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samedi 5 octobre 2013

LM la sensibilité de Virginie Ollagnier


La couverture de "Rouge argile", troisième roman de Virginie Ollagnier, n'a guère changé entre la sortie en grand format chez Liana Levi en 2011 (à droite) et son passage en poche dans la même maison d'édition, en Piccolo donc, en début d'année. Toujours ces mêmes jolis petits carreaux colorés, évoquant immanquablement le Maroc. Ce roman fin et prenant vient de recevoir le Prix littérature française 2013 du Salon Lire en poche qui se tient en ce moment à Gradignan, près de Bordeaux. Drôlement mérité.

Virginie Ollagnier est avant tout une raconteuse d'histoires. Petite, elle en racontait des tas à ses copains d'école, pour avoir une place dans son groupe. Grandie, elle a recommencé, avec l'homme de sa vie. Jusqu'au jour où Olivier (Jouvray)  lui a dit: "Maintenant, Virginie, tu les écris, tes histoires!" Trois sont déjà devenues des romans originaux et appréciés.
Dans "Rouge argile", récompensé à Gradignan, on suit Rosa, la quarantaine. Née au Maroc, elle s'est installée à Paris vingt ans plus tôt, après son mariage avec le sage Antoine. Elles a deux enfants et l'assurance de Jackie Kennedy. Mais là, en avril 1979, elle rentre à Sajâa, près de Meknès. Egon Baum, son second père, dit "l'Allemand", est mort – elle avait déjà perdu sa mère. La fille unique se retrouve dans la maison familiale. Chaque personne, chaque objet, chaque odeur, lui rappelle un souvenir, bon ou non. Lui fait découvrir un secret. La force à ne plus s'échapper. L'incite à être elle-même.

Virginie Ollagnier et son "Rouge argile" primé à Gradignan.

Avec beaucoup de finesse, Virