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mercredi 19 mars 2025

Treize dessinateurs d'humour à la douzaine

Dessins de Saul Steinberg. (c) Sébastien Roberty
(c) The Saul Steinberg Foundation, SABAM, Brussels, 2025.

 
On connaissait Folon peintre et sculpteur. On l'a découvert photographe (lire ici). L'exposition "Drawing room" qui vient de s'ouvrir à La Hulpe dévoile une autre facette de l'artiste (1934-2005). Le dessin d'humour. Une pratique qu'il a intensément pratiquée dans les années 1950, avant sa notoriété, sous l'influence de l'artiste américain Saul Steinberg. "Il y a eu un Folon qui fait du dessin d'humour avant le Folon que l'on connaît", explique la Fondation. Tout jeune, Folon avait quitté Bruxelles et était parti s'installer à Bougival, à 20 kilomètres de Paris. Pour survivre, pour ne pas crever de faim, il dessine. D'abord pour "Moustique", "Paris-Match" et "Pan" de 1955 à 1960 à raison d'un dessin par semaine. Il se forge ainsi son univers graphique. Ensuite, il collaborera avec fruit au "New-Yorker" aux États-Unis. Sa réussite américaine lui conférera son succès en Europe.
 
Le plus curieux de l'histoire des dessins d'humour de Folon est que peu de monde connaissait cette facette de son œuvre. En vidant son appartement de Monaco, Stéphanie Angelroth, directrice de la Fondation, a découvert dans la salle de bain une boîte contenant des centaines de dessins. Folon ne lui en avait jamais parlé alors qu'ils étaient proches!

Dessins de Folon. (c) Sébastien Roberty
(c) Fondation Folon_ADAGP, Paris, 2025.

 
Riche de cent cinquante pièces provenant de plusieurs collections dont celles de la Fondation Folon et de la galerie Martine Gossieaux, ce "cabinet de dessins" célèbre treize dessinateurs d'envergure qui ont fait œuvre de philosophes en maniant de façon créative leurs crayons et leurs pinceaux. Il témoigne du dessin du XXe siècle dans le regard de Folon. Autour de lui, douze maîtres du dessin qui l'ont marqué, à qui il a écrit, avec qui il a dialogué, parfois créé. Avec qui il s'est beaucoup amusé: Saul Steinberg, André François, Raymond Savignac, Ronald Searle, Chaval, Roland Topor, Bara, Bosc, R.O. Blechman, Sempé, Pierre Alechinsky, Milton Glaser, une fameuse brochette! Elle réjouira les connaisseurs et permettra aux autres de belles découvertes. 

André François.

Le parcours est à la fois chronologique, thématique et chromatique: quelques cimaises pour chaque artiste, à chacun sa couleur. En fil rouge de ces séries d'œuvres représentatives, complétées de notices biographiques suffisantes et des mots de Folon y apposés, un petit bonhomme court sur les murs et sert de guide. "Drawing room" est une exposition pour le plaisir qui fait aussi réfléchir. La qualité du dessin d'humour. Elle enchantera l'amateur qui découvrira des merveilles comme l'érudit qui y reconnaîtra les artistes qu'il chérit. Elle propose le regard de Folon sur le dessin au XXe siècle.  Elle démontre parfaitement que le dessin est un genre en lui-même, encore trop peu présent dans les musées d'Europe.
 

Ronald Searle. (c) Sébastien Roberty.

 
Dans la première pièce, dédiée aux dessins de Folon, on comprend combien l'artiste formait une famille d'esprit avec plein de dessinateurs. On y découvre cette forme de philosophie souriante, rappelant que l'humour est souvent la politesse du désespoir. Suivent les dessins à la plume experte de Saul Steinberg, "écrivain qui dessine" comme il se définit, dont celui sans relever l'outil qui figure sur l'affiche, les tableaux si reconnaissables d'André François, les affiches témoignant du sens de l'ellipse de Savignac, la ligne faussement hésitante de Ronald Searle, la férocité de Chaval, par ailleurs cultivateur d'absurdie. On continue avec les géniales créations de Topor, les dessins de Bara, le trait minimaliste et efficace de Bosc, les dessins de R.O. Blechman, tellement méconnu en français. On termine avec quelques œuvres de Sempé, toujours délicieuses, d'Alechinsky et de Milton Glaser, autre immense artiste américain que les nouvelles générations d'artistes ignorent malheureusement.
 

Topor. (c) Sébastien Roberty.

En complément des dessins réalisés en solo par leurs auteurs, on en découvre aussi plusieurs, réalisés en duo avec Folon. L'homme qui aimait les artistes, aimait les rencontrer et faisait tout pour parvenir à ses fins comme le raconte joliment l'exposition "Drawing room".

Milton Glaser en solo et en duo avec Folon.

Pratique
Où? Fondation Folon, drève de la Ramée 6A, 1310 La Hulpe
Quand? Jusqu'au 31 août, du mardi au vendredi de 9 à 17 heures, le week-end de 10 à 18 heures.
Combien? 15 euros pour les +26, 12 euros pour les +65, 5 euros pour les 6-25 ans.
Autres infos ici.


mardi 3 janvier 2012

L5 cline devant Ronald Searle

 

Le génial illustrateur britannique est décédé le 30 décembre à Draguignan. Mais on ne l'a appris qu'aujourd'hui.
Né à Cambridge en 1920, Ronald Searle s'était installé en France en 1961, à Paris d'abord, en Provence ensuite.
Il avait dessiné depuis tout petit. Il fut publié à quinze ans.
Soldat durant la Deuxième Guerre mondiale, il fut fait prisonnier en Malaisie et en ramena d'impressionnants dessins qui deviendront des livres à son retour.
Sa vie entière n'a été que dessins, pour la presse, pour l'édition, pour la publicité. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en France.
Mais son incroyable talent n'a pas eu l'aura qu'il méritait.

Quand en 2008, les éditions Jean-Claude Gawsévitch publient l'excellent album "Bestioles un peu folles", elles sont toute étonnées de découvrir quelqu'un (moi en l'occurence) qui connaît le nom de Ronald Searle et l'apprécie.
Sans doute a-t-il été plus à l'honneur dans les années 70 et 80.
Mais ce n'est pas une raison pour l'oublier.






Ronald Searle, c'était pour le public francophone ses chats incroyables qui racontaient la vie.
Un trait plus fin que celui de Ralph Steadman, qui virevolte sur le papier; rehaussé de quelques touches d'aquarelle.
Un humour tendre ou féroce, une imagination sans limite, un goût certain pour le non-sense.




Plus à voir sur le site que Matt Jones a consacré à Ronald Searle:

http://ronaldsearle.blogspot.com/