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jeudi 4 mai 2023

Instantané de Tunisie. Un festival de danse contemporaine pour les jeunes de Maknassi

Stage de danse à "La Rencontre fest". (c) DR.

Infatigable, le jeune chorégraphe tunisien Achref Hammouda poursuit la mission qu'il s'est donnée: proposer des stages de danse contemporaine, de break dance et de hip hop à des jeunes et à des enfants qui n'y connaissent rien, mais s'y intéressent. Pour tenter de faire germer en eux une petite graine de passion, pour les occuper, pour les rassurer, pour leur donner confiance. Pour qu'ils déploient leurs ailes. Dans ce but, il parcourt depuis cinq ans déjà la Tunisie (lire ici et ici) et l'Europe (lire ici), se partageant avec sa petite équipe entre animation et participation à des festivals. Il était invité à Marseille l'été dernier pour donner des stages aux écoliers en vacances.

Au centre, Achref Hammouda. (c) DR.



Ce printemps, le danseur a organisé un festival de trois jours à la Maison des jeunes de Maknassi, adepte de ce genre d'événement, dans la région dont il est originaire, le gouvernorat défavorisé et délaissé de Sidi Bouzid.

"La rencontre de danse contemporaine", abrégée en La Rencontre fest sur Facebook (ici) s'est impeccablement déroulée du 28 au 30 avril, attirant enfants, adolescents et jeunes adultes des deux sexes. Un festival soutenu par l'établissement national tunisien pour la promotion des festivals et des manifestations culturelles et artistiques.

Les 120 participants ont pu s'initier avec profit à la danse contemporaine, au break dance, au hip hop et aussi au théâtre dansé. Les 120 stagiaires, des filles et des garçons dont l'âge allait de 8 à 32 ans, ont aussi pu assister à plusieurs performances chorégraphiques ainsi qu'à des films de danse contemporaine. Et bien entendu, ils ont pris part à un spectacle chorégraphique de fin de stage.


Achref Hammouda et son équipe de danseurs. (c) DR.

Selon Achref Hammouda, l'objectif du festival est de "créer une nouvelle génération capable d'enseigner la danse et le théâtre et d'aider le nouvel artiste talentueux à devenir professionnel." Un sujet qu'il connaît bien, étant lui-même autodidacte et peinant parfois à se faire reconnaître malgré ses qualités. L'Allemagne et la France l'ont découvert, on attend les autres pays.

Quelques photos des différentes journées de La Rencontre fest.
On y voit les stagiaires de tous les âges en plein travail.




(c) DR.

Le travail mené par Achref Hammouda et son équipe de danseurs est aussi visible sur d'impressionnantes vidéos postées sur la page Facebook du festival (ici), rendant mieux compte des ateliers proposés.









mardi 14 février 2023

Roméo et Juliette à Bizerte en 1921

L'armée blanche quittant la Crimée.

Le nouveau roman de Didier Decoin, bientôt 78 ans, nous emmène à Bizerte, au nord de la Tunisie, il y a un siècle. Un fameux saut dans l'espace et dans le temps que nous propose "Le nageur de Bizerte" (Stock, 450 pages), épais, lettré et très descriptif - on pourrait en faire un film rien qu'en le lisant. Il nous conte avec moult détails la rencontre dans la lagune de Bizerte d'une jeune Ukrainienne en robe blanche installée à bord d'un des bateaux de la flotte russe ayant fui la révolution et les bolcheviks et d'un jeune bouchkara (docker) tunisien, nageur à ses heures, qui travaille au port, sur fond d'une vérité historique oubliée ou méconnue.

Un roman né de quasi rien, d'un nom posé un jour, il y a plusieurs années, sur un bout de papier. "Le roman a commencé tout à fait par hasard", me confesse Didier Decoin, homme au plus de cinquante livres, romans, essais, littérature jeunesse, de passage à Bruxelles. "Un jour de réunion à l'Académie Goncourt (NDLR: il en est membre depuis le 6 juin 1995 et la préside depuis le 20 janvier 2020), j'ai écrit sur un bout de papier le nom de Tarik Aït Mokhtari. Tahar Ben Jelloun (NDLR: juré Goncourt) qui passait derrière moi me déclare: "C'est un nom tunisien, ça, mais le "Aït" indique que c'est le nom d'un Tunisien berbère!"

Rentré chez lui, l'écrivain fonce sur son ordinateur et entame des recherches sur internet à propos des Berbères de Tunisie. Il est ferré par les infos qu'il pêche. Il lit des livres en rapport avec le sujet qu'il croit tenir, dont celui d'Anastasia Manstein-Chirinsky (1912-2009), "La dernière escale: le siècle d'une exilée russe à Bizerte" (Tunis, Sud Éditions, 2000, 309 pages), autobiographie de référence contant l'incroyable destin de la dernière survivante de la communauté russe installée en Tunisie il y a juste un siècle, dans le sillage de l'évacuation, depuis la Crimée, des navires de l'escadre de la mer Noire pendant la guerre civile russe. "Cela sert à ça, la littérature, trouver des sujets inattendus", commente-t-il. "Il y a quand même 7.000 Russes blancs qui sont arrivés à Bizerte en 1920-21 et y ont séjourné plusieurs années souvent." L'occasion de lui glisser dans l'oreille l'expression tunisienne "se sentir comme un Russe blanc à Bizerte"

Didier Decoin tenait sa toile de fond, les Russes exilés dans le port de Bizerte sous la protection de la France. Il avait son théâtre. "Je suis obsédé par l'idée de l'arrachement, de l'exode de personnes qui n'ont rien demandé à personne. Tous mes livres en parlent d'une manière ou d'une autre, mais de façon souvent détournée. Moi qui suis casanier comme un vieux chat, cela m'interpelle. Je me suis dit qu'il fallait que, cette fois, je parle vraiment d'un exode. Mes deux personnages principaux parlent français, Yelena parce qu'elle est cultivée, Tarik parce qu'il est Tunisien et que la Tunisie est alors sous protectorat français. J'ai voulu qu'ils se rencontrent pour la première fois comme dans la scène du balcon de Roméo et Juliette. Lui est en bas, il nage dans la mer, elle est en haut, à bord d'un navire de guerre chargé de Russes blancs qui ont fui devant les Bolcheviques."

Le cuirassé Georguii Pobedonossets où se trouve Yelena.

"Le nageur de Bizerte" oscille entre les scènes de janvier 1921 à Bizerte et celles de la fin 1920 en Ukraine. Ce roman, Didier Decoin l'avait entamé dès 2019. Sans imaginer ce qui se passerait le 24 février 2022. "La guerre en Ukraine a été un mauvais coup pour moi. Dans ma version initiale, Yelena était Russe et éprouvait ce sentiment de supériorité qu'éprouvent souvent les Russes vis-à-vis des Ukrainiens. Avec l'opération de Poutine, je ne pouvais pas maintenir une héroïne russe. Yelena Maksimovna est donc devenue ukrainienne. C'est le pouvoir du romancier mais un effet collatéral de l'"opération militaire spéciale" de Poutine du 24 février. L'Ukraine est au demeurant un très beau pays."

Donnant alternativement la parole à Yelena et à Tarik, le roman détaille l'exil précipité des premiers et l'accueil souvent intéressé des seconds. Sauf quand l'amour, ou au moins l'attirance, s'en mêle entre les deux personnages principaux qui auront un destin digne du film "Titanic". On découvre aussi la vie de la communauté amazigh de Bizerte alors, ce qui pourra paraître étonnant aux connaisseurs de la Tunisie. "Auparavant", explique Didier Decoin, "il y a eu un nid berbère au nord-est de la Tunisie. Aujourd'hui encore, les Amazighs sont très actifs dans leurs revendications. Leur drapeau est très beau, leur nourriture délicieuse, leurs fêtes de mariage somptueuses, sans oublier la manière dont ils célèbrent le premier jour de l'an. C'est une vraie fête, avec de la fierté, des revendications, ce n'est pas pour rien que les Amazighs s'appellent les "hommes"."

