On le suit à partir de son arrivée solitaire dans un port. Parcours d'une complication atroce, remarquablement symbolisée par la main de la loi d'abord, les escaliers, les ascenseurs, les labyrinthes des procédures ensuite. Le héros s'y lance courageusement, dans l'espoir d'une vie décente. Quel chemin infernal! En finale, on découvre que si les espoirs peuvent être cruellement déçus, la volonté de survivre peut être encore plus forte. Quitte à ce que cela prenne des années. Un itinéraire vécu par des milliers de demandeurs d'asile.

Très épuré, l'album joue sur les symboles et les couleurs des aquarelles et des fonds d'image pour permettre à chacun de ressentir les difficultés kafkaïennes auxquelles sont soumises certains êtres humains qui ne sont pas nés du bon côté de la Terre. Pas besoin de mots pour le dire, les illustrations sont éloquentes. Elles parlent fort, hurlent parfois. Un sujet terrible mais une merveille d'album. A partir de 5-6 ans.


Les trois premières doubles pages de "Allers-retours". (c) CotCotCot Editions.



Premier texte jeunesse de la traductrice littéraire Emmanuèle Sandron chez cet éditeur,  l'album "De ville en ville", illustré des très beaux collages de Brigitte Susini, est un grand format toilé qui se tient reliure vers le haut. On y suit un narrateur inconnu qui chemine de ville en ville à la recherche de lui-même. En route, il découvrira le monde, sa variété et sa richesse, et, par effet de soustraction, sa propre identité. Ce n'est qu'à la dernière page que le lecteur apprendra qui est le narrateur - à retrouver dans chaque image - de cet album un peu compliqué dans sa construction mais très agréablement illustré.

"La ligne éditoriale de la maison", dit encore Odile Flament, "est mue par la volonté première de construire un catalogue de fond autour de textes poétiques, justes, humanistes. En bref, pas d'histoire de princesse (je suis phobique) et des illustrations qui parlent probablement plus à l'adulte à venir chez les enfants et  à l'ancien enfant chez les adultes."


CotCotCot Editions, ce sont des albums exigeants sur le plan du graphisme et du rapport texte-images mais parfois plus rigolos que ceux ci-dessus.

Comme "De l'embarras au choix" de Romane Lefebvre (Saint-Luc, Liège), sorti il y a un an. Bien lire le titre, ce n'est pas l'embarras du choix comme il est dit souvent mais les choix effectués après avoir ressenti des embarras.
"Maurice me fait rire", dit simplement Odile Flament. Il nous fait rire aussi, avec toutes ses interrogations si joyeusement traduites par un graphisme inventif. Des lignes de couleurs, des traits, des bulles. Non pas gratuites mais au service de l'histoire. Par moments, on pense aux bouliers d'adresse des plus petits. On suit Maurice avec beaucoup de plaisir dans ses tergiversations et on arrive à la dernière page où se trouve un texte qui nous fait revoir l'album. Un très beau travail, profond et léger à la fois. Dès 4 ans.







Quelques images des embarras de Maurice. (c) CotCotCot Editions. 



Après "Ma Mamie en poévie", l'aventure éditoriale "papier" s'est poursuivie en 2019 avec l'acquisition des droits de l'album flamand aux somptueuses illustrations et au propos joyeusement mené "Eléphant a une question" de Leen van den Berg et Kaatje Vermeire (traduit et adapté du néerlandais par Emmanuèle Sandron).






Ont suivi plus tard en 2019 "Le Sourire de Suzie" d'Anne Crahay et "La brodeuse d’histoires" de Martina Aranda (Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles).

Le premier a été réalisé à partir de cinq  illustrations primées à la Foire du livre pour enfants de Bologne 2010. Il traite avec douceur du sourire comme moyen de défense, du besoin d'être aimé.

Le second est l'émouvante rencontre entre une petite fille, Mila, grande amatrice de livres, et une vieille dame, ancienne mercière, Lucia, qui aime broder et raconter des histoires. En traits de crayon noir plus ou moins gras et points de croix d'un joli bleu, la naissance d'une amitié forte.



