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mercredi 30 septembre 2020

Taiwan, Japon et philosophie koala



"Nuit étoilée". (c) HongFei.

Aujourd'hui, trois moyens formats cartonnés bien épais, 
destinés aux enfants de plus de dix ans pour le premier, de plus de six ans pour les deuxième et troisième. Nom de code: passer une "Nuit étoilée" en compagnie de "Momoko" tout en étant adepte de "La philosophie koala".


Qu'elle est belle, la couverture de l'album "Nuit étoilée" de Jimmy Liao (traduit du chinois (Taiwan) par Chun-Liang Yeh, HongFei, 144 pages) avec ses deux enfants installés dans une barque afin de regarder les étoiles. Comme est belle l'amitié entre une ado solitaire et le nouveau de la classe, aussi esseulé et sensible qu'elle. Le livre s'ouvre sur une phrase magique: "Je lève la tête pour regarder le ciel étoilé, et le monde devient immense..." Magique surtout quand une jeune personne parvient à avancer, à se faire confiance à elle, au monde et à la vie.

L'auteur-illustrateur, originaire de Taiwan, dédie ce livre "aux enfants qui n'arrivent pas à communiquer avec le monde". "Nuit étoilée" met en scène une jeune narratrice qui nous fait part de ses chagrins. Elle ne trouve pas sa place entre ses parents qui travaillent, se disputent ou se divertissent sans elle. On remarque tout de suite les échos de ses émotions dans les tableaux accrochés aux cimaises. A l'école, elle se fait ennuyer sans parvenir à réagir.

Pour finir, l'endroit où elle est le mieux, en compagnie du petit chat qu'elle a reçu, est sa chambre. Elle peut notamment observer les voisins. Justement, la vieille dame d'en face a un nouveau et jeune locataire. Un garçon pas comme les autres, "il semblait tombé d'une autre planète", le nouveau de sa classe découvrira-t-elle, qui va lui redonner le sourire.

"Nuit étoilée". (c) HongFei.

Lui et elle s'observent, s'apprivoisent, se perçoivent, se viennent en aide et surtout s'entendent à merveille. Avec lui, sa vie est différente. A tel point qu'ils décident de quitter leur ville ensemble. D'une beauté folle, les images se passent alors de texte pour raconter leur périple enchanté et enchanteur. Un voyage initiatique qui les ramènera finalement au réel, mais plus forts que jamais même si les hasards de la vie font qu'ils ne se verront plus. La métaphore de la baleine qui s'éloigne mais se retrouve en finale est vraiment superbe.

"Nuit étoilée". (c) HongFei.

Jimmy Liao, qu'on connaissait de loin et qui n'avait pas vraiment percé chez nous, est ici au sommet de son art. Il dit tout des difficultés dans la vie en peu de mots mais en des illustrations superbes extrêmement symboliques. En couleurs vives souvent, mais sans agressivité, en une variété de plans et d'inspiration qui collent vraiment au sujet. Et cela, sur plus de cent pages pimentées de tableaux contemporains à apprécier sans modération. "Nuit étoilée" est une pépite pour qui veut bien s'y abandonner. Dès 10 ans.

"Nuit étoilée". (c) HongFei.

Né le 15 novembre 1958 à Taiwan, Jimmy Liao a travaillé dans la pub pendant douze ans après ses études d'art. Il a ensuite été illustrateur pour des journaux et des magazines. Il s'est tourné vers la littérature de jeunesse en 1998 après avoir triomphé d'une leucémie trois ans plus tôt. Ses premiers livres dont "Les secrets de la forêt" - qui ne nous est parvenu en traduction française que neuf ans plus tard - ont été couronnés de multiples prix en Chine. S'il est l'auteur depuis vingt ans d'une cinquantaine d'albums pour la jeunesse, p
eu ont vraiment marqué le genre. La plupart de ses titres sont même épuisés. Notamment, chez Bayard, "Les ailes", "La forêt des songes" et "La lune perdue" en 2008, "Le son des couleurs", lauréat du prix Bernard Versele 2012 (lire ici), "Le monstre qui mangeait le noir" et "Pourquoi?" en 2009, "Le rocher bleu" en 2010, "Trois doudous qui ne voulaient pas dormir" en 2011, "Filbert ou l'histoire d'un bon petit diable" en 2013, sans oublier "Si proche si loin" au Seuil en 2001 et "Les secrets de la forêt" chez Autrement en 2007. Gageons que "Nuit étoilée" va lui donner la notoriété qu'il mérite.



 

Etre enfant à Tokyo dans les années 1970

Avec ses gracieux dessins aux crayons de couleur rehaussés d'aquarelle qui saisissent avec art les scènes de la vie quotidienne d'une enfant à Tokyo il y a cinquante ans, "Momoko, une enfance japonaise" de Kotimi (Rue du Monde, 168 pages) est une petite merveille d'observation et de douceur. Les personnages sont joyeusement croqués en quelques traits, tout comme leurs expressions, les détails nécessaires à l'histoire dans les décors bien présents et l'ensemble, agréablement mis en pages, donne une belle impression de vie, de joie contagieuse. Des épisodes qui se partagent aisément avec les enfants d'aujourd'hui et d'ici.

"J'ai puisé ces huit histoires dans mon enfance, au Japon, le pays où je suis née", explique Kotimi en avant-propos de ce délicieux album. "J'habitais un quartier populaire de la capitale. Tokyo, où j'ai vécu mille petites aventures entre ma famille, l'école et mes nombreux amis. Le Japon d'aujourd'hui est bien différent de ce Japon des années 1970 dans lequel j'ai grandi, mais il lui ressemble beaucoup aussi! Peut-être parce que les enfants sont toujours des enfants..."

"Momoko, une enfance japonaise". (c) Rue du Monde.

Née à Tokyo, Kotimi vit et travaille à Paris depuis longtemps. Elle n'est présente en littérature de jeunesse que depuis 2017, après avoir été mise à l'honneur à l'exposition des illustrateurs à la Foire de Bologne 2016. Depuis, elle a publié une dizaine de livres, essentiellement en littérature de jeunesse. Ses travaux de peintre, de graveuse, de dessinatrice ont été exposés à de multiples reprises, en Europe et au Japon.

"Momoko, une enfance japonaise". (c) Rue du Monde.


"Pour mes dessins et mes gravures, dans les lignes et les matières, je recherche la spontanéité, l'irrégularité, la non-symétrie et l'harmonie qui en constitue la musique", dit encore Kotimi qui a créé cet impeccable journal d'hier, sans aucune nostalgie, dans "Momoko, une enfance japonaise". De l'entrée au CP, ratée pour cause de varicelle, à la disparition de la petite sœur au marché, en passant par la journée au golf avec Papa, les jeux au cimetière, la visite des parents à l'école, la présentation de cette petite sœur handicapée tellement attachée ou encore la pénible cérémonie du thé avec la grand-mère, les épisodes sont tous craquants. Pas seulement par ce qu'ils racontent mais par la manière dont ils le font, autour de cette Momoko espiègle que tout le monde aimerait connaître, qui évolue dans un univers bienveillant. Ils se prolongent par trois propositions de goûters dont le troisième est complètement à hauteur d'enfant. Un très bel album dont l'épaisseur enchante. Dès 6 ans.