Didier Decoin.
Ce nouveau roman permet aussi à l'écrivain de contenter sa passion ancienne pour les bateaux. "La France s'est bien comportée dans cette affaire pour une fois, j'ai plaisir à le rappeler. La flotte russe arborait en effet le pavillon tricolore bleu-blanc-rouge comme protection. Mais les bateaux sur lesquels les exilés sont arrivés à Bizerte via Constantinople sont vieux et abîmés, ce sont des épaves flottantes. Je les ai vus dans un petit bout de film sur la flotte russe que m’a montrée la Marine française. Si on ne leur a pas tiré dessus, ils n'ont pas été épargnés par les terribles tempêtes tunisiennes. Ils devaient manœuvrer alors qu'ils étaient comme des châteaux gothiques avec des tourelles et des débords partout. Rien à voir avec les bateaux de guerre actuels, tout lisses."

Le sujet historique est adouci par l'arrivée d'un Américain nommé Agustin Ottomar, qui se déplace dans une élégante Torpedo de couleur jaune. "Il est l'élément perturbateur du récit. Américain, il veut épouser la sœur de Tarik, Chadia, parce que, photographe de cartes postales, ces cartes exposées dans tous les tourniquets d'Amérique, il a fait une photo de "l'orbe de son sein gauche". Mais Tarik défend l'honneur de sa sœur... Ils méritent toutefois une recherche, ces photographes d'hier, fabricants de cartes postales."

Bref, amateur de phrases longues, de descriptions précises, d'explications détaillées constantes, de mots rares, d'emportements verbaux louchant vers le lyrisme, "Le nageur de Bizerte" qui convoque nombre d'écrivains russes ou autres, est pour vous.









vendredi 22 juillet 2022

Et le sombre natif de Sousse s'éveilla

LU & approuvé

Un petit garçon en tenue de cow-boy pose en couverture du livre "Le fils de la maîtresse" (Arléa, collection "La rencontre", 187 pages). Une photo d'époque, comme on dit. 1955. Ce gamin de six ans qui tient son revolver de la main gauche - à moins que la photo ait été inversée pour les besoins de la mise en page -, c'est Serge Toubiana, un Monsieur cinéma français. L'auteur de nombreux livres sur le septième art a aussi été critique et patron des "Cahiers du Cinéma". Il a dirigé la Cinémathèque française et préside aujourd'hui Unifrance, l'organisme chargé de la promotion et de l'exportation du cinéma français dans le monde.

Ici, il change de focale et se raconte depuis l'enfance. Une enfance heureuse en Tunisie, à Sousse précisément, où une petite communauté juive de  quatre mille personnes environ vivait sereinement. J'avoue que j'ai commencé le livre parce qu'il évoquait la Tunisie d'hier, celle des années 50. Et les pages de Serge Toubiana correspondent exactement à ce que j'en sais. Le mode de vie, le sandwich national souvent dénommé casse-croûte, le marché, les bains de mer... tout y apparaît avec justesse. Et joie.

Ce qui débutait comme un livre des souvenirs de l'enfance évolue logiquement vers un portrait de la mère, la maîtresse d'école du titre, et un du père, horloger de son état. Les courts chapitres racontent la vie un peu décalée des trois puis quatre enfants Toubiana dans une famille française qui s'affiche communiste. On suit tout cela dans la prose fort agréable de l'auteur qui pointe comment le cinéma entre très tôt dans sa vie, bien avant le départ définitif vers la France. Le narrateur balaie alors plus rapidement son existence, aimantée par le cinéma, mettant de plus en plus en lumière l'attention et l'amour de sa mère pour lui. Lui, un fils dont le caractère sombre s'éveille, qui fonce dans ses passions, dans ses amours, quitte à négliger celle qui l'a le plus soutenu, mais a agi dans l'ombre. Le livre de souvenirs devient un livre du repentir, celui du fils qui réalise trop tard ses erreurs mais comprend combien il est le fils de sa mère par le souci de transmettre qu'ils ont partagé dans leurs métiers respectifs, et en finale un livre de l'apaisement. "Nous vivons tous avec nos morts. Nous ne voulons pas rompre le lien."

Vibrant, plein d'amour et d'anecdotes, honnête aussi, "Le fils de la maîtresse" se lit avec bonheur qu'on aime la Tunisie ou le cinéma car il dit surtout une vie, avec ses joies, ses chagrins, ses interrogations et les surprises du destin.

"Le fils de la maîtresse" a reçu le prix Marcel Pagnol 2022, distinguant depuis 2000 un roman français venant s'inscrire dans la lignée de la "littérature des origines", celle qui évoque les découvertes et les émotions de la jeunesse. sur le thème du souvenir d'enfance.



lundi 14 juin 2021

Absurde, zen et philosophe, tel était Mandryka

Mandryka. (c) Dargaud.

Le monde de la bande dessinée est bousculé par le décès ce 13 juin 2021, du dessinateur Mandryka, Nikita Mandryka de son vrai nom (1940-2021). Les hommages se multiplient.


Le communiqué des Editions Dargaud

C'est absurde: Nikita Mandryka est mort


Les mots ne manquent pas quand il s'agit d’envisager la disparition de Mandryka, ils n’ont pas de sens.

Par l'équipe Dargaud.

Le 14 juin 2021

Il est, avec ses grands amis Marcel Gotlib et Claire Bretécher, celui qui aura tout connu et tout fait en matière de bande dessinée, et qui aura permis à ce moyen d'expression d'atteindre des sommets artistiques et littéraires. Son dessin ultra-dynamique et capable de tout lui a permis d'explorer comme personne d'autre l'absurde, le non-sens, la philosophie, le zen - sa dernière grande découverte personnelle après la psychanalyse. Sa compagnie passionnante, sa curiosité sincère et insatiable, son intégrité intellectuelle, tout en lui le rendait attachant… Les mots ne manquent pas quand il s'agit d'envisager la disparition de Mandryka, ils n'ont pas de sens.

Nikita Mandryka, dit Mandryka, est un auteur de bande dessinée français, d'origine russe. Connu pour être le créateur du célèbre "Concombre masqué", il a également fondé avec Claire Bretécher et Marcel Gotlib "L'Écho des savanes" et il a été le rédacteur en chef des magazines "Charlie Mensuel" et "Pilote". Parmi les nombreuses récompenses qu'il a reçues, on lui a notamment décerné le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 1994, rendant ainsi hommage à son œuvre. Origine russe pur jus pour ce dessinateur né un 20 octobre 1940 à Bizerte, en Tunisie, par un hasard de circonstances qui influença son génie créateur. Le grand-père maternel, commandant d'un torpilleur, chassé par la révolution bolchevique, part de Sébastopol en 1918, demande l'asile de la France, qui le dévie vers Bizerte. Il y échoue son navire totalement déglingué puis se retrouve gardien de citerne. Les parents de Nikita, étudiants en médecine à Lyon, retrouvent la diaspora slave sous le soleil maghrébin et y conçoivent leur fiston. Papa est devenu toubib.

