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mardi 1 octobre 2013

LE tait aux Midis de la Poésie


Ce 1er octobre débutait la 66e saison des Midis de la Poésie.
Honte sur moi, je n'avais jamais mis les pieds aux "Midis", comme disent les habitués - soixante-cinq ans d'existence, ça compte pour une manifestation consacrée à la poésie!
Envie mais pas le temps, envie mais oublié la date, envie mais... Les excuses habituelles.
C'est pourtant facile: c'est à Bruxelles, tous les mardis d'octobre à fin mars, de 12h40 à 13h30 au Petit Auditorium des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (3 rue de la Régence, pile en face de la Cour des comptes).

Assise au dernier rang, je comptais les têtes grises et blanches, majoritaires parmi la septantaine de personnes présentes lors de cette première séance. Dont la mienne. Normal, il s'agissait d'une reprise de la représentation qui avait fêté officiellement, le 15 janvier dernier, les 65 ans des jumeaux Monsieur Midi et Madame Poésie, nés le 11 janvier 1949. Le sujet en était très logiquement: "Les premiers passeurs des Midis". Aux autres séances, la couleur des chevelures est plus variée et quand ce cher vieux La Fontaine est au programme, le public se multiplie par quatre tout en se rajeunissant considérablement.

Alexis Curvers.
Charles Bertin.
Andrée Sodenkamp.

Ce midi, c'était donc souvenirs, souvenirs, mais de quelle qualité!
Entendre l'interview de Sara Huysmans en 1948 avec les crachotements d'époque, la fondatrice et fille du ministre Camille Huysmans, expliquer cette initiative qu'elle avait vue à Londres durant la guerre, est un ravissement. Pareil pour Pierre Wigny, ministre des Colonies, qui inaugure les tout neufs Midis de la poésie avec une conférence traitant de "L'honnête homme devant la poésie".
 
Georges Sion.
Jean Mogin.


Jeanine Moulin.
Paul Neuhuys.

Enregistrements anciens et extraits de textes lus par Marie-Christine Duprez et  Luc Vandermaelen, soutenus par Roger Hindricq au piano, se succèdent durant les 50 minutes annoncées et non dépassées. Par exemple, "La route du sel", de Roger Bodart, avec ces mots "Se donner à chacun, n'être rien pour personne". Ou Marie Gevers qui dit dans "Madame Orpha" son amour pour ses parents et la nature et explique la dualité qu'elle a vécue entre une éducation intellectuelle en français et l'humanité, les expressions personnelles, les choses perçues par les sens qu'elle exprime en flamand.
Lucienne Desnoues.

Paul Willems.



Roger Bodart.
Séance de rigolade aussi quand on écoute converser Paul Willems et Paul Neuhuys, avec ce roulement des "r" que Jacques Brel a repris par la suite, expliquer le trajet pour aller découvrir le poème "Le ventre de ma mère" de Blaise Cendrars, alors inédit. Mais entre les sourires, on entend comment il a été "initié au mystère de la poésie". Mélange identique de sérieux et de drôlerie quand est lu un extrait d' "Ecrire" de Paul Willems, où il est question d'aller à la chasse aux phoques mais sans fusil. Ou celui de Paul Neuhuys, "Mémoires à Dada", où "ça n'a encore une fois pas marché!" Sans oublier la quête de la Chapelle Sixtine par Alexis Curvers dans "Tempo di Roma".

Pierre Seghers.
Marie Gevers.











Suzanne Lilar.

Moment plus sérieux avec Suzanne Lilar interviewée lors de la parution de son livre, "Le malentendu du sexe", aux PUF. Elle y pose le problème du féminin, plaide pour la coexistence d'un mode masculin et d'un mode féminin chez chacun. Un extrait de "La confession anonyme" démontre que malgré les sacrifices, l'amour peut être toujours là.




La séance des Midis se poursuit entre sons anciens et lectures en direct. D'autres passeurs sont évoqués, Pierre Seghers, Charles Bertin, Lucienne Desnoues, Jeanine Moulin, Jean Mogin, Andrée Sodenkamp, Georges Sion. Autant de grands noms de notre poésie qu'on appréhende avec moins de complexes après ce passionnant panorama des figures marquantes des Midis de la Poésie à leur création, mis en place pas l'asbl Le Plaisir du Texte.



Tous les participants à cette première séance ont reçu un poème inédit d'Yves Namur.


"Enivrez-vous! De vin, de poésie ou de vertu, mais enivrez-vous" écrivait Baudelaire. 

   Les Midis de la Poésie ont répondu depuis bien longtemps à cette invitation de Charles Baudelaire. Ainsi nous enivrent-elles depuis quelque septante ans, de mots, de rêves et de souvenirs biscornus, alambiqués, sulfureux et tutti quanti... et tout ça, s'il vous plaît, dès l'heure du déjeuner!
   À Paul Valery qui disait que "poésie était chose préservée", il y a fort à penser que les Midis ont compris d'emblée que la poésie était chose à préserver plutôt que préservée.

   À l 'heure de la tartine beurrée et du café chaud, la poésie s'invite à votre table. Enivrez-vous donc de poésie, les nourritures terrestres suivront bien par la suite et, s'il vous reste une petite faim, peut-être  penserez-vous à la vertu et au vin dont parlait Baudelaire!

Et ils sont tous repartis avec la mission de faire connaître les Midis de la Poésie autour d'eux, car, a-t-il été dit, "si la relève est assurée du côté des auteurs, côté public, c'est à vous de le faire".
Au programme de cette 66e saison: conférences et récitals littéraires où les poètes belges seront très présents. Quelques séances en dehors des mardis sont également prévues. Le programme complet se trouve ici.

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