Le temps de réaliser ces deux albums, Odile Flament a laissé mûrir le projet "Des haïkus plein les poches" de l'écrivain, poète et animateur d'ateliers français Thierry Cazals et l'illustratrice gantoise sortie de la KASK  (Académie royale des Beaux-Arts de Gand) Julie Van Wezemael (260 pages en format A5, deux versions papier, cartonnée et brochée). "Ce projet paru en octobre 2019 a évolué en un objet hors-normes", se rappelle l'éditrice, "qui a, paraît-il, accompagné de nombreuses personnes (souvent des adultes) pendant le confinement."

On comprend bien qu'il ait eu du succès durant le confinement tant ce recueil est un accompagnement chaleureux de la personne qui le lit. Il vous prend par la main et vous emmène en promenade. Il vous interroge et vous propose des tas et des tas et des tas de haïkus (bref poème venu du Japon qui cherche à saisir, en quelques mots, la beauté mystérieuse de chaque instant) de mille provenances. Ceux de différents poètes, maîtres du genre, ceux de l'auteur puisque Thierry Cazals pratique le haïku depuis toujours et ceux d'enfants qu'il a rencontrés au cours d'ateliers menés en France durant ces vingt dernières années.


Le narrateur. (c) CotCotCot Editions.
Un vieux poète, le narrateur, commence par raconter sa vie et les visites qu'il reçoit d'enfants jumeaux tout en faisant des tas de propositions au lecteur et en le conviant aimablement à diverses introspections. Le ton est agréable et les illustrations en totale adéquation avec le propos. Repos pour l’œil et l'esprit ou tremplin vers d'autres aventures au pays des mots, des sensations, de la nature, des instants,de la beauté. Les illustrations de Julie Van Wezemael combinent peinture acrylique et fils soigneusement cousus ou brodés.






"Des haïkus plein les poches" (c) CotCotCot Editions.

Le narrateur se raconte mais c'est en réalité un dialogue qu'il établit avec son lecteur qu'il invite, le moment venu, à se lancer à son tour dans l'écriture. Avec un tel guide, c'est une aubaine! Thierry Cazals qu'on sait doué, a réussi ici à établir un climat de douceur, une atmosphère de confiance et  de curiosité, propices à l'apprentissage - l'écrivain aborde tous les aspects des haïkus  - et à la création personnelle, dans ce livre inclassable et bénéfique. Un livre pour tous les âges.

"Ecrire des haïkus," y lit-on, "c'est repartir à zéro.
Redécouvrir le monde avec un cœur tout neuf."



Deux autres doubles pages. (c) CotCotCot Editions.




jeudi 11 juin 2020

La fête de la librairie à plus de 366 titres!

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque49




Coronavirus oblige, la fête de la Librairie indépendante n'a pu avoir lieu à sa date habituelle, aux alentours de la Sant Jordi, le 23 avril (lire ici). Bonne nouvelle, elle sera célébrée ce samedi 13 juin.




Quarante-deux librairies indépendantes belges participent à l'opération conduite depuis 22 ans par l'association française Verbes, connue sous l'appellation "un livre, une rose", et offriront ce jour de fête à leurs clients une rose et le livre édité pour l'occasion.

Rappel: port du masque obligatoire dans quasi toutes les librairies belges.

Les librairies indépendantes belges ont ce message.
"C'est la fête de la librairie mais cette année plus que jamais, les libraires veulent fêter leurs clients! Leur dire MERCI!
Merci de votre soutien durant le confinement

Merci d’être revenus si nombreux

Merci de votre compréhension des mesures sanitaires, des délais de livraisons,..

Mille fois merci, grâce à vous, nous avons retrouvé le plaisir de conseiller, d'échanger, de partager.

Et puis il y a toute cette solidarité entre confrères, entre membres de l'ensemble de la chaîne du livre…
Ces derniers mois furent angoissants mais que de belles choses à fêter!
Le 13 juin, venez nombreux vous faire surprendre par le pouvoir des mots et des livres!"