Les grandes questions d'un petit koala

On avait découvert avec un immense plaisir l'album "La Philosophie Koala" de Béatrice Rodriguez (Casterman, 80 pages) en mars 2019. Un album tendre, délicat et drôle abordant les grandes questions de la vie. Bon sang ne pouvant mentir, Koala est perché dans son arbre. Il se laisse bercer par ses pensées tant que ses potes Oiseau et Caméléon ne viennent pas le titiller. Le temps, la compassion, la vie privée, une robe pour un garçon, la perte d'un être cher sont quelques-uns des sujets qu'ils abordent avec sensibilité et humour. Des réflexions philosophiques finalement universelles, même pour les plus jeunes.


"La philosophie Koala". (c) Casterman.


Cette saison voit la parution du deuxième tome de "La philosophie Koala, Les pieds sur terre", toujours de Béatrice Rodriguez (Casterman, 80 pages), davantage centré sur la nature mais tout aussi merveilleux par ses propos et par la qualité de ses illustrations. Koala, toujours fidèle à lui-même, somnole quand il est tiré d'un super rêve par Oiseau qui le ramène à la réalité. Il va donc se promener mais est tout de suite confronté à un embranchement: aller à gauche ou à droite? En illustrations minimales mais drôlement expressives et grâce à un dialogue proche de l'enfance, l'auteure-illustratrice du superbe album muet "Le voleur de poules" (né chez Autrement en 2008 et réédité chez Casterman huit ans plus tard) aborde d'autres thèmes philosophiques comme la différence, la peur, le choix de dire non et même l'arrière les étoiles! Le tout avec tendresse, poésie et humour. Dès 6 ans.


"La philosophie Koala 2". (c) Casterman.

Pour feuilleter en ligne le début de "La philosophie Koala", c'est ici.

Pour feuilleter en ligne le début de "La philosophie Koala, Les pieds sur terre", c'est ici.







mardi 29 septembre 2020

Un mensuel de littérature avec un seul article!

Les 5 premiers numéros du mensuel. (c) Lamiroy.

Super dynamiques et inventives, les Editions Lamiroy se lancent dans une nouvelle aventure ce 1er octobre, celle du mensuel littéraire. Ce magazine s'intitulera "L'article" car il ne comportera qu'un seul article. Inédit pour un magazine, mais assumé dès la couverture qui précise de qui est l'article en question. Le format est le même que les célèbres "Opuscules" (nouvelles), aujourd'hui déclinés aussi en "Adopuscule" (jeunesse) et "Crépuscules" (polar), mais d'un papier et d'un graphisme différents. Illustré en couverture, sur papier glacé, par Hugues Hausman, chaque numéro comportera 40 pages et sera disponible en format papier (4 euros + 1 euro de frais de port) ou numérique (2 euros) sur toutes les plateformes. Chaque numéro s'ouvre sur une page éditoriale par Maxime Lamiroy, le fils d'Eric Lamiroy, du cerveau duquel est sorti le concept de "L'article". Puis vient l'essai en question qui répond à l'idée, posée en titre. Des sujets variés à regarder le programme des cinq premiers numéros.

Premier numéro, ce 1er octobre, "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", par Gorian Delpâture (Lamiroy, 40 pages). Soit une passionnante biographie de l'écrivain américain, en tout cas pour moi qui le connais mal, qui insiste sur son enfance et sa jeunesse pour mieux faire comprendre quel a été son parcours ensuite. Le style est direct et plutôt sympathique: "Je sens que je vous ennuie avec ces histoires de jeunesse. Si, si, je vois bien que je perds votre attention. Mais, vous savez, pour comprendre l'œuvre d'un écrivain, il est important de connaître son histoire personnelle." Un style presque parlé qui n'empêche pas une vraie connaissance du sujet. Gorian Delpâture sait de quoi il nous entretient. Il est l'auteur d'une série en 45 épisodes sur Stephen King, diffusée cet été sur La Première et disponible en podcast Auvio. Il réussit en tout cas dans son "Article" à brosser un portrait de l'écrivain, à parler de ses livres, de ses influences et de sa manière de travailler. Même qu'il le verrait bien Prix Nobel de littérature. Sa pirouette pour contourner la question en titre du magazine.

Programme des parutions
  1. "Stephen King: Le plus grand écrivain du monde?", un article de Gorian Delpâture - octobre 2020
  2. "Jacques De Decker: L'immortel de l'Académie royale de Belgique", un article de Véronique Bergen - novembre 2020
  3. "Arno: Le roi des belges", un article de Thierry Coljon - décembre 2020
  4. "Victor Hugo: Les années d'exil et d'écriture à Bruxelles", un article de Marc Meganck - janvier 2021
  5. "Jean-Patrick Manchette: le franc tireur du roman noir", un article de Jérémy Bouquin - février 2021
Informations et abonnements ici.


dimanche 27 septembre 2020

Chaud-froid de porcs-épics



"Au plus froid de l'hiver les porcs-épics se serrent.
Ils cherchent à se réchauffer.
Mais finissent par se piquer.
Alors ils s'éloignent jusqu'à ce qu'ils aient froid.
Alors ils se serrent et à nouveau s'éloignent.
Se serrent, s'éloignent, se piquent, ont froid.
Ils passent la saison à vivre en accordéon.
Les hommes sont pareils et pas seulement l'hiver."

Ces huit phrases, chaque fois illustrées d'une gravure en vis-à-vis, constituent le début de l'album petit format cartonné "Le porc-épic de Schopenhauer" d'Alice Brière-Hacquet et Olivier Philipponneau qui y a utilisé le procédé de l'estampe japonaise (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages). L'histoire, inspirée du philosophe du XIXe siècle, se poursuit chez les humains et présente la solution trouvée pour "aimer sans se piquer". Un plaisant et élégant papier crème, un minimum de texte faisant germer un maximum d'idées et de sobres illustrations en parfaite adéquation.


"Le porc-épic de Schopenhauer". (c) Editions 3œil.


Démarche similaire dans "Le Corbeau d'Epictète" de la même Alice Brière-Haquet mais illustré cette fois par les gravures, ses premières, de  Csil (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages), aussi bleu que le précédent était rouge, toujours des tons pantone. Fameux défi: il nous fait réfléchir au bonheur et aux influences possibles du chant d'un corbeau sur nos vies en se référant à un philosophe grec d'il y a vingt siècles. Pourquoi un chant de corbeau est-il nécessairement un mauvais présage? On peut aussi y chercher le beau.


"Le Corbeau d'Epictète". (c) Editions 3œil.


Ces deux albums cartonnés mais en format de poche inaugurent la collection "Philonimo", pour "philosophie" et "animaux", reconnaissable à sa découpe ronde dans la couverture en ton vif. Une collection qui veut mettre les grands noms de la philosophie et surtout leur pensée entre les mains des enfants des classes maternelles. Et ceci grâce aux métaphores animalières qu'utilisent les penseurs, résumées pour le jeune public. Quatre volumes sont en préparation, qui seront consacrés à Tchouang-Tseu, Wittgenstein, Diogène et Heidegger.

D'une belle sobriété tant dans le texte que dans l'image en noir, blanc et une couleur franche, laissant de la place au lecteur, ces deux albums permettent peut-être une première approche de la philosophie. Ils ouvrent surtout le chemin de la réflexion aux jeunes enfants confrontés, comme tout le monde, aux questions de la distance entre humains et du bonheur par une approche à leur niveau et donc à leur portée.

