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mercredi 10 février 2016

Attention, un caillou peut en cacher un autre

Le petit monde du livre s'est rappelé, et à raison, du magnifique premier roman de Sigolène Vinson paru au Tripode l'an dernier, "Le Caillou"(lire ici).  Il est en effet le lauréat en catégorie littérature francophone du prix Libr'à Nous 2016. Un prix à multiples catégories, neuf cette fois, créé en 2013, et auquel ont participé cette année plus de 200 libraires de France, Belgique, Suisse, Maroc, Nouvelle Calédonie, Québec, contre 160 l'an dernier.

Il s'autodécrit ainsi: "Le Prix Libr'à Nous est un mouvement spontané et libre de libraires voulant mettre en avant dans différentes catégories leurs coups de cœur. C'est un prix où tous les libraires francophones du monde entier en poste (ayant exercé au moins 4 mois durant l'année) en librairies indépendantes, grandes surfaces, chaînes, peuvent voter à tous les tours via notre groupe internet."

En pratique, tout passe par la page Facebook du prix. Les votes portent sur les livres parus l'an dernier.

Palmarès
  • Album jeunesse: "Je suis un lion", d’Antonin Louchard (Seuil jeunesse)
  • Histoire: "Histoire de la douleur: XVIe-XXe siècle", de Javier Moscoso (Les Prairies ordinaires)
  • Philo/Socio/Psycho: "10 jours dans un asile", de Nellie Bly (Editions du Sous-Sol)
  • Littérature étrangère: "La neige noire", de Paul Lynch (Albin Michel)
  • Littérature francophone: "Le Caillou", de Sigolène Vinson (Le Tripode)
  • Bande dessinée adulte: "Zaï Zaï Zaï Zaï", de Fabcaro (6 Pieds Sous Terre)
  • Imaginaire: "Futu.re", de Dmitry Glukhovsky (Atalante)
  • Polar: "Pukhtu", de D.O.A (Gallimard)
  • Roman ado: "Les petites reines", de Clémentine Beauvais (Sarbacane)

Je plussoie aux choix en littératures francophone et étrangère. J'ai des doutes sur les choix en jeunesse, non que les choix soient mauvais, mais je pense qu'il y avait mieux. Je me tais par rapport aux autres catégories que je connais mal.

A noter que la soirée de remise des prix aura lieu ce mercredi 10 février (20 heures) au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris.

Mais comme je l'écrivais, un caillou peut en cacher un autre.


Et cet autre "Caillou", c'est l'album jeunesse que Thierry Dedieu vient de publier (Seuil Jeunesse, 40 pages). Un grand format en trois couleurs, noir, blanc et rouge, sous-titré "Les hommes sans mémoire n'ont pas d'avenir". Un conte inspiré par les destructions récentes d'œuvres d'art majeures. La quatrième de couverture les rappelle sobrement.

La quatrième de couverture. (c) Seuil Jeunesse.


L'attaque des Khomènes. (c) Seuil Jeunesse.
En des images sobres mais éloquentes, Thierry Dedieu raconte la guerre, la conquête, le massacre des uns par les autres. Nouvelles lois, nouvelles valeurs. "Désormais", écrit-il, "le Karabastan est aux mains des Khomènes, porteurs d'une nouvelle culture." Khomènes comme Khomeini?

Le caillou est la montagne sacrée des nomades. (c) Seuil Jeunesse.
Leur territoire est un désert au milieu duquel se trouve "le caillou", un rocher haut de 300 mètres. Ses parois sont recouvertes d'inscrip-
tions millénaires. Quel "caillou dans la chaussure des Khomènes", note l'auteur. Leur chef tyrannique veut au plus vite détruire ce caillou qui témoigne du passé et en évacuer les décombres au-delà des frontières.

Tout roule sauf qu'un élément étrange intervient: le pays se soulève, au sens premier. Une vingtaine de centimètres d'abord. Le guide suprême est fier "d'avoir un pays au-dessus des autres". Les choses se compliquent quand la marche fait d'abord 5 mètres et ensuite 820, isolant totalement le Karabastan. Et le savant annonciateur du pire connaîtra un sort funeste.

"Le caillou" dénonce à sa façon imagée la tyrannie et ses ravages. Thierry Dedieu dénonce crûment l'obscurantisme et la violence. Et propose aux enfants lecteurs de réfléchir à la marche du monde, à grande ou à petite échelle. A partir de 6 ans.


Sur son blog, Thierry Dedieu réfléchit sur son travail.

Thierry Dedieu.
"Les attentats du début d'année dernière m'ont bouleversé, la tuerie elle-même, la réaction des Français mais plus encore le fait que certains proclamaient haut et fort qu'ils  "n'étaient pas Charlie". Comment ne pas être Charlie?
Ce fut pour moi une stupéfaction. Je me suis beaucoup interrogé sur ce qui pour moi était une évidence et qui ne l'était pas pour d'autres.
J'ai pris alors conscience d'un manque d'éducation au sens large. Alors j'ai décidé de m'engager. J'ai pris conscience que nous, auteurs, éditeurs, instituteurs, bibliothécaires, libraires… mais aussi parents, nous avions un rôle à tenir. Jusque-là, il m'était arrivé de consacrer certains de mes livres à des réflexions sur la guerre ("Le pacificateur", "Aagun", "Va-t-en-guerre", "14-18", "Le Baron bleu"), ces "engagements" de ma part étaient plus intuitifs qu'intentionnels. Hormis le livre "Dieux" (L'Édune), je n'avais pas réellement pris parti et surtout je n'avais pas cherché délibérément à "agir".  Le livre "Le cailloue marque un changement. Désormais, quand je le jugerai nécessaire, quand j'en aurai la possibilité: je m'engagerai.
"Le caillou" est un conte. Il a été inspiré par les exactions perpétrées par les talibans, entre autres, qui ont détruit certains monuments et qui veulent effacer "une culture" et donc la culture.
Dans ce livre, une phrase est mise en exergue, cousine de celle attribuée à Foch: "Les hommes sans mémoire n'ont pas d'avenir".



Dans "Le sourire de la montagne" (Gallimard Jeunesse, 2013, lire ici), album au titre énigmatique,  François Place avait aussi conçu un album en écho à la destruction par les talibans, en février 2001, des deux Bouddhas géants de Bamyan, en Afghanistan. Mais il en avait fait une histoire de construction.








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