"C'était un monde de folie entre immigrés russes", se souvient Mandryka. "Les hommes vaincus aspirant au retour, les femmes faisant des ménages … de doux dingues! J'ai repris certains mots russes qui me faisaient rire en les transcrivant plus tard de façon phonétique en BD. Je pense que c'est à partir de cet univers que j'ai inventé le mien, une façon de me sortir de la folie dans laquelle j'ai vécu mon enfance, de la maîtriser. Le "Concombre" est une BD thérapeutique, une analyse infinie."

Mandryka dessine dès l'âge de 7 ans après la découverte de "Spirou", véritable "explosion" dans son jeune cerveau. Il copie avec application les personnages. Ses balbutiements en BD accompagnent ses premiers émois de spectateur assidu de westerns, de "Zorro" et "Flash Gordon" sur grand écran. La situation se gâte en Tunisie et la famille émigre au Maroc avant d'atterrir à Lons-le-Saunier (Jura) où Nikita entame des études secondaires. Un choc climatique et environnemental qu'il devra surmonter. En 1968, Mandryka entre à l'IDHEC à Paris. Son cursus cinéma terminé, il a déjà commencé la BD pour "gagner sa croûte" et le dessin l'emporte:

"Un film n'est pas une mince affaire alors qu'avec un papier, un crayon et un pinceau, on fait soi-même son cinéma."

L'idée du "Concombre" lui vient à 14 ans quand il tombe sur une BD de Jean-Claude Forest, "Le Copyright", un lézard magique tirant d'une poche une panoplie d'outils. Aguerri au dessin, Nikita publie avec succès ses premières BD chez Vaillant et dans "Pif". Avec un humour aussi décalé que décoiffant, un sens aigu de la dérision et de l'absurde, un langage réinventé, un délire contrôlé et un graphisme percutant, le tout parsemé de quelques réflexions philosophiques, le monde de Mandryka ne ressemble à aucun autre. Le "Concombre" paraît dans "Pilote" en 1967 puis l'auteur fonde avec Bretécher et Gotlib "L’Écho des savanes" au début des seventies. Il quitte "L'Écho" en 1979, manquant de feeling pour gérer une entreprise, et réfractaire aux contraintes éditoriales. Il poursuit en parallèle ses publications dans "Pilote", soit six albums. En 1982, Mandryka devient rédacteur en chef de "Charlie Mensuel", puis de "Pilote" en 1983 avant d'en devenir conseiller à la rédaction et finalement de s'en aller pour de bon. Sa création l'intéresse bien plus que d'expliquer la BD aux autres. À cette période, il rédige le scénario d'"Alice" (1985) dessiné par Riverstone puis s'oriente vers la publicité avec "Pas de sida pour Miss Poireau" (scénario de Claude Moliterni) qui obtient le Prix Alfred de la communication à Angoulême en 1988. Après quatre publications du "Concombre" chez Dupuis, "La Dimension Poznave" (parts 1 et 2), "Le Concombre dépasse les bornes" et "Le Concombre fait avancer les choses", entre 1990 et 1992, Mandryka déménage à Genève où sa future épouse, Alicja Kuhn, crée une adaptation théâtrale des aventures de son héros. Grand Prix d’Angoulême en 1994, Nikita Mandryka est célébré l'année suivante dans un album collectif, "Tronche de Concombre", qui dépeint son "Concombre masqué" du point de vue de trente-quatre autres auteurs. Il relance son légume en 1995 avec un album, "Les Inédits", pour finalement abandonner la bande dessinée pour quelque temps. Mandryka revient en force dans les années 2000, en participant au scénario de deux tomes de la série "Les Gardiens du Maser" de Max Frezzato, avant de reprendre les rênes de son Concombre masqué pour l'album "Le Bain de minuit". Nikita Mandryka anime toujours le site du "Concombre masqué", en publiant chaque semaine une planche avec de nouvelles péripéties du légume, qu'il publie chez Alain-Beaulet.


Hommages


Christian Rosset

"Le dernier des "grands" vient de nous quitter. Nikita Mandryka (1940-2021). Je suis effondré. Mais en revoyant cette image, je suis en joie. Heureux de t'avoir connu, Nikita. j'espérais te retrouver bientôt, je pensais que tu deviendrais centenaire..."






Benoît Peeters

"Un triste nouvelle. Disparition de #Mandryka, l'auteur du "Concombre masqué"."



Jean-Christophe Menu

"Je suis très triste aujourd'hui, Nikita Mandryka nous a quittés hier."







Nathalie Chateau-Vigneron

"Bretzel liquide. Sigh!

Mandryka 1940 - 2021

— triste."





Laure Garcia

"Nikita Mandryka, 1940-2021, Bretzel liquide"








Eric Naulleau

"Le concombre masqué est orphelin. Reconnaissance éternelle à Mandryka pour avoir enchanté nos adolescences."







Olivier Heimana

"Bye bye le Concombre Masqué 😢 (et non pas ce genre de masque)".









Jeanne Puchol

"Adieu, Mandryka... 
(le concombre masqué est immortel, heureusement)."


mardi 28 juillet 2020

Le décès de Gisèle Halimi, féministe et avocate

Gisèle Halimi.

Gisèle Halimi vient de mourir ce 28 juillet 2020, au lendemain de son anniversaire. Elle avait 93 ans.

Gisèle Halimi, féministe, avocate, militante, écrivaine, mère et grand-mère, les cinq étant intimement liés. Elle était née le 27 juillet 1923 à La Goulette (Tunis) en Tunisie d'une mère juive et d'un père d'origine berbère. Une famille qui préférait les fils et à qui elle en fera voir de toutes les couleurs. Après des études en droit en France, elle retournera travailler dans son pays natal en 1949 et poursuivra une carrière d'avocate à Paris en 1956.

Si elle a défendu avec acharnement les droits des femmes, Gisèle Halimi s'est aussi engagée dans de nombreuses causes liées aux droits humains (en Tunisie, en Algérie et ailleurs dans le monde). On se souvient évidemment du procès de Bobigny en 1972 (elle défend une jeune fille de 16 ans que sa mère a aidée à avorter après un viol) qui fera avancer la cause de la libéralisation de l'avortement en France.

Elle a publié à partir de 1961 divers ouvrages en lien avec sa profession d'avocate. Mais à partir de 1988, elle se lance avec "Le lait de l'oranger" (Gallimard) dans son autre passion, l'écriture de fiction. Suivront à bon rythme une dizaine de romans, récits, autobiographies, le dernier étant "Histoire d'une passion" (Plon) en 2011.

J'avais eu le bonheur de rencontrer Gisèle Halimi à la sortie de ses trois derniers livres. Petite dame menue, toute mince aux longs cheveux blonds parfaitement coiffés.


La Kahina, "première femme-libertés"


La Kahina
Gisèle Halimi
Plon, 2006

Gisèle Halimi fait revivre celle que son grand-père considérait comme leur ancêtre.

La Kahina fut reine de l'Aurès au VIIe siècle. Elle dirigea les tribus berbères, résista au général arabe Hassan, tomba amoureuse du neveu de ce dernier. Un destin exceptionnel, fait de guerres et d'amour. Gisèle Halimi raconte cette femme dont elle descend.

Tous vos livres sont autobiographiques, "La Kahina" aussi?
La part autobiographique y est très grande et très ancienne. "La Kahina" est une étrange histoire dans ma vie et une étrange histoire dans l'Histoire. Quand j'étais enfant, mon grand-père paternel me racontait, en suivant la tradition orale, que nous descendions d'une reine berbère, la Kahina. Il la décrivait comme d'une beauté extraordinaire, vêtue d'une tunique rouge, avec de longs cheveux couleur de miel lui coulant jusque dans le milieu des reins, chevauchant à la tête de ses tribus qui l'adoraient, qui l'idolâtraient.