Comme d'habitude, une rose et un livre seront offerts aux clients des librairies ce samedi 13 juin. Un livre particulièrement original cette année. En format légèrement plus grand qu'un poche, il s'intitule "A plus d'un titre" (Gallimard/Verbes/Thierry Magnier, hors commerce, 386 pages) et court sur une année et un jour, du jeudi 23 avril 2020 au vendredi 23 avril 2021. A chaque page, en haut, le titre d'un volume de la collection Folio de Gallimard. En bas, un résumé du livre et une notice sur son auteur. Entre les deux, du blanc, doucement tramé, dont chacun fera ce qu'il lui plaira. Chaque dimanche, le titre est illustré par un(e) artiste du catalogue des Editions Thierry Magnier.


Première double page.

Dernière double page de l'éphéméride.

L'ensemble est extrêmement séduisant car les titres n'ont pas été posés au hasard. Bien au contraire. On imagine le plaisir qu'a eu l'équipe qui les a choisis et assemblés. Les titres constituent une sorte d'immense cadavre exquis dérivant, rebondissant, batifolant, d'un thème sur l'autre. Evidemment, c'est "Georges" d'Alexandre Dumas qui inaugure la farandole que clôture "Tout est bien qui finit bien" de William Shakespeare - mort le 23 avril 1616, comme Cervantès et Garcilaso de la Vega dit l'Inca. Entre ces deux références à la Sant Jordi, qui célèbre le livre, les droits d'auteur et la librairie indépendante, un aimable vagabondage glissant de vie en vent, mer, amour, sommeil, couple, mariage, plaisir, voyages, villes, lieux, écriture, destruction, faute, main, cœur, boire, oublier, soupirer, or, rouge, neige, amitié, rire, émotions, art, classiques, animaux, campagne, forêt, printemps... De quoi imaginer mille récits relancés par les illustrations dominicales.


Le plaisir du choix des titres dans ces deux doubles pages.

Un cadavre exquis des plus réussis.


L'ouvrage se termine sur les données bibliographiques des 366 Folio évoqués et celles des 52 albums et romans jeunesse qui ont prêté leurs illustrations pour la noble cause de la librairie, des lecteurs et de la lecture.


Un dimanche avec Emmanuelle Houdart.

Un dimanche avec Atak.


"A plus d'un titre" peut être feuilleté ici.



Les librairies belges associées à l'événement
  • Tropismes  Galerie des Princes, 11 1000 Bruxelles
  • Tulitu Rue de Flandre, 55 1000 Bruxelles
  • Candide Place Brugmann, 1-2 1050 Bruxelles 
  • Les yeux gourmands Avenue Jean Volders, 64A 1060 Bruxelles 
  • Librairie Jaune Rue Léopold 1er , 499 1090 Bruxelles
  • U.O.P.C.  Av. Gustave Demey, 14-16 1160 Bruxelles 
  • La Licorne Chaussée d'Alsemberg, 715 1180 Bruxelles 
  • A Livre Ouvert-Le Rat conteur Rue St Lambert, 116 1200 Bruxelles 
  • Le Chat Botté Rue du Monastère, 4 1330 Rixensart 
  • L'Ivre de Papier Rue St Jean, 34 1370 Jodoigne 
  • Au P'tit Prince Rue de Soignies, 12 1400 Nivelles 
  • Graffiti Chaussée de Bruxelles, 129 1410 Waterloo
  • Le Baobab Rue des Alliés, 3 1420 Braine-l'Alleud
  • La Grande ourse Rue Maghin, 95 4000 Liège 
  • Livre aux Trésors Place Xavier Neujean, 27A 4000 Liège
  • La Parenthèse Rue des Carmes, 24 4000 Liège
  • Pax Place Cockerill, 4 4000 Liège
  • Siloë Rue des Prémontrés, 40 4000 Liège 
  • Le Long Courrier Avenue Laboulle, 55 4130 Tilff
  • La Dérive Grand Place, 10 4500 Huy
  • Marque Tapage Rue de José, 68 4651 Battice
  • Les Augustins Pont du Chêne, 1 4800 Verviers
  • Librairie Cunibert Chemin-rue, 49 4960 Malmedy
  • Papyrus Rue Bas de la Place, 16 5000 Namur
  • Point-Virgule Rue Lelièvre, 1 5000 Namur
  • Antigone Place de l'Orneau, 17 5030 Gembloux
  • DLivre Rue Grande,  67A 5500 Dinant
  • Molière Bld Tirou, 68 6000 Charleroi
  • Croisy Rue du Sablon, 131 6600 Bastogne
  • Du tiers et du quart Rue de Neufchâteau, 153  6700  Arlon
  • La Dédicace Place Nestor Outer, 11 6760 Virton
  • Le Temps de lire Rue du Serpont, 13 6800 Libramont
  • Oxygène Rue St Roch, 26 6840 Neufchâteau
  • Livre’S Avenue de France, 9 6900 Marche 
  • Leto Rue d'Havré, 35 7000 Mons
  • Ligne Claire Grand-rue, 66 7000 Mons 
  • Polar & Co Rue de la Coupe, 36 7000 Mons
  • Ecrivain Public Rue de Brouckère, 45 7100 La Louvière
  • Librairie de la Reine Grand Place, 9 7130 Binche
  • Quartier Latin Rue Grande, 13 7330  Saint-Ghislain
  • Chantelivre Quai Notre-Dame, 10 7500 Tournai
  • La Procure Rue des Maux, 22 7500 Tournai