 


vendredi 25 septembre 2020

Un père, deux fils, deux frères, trois hommes seuls qui s'aiment


Laurent Petitmangin.


Prendre un roman français, un premier roman, intriguée par la couverture et le titre. Le lire d'une traite. Le poser, bouleversée par cette histoire intense et son dénouement. Ne pas en émerger de suite. Noter un mot: vertigineux. C'est ce qui m'est arrivé avec "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, 188 pages). L'histoire d'un père qui, veuf, élève seul ses deux fils orphelins. L'histoire d'un père qui les aime et veut leur bien. L'histoire d'un père qui, homme de gauche, voit son aîné basculer dans le camp de l'extrême-droite. L'histoire d'un père qui s'interroge mais continue à aimer ce grand garçon qui était hier tellement fou de foot, et doué, qu'on l'appelait Fus (pour Fußball, on est près du Luxembourg).

On ne connaît pas Laurent Petitmangin. Sa maison d'édition indique qu'il est né en 1965 en Lorraine, qu'il travaille chez Air France et écrit depuis une dizaine d'années. "Ce qu'il faut de nuit" est à la fois un roman social et un roman noir, marques de fabrique de l'éditeur, dont le noir est ici porté par une terrible lueur finale. Un miroir de notre société et une fable sur la "belle vie" qui figure dans la première sélection du prix Femina.

C'est le père qui est le narrateur de ce premier roman à l'écriture prenante, sans gras. Composée de très longs paragraphes où l'auteur change parfois de sujet sans prévenir, nous surprenant agréablement. Le père raconte le foot, les matchs, l'ambiance. On sent sa fierté, son amour pour ce grand, tellement doué sur le terrain mais qui a décroché de l'école. De l'amour, il en a aussi pour son plus jeune, Gillou, affectueusement appelé "Gros" par son frère. Il raconte aussi la maladie de la "moman", terrible. Trois années difficiles entre l'hôpital, les chimios et le pavillon, qui ont débouché sur une autre galère. S'occuper seul des deux garçons, tenir la tête hors de l'eau malgré le chagrin, conserver son boulot, garder les contacts avec la section du PS, ne pas tomber dans l'alcool. Au début, les amis sont là, surtout le voisin Jacky, et puis le temps passe.

Le temps passe, les enfants grandissent, prennent leur indépendance, font leurs expériences. Le père raconte les nouveaux copains de Fus, qu'il n'aime pas, contrairement à Jérémy qui a été son pote d'enfance.

"Je l'observais, il [Fus] était sombre dans tous ses gestes, et le dimanche, au foot, il devenait dur, vicieux dans ses interventions. "

Puis arrivent les signes extérieurs de facho, comme une croix celtique. Le père s'inquiète, tente de faire intervenir Jérémy, également le petit jeune de la section, étudiant à Sciences Po à Paris. Ces études qui pourraient bien être aussi celles de Gillou qui a, lui aussi, grandi. Le temps passe et Fus s'écarte de plus en plus de sa famille. Il a une rage, mais contre qui, à cause de qui, à cause de quoi? 

"On arrivait à vivre comme cela, en sachant, tant bien que mal."
On sent le drame se profiler et il finit par arriver. C'est à partir de là que Laurent Petitmangin qui nous a ravi jusqu'ici par sa manière de raconter, sans plainte ni effets de manche, se révèle immense romancier. Il nous dit ce père tellement perdu face à ce qui arrive aux siens, et donc à lui. Ce père qui veut rester debout, qui veut rester le père de ses deux garçons, ces deux frères auxquels le destin a donné des vies très différentes. Pas d'analyse psychologique heureusement dans ce splendide premier roman mais un amour infini et éternel, réciproque et partagé, terreau de belles vies.


Laurent Petitmangin explique à son éditeur son parcours:

"Je suis depuis toujours un grand lecteur et un collectionneur de livres. Mon plus beau cérémonial d'enfance, c'était de me rendre à la bibliothèque du village, chaque samedi après-midi. J'adorais ce moment. (...) Je me suis mis à écrire pour ne pas perdre ce que je lisais: j'ai le secret espoir qu'une synthèse magique s'opère, que ce que j'ai lu de plus beau, de plus étonnant s'infuse un peu dans mes phrases.

Pour moi, un livre, c'est un peu l'équivalent d'une cabane d'enfant. Quand j'étais petit, j'avais des amis qui faisaient des choses incroyables de leurs mains, en bois, en fer. Moi non. Pas par manque de patience ni manque d'imagination, mais simplement parce que j'en étais incapable. Ecrire, ça, j'y arrivais. J'arrivais à construire. L'histoire venait. Il y a un côté très chaud, très enveloppant à une histoire qu'on commence à façonner, cela devient un peu notre cabane, avec nos mots, nos secrets.

"Ce qu'il faut de nuit" est né très rapidement. j'avais envie de parler du sentiment de déception, de son côté parfois irrémédiable. Puis sont venus d'autres thèmes: j'ai voulu raconter la relation entre un père et son fils, mettre en évidence la difficulté, la pudeur infinie de cette relation, interroger l'incapacité d'un père à trouver les mots. Je voulais aussi raconter un certain monde. Ce roman n'est pas autobiographique, mais il se nourrit de ma vie, bien sûr. La phrase "Tu seras ingénieur à la SNCF", je l'ai entendue des centaines de fois. J'ai été élevé dans cette dévotion du service public, un de mes grands-pères posait les voies à la SNCF, mon père était conducteur. C'est une vraie responsabilité d'écrire sur des choses qu'on aime, on a la crainte de trahir, de décevoir. Mais c'est un risque nécessaire. Et puis, surtout, je voulais parler des valeurs, de comment elles se transmettent, ou pas. Je me suis intéressé au parcours de certaines personnes: comment et pourquoi elles passent de la gauche à l'extrême-droite? Comment leur conscience peut-elle s'en accommoder? Je ne cherchais pas à parler des tensions politiques de l'Europe, mon propos est beaucoup plus modeste: dire comment les faits se précipitent. Comment l'irrémédiable se crée. Le romancier propose des éclairages, des scénarios et il doit en rester là: amener le lecteur à se demander: qu'aurais-je fait? que ferais-je si cela devait arriver?"


Pour lire en ligne le début de "Ce qu'il faut de nuit", c'est ici.





Oui, le Salon de Montreuil aura bien lieu

(c) SLPJ.


Depuis quelques jours, toute personne intéressée par la littérature de jeunesse se posait LA question: le Salon de Montreuil aura-t-il lieu cette année? Une question autorisée vu le nombre d'annulations de manifestations littéraires en ces temps de crise sanitaire.