Qu'est-ce qui vous a poussée à l'écrire, à faire autant de recherches?
Je voulais remonter à cette femme qui a été pour moi la première image de femme indépendante. Je l'appelle la "femme-libertés". Elle nous donne des leçons de dignité, d'indépendance, de courage, de sensualité. Ça m'avait frappée même si mon grand-père n'aimait pas beaucoup ce dernier aspect. On trouve trace de cet épanouissement charnel dans les écrits des historiens. Toute mon enfance, j'ai porté cette femme. Je voulais faire ce livre mais je reculais devant l'ampleur du travail: près de deux ans de documentation, pour restituer exactement les lieux, le temps, les batailles, la guerre.

La Kahina était une guerrière?
Oui, même si on n'aime pas tellement la guerre. Mais j'ai vérifié, elle n'a jamais fait de guerre de conquête ou d'hégémonie. C'était une résistante, en osmose complète avec ses montagnes, avec le vent des Aurès, la nature. Elle s'arrêtait parfois au milieu d'un moment tragique pour cueillir une fleur. La première, la Kahina a été une rassembleuse politique et une femme épanouie. Je la trouvais extraordinaire: elle avait ce côté sensuel, charnel et restait un leader politique (générale en chef).

En quoi êtes-vous proche d'elle?
Nous avons vécu des choses semblables. Dont la malédiction de naître fille: la Kahina était la seule héritière du roi Tabet. Les chefs de tribus disaient à son père: "Mais alors, tu n'as pas de descendant." Elle répondait: "Mon père, je suis une fille, mais je serai aussi un garçon." Ce livre est à la fois la source de ma vie, de la vie de mes ancêtres et la source de mes choix. C'est un portrait et une épopée. La Kahina a unifié nomades et sédentaires, a fait de la résistance, de la politique. Elle a adopté Khaled, son jeune amant arabe, par le simulacre de l'allaitement: elle l'a mis sur un de ses seins, ses deux autres fils sur l'autre, l'Arabe et les deux Juifs, et leur a dit: "Maintenant vous êtes frères."

Un féminisme comme projet de société tout entier 



Ne vous résignez jamais
Gisèle Halimi
Plon, 2009

Dans "Ne vous résignez jamais", votre quinzième livre, vous évoquez un "devoir de non-résignation".
Je pense que la résignation est la pire des "vertus" parce qu'elle supprime en vous le projet, la révolte contre le mal, contre la douleur. Elle aplatit complètement l'individu, fait de votre vie quelque chose de statique et coupe finalement l'espérance. A ce titre-là, c'est la pire des choses. Mon livre s'adresse à tout le monde, mais un peu plus aux femmes qu'aux hommes parce que c'est surtout aux femmes qu'on prêche la résignation, qu'on dit "C'est la vie". Je voudrais les voir refuser cette idée de la résignation.

Vous, êtes-vous née "non résignée"?
Je ne sais pas, mais je n'ai pas le souvenir de m'être résignée à quoi que ce soit. Ma révolte est venue très tôt, dès l'enfance où on me disait "Puisque tu es une fille, tu ne dois pas étudier, tu dois servir à table, laver et repasser les vêtements de tes frères". J'ai eu plus qu'un refus de résignation: une révolte radicale, presque dramatique. Je préférais mourir. J'ai fait la grève de la faim. Après trois jours, mes parents ont pris peur et ont cédé. Dans mon journal, j'ai écrit "C'est mon premier morceau de liberté".

Pourquoi ce quinzième livre?
C'est la recherche du fil rouge. A 80 ans, j'ai voulu voir s'il y avait une cohérence entre les moments d'autobiographie que j'avais déjà écrits. J'ai voulu me retourner sur mes chemins parcourus. Y trouver un fil rouge qui m'a apporté une grande sérénité. Bien sûr, j'ai fait des erreurs, comme tout le monde. Mais dans l'ensemble, j'ai un fil rouge, dû au fait que ma prise de conscience de femme, et de femme de gauche, est venue de ma vie même: mon enfance, la colonisation autour de moi ont été autant de leçons de choses vivantes pour mon appréhension de mes engagements plus tard.

Vos engagements, dont le féminisme, mentionné à la cinquième page de votre texte…
A la cinquième page? C'est tard. Réduire mon engagement au féminisme ne serait pas exact, sauf si on le définit, comme moi, comme un féminisme politique, au sens large du mot. Ce n'est pas "On est marginales, on se met dans un coin, on fait la guéguerre". C'est un projet de société tout entier, incluant les hommes, ce qui n'est pas la moindre de nos difficultés. Lutter contre le colonialisme, comme je l'ai fait, est plus simple: c'est faire partir l'occupant. Première étape: "Hop, à la mer!" On ne peut pas faire cela avec les hommes puisqu'on partage leur vie. Il faut que notre force de conviction, que notre démarche, que nos combats, les obligent à conquérir eux-mêmes une nouvelle liberté.

Vous rappelez que les chiffres de l'IVG restent constants.
C'est une victoire féministe! On nous a tellement dit, avec une passion haineuse, qu'il y allait avoir des millions d'avortements légaux avec cette loi. Le chiffre reste le même et c'est ça qui est important. Le problème est que la majorité des femmes qui pratiquent l'IVG sont des jeunes. S'en servent-elles comme moyen de contraception, pour se rassurer sur leur fertilité? Sont-elles inconscientes, immatures? Elles n'ont pas compris la signification de cette conquête: non pas un moyen de contraception, mais un ultime recours. Les femmes sont obligées d'être très lucides pour ne faire un enfant que lorsqu'elles sont sûres de pouvoir l'accompagner jusqu'au bout. L'IVG est un passeport philosophique, pour avancer. Je crains que pour beaucoup de jeunes, cela ne le soit pas.

Vous dites non à la prostitution.
Je suis une abolitionniste radicale. Rien à voir avec le système français qui se dit abolitionniste mais tolère à peu près tout et ne pénalise que les malheureuses prostituées. Moi, je suis pour le système suédois, devenu aussi le système norvégien. Je le préconise pour toute l’Europe: la prostitution est interdite. Quand on arrête une prostituée, on lui dit "C'est terminé", et on pénalise le client. La prostitution est la forme d'esclavage moderne. On a aboli l'esclavage, sauf pour les femmes. Contrairement à certaines intellectuelles, je ne crois pas que jamais, la prostitution soit un choix libre. Pour en venir à bout, il faut pénaliser, condamner le client. Comme il n'aime pas cela… Et qu'on ne me parle pas des "instincts" du client, les femmes ont les mêmes et elles se tiennent très bien.


L'extraordinaire bonheur d'être grand-mère



Histoire d'une passion
Gisèle Halimi
Plon, 2011


Mère de trois garçons, de deux pères différents, Gisèle Halimi a toujours regretté de ne pas avoir eu de fille. Alors quand en 1992, à 65 ans, elle devient grand-mère d'une demoiselle, c'est l'explosion de bonheur. Dans "Histoire d’une passion", elle raconte avec émotion ce lien unique entre elle et ses deux petits-enfants, les joies inouïes et les tristesses terribles que lui ont values les trois années où elle a été privée de Tahfouna et du Petit Prince. Un récit magnifique où la militante pour les droits de l’homme et les causes féministes se livre intimement, tout en tendant au lecteur un miroir où se réfléchit l'art d'être grand-mère.

Quand avez-vous décidé d'écrire ce livre?
Le livre était écrit par petits bouts puisque je tiens un journal. Mais j'ai décidé de le publier l'an dernier en voyant ma petite-fille grandir – elle a eu dix-huit ans. Le temps passe. Je voulais fixer certains émerveillements que j'avais eus avec elle enfant.