mercredi 10 juin 2020

Un prix Versele 2020 confiné mais debout

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque48

(c) Ligue des Familles.


Qui aurait cru que la covid-19 aurait eu des effets même sur le prix Bernard Versele, quadragénaire depuis l'an dernier (lire ici)? Pour rappel, ce prix de littérature enfantine organisé par la Ligue des Familles a la particularité d'être établi par les votes des enfants lecteurs.
Chaque année, 25 albums et romans sont proposés à la lecture des enfants de 3 à 14 ans durant toute l'année scolaire. Les titres choisis par un comité d'adultes sont répartis en catégories d'âge, de 1 à 5 chouettes, sans obligation de les respecter (un plus jeune peut aussi lire chez les grands, un plus âgé chez les petits). Les enfants votent ensuite pour le livre qu'ils considèrent comme le plus chouette. L'ensemble des votes, par bulletin (où il est possible aussi de commenter par dessin ou texte) ou par voie électronique, constitue le palmarès.
Si la lecture court sur toute l'année scolaire, c'est vers le printemps que les choses s'accélèrent. Pile au moment où les écoles et les bibliothèques ont été fermées pour lutter contre le virus. Impossible dès lors pour les bénévoles d'encore faire alors circuler les centaines de livres dans les écoles. Le prix Bernard Versele 2020 allait-il s'éteindre? Pas du tout! Des PDF des livres ont été mis à disposition par les éditeurs, des livres ont été contés en vidéo. La créativité de centaines de passeurs de livres a permis à ces derniers de continuer à circuler malgré tout.

Résultat, malgré les retards pour l'encodage des bulletins de vote et les caisses de bulletins impossibles à traiter en raison des circonstances sanitaires, ce sont finalement 24.500 enfants qui ont établi le palmarès 2020. Moitié moins que d'habitude, mais tous les votes n'ont pu être traités et tous les enfants n'ont pu voter. Michèle Lateur, coordinatrice historique du prix, en voit le côté positif: "Toutes ces mobilisations ont resserré les liens entre les acteurs du monde du livre pour mettre à l'honneur des œuvres de qualité, porteuses de sens, de valeurs qui contribuent à tisser des liens intergénérationnels et favorisent l'épanouissement des jeunes lecteurs."
On notera dans les résultats 2020 les deux récompenses allant à l'auteur-illustrateur américain Peter Brown, pour l'album "Menace verte" et pour son premier roman pour enfants "Robot sauvage".
Pour le reste, les votes sont serrés en catégorie "1 chouette" (8.556 votes), 1.987 pour le titre lauréat, 1.861 pour le label. En "2 chouettes" (7.410 votes), le choix est plus clair: 40 % de votes pour le titre lauréat et 25 % pour le label. En "3 chouettes" (4.429 votes), bingo pour le titre lauréat qui remporte plus de la moitié des suffrages contre un petit cinquième pour le label. En "4 chouettes" (2.708 votes), quasi égalité pour le titre lauréat et le label (794 et 764 votes). En "5 chouettes" (1.405 votes), 42 % vont au titre lauréat et 27 % au label.