He bien, la réponse est OUI, le Salon de Montreuil en résumé, le Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (SLPJ) selon l'appellation officielle, aura bien lieu en 2020. Sa 36e édition se tiendra du mercredi 2 décembre au lundi 7 décembre. Evidemment, il y aura des aménagements par rapport aux habitudes. Car non seulement le Salon se tiendra à Montreuil mais aussi en dehors, "partout en France", annonce-t-il! Pour accueillir les familles, les professionnels du livre et de la lecture, de l'éducation et de l'enfance et les passionnés de littérature jeunesse.
"Parce que, plus que jamais, les enfants et les jeunes ont besoin de littérature."
L'organisation du SLPJ indique avoir décidé de maintenir l'édition 2020 "dans le strict respect des règles sanitaires". On pourra y déambuler de stand en stand, rencontrer les deux cents auteurs qui y sont invités ainsi que leurs éditeurs.
MAIS le Salon 2020 sera adapté.
  • Montreuil demeure le lieu-clé de l'événement, selon la formule habituelle à l'exception de l'exposition qui sera installée à l'extérieur de la halle pour une visite en plein air.
  • Une partie du Salon se déroulera hors les murs! Des centaines de librairies, de bibliothèques, d'écoles et de centres sociaux, aux quatre coins de l'hexagone, accueilleront performances, rencontres, expositions, coins-lecture, sélections d'ouvrages, présentation des prix littéraires "Les Pépites" et "La Grande Ourse", signatures,.. Un fameux déploiement car cinq cents partenaires sont dénombrés.
  • Une autre partie encore se passera sur les écrans. Le Salon crée sa propre chaîne qui proposera six  jours de rendez-vous, de rencontres ciblées littérature jeunesse. A voir en direct et en replay, en ligne, sur la TNT et toutes les box Internet!

Quant à l'accueil des scolaires, public traditionnel du Salon, on comprend bien que les modalités n'en  soient pas encore complètement définies aujourd'hui, et qu'elles soient un vrai casse-tête!
Sylvie Vassallo, directrice du Salon m'apporte toutefois ces précisions: "Concernant les écoles, nous allons organiser des mini-événements avec les auteurs, rencontres, fresques, discussions,.. dans l'idée de deux  à trois auteurs chaque fois et parfois leurs éditeurs. Mais ce sera essentiellement dans les établissements de Seine Saint Denis car c'est là que nous avons les financements pour le faire. Ils se dérouleront les 2, 3, 4 et 7 décembre. Ces élèves choisiront également un ambassadeur qui viendra au Salon le vendredi ou le lundi pour acheter des livres liés aux chèques-lire."




mardi 22 septembre 2020

Décès du créateur de "Devine combien je t'aime"

En couverture de "Devine combien je t'aime."
(c) l'école des loisirs/Pastel.


Le nom de Sam McBratney, écrivain irlandais qui vient de mourir ce 18 septembre 2020 à l'âge de 77 ans, n'est pas très connu. Au contraire du titre de son album "Devine combien je t'aime", qu'il a publié, subtilement aquarellé par la Britannique Anita Jeram, il y a un bon vingt-cinq ans ("Guess How Much I Love You", traduit de l'anglais par Claude Lager, l'école des loisirs, Pastel, 1994). Un quart de siècle après sa parution, ce chef-d'œuvre est devenu un classique de la littérature de jeunesse. Il demeure une valeur incontournable car qu'il a su parler à l'oreille, à l'œil et au cœur des enfants de plusieurs générations du monde entier. Il s'en est effet écoulé déjà 43 millions d'exemplaires en 57 langues.
Avec ses deux personnages extraordinaires, Grand Lièvre Brun et Petit Lièvre Brun, il répond à une grande question existentielle des enfants, surtout à l'heure du coucher, combien m'aimes-tu, toi, parent? Avec ses délicates illustrations, des aquarelles complètement british, il y fait face avec tendresse et humour.
"C'est l'heure d'aller dormir. Petit Lièvre Brun attrape les longues oreilles de Grand Lièvre Brun et ne les lâche plus."

 

Grand comment? (c) l'école des loisirs/Pastel.

Quelle formidable complicité entre Grand Lièvre Brun et Petit Lièvre Brun! Quelle malice aussi dans leur dialogue pour évaluer la mesure de leur amour: aussi grand que des bras écartés, aussi haut qu'un lièvre étiré, aussi loin qu'un chemin...
""Je t'aime grand comme ça", dit Petit Lièvre Brun en s'écartant les bras le plus largement qu'il peut...
"Et moi, je t'aime grand comme ceci", lui dit Grand Lièvre Brun en écartant ses très longs bras."

 

Jusqu'où? (c) l'école des loisirs/Pastel.

Autant d'acrobaties pour trouver les repères physiques de leur attachement! On sourit, on s'amuse jusqu'à la finale pleine de finesse et, en même temps, on réalise qu'il est parfois bien difficile de dire combien on aime. La douceur des coloris alliée à la justesse de ton font de cet album poétique un livre vraiment craquant. Pour tous à partir de 4 ans. 
"Puis il lui chuchote au creux de l'oreille: "Moi, je t'aime jusque la lune - ET RETOUR!""


 

Sam McBratney.
Si Sam McBratney, ancien enseignant, est l'auteur de plus de 50 ouvrages et scénarios en anglais, peu de ses livres nous sont parvenus en français. Bien entendu, les déclinaisons pop-up et selon les saisons de "Devine combien je t'aime" et même un album de naissance "Bonjour bébé' en 1997 (toutes publiées à l'école des loisirs/Pastel).





Au printemps 2021 sortira chez l'école des loisirs/Pastel la suite de cet album mythique, mêmes auteurs, mêmes héros, sous le titre "Veux-tu être mon ami?""Will You Be My Friend?" (Walker Books) sort la semaine prochaine en Grande-Bretagne. Aperçu de l'album, en anglais, ici.






On a cependant eu sur le marché français quelques titres de Sam McBratney, "La bataille de polochons", illustré par Jill Barton (Gründ, 1999, épuisé), "Tout en haut de la colline", illustré par Sébastien Braun (Gautier-Languereau, 2005, épuisé).

Décevant sur le plan graphique mais réussi sur le reste avec ces pages pleines d'amour, "Je ne suis plus ton copain" de Sam McBratney, illustré par Kim Lewis (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope, 2001, épuisé) est une amusante confrontation mère-fils. Parce que petit renard est en colère contre sa maman - elle l'envoie au lit après une journée de jeux - il lui crie "Je ne suis plus ton copain". L'album explore bien les sentiments entre un gamin, un vrai, et une mère qui admet la colère de son fils sans revenir sur ces décisions. Dès 4 ans.


"Vous êtes tous mes préférés", de Sam McBratney et Anita Jeram (traduit de l'anglais par Claude Lager, l'école des loisirs, Pastel, 2004) voit le retour des auteurs de l'immense succès de "Devine combien je t'aime" dans une autre histoire de questionnements. Papa Ours et Maman Ourse répètent quotidiennement à leurs trois oursons en les couchant "Vous êtes les plus merveilleux oursons du monde!" Les petits finissent par s'interroger. Comment leurs parents le savent-ils? Si la réponse les rassure, elle mène vite à une autre question: quel est l'ourson que Papa et Maman préfèrent? Et là, la réponse des parents est prodigieuse, imparable et toute en tendresse et amour pour chacun des petits. Dès 4 ans.



lundi 21 septembre 2020

Un manque de père tel le gouffre de Padirac

Marie-Hélène Lafon. (c) Jean-Luc Paillé.