Je suppose que M., votre petite-fille, a lu le manuscrit avant publication. Qu'en a-t-elle pensé? Et ses parents?
Bien entendu, elle a lu le manuscrit avant. Et elle n'y a rien changé. Elle m'a regardée avec un sourire très tendre et elle m'a dit "C'est trop, Mamie". Elle était heureuse de cet amour et de l'expression de cet amour. Elle était fière en même temps. Aujourd’hui, elle est étudiante à Cannes. Son frère est toujours à Paris, il passe son bac. Il est très autonome. Il a compris très vite l'immense amour qu'il y a entre moi et eux deux, mais particulièrement entre sa sœur et moi. Leurs parents, que j'appelle l'"Autorité parentale" dans le livre, n'ont fait aucun commentaire.

Vous vous livrez à fond dans ce livre, vous dévoilez vos sentiments intimes, la passion qui a uni votre petite-fille et vous. Cela vous a-t-il été facile?
Cela m'a été facile de l'écrire parce que j'ai toujours beaucoup écrit. J'ai voulu l'éditer parce que j'ai remarqué qu'il y a très peu de témoignages de grands-parents qui ont pratiquement élevé leurs petits-enfants et qui en ont été privés ensuite. J'ai voulu faire ce plaidoyer parce que j'ai ressenti très fort la différence de relation entre parents et grands-parents. Je suis mère. Les petits enfants, je sais ce que c'est. Mais devenir grand-mère a été un lien tout à fait nouveau, qui s'est créé sui generis. Je découvrais une force réciproque et partagée. Ma petite-fille me répétait le secret qu'elle avait inventé "On est amoureuses, Mamie!". Le mot le plus fort à ses yeux pour dire l'amour.

C'est quoi, être grand-parent?
Depuis la parution du livre, j'ai reçu une douzaine de lettres de grands-parents me disant: "Enfin! on ne parle jamais de nous". Pour certains, la séparation s'est bien terminée. Pour d'autres pas. L'image qu'on me renvoie est la gratitude pour avoir exprimé des choses qu'on n'imagine pas. Etre grand-parent peut être une raison de vivre! C'est un tel échange! On voit les progrès des petits, on a une vie commune avec eux, qui a ses propres histoires racontées, différentes de celles des parents. Les grands-parents ne sont pas dans la même situation que les parents. On a un grand parcours de vie derrière soi. On est en dehors de la répression nécessaire. On est plus indulgent en vieillissant. La relation dans les racines mêmes est différente de celle qu'on a avec ses enfants. Quel émerveillement, et avec ma petite-fille en particulier.

Vous ne citez qu'un cas dans le livre, mais avez-vous mené des actions en justice pour des grands-parents privés de leurs petits-enfants?
Oui j'en ai fait. Ce droit existe dans le code civil en France. Mes actions ont conduit à renforcer la jurisprudence. Aujourd’hui, on estime que ce lien est nécessaire aussi bien pour les grands-parents que pour les enfants.

Comment s'est déroulée la séparation, cette absence qui vous a déchirés? Les enfants s'étaient-ils résignés?
Je n'ai jamais su ce que leurs parents leur avaient dit. S'ils les avaient menacés, s'ils leur avaient fait peur. Je n'en sais toujours rien aujourd’hui.

Et les retrouvailles?
Passé le premier instant de la rigidité de quelque chose qui vous arrive brusquement, nous sommes partis en week-end à Bruges. Un moment de bonheur extraordinaire. Trois années avaient passé. Nous les avons retrouvés à la fois dans la tendresse de l'enfance et dans les prémisses de l'adolescence. Ça s'est reformé, je dirais même, ça s'est refermé sur nous.





mardi 28 janvier 2020

Lina Ben Mhenni, les droits humains et la liberté d'expression avant tout, avant elle

EDIT: La Délégation de l'Union européenne en Tunisie a lancé le 22 mai 2020, jour de la naissance de Lina,  le "Prix Lina Ben Mhenni pour la liberté d’expression". Ce prix récompensera les meilleurs articles défendant les principes et valeurs de la démocratie, des libertés et des droits partagés entre la Tunisie et l’UE. Infos et règlement ici.


A la manif des femmes à Tunis le 13 août 2013, Lina et Sadok Ben Mhenni,
fille et père, père et fille.

"I am the daughter of Dido , Kahina, Aziza Othmana, Saida Manoubia and my mom who gave birth twice and I won't kneel down."

Ainsi Lina Ben Mhenni signait-elle tous ses mails. Lina, chère Lina, ma chère Lina, qui s'est éteinte ce matin du 27 janvier 2020. On la savait malade, maladie auto-immune et insuffisance rénale, et on savait que le rein de sa maman greffé donnait des signes de rejet à répétition. Mais quand même, à trente-six ans!

Lina Ben Mhenni entre ses parents, ses piliers.

Lina Ben Mhenni était née le 22 mai 1983 à Tunis. Cyberdissidente du temps de la dictature du président Ben Ali, cyberactiviste lors de la révolution tunisienne entamée fin 2010 par l'immolation d'un vendeur ambulant à Sidi Bouzid, elle a accompagné et soutenu la lutte pour la démocratie. Son pays, elle l'aimait plus que tout. Elle était la fille de Sadok Ben Mhenni, activiste de la génération précédente, qui fut emprisonné et torturé du temps de la présidence de Bourguiba, et d'Emna Ben Ghorbal, tout aussi démocrate. Sa maman lui avait donné un de ses reins en 2007 et lui avait alors sauvé la vie.

Haute comme trois pommes et protégée.
Lina était la voix de la révolution tunisienne même si elle ne parlait qu'en son nom propre, prenant des positions qui étonnaient parfois ses supporters. Libre, droite, elle avançait, indifférente aux menaces de mort et aux intimidations diverses. Haute comme trois pommes, elle avait une énergie et une volonté inversement proportionnelles à sa taille. C'était une perle, c'était une lionne. En rue, elle était protégée par ses proches, son père, son héros, celui qui l'accompagnait et la soutenait partout, physiquement et moralement, et par des gars à l'imposante stature. Parfois aussi par l'état en cas de menaces plus graves.

En parallèle à son travail officiel, assistante d'anglais à l'université de Tunis, Lina a sillonné la Tunisie dès le début de la révolution, enfilant les kilomètres sans compter. Elle a été voir, a filmé, témoigné. Elle a défendu ceux qui devaient l'être, d'autres blogueurs notamment, et relayé sur son blog, Tunisian girl (ici), ses espoirs et ses combats. Lancé en 2007 comme journal intime, son blog est devenu un site militant dès 2008. C'est elle qui a informé les Tunisiens et le reste du monde de ce qui se passait dans ce petit pays dont la presse était aux ordres du pouvoir. Elle y postait encore une note de réflexion sur le gouvernement dimanche. Au cours de ces quasi dix années, elle a aussi répondu présente à d'innombrables sollicitations de par le monde. "I'm packing again", écrivait-elle alors sur Facebook où on pouvait facilement la suivre.

En plus de ses causes politiques et de la défense absolue de tous les droits humains, Lina a aussi créé des bibliothèques de livres qu'elle distribuait dans les prisons (plus de 40.000) et une chaîne de solidarité pour les médicaments en pénurie en Tunisie.

Elle aimait les chats persans, les chiens, les levers de soleil chez elle à  Ezzahra, ville côtière dans la banlieue sud de Tunis, et à Djerba, son second lieu de vie. Elle aimait la vie, discuter, boire un verre ou deux, la vie. Lina aimait par dessus tout sa mère et son père. Elle appréciait les contacts et les rencontres. Celle de Stéphane Hessel l'avait marquée pour toujours et le décès de ce dernier, le 27 février 2013, lui a causé un chagrin immense.