Félicitations aux auteurs, aux éditeurs et bien entendu au jury!

Les 25 titres présélectionnés pour le prix Bernard Versele 2020 se trouvent ici.



Palmarès du prix Bernard Versele 2020

1 chouette

(dès 3 ans)

Lauréat

"Enfin avec ma mamie!"
Taro Gomi
traduit du japonais par Fédoua Lamodière
nobi nobi

Un tendre chassé-croisé entre Lola et sa mamie. Elle s'aiment beaucoup mais n'arrêtent pas de se manquer, alors qu'elles sont si pressées de se retrouver. Quand la fillette arrive chez sa grand-mère, elle découvre que celle-ci est déjà partie chez elle!


Label

"Petite Baleine"
Jo Weaver
traduit de l'anglais par Camille Guénot
Kaléidoscope

Petite Baleine est née dans les mers du Sud. L'heure est venue pour sa maman de l'emmener dans les eaux poissonneuses du Nord rejoindre leur famille. Le voyage est long et éprouvant mais maman Baleine veille et Petite Baleine est particulièrement courageuse.



2 chouettes

(dès 5 ans)

Lauréat

"Menace verte"
Aaron Reynolds
Peter Brown
adapté de l'américain par Gaël Renan
Le Genévrier
lire ici

Des culottes "d'enfer", voilà de quoi séduire Jasper le lapin. Mais après, il faut s'en défaire et ce n'est vraiment pas facile.



Label

"Les Voisins"
Einat Tsarfati
traduit de l'hébreu par Rosie Pinhas-Depuech
Cambourakis

Les vies inventées des familles de voisins de l'immeuble habité par une petite fille à l'imagination débordante.





3 chouettes

(dès 7 ans)

Lauréat

"Claude et Morino"
Adrien Albert
l'école des loisirs

Comme d'habitude, Morino le taureau est allé la nuit faire pipi par la trappe spéciale de sa caravane. Mais cette fois, le pipi de tisane est tombé sur un petit squelette enterré dessous et l'a réveillé. Il s'appelle Claude, il est d'une agréable couleur verte, il est curieux de tous les détails de la vie sur terre qu'il a oubliés, et il se prend d'affection pour Morino qui finit par le trouver un peu collant.



Label

"Le plein de Blorg"
Matthieu Sylvander
Perceval Barrier
l'école des loisirs
Mouche
lire ici

Un petit roman hilarant avec des animaux qui parlent bien, une fillette Ninon qui ne s'en laisse pas compter, de savoureux dialogues avec des Plutoniens sortis d'un vaisseau spatial et une finale totalement inattendue.



4 chouettes

(dès 9 ans)

Lauréat

"Une super histoire de cow-boy"
Delphine Perret
Les fourmis Rouges
lire ici

Un petit format qui se moque de tout ce qui devrait se trouver ou ne pas se trouver dans un album pour la jeunesse (merci le politiquement correct) et raconte une histoire absurde et très drôle en même temps.




Label

"Robot sauvage"
Peter Brown
Traduit de l'anglais par Alice Marchand
Gallimard jeunesse

Pris dans ouragan, un cargo fait naufrage et sa cargaison de robots échoue sur une île. Ils arrivent tous en morceaux, sauf un. Rozzoum unité 7134, alias Roz. Après avoir subi un violent orage et échappé à l'attaque d'un ours féroce, Roz rréalise qu'elle doit aller à la rencontre des animaux qui peuplent l'île.



5 chouettes

(dès 11 ans)

Lauréat

"Jefferson"
Jean-Claude Mourlevat
Gallimard Jeunesse

Un polar haletant, parfois féroce mais tendre qui aborde de façon inédite la question de notre rapport aux animaux.






Label

"Captain Mexico"
Guillaume Guéraud
Rouergue
dacodac








La sélection pour le prix Bernard Versele 2021 se trouve ici.