Figurant dans les premières sélections des prix Femina, Renaudot et Jean Giono, se déroulant entre le Lot, le Cantal et Paris, "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, 171 pages) est une des excellentes découvertes de cette rentrée littéraire 2020. Peut-être même le meilleur livre à ce jour de la romancière originaire du Cantal mais installée à Paris. Elle y est professeure de lettres classiques. Une auteure féconde puisqu'elle affiche déjà treize romans et recueils de nouvelles chez cet éditeur, en moins de vingt ans! Sans compter les titres, dans d'autres registres parfois, qu'elle a publiés ailleurs.

Au fil des chapitres heureusement datés car ils ne suivent pas l'ordre chronologique, on découvre ce fils, André, et ses proches. Gabrielle, sa mère qui ne l'élève pas et qu'il appelle "ma mère". Hélène, sa tante, à qui il dit "maman", qui l'élève avec son mari Léon et leurs trois filles. Son père? Inconnu de lui. Et pas sûr que lui-même sache qu'il a un fils.
"Il a un père inconnu, et il serait donc lui aussi un fils inconnu."
André qui porte le nom de sa mère va évidemment tenter de découvrir le nom de son géniteur. Mais à son rythme, quand il sera prêt. Il l'aura finalement ce nom, non de sa mère, et dans des circonstances particulières. Va-t-il alors essayer de retrouver cet homme, de le rencontrer? C'est une des questions qu'aborde ce roman subtil qui nous promène entre trois générations et des secrets de famille, de familles même, qui sont soigneusement enfouis. Qui nous fait côtoyer deux mondes aussi, celui des nantis dont les enfants vont longtemps à l'école, et celui des autres, qui travaillent souvent pour les premiers.

Marie-Hélène Lafon, d'une écriture limpide et fluide, dans un texte coulant d'une page à l'autre sans quasiment de paragraphe, s'appuyant sur de belles images de nature, habitude prise dès ses premiers romans, nous entraîne dans cette prenante histoire familiale où un petit garçon, tout choyé qu'il est, attend chaque été sa maman qui vient passer quelques semaines en leur compagnie. Où cette dernière n'est sans doute pas aussi mauvaise qu'on ne pourrait le penser. Où les uns et les autres font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils sont et ce qu'ils savent. Où il y a beaucoup d'amour à donner malgré les difficultés de la vie.

Cent ans vont filer dans ce très beau roman, poignant, touchant, qui suit le parcours d'André et de ceux qui l'entourent, qu'il le sache ou non. Une lecture tendue qui court de 1908 à 2008. Le petit garçon grandit, avance dans la vie, rencontre l'amour avec la délicieuse Juliette mais a toujours ce quelque chose qui lui manque. Ou plutôt ce quelqu'un. Ce père inconnu auquel il ne peut renoncer.
"André aimait Léon, mais il ne l'avait pas mis à la place du père qui était restée vide, vacante et vertigineuse (... )"
Ce père lui-même rongé par un terrible chagrin d'enfance. Le lecteur en sait souvent davantage que les personnages. Et c'est là que cette "Histoire du fils" révèle toute sa force. Elle suit sa ligne, retrouver un père, le connaître, le comprendre, l'entendre et évidemment le juger, une fois toutes les pièces réunies. Cette quête qui va se poursuivre de génération en génération est habilement menée par Marie-Hélène Lafon qui nous rappelle, par le biais de ses personnages, que nous sommes tous humains.





Faites la fête aux têtes de Patrice Leconte

(c) Flammarion.


"Les Bronzés", "La mari de la coiffeuse", "Ridicule", le magazine "Pilote", le film d'animation "Le magasin des suicides",.. son nom est partout et depuis longtemps. Patrice Leconte est réalisateur, scénariste, acteur, metteur en scène, producteur, écrivain, dessinateur. Il manquait une plume à son chapeau, celle d'écrivain pour la jeunesse. C'est fait désormais avec "Faites la tête" (Flammarion, 126 pages), un roman illustré sympathique qu'il a écrit et illustré du haut de ses 72 ans. Ce moyen format cartonné à la couverture bien bleue, il le destine aux lecteurs de 10 à 100 ans.

Pas d'erreur dans le titre. Il s'agit bien de "Faites la tête" car les huit courtes fictions réunies dans le livre présentent huit personnages plutôt rigolos et improbables par leur nom: tête de..., suivi du mot qui en a fait une expression. On va ainsi découvrir les têtes de linotte, de lit, de clou, de gondole, de l'emploi, de gland, de mule et de nœud. Rien que des personnages masculins malgré leur appellation féminine! Indépendantes les unes des autres, elles sont drôles, originales, absurdes et un rien philosophiques, 

Patrice Leconte présente lui-même ses textes.

"DEPUIS TOUJOURS, j'aime regarder les gens. Aux terrasses des cafés, dans la rue, sur les plagesou dans le métro. Et j'en suis arrivé à cette constatation aveuglante: les gens ont tous une tête différente. Front fuyant, gros sourcils, joues rondes, nez immense, oreilles décollées, cheveux en vrac, ou pas de cheveux du tout, enfin, bref, tous ces détails qui font que personne ne ressemble à personne, et inversement.
Alors, pour y voir plus clair, j'ai tenu à me plonger dans ce qui sera sans doute l'œuvre de ma vie: un catalogue de toutes les têtes possibles, les plus normales comme les plus singulières.
Et, puisqu'il faut bien commencer, voici les huit premières, qui ne sont d'ailleurs pas les plus banales."

Patrice Leconte.
L'observateur nous livre des portraits pétillants, bienveillants même s'ils traitent souvent de défauts. Pleins d'imagination et joliment troussés, sans aucun souci du qu'en dira-t-on, avec des jeux de mots parfois pitoyables mais assumés, rendant ces huit "têtes" attachantes. Que ce soit la "tête de linotte" dont les oublis entraînent une foule de situations cocasses, la "tête de lit", employé d'une grande surface en literie, matelas, sommiers etc. dont le patron arrive à marier l'envie de rester au lit et l'intérêt de son magasin, la "tête de clou" qui devient, logiquement, quincailler et n'hésite pas à vivre amoureusement avec ses deux employées. Si la "tête de gondole" doit renoncer à ses projets vénitiens, elle trouve un arrangement qui lui convient, meilleur que celui de "la tête de l'emploi" qui procure des emplois qui leur plaisent aux travailleurs grâce à une manière inédite de faire, mais échoue pour lui-même. La "tête de gland" est sympathique et lance une nouvelle mode de couvre-chefs, bien plus que "tête de mule" qui fait tourner son monde en bourrique. Finale, en forme de fable avec la "tête de nœud" qui expérimente les bons et les mauvais côtés de la vie. 

Ancrés dans le monde réel même s'ils s'autorisent des évasions agréables, ces huit portraits font sourire, rire et aussi réfléchir. Y en aura-t-il d'autres? Tête de lard, tête de pont, tête en l'air, tête dans les nuages, tête au carré, tête d'enterrement, tête de Turc, tête d'œuf... Ce ne sont pas les sujets qui manquent 😇


Pour lire en ligne le début de "Faites la tête", c'est ici.


vendredi 18 septembre 2020

Trois femmes indociles

Djaïli Amadou Amal.