Si Lina Ben Mhenni a publié "Tunisian Girl, blogueuse pour un printemps arabe" (Indigène Editions, 32 pages, juin 2011, indisponible en format papier) dans la même collection "Ceux qui marchent contre le vent" que l'indispensable "Indignez-vous!" de Stéphane Hessel, sorti le 20 octobre 2010, c'est suite à leur rencontre.


Voici ce que j'en écrivais en juin 2011.
"On se demande parfois à quel moment Stéphane Hessel, auteur du célébrissime opuscule "Indignez-vous!" (Indigène éditions), n'est pas dans une voiture, un train ou un avion. L'ancien diplomate français est partout pour répondre aux questions que son petit livre paru en octobre suscite, pour clamer son indignation face à des situations intolérables ou soutenir des causes qui lui sont chères. Du haut de ses 93 ans, il a évidemment couru à Tunis en ce début d'année. Il y était en mars, moins de deux mois après le départ de Ben Ali.
Il y a rencontré notamment Lina Ben Mhenni, la célèbre blogueuse tunisienne. Et le résultat est là: un petit livre de Lina Ben Mhenni, "Tunisian girl", où elle raconte comment elle a été une "blogueuse pour un printemps arabe", qui sort dans la même collection qu'"Indignez-vous!" Il a été présenté en avant-première au Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo mais sera en librairie dès ce 16 juin. Lina Ben Mhenni était invitée à Saint-Malo. "J'avais depuis longtemps envie d'écrire un livre. Le virtuel n'aboutit à rien. Le terrain tout seul n'aboutit à rien. L'un est complémentaire de l'autre."
Dans ce bref ouvrage, vif et documenté, la blogueuse raconte la révolution qui s'est mise en marche en Tunisie avec l'immolation de Mohammed Bouazizi en décembre2010 et a triomphé le 14 janvier 2011 avec le départ du dictateur Ben Ali. Mais elle la replace dans le fil de l'histoire de son pays, et revient notamment sur la manifestation du 22 mai 2010, immense, contre la censure. Elle explique comment internet, Facebook, Skype, les blogs, etc., ont contribué à informer les gens et ainsi à les mobiliser.
Elle-même vient pourtant de démissionner d'une commission sur les médias parce qu'elle estimait y perdre sa liberté d'expression qu'elle veut absolue: "Je préfère être libre et observer les choses de l'extérieur." Une distance qui ne l'empêche pas d'agir comme elle le raconte, venant souvent sur le terrain pour photographier, enregistrer, noter et communiquer ensuite.
Dans son livre, elle explique pourquoi elle ne veut entrer dans aucun parti et rappelle les manifestations, les intimidations, les menaces, les espoirs fous et les doutes qu'elle et ses amis ont vécus: "Quelqu'un qui a retourné sa veste une fois, peut très bien la retourner une seconde." Ses priorités sont les droits de l'homme, la liberté, dont celle d'expression, la justice et la laïcité. Son livre rappelle intelligemment des faits tout juste passés et veut croire en un avenir meilleur."
Neuf ans plus tard, "Tunisian Girl" vaut toujours pour l'éclairage que ce récit a donné d'une révolution en cours et d'une recherche de la démocratie régulièrement embourbée à cause de divers tourments.




mercredi 17 juillet 2019

Instantané de Tunisie. Danser de Sidi Bouzid à Ravensburg et Hanovre (Allemagne)

Achref Hammouda et ses danseurs professionnels.


Achref Hammouda.
Il a 23 ans, l'énergie d'un lion, une volonté de fer et la souplesse d'une liane. Achref Hammouda est ce tout jeune chorégraphe tunisien qui entend depuis six ou sept ans partager ses disciplines, le break dance et la danse contemporaine, lors de stages dans les régions défavorisées de son pays afin de lutter pour la démocratie et contre le terrorisme. L'an dernier, il a monté les ateliers itinérants #MOUVMA durant tout l'été avec le soutien du Ministère de la Culture qui se sont terminés par un spectacle collectif. (lire ici et ici, voir ici).

Atelier avec des enfants.

Cette année, il a été sélectionné par Lars Niestroy de la Maison des Jeunes de Ravensburg pour participer à la célèbre Rutenfest 2019 qui s'y tient du 19 au 23 juillet, avec son nouveau spectacle, "Art impuissant", pour six danseurs professionnels, cinq garçons et une fille. Une opportunité inouïe pour le jeune danseur et sa troupe! Montrer ce qu'ils font, découvrir d'autres spectacles, évoluer, grandir. Et ce, dans un événement bien connu et apprécié dans le monde culturel. Mais aller en Tunisie en Allemagne a un coût. Et ces frais, ni le Ministère de la Culture, ni le Ministère du Tourisme tunisiens, n'ont voulu les assumer. Achref Hammouda n'a pas renoncé. Il a lancé un crowdfunding, non couronné de succès également. Achref Hammouda n'a toujours pas renoncé.


Et ce jeudi 18 juillet, le chorégraphe et quatre de ses danseurs, Aya Aouichaoui, Iheb  Radaoui, Mohammed Louay Ghabri, Mazen Tahri, s'envoleront vers Ravensburg. Ils ont eu finalement le soutien de l'immense femme de théâtre qu'est Leila Toubel et de son projet Dream's Chebeb.

Sélectionnés ainsi que dix autres projets artistiques venant de sept régions de Tunisie en cette première édition, Achref Hammouda et ses danseurs présenteront "Art impuissant" à Ravensburg le 20 juillet et à Hanovre le 27 juillet avant de le montrer en Tunisie à Kasserine le 15 août. A noter que l'avant-première avait eu lieu à Maknassi le 6 juillet.

Bravo à lui!


Le projet Dream's Chebeb.

Pour découvrir les créations d'Achref Hammouda, ces deux liens





et les vidéos de la chaîne aSSociation (ici).





samedi 22 juin 2019

Un grand poète tunisien parmi les 64 écrivains distingués par l'Académie française pour 2019

Tahar Bekri. (c) Sophie Bassouls.

Ce jeudi 20 juin, l'Académie française a communiqué son palmarès pour l'année 2019. Un palmarès fort de 64 distinctions (lire en fin de note), sachant que le Grand Prix du Roman sera, comme de coutume, décerné à l'automne. 64 distinctions, cela fait du monde, et du beau monde. On relève avec plaisir les noms d'Olivia de Lamberterie, Michel Le Bris, Vincent Delerm, Guy Boley,  Hervé Bentégeat dont la pièce "Meilleurs Alliés" a été créée par des acteurs belges, dix ans après son écriture, sans oublier celui du poète tunisien Tahar Bekri, né à Gabès en 1951 mais vivant à Paris depuis 1976 après deux séjours dans la prison de Borj Erroumi et qui participa notamment au "Journal des poètes" publié à Bruxelles.


Les derniers livres parus de Tahar Bekri


Le dernier ouvrage en date de Tahar Bekri est le livre de poésie "Désert au crépuscule" (Editions Al Manar, 2018). Dans la grande tradition poétique arabe qui évoque le désert, ce recueil se soulève contre une réalité mondiale habitée par la volonté de mort. Les quarante chants adressés au désert comme à une personne sont complétés d'un quarante-et-unième, liste de crimes jihadistes. Des invocations qui célèbrent la vie, l'attachement à la beauté des êtres et des lieux mais se heurtent à la réalité. Passé et présent personnels et collectifs, Histoire et actualité s'entremêlent et se dressent contre l'insoutenable.

