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jeudi 3 octobre 2013

LAO ssi deux mots à vous dire

Dans les années 1970 et suivantes, la littérature de jeunesse venant de l'Europe de l'Est séduisait beaucoup les éditeurs d'ici. On a eu ainsi plusieurs albums du duo hongrois Eva Janikovszky (1926-2003) pour les textes et Laszlo Réber (1920-2001) pour les illustrations, chez Flammarion alors.
Ils nous ont appris la généalogie familiale  dans "Incroyable mais vrai", les rapports parents-enfants dans "Moi, si j'étais grand", "La chance que j'ai!" et "Réponds correctement!".
Quatre titres justes et rigolos qui étaient devenus introuvables et que La Joie de lire a heureusement réédités en 2011 et 2012. Excellente idée car ces albums finement observés n'ont rien perdu de leur côté politiquement incorrect.
Avec leurs dessins tout simples aux crayons de couleurs, ils sont aussi l'exception qui confirme la règle que les enfants n'aiment guère le graphisme enfantin, et s'inscrivent aujourd'hui à leur place dans le patrimoine de la littérature de jeunesse.
Surtout, ils rappellent que l'enfant-lecteur est un être doué d'humour pour autant qu'on lui en laisse l'occasion, qu'on l'y initie dès son plus jeune âge. On oublie trop que la complicité par le rire cimente aussi la relation parents-enfants.

La Joie de lire poursuit son travail de réédition patrimoniale en publiant cette année "Je n'en rate jamais une!", des mêmes Eva Janikovszky et Laszlo Reber (traduit du hongrois par Joëlle Defeuilly). Le récit à la première personne par un petit garçon non nommé de ses différentes aventures au quotidien. Avec une bonne dose de vraie ou de fausse naïveté qui le fait s'interroger sur le sens initial des paroles des adultes de son entourage. Souvent au sens premier, lequel sera superbement exploité plus tard par Alain Le Saux dans sa série des "Papa" (Rivages d'abord, L'école des loisirs ensuite).
Exemples de réflexions. Quand est-il trop grand ou trop petit, notre jeune héros? L'entrée à l'école où les enfants vont "prendre d'assaut la forteresse du savoir", avec l'ouverture de l'année scolaire comme celle de la chasse, où la maîtresse sera une "deuxième maman". Et bien entendu, les codes des phrases des adultes: "Quand papa me dit: Viens voir ici, mon garçon, j'ai deux mots à te dire, je sais que ça va barder. Sinon il me parle sans me dire qu'il a deux mots à me dire." Les rapports avec la maîtresse. Les séances de chatouilles en classe qui empêchent d'être autrement qu'agité. La famille, les invitations...
Chaque page est un festival de conversations ou de scènes à prendre au premier et au second degrés. Les auteurs jouent habilement avec le politiquement incorrect gentil et le plus subversif. Surtout, ils font réfléchir en rigolant aux rapports adultes-enfants, chacun étant souvent de bonne foi dans son incompréhension de l'autre. Le ton est toujours juste et les propos souvent très drôles, pour peu qu'on veuille bien descendre de son piédestal d'adulte omniscient. Heureusement que les enfants sont là pour nous ramener de temps en temps à leur hauteur.
Un album à partager entre grands et petits qui ont envie de rire ensemble des complications éventuelles de leurs relations.

Les vacances au bord du lac Balaton. (C) La Joie de lire.






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