"Patience, ma fille. Patience, mes filles. Munyal (patience en peul)". Ce mot, c'est celui que les filles et les femmes entendent le plus durant toute leur vie dans la région du Cameroun de religion musulmane où se déroule le magnifique roman de Djaïli Amadou Amal, conteuse virtuose, "Les impatientes" (Editions Emmanuelle Collas, 240 pages). Un titre qui annonce la résistance dont vont faire preuve ses trois héroïnes. On est avec Ramla, on est avec Hindou, on est avec Safira. On ne peut que se révolter avec elles du statut imposé là aux femmes et hurler devant les violences dont elles sont victimes. Des indignations valables ailleurs aussi, évidemment, la question ne se pose pas. Mais "Les impatientes" révèle dans un romanesque dramatique et superbement mené ce qu'on ignore en général de cette région du monde. A noter que ce roman polyphonique contemporain bouleversant figure dans la première sélection du prix Goncourt et sera aussi lu par les jurys du Goncourt des lycéens.

"Patience" est l'injonction immémoriale et récurrente des pères et des oncles à leurs filles et à leurs nièces, des frères à leurs sœurs, des maris à leurs épouses. Au nom de quoi? Au nom de la religion, des coutumes, du pulaaku. Un mot qu'elles ne doivent jamais oublier, un mot qu'elles ne risquent pas d'oublier tant il leur est répété, les mères et les tantes, les belles-sœurs et les amies, les cousines et les copines se chargeant aussi de seriner la consigne.

La plupart des femmes peules s'y plient, ou font avec, menant leur vie enfermées dans des domaines, les "concessions" comme on dit au Cameroun septentrional, dont elles sortent peu. Partageant avec jusqu'à trois-coépouses le mari qui a été choisi pour elles, avec ce que cela entraîne de jalousies, de rivalités, de perfidie, d'amertume et de détresse. Elevant les enfants, garçons comme filles dans la tradition, machisme et liberté pour les uns, obéissance et patience pour les autres. Régnant sur une maison qui devient alors leur lieu de pouvoir. L'école? Oui pour les garçons, beaucoup moins pour les filles qui ont vocation à être mariées pour faire fructifier un patrimoine. L'amour? Une donnée négligeable. Ce qui compte, ce sont les biens, le pouvoir et la réputation. 

Il faut beaucoup de force et de courage tant mental que physique pour résister aux lois imposées par les familles. Ramla, Hinfou et Safira n'en manquent pas. On les découvre successivement dans ce roman à trois voix qui consigne magistralement leurs histoires et leurs destins. Les deux premières sont sœurs. La jeune Ramla - elle a dix-sept ans et est en terminale - est obligée par son oncle d'abandonner son amour pour le jeune et moderne Aminou ainsi que ses projets d'études pour épouser l'homme le plus important de la ville, Alhadji Issa, la cinquantaine.
"Je n'ai pas pleuré, je n'ai pas riposté. J'étais déjà morte à l'intérieur."
Ramla a beau se révolter, implorer sa mère, elle va devenir la deuxième épouse de l'opulent commerçant. Son mariage aura lieu le même jour que celui de sa sœur Hindou, promise à Moubarak, un cousin dont tout le monde sait qu'il est un voyou. Alcoolique et violent. Mais quand les hommes décident... 
"Munyal face aux épreuves, à la douleur, aux peines."
Hindou appartiendra donc à la concession de l'Oncle Moussa. Son mariage avec Moubarak saccage ce qu'elle est. Lui est une ordure sans une once de cœur, de pitié ou de raison. On suit, éberlué, la descente aux enfers de la jeune femme de seize ans. Si "Les impatientes" est un roman, il s'inspire d'histoires vraies. Quelle violence de la part de cet homme que tout le monde laisse la brutaliser et la violer au nom de la religion et des coutumes.
"On sait que Moubarak me frappe, et c'est dans l'ordre des choses."
Hindou aura tout tenté pour s'en sortir mais il n'y a personne autour d'elle pour la soutenir, la défendre. Et la pauvre petite ne trouvera qu'une issue.
"Je ne veux plus entendre patience encore. Ne me dites plus jamais munyal! Plus jamais ce mot!"
Avec la troisième histoire, celle de Safira, on découvre qu'elle est liée aux deux précédentes. On se glisse aussi dans la peau d'une femme plus âgée, la trentaine avancée, mère de six enfants, qui est officiellement de l'autre côté. Qui approuve le pulaaku. Qui appelle à la patience. Qui éduque ses enfants. Quand elle voit son statut changer, elle sent la jalousie la dévorer, et ce n'est pas seulement une question d'honneur. On lui enjoint la patience, cette fois, elle répond non. La fine Safira veut maintenir son statut et tisse une toile d'araignée pour piéger la nouvelle venue. Une situation qui fera deux victimes qui trouveront chacune leur voie pour continuer.
"Je traînais ma tristesse et ma culpabilité. En même temps, je profitais enfin de mon honneur retrouvé. Je m'étais battue et j'avais gagné. Du moins, cette bataille-là."
Avec son écriture magnétique, qui vous rive aux pages du roman, Djaïli Amadou Amal nous fait entrer dans l'intimité des femmes peules d'aujourd'hui. Au-delà des drames qu'elle évoque, elle allume une petite lueur d'espoir, grâce à l'éducation qui permet de ne plus voir uniquement par le petit bout de la lorgnette. "Les impatientes" est un roman de toute beauté dont on sort terriblement remué, un conte contemporain à la force philosophique et émotionnelle puissante.





jeudi 17 septembre 2020

Choderlos de Laclos à la Villa Médicis

La villa Médicis à Rome accueille chaque année plusieurs pensionnaires de différentes disciplines artistiques.
La villa Médicis à Rome accueille chaque année plusieurs pensionnaires
de différentes disciplines artistiques.

Nombreux sont les artistes français, de toutes disciplines dont la littérature, qui ont séjourné comme pensionnaires à la Villa Médicis à Rome, une fois leur projet de travail accepté. Quelques auteurs en ont fait ensuite le cadre d'une publication. Hervé Guibert en 1989 dans le roman "L'Incognito" (Gallimard). Catherine Meurisse en 2016 dans la bande dessinée post-Charlie "La légèreté" (Dargaud). Samuel Delage en 2018 dans le polar "Arcanes Médicis" (De Borée).

Et maintenant Lise Charles qui, pensionnaire à la Villa Médicis en 2017-2018, y ancre son virevoltant troisième roman en littérature générale, "La Demoiselle à cœur ouvert" (P.O.L., 352 pages), en premières sélections des prix Wepler et Médicis. Un livre ébouriffant qui se déroule à la Villa Médicis durant la résidence de son narrateur, l'écrivain de 44 ans Octave Milton, et ne se prive pas d'égratigner quelques pensionnaires ainsi que le fonctionnement général du lieu. Un roman étourdissant, d'amour et de création, avec ce que cela suppose de séduction, de jalousie, de cruauté. Et de malhonnêteté.

Un dédale de pages qui se jouent brillamment de leur lecteur qu'elles s'amusent à semer dans un savant labyrinthe, pour mieux le rattraper un peu plus loin. Une plaisante forme épistolaire, datée de 2017 à 2019, par courriel évidemment, pour la plus grande partie du roman. Une fin terrible qui pose la question de la création, de la loyauté du créateur et de son talent finalement.