Extrait.
"XIII
Te revoilà désert
Aux piliers brisés
Dans la litanie des remparts
Les portes ouvertes aux brigands
Il y a le Livre des morts
Remplissant la vallée des Anubis
Il y a les restes âcres de mon acacia
Brûlé au couchant qui décline
Et des échassiers englués
Au dépôt des plumes"


Notons aussi le récent passage en poche de l'ouvrage "Le livre du souvenir - Dans la beauté du monde et sa fureur" (Editions Elyzad, 2007 et 2016). Paris, Copenhague, Kairouan, Montréal, Istanbul, Barcelone, Madagascar, Boston, Fort-de-France, Gabès... Ses voyages d'exilé permettent à Tahar Bekri de parler de mémoire, de la fuite du temps, de la nostalgie du pays natal.
Le poète apporte une réflexion sur la littérature et l'art et réagit aux événements dans le monde (le 11 septembre 2001, le Liban...). Dans son écriture habitée par l'émotion, le souvenir est à la fois pilier contre l'oubli et fenêtre ouverte sur le large.



"Poésie de Palestine" (Editions Al Manar, 2013) est une anthologie rassemblée par Tahar Bekri. Il en dit ceci: "Tous les poètes [rassemblés ici] disent avec humanité leur besoin de justice. Sans haine ni violence. Parfois avec humour. Ou plutôt, avec ironie et dérision. Ils revendiquent une vie simple, presque ordinaire, sans guerre, ni occupation. Avoir le droit de vivre libre, en paix, parmi les siens, sur sa propre terre. Ils ont choisi, malgré le poids de la tragédie et la violence du désespoir, la parole poétique pour dire leur être. Le poème est un acte de civilisation. Leur vérité est universelle, généreuse, fraternelle. Tant de souffrance fait écrire à leur poème le besoin d’amour, de beauté. Ils écrivent l'attention au monde, sa réalité insoutenable, rêvent d'un monde possible, à construire comme une utopie commune, sans arrogance ni mensonge."


"Au souvenir de Yunus Emre" (Editions Elyzad, 2012) a la particularité d'être en édition bilingue français-arabe. Inspiré par son voyage en Turquie sur les traces du grand poète soufi de l'amour Yunus Emre (1238-1320), Tahar Bekri  réaffirme, avec modernité, la liberté humaine.
Loin des visions et des dogmes obscurs, sa poésie, habitée d’interrogation philosophique et de sagesse universelle, célèbre la vie, l’amour, la paix sur la terre, ici-bas.


Dans "Je te nomme Tunisie" (Editions Al Manar, 2011), Tahar Bekri propose des poèmes ne répondant pas à l'urgence, mais la précédant. Il faut se rappeler que les textes ont été écrits au moment de la révolution. Ils disent l'amour de la Tunisie, avec émotion et passion, et reviennent sur le passé douloureux du poète (il fut emprisonné longtemps), le liant au présent d'un peuple qui s'est soulevé pour sa dignité et sa liberté. En Tunisie, à Paris ou en Bretagne, les souvenirs personnels, les paysages, les rythmes et les métaphores s'entremêlent pour célébrer la vie et s'opposer à la volonté de mort.


Extrait
"Je t'aime
Dans les lueurs étincelantes
Dans l’envolée des rayons comme des rubis
Dis au soleil
Libère ta lumière
L’éclipse est sœur des potentats
Suppôts tapis dans les pliures sans relâche
Dis au soleil
La rumeur par-delà les haies
Paraphe nos désirs de pleine lune
Cyprès figuiers de barbarie et alfa
Pour tanner nos visages
Nulle peur ne se terre
Mais la torche neuve et résolue"

Enfin, "Salam Gaza" (Editions Elyzad, Tunis, 2010) est un journal personnel, traversé de poésie, dans lequel s'esquisse une interpellation morale de l'Histoire. Il a été écrit au jour le jour, à partir du 27 décembre 2008, date à laquelle l'armée israélienne a déclaré la guerre à Gaza. Meurtri, le poète note au jour le jour son indignation, échange via Internet avec des intellectuels de toutes origines, dénonce les projets expansionnistes, l'indifférence internationale, ou presque. Qu'en est-il de la conscience universelle? Il ira aussi en mars 2009 à Ramallah, à Naplouse, à Jérusalem-Est et à Bir Zeit pour un cycle de lectures où il sera confronté à la réalité de la vie en Palestine occupée. Il livre aussi ce voyage, ses rencontres, ses impressions où affleurent colère et émotion.

Extrait.

"Salam sur GAZA

Dans les bras de la lumière
Et la beauté du monde

En dépit du plomb durci
A la barbe des sanguinaires

Ces flocons de neige
Pour apaiser la terre

Du feu qui lui brûle les lèvres
Pourquoi aimez-vous tant les cendres

Quand la braise nourrit mon cœur
Tendre dans les cours des rivières

Pourquoi détruisez-vous mon limon
Réduit en poussière

Le soleil vous fait-il peur
De voir votre propre ombre"
Paris 30 décembre 2008

Littératures de Tunisie

Bien entendu, Tahar Bekri n'est pas le seul écrivain à avoir vu le jour en Tunisie. Curieusement, les écrivains tunisiens ne sont pas vraiment répertoriés. La preuve. Qui peut en citer cinq sans réfléchir, alors qu'on le fait sans problème pour de nombreux autres pays? C'est dire si l'épais ouvrage que signent Samia Kassab-Charfi et Adel Kheder, "Un siècle de littérature en Tunisie 1900-2017" (Honoré Champion, 550 pages) est providentiel et bienvenu. On y trouve tout ce que les littératures contemporaines ont produit dans ce pays et ailleurs, car sont repris dans cette gigantesque et passionnante recension aussi bien ceux qui habitent toujours en Tunisie que ceux qui ont choisi de la quitter pour diverses raisons. En plus, sont associés ici aussi bien les écrivains en langue arabe que ceux en langue française. Le reflet de l'association des auteurs qui sont respectivement Professeure de littératures française et francophones à l'Université de Tunis et Professeur de littérature et de civilisation arabe à l'Université de la Manouba (Tunis).

Si l'ouvrage est érudit, il se veut surtout un guide pour celui qui s'intéresse au sujet sans trop connaître l'histoire de la Tunisie. Ainsi le premier chapitre rappelle-t-il les grands chapitres de son histoire. Ensuite place à une traversée littéraire longue d'une centaine d'années, du début du XXe siècle  jusqu'au début du XXIe. En tout, on recense 800 entrées dans l'index des noms, preuve que toutes les parts des littératures tunisiennes ont été explorées, poésie, nouvelle, roman, essai, théâtre, et cela par des plumes tunisiennes ou issues des minorités et des diasporas, d'hier et d'aujourd'hui. C'est passionnant, varié, riche,agréablement structuré, complété d'une anthologie de textes d'auteurs arabes, d'une de textes d'auteurs français, d'un index des personnes et d'un index des lieux.
Alors ces cinq noms? Personnellement, sans réfléchir, je dirais, Tahar Bekri, Hubert Haddad (lire ici), Colette Fellous (lire ici), Fawzia Zouari (lire ici) et Mustapha Tlili (lire ici). Il y en a évidemment quelques centaines d'autres, dont certains noms me reviennent déjà, Abdelwahab Meddeb, Sophie Bessis, Hélé Béji, Gisèle Halimi, Hédi Kaddour....

Formidable boulot que ce "Siècle de littérature en Tunisie" qui donne une immense envie de plonger dans les œuvres de tous ceux et celles qui ont été croisés au fil des pages.