Lise Charles. (c) Manfredi Gioacchini/POL.
Cet écheveau savamment entremêlé pétille de trouvailles de forme. D'abord les échanges de courriels entre l'écrivain pensionnaire, alter ego masculin de la romancière, et des personnes réelles comme Paul Otchakovsky-Laurens, son éditeur chez P.O.L., Jean-Paul Hirsch, l'attaché de presse, le dessinateur François Matton, son frère dans le texte, Frédéric Boyer qui a repris le poste de directeur de la maison d’édition, et d'autres, imaginaires, comme Livia Colangeli, une ex-, la femme qui pousse Milton à écrire, et même à séduire, qui tire les ficelles en coulisses et ne le lâche pas d'une semelle, une vraie marquise. On rencontre encore Véronique Matton, sa mère, Prune Mordillac, une sous-bibliothécaire qui l'admire énormément, et bien entendu Marianne Renoir, le troisième personnage principal, sa fille adolescente étant le quatrième (par ordre d'apparition). Cette dernière est maître de conférence à université de Nantes, comme Lise Charles elle-même. Elle porte le nom du personnage de son premier roman et est aussi le nom de plume de l'auteure quand elle écrit pour la jeunesse. 

Les mails ne sont pas tout. Qu'ils parlent du quotidien ou discutent de littérature ou d'art. On découvre aussi une nouvelle, des chroniques de magazine, des articles universitaires, et l'impressionnant journal d'une adolescente, volé à sa rédactrice, Louise. C'est qu'Octave Milton a une œuvre à écrire pendant sa résidence. Il abandonnera son projet initial, une enquête sur un de ses ancêtres, architecte au XVIIe siècle, au profit d'un travail beaucoup plus original, et beaucoup plus risqué.

Des faits réels de la vie de l'auteure chez P.O.L., aussi le décès du fondateur de la maison d'édition, le 2 janvier 2018, une proposition de nouvelle à la revue "Décapage" de Jean-Baptiste Gendarme se mêlent à de palpitantes fictions, dont le fil rouge est la rivalité amoureuse, les jeux dangereux de séduction et le prix à en payer. "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos se dessinent en toile de fond de ce roman extrêmement bien construit, qui se lit d'une traite si on s'offre à lui et porte la littérature à son meilleur. "La Demoiselle à cœur ouvert" enchante, séduit et terrifie par sa façon de sonder les jeux de pouvoir et de séduction. Le trio Livia-Octave-Marianne qui évolue dans ce texte à emboîtements est terrible, ne reculant devant rien pour assouvir ses désirs de puissance. Même si manipulation et création ont finalement rendez-vous avec la mort.

Pour lire en ligne le début de "La Demoiselle à cœur ouvert", c'est ici.


Publications

Sous le nom de Lise Charles

  • "La Cattiva" (P.O.L., 2013, Prix de la Romancière)
  • "Comme Ulysse" (P.O.L., 2015, Mention spéciale du Prix Wepler)
  • "La Demoiselle à cœur ouvert" (P.O.L., 2020)

Sous le nom de Marianne Renoir

  • "Le Murmure des sorcières" (l'école des loisirs, 2019)
  • "La princesse Caméléon" (Gallimard Jeunesse, 2019)


mardi 15 septembre 2020

Les premières sélections des prix littéraires




Merveille du calendrier, on découvre aujourd'hui 15 septembre les titres qui figurent dans la première sélection de l'Académie Goncourt. A cause de la crise sanitaire, les membres avaient indiqué avoir besoin de plus de temps que d'habitude pour opérer leurs choix. Fatalement, des livres déjà retenus ailleurs, mais aussi d'autres titres. Ils tirent les derniers, si on excepte le Grand prix du roman de l'Académie française qui boucle tout sur un mois, première sélection le 1er octobre, deuxième sélection le 15 et proclamation du prix le 29. Mais les jurés Goncourt seront également quasiment les derniers, avec les jurés du Renaudot, à faire connaître leurs choix définitifs. Seulement le 10 novembre. Un cas de figure inhabituel. En effet, l'Interallié ne se manifestera que le 23 septembre pour se clôturer le 18 novembre.

Dans l'état actuel des choses, on retient cinq nominations pour Hervé Le Tellier et quatre pour Lola Lafon.

Prix Wepler (2 novembre) et prix de Flore (5 novembre)

Lire ici.

Prix Goncourt (10 novembre)

  • "Les funambules" de Mohammed Aissaoui (Gallimard)
  • "Héritage" de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Les impatientes" de Djaïli Amadou Amal (Emmanuelle Collas, lire ici)
  • "Yoga" d'Emmanuel Carrère (P.O.L.)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "Chavirer" de Lola Lafon (Actes Sud)
  • "L'Anomalie" de Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "Mes fous" de Jean-Pierre Martin (L'Olivier)
  • "Les roses fauves" de Carole Martinez (Gallimard)
  • "La société des belles personnes" de Tobie Nathan (Stock)
  • "La chambre des dupes" de Camille Pascal (Plon)
  • "L'historiographe du royaume" de Maël Renouard (Grasset)
  • "L'Enfant céleste" de Maud Simonnot (L'Observatoire)
  • "Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo (Verdier)
Jury
Didier Decoin, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Patrick Rambaud, Philippe Claudel, Pierre Assouline, Paule Constant, Éric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Camille Laurens.


Prix Renaudot (10 novembre)


Romans
  • "Les funambules" de Mohammed Aissaoui (Gallimard)
  • "Les Métamorphoses" de Camille Brunel (Alma)
  • "Ce qui plaisait à Blanche" de Jean-Paul Enthoven (Grasset)
  • "Un crime sans importance" d'Irène Frain (Seuil)
  • "Nature humaine" de Serge Joncour (Flammarion)
  • "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, lire ici)
  • "L'Anomalie" d'Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "Une piscine dans le désert" de Diane Mazloum (JC Lattès)
  • "La Grande épreuve" d'Etienne de Montety (Stock)
  • "Les Evasions particulières" de Véronique Olmi (Albin Michel)
  • "La Faucille d'or" de Anthony Palou (Rocher)
  • "Amrita" de Patricia Reznikov (Flammarion)
  • "Le Pont de Bezons" de Jean Rolin (P.O.L.)
  • "Le Métier de mourir" de Jean-René Van Der Plaetsen (Grasset)

Essais
  • "Les Disparus du Joola" d'Adrien Absolu (J-C Lattès)
  • "La vie comme un livre" d'Olivier Betourné (Fayard)
  • "Les Villes de papier" de Dominique Fortier (Grasset)
  • "Roue libre" de Cécile Guilbert (Flammarion)
  • "L'autre Rimbaud" de David Le Bailly (L'Iconoclaste)
  • "Avec Pessoa" de Frédéric Pajak (Noir et blanc)

Jury
Frédéric Beigbeder, Patrick Besson, Dominique Bona, Georges-Olivier Châteaureynaud, Louis Gardel, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.


Prix Femina (3 novembre)


Romans français
  • "Carnet d'adresses de quelques personnages fictifs de la littérature" de Didier Blonde (Gallimard, "l'Arbalète")
  • "Héritage" de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Barocco Bordello" de Thierry Clermont (Seuil)
  • "Le tailleur de Relizane" d'Olivia Elkaïm (Stock)
  • "La femme-écrevisse" d'Oriane Jeancourt-Galignani (Grasset)
  • "Nature humaine" de Serge Joncour (Flammarion)
  • "Chavirer" de Lola Lafon (Actes Sud)
  • "Histoire du fils" de Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel, lire ici)
  • "Un jour ce sera vide" de Hugo Lindenberg (Bourgois)
  • "Quitter Madrid" de Sarah Manigne (Mercure de France)
  • "Une piscine dans le désert" de Dianne Mazloum (JC Lattès)
  • "Sous le ciel des hommes" de Diane Meur (Sabine Wespieser)
  • "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, lire ici)
  • "Amrita" de Patricia Reznikov (Flammarion)
  • "Une bête aux aguets" de Florence Seyvos (L'Olivier)
  • "Vladisvostok circus" d'Elisa Shua Dusapin (Zoé)
  • "La belle lumière" d'Angélique Villeneuve (Le Passage)

Romans étrangers
  • "Eliete, la vie normale" de Dulce Maria Cardoso (traduit du portugais par Elodie Dupeau, Chandeigne)
  • "American dirt" de Jeanine Cummins (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain et Christine Auché, Philippe Rey)
  • "Les lionnes" de Lucy Ellmann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, Seuil)
  • "Sublime royaume" de Yaa Gyasi (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour, Calmann-Lévy)
  • "Les graciées" de Kiran Millwood Hargrave (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sarah Tardy, Robert Laffont)
  • "Aria" de Nazanine Hozar (traduit de l'anglais (Canada) par Marc Amfreville, Stock)
  • "Ce que je ne veux pas savoir" et "Le coût de la vie" de Deborah Levy (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Céline Leroy, Editions du Sous-Sol)
  • "Poison florilegium" de Annalena McAfee (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sarah Tardy, Belfond)
  • "Apeirogon" de Colum McCann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, Belfond)
  • "Betty" de Tiffany McDaniel (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Happe, Gallmeister)
  • "Le dernier interview" de Eskhol Nevo (traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche, Gallimard)
  • "Retour à Martha's Vineyard" de Richard Russo (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Quai Voltaire)
  • "Patagonie Route 203" d'Eduardo Fernando Varela (traduit de l'espagnol (Argentine) par François Gaudry, Métailié)
  • "Nickel Boys" de Colson Whitehead (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé, Albin Michel).

Jury
Evelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas. Le secrétariat est assuré par Anne de Caumont.


Prix Médicis (6 novembre)


Romans français et francophones
  • "Yoga" d'Emmanuel Carrère (P.O.L.)
  • "La Demoiselle à cœur ouvert" de Lise Charles (P.O.L., lire ici)
  • "Saturne" de Sarah Chiche (Seuil)
  • "Le Cœur synthétique" de Chloé Delaume, (Seuil)
  • "Le Grand vertige" de Pierre Ducrozet (Actes Sud)
  • "La fille du père" de Laure Gouraige (P.O.L).
  • "L'Anomalie" de Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "La Tannerie" de Celia Levi (Tristram)
  • "Les Démons" de Simon Liberati (Stock)
  • "Mes fous" de Jean-Pierre Martin (L'Olivier)
  • "Une piscine dans le désert" de Diane Mazloum (JC Lattès)
  • "Histoires de la nuit" de Laurent Mauvignier (Minuit)
  • "Comédies françaises" d'Eric Reinhardt (Gallimard)
  • "La Trajectoire des confettis," de Marie-Eve Thuot (Editions du Sous-Sol)
  • "Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo (Verdier)

Romans étrangers
  • "Permafrost" d'Eva Baltasar (traduit de l'espagnol par Annie Bats, Verdier)
  • "American dirt" de Jeanine Cummins (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain et Christine Auché, Philippe Rey)
  • "Les lionnes" de Lucy Ellmann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro, Seuil)
  • "L'Autre moitié de soi" de Brit Bennett (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère (Autrement)
  • "La Fenêtre au sud" de Gyrdir Eliasson (traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, La Peuplade)
  • "Sublime royaume" de Yaa Gyasi (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Damour (Calmann-Lévy)
  • "Aria" de Nazanine Hozar (traduit de l'anglais (Canada) par Marc Amfreville, Stock)
  • "Ce que je ne veux pas savoir" et "Le coût de la vie" de Deborah Levy (traduits de l'anglais (Royaume-Uni) par Céline Leroy, Editions du Sous-Sol)
  • "Apeirogon" de Colum McCann (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Clément Baude, Belfond)
  • "Un promeneur solitaire dans la foule" d'Antonio Muñoz Molina (traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon, Seuil)
  • "Les garçons de l'amour" de Ghazi Rabihavi (traduit du persan par Christophe Balaÿ, Serge Safran)
  • "Lumière d'été, puis vient la nuit" de Jon Kalman Stefansson (traduit de l'islandais par Eric Boury, Grasset)
  • "Chinatown intérieur" de Charles Yu (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Aurélie Thiria-Meulemans, Aux Forges de Vulcain)

Jury
Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne F. Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine, Frédéric Mitterrand, Pascale Roze et Alain Veinstein.


Prix Décembre (5 novembre)

  • "Le pont de Bezons" de Jean Rolin (P.O.L.)
  • "Les corps insurgés" de Boris Bergmann (Calmann Lévy)
  • "Thésée, sa vie nouvelle" de Camille de Toledo (Verdier)
  • "Le bonheur, sa dent douce à la mort" de Barbara Cassin (Fayard)
  • "La Tannerie" de Célia Levi (Tristram)
  • "De parcourir le monde et d'y rôder" de Grégory Le Floch (Christian Bourgois)
  • "L'Anomalie" d'Hervé Le Tellier (Gallimard)
  • "Pacifique" de Stéphanie Hochet (Rivages)
  • "Histoires de la nuit" de Laurent Mauvignier (Minuit)
  • "Le jeu des ombres" de Valère Novarina (P.O.L.)
  • "Chavirer" de Lola Lafon (Actes Sud)

Jury
Cécile Guilbert, Laure Adler, Michel Crépu, Charles Dantzig, Arnaud Vivian, Patricia Martin, Amélie Nothomb, Chloé Delaume et Oriane Jeancourt Galignani.


Grand prix de littérature américaine 

  • "American Dirt" de Jeanine Cummins (traduit par Françoise Adelstain et Christine Auché, Philippe Rey)
  • "Villa Chagrin" de Gail Godwin (traduit par Marie-Hélène Dumas, Joëlle Losfeld)
  • "Sublime royaume" de Yaa Gyasi (traduit par Anne Damour, Calmann-Lévy)
  • "Delicious Foods" de James Hannaham (traduit par Cécile Deniard, Globe)
  • "Des vies à découvert" de Barbara Kingsolver (traduit par Martine Aubert, Rivages)
  • "Les autres Américains" de Laila Lalami (traduit par Aurélie Tronchet, Christian Bourgois)
  • "Ohio" de Stephen Markley (traduit par Charles Recoursé, Albin Michel)
  • "Glory" d’Elizabeth Wetmore (traduit par Emmanuelle Aronson, Escales)

Jury
Oriane Jeancourt-Galignani , Philippe Chevilley et Nicolas Carreau; Sylvie Loriquer, Géraldine Mausservey, Pascal Thuot et Jean-Christophe  Millois; Alice Déon, Emmanuelle Heurtebize et Francis Geffard.