Le palmarès complet de l'année 2019


GRANDS PRIX


Grand Prix de la Francophonie
M. Abdeljalil Lahjomri (Maroc) et M. Petr Král (République tchèque)

Grande Médaille de la Francophonie
M. Jean Pruvost (lexicologue)

Grand Prix de Littérature
M. Régis Debray, pour l'ensemble de son œuvre (divers prédites)

Grand Prix de Littérature Henri Gal
Prix de l'Institut de France
M. Michel Le Bris, pour "Pour l'amour des livres" (Grasset) et l'ensemble de son œuvre

Prix Jacques de Fouchier
M. Claude Martin, pour "La diplomatie n'est pas un dîner de gala. Mémoires d'un ambassadeur" (L'Aube)

Grand Prix Michel Déon
M. Stéphane Hoffmann (Albin Michel)

Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Jean-Marie Planes, pour "Une vie de soleil" (Arléa) et l'ensemble de son œuvre

Grand Prix Hervé Deluen
M. Dai Sijie (Chine, Gallimard principalement)

Grand Prix de Poésie
M. Pierre Oster, pour l'ensemble de son œuvre poétique

Grand Prix de Philosophie
M. Jacques Bouveresse, pour l'ensemble de son œuvre

Grand Prix Moron
Mme Barbara Stiegler, pour "Il faut s'adapter" (Gallimard)

Grand Prix Gobert
M. Philippe Joutard, pour "La Révocation de l'édit de Nantes ou les Faiblesses d'un Etat" (Gallimard) et l'ensemble de son œuvre

Prix de la Biographie (littérature)
M. Georges Forestier, pour "Molière" (Gallimard)

Prix de la Biographie (histoire)
M. Olivier Varlan, pour "Caulaincourt" (Nouveau monde Eds)

Prix de la Critique
M. Jean Céard, pour l'ensemble de ses travaux critiques

Prix de l'Essai
Mme Anne de Lacretelle, pour "Tout un monde. Jacques de Lacretelle et ses amis" (Editions de Fallois)

Prix de la Nouvelle
M. Louis-Antoine Prat, pour "Belle encore et autres nouvelles" (Somogy)

Prix d'Académie
Mme Dominique Schnapper, pour "La Citoyenneté à l'épreuve. La démocratie et les juifs" (Gallimard) et l'ensemble de son œuvre
M. Michel Collot, pour son œuvre poétique et critique
M. René Hénane, pour "Aimé Césaire, une poétique" (Orizons)
M. Denis Lalanne, pour "Dieu ramasse les copies" (Atlantica)

Prix du cardinal Grente
P. Jean-Yves Lacoste, pour l'ensemble de son œuvre

Prix du Théâtre
M. Edouard Baer, pour l'ensemble de son œuvre dramatique

Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Hervé Bentégeat, pour "Meilleurs Alliés"

Prix du Cinéma René Clair
Mme Valeria Bruni-Tedeschi, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique

Grande Médaille de la Chanson française
M. Vincent Delerm, pour l'ensemble de ses chansons

Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Silvia Baron Supervielle, femme de lettres franco-argentine
Mme Nurith Aviv, cinéaste israélienne
M. Tahar Bekri, poète tunisien
Mme Marie-Noëlle Craissati, d'origine égyptienne, fondatrice des éditions Alexandrines qui publient notamment la collection "Le Paris des écrivains"
M. Gérald Larose, chef de file du syndicalisme québécois, qui a œuvré pour la défense du français dans la société québécoise

PRIX DE FONDATIONS
PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
M. James Sacré, pour "Figures de silences"

Prix Heredia
M. Denis Rigal, pour "La Joie peut-être"

Prix François Coppée
M. Sébastien Fevry, pour "Solitude Europe"

Prix Paul Verlaine
M. Pascal Riou, pour "D'âge en âge"

Prix Maïse Ploquin-Caunan
M. Gabriel Zimmermann, pour "Depuis la cendre"

PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
Mme Olivia de Lamberterie, pour "Avec toutes mes sympathies" (Stock, lire ici)

Prix La Bruyère
M. Martin Rueff, pour "Foudroyante pitié. Aristote avec Rousseau, Bassani avec Céline et Ungaretti" (Mimésis) et pour "À coups redoublés. Anthropologie des passions et doctrine de l'expression chez Jean-Jacques Rousseau" (Mimésis)

Prix Jules Janin
M. Jean-Claude Schneider, pour sa traduction des "Œuvres complètes" d'Ossip Mandelstam (Le Bruit du temps/La Dogana)

Prix Émile Faguet
M. Stéphane Zékian, pour son édition critique des éloges de Ronsard, Michelet, Chénier, Gautier, Fontenelle, Vigny et Taine, proposés par Thibaudet au concours d'éloquence de l'Académie française

Prix Louis Barthou
M. Michel Bernard, pour "Le Bon Cœur" (La Table Ronde)

Prix Anna de Noailles
Mme Paule Du Bouchet, pour "Debout sur le ciel" (Gallimard)

Prix François Mauriac
M. Bruno Pellegrino, pour "Là-bas, août est un mois d'automne" (Zoé)

Prix Georges Dumézil
M. Alain Boureau, pour "Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux" (Les Belles Lettres)

Prix Roland de Jouvenel
M. Florent Couao-Zotti, pour "Western tchoukoutou" (Gallimard)

Prix Biguet
M. Florian Michel, pour "Étienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique" (Vrin)

Prix Jacques Lacroix
M. Baptiste Morizot, pour "Sur la piste animale" (Actes Sud)

PRIX D'HISTOIRE


Prix Guizot
M. Marcel Gauchet, pour "Robespierre, l'homme qui nous divise le plus" (Gallimard)
M. Jean-Pierre Cabestan, pour "Demain la Chine: démocratie ou dictature?" (Gallimard)

Prix Thiers
M. Philippe Apeloig, pour "Enfants de Paris (1939-1945)" (Gallimard)

Prix Eugène Colas
M. François Dosse, pour "La Saga des intellectuels français (1944-1989)" (Gallimard)
M. Gérard Noiriel, pour "Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours" (Agone)

Prix Eugène Carrière
Mme Sophie Mouquin, pour "Versailles en ses marbres. Politique royale et marbriers du roi" (Arthena)

Prix du maréchal Foch
M. Jean-Vincent Holeindre, pour "La Ruse et la Force. Une autre histoire de la stratégie" (Perrin)

Prix Louis Castex
MM. Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, pour "Là où se mêlent les eaux. Des Balkans au Caucase, dans l'Europe des confins" (La Découverte)

Prix Monseigneur Marcel
Mme Catherine Kikuchi, pour "La Venise des livres (1469-1530)" (Champ Vallon)
M. Shinichiro Higashi, pour "Penser les mathématiques au XVIe siècle" (Garnier)

Prix Diane Potier-Boès
Mme Oissila Saaïdia, pour "L'Algérie catholique. Une histoire de l'Église catholique en Algérie" (Payot)

Prix François Millepierres
Mme Claudia Moatti, pour "Res publica". Histoire romaine de la chose publique" (Fayard)

Prix Augustin Thierry
M. Jean-Charles Ducène, pour "L'Europe et les géographes arabes du Moyen Age" (CNRS Editions)


PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE


Prix Henri de Régnier
Mme Charlotte Hellman, après "Glissez, mortels" (Philippe Rey)

Prix Amic
Mme Diane Mazloum, après "L'Âge d'or" (JC Lattès)

Prix Mottart
M. Guy Boley, après "Quand Dieu boxait en amateur" (Grasset)

On le voit, Gallimard est l'éditeur qui ramasse le plus de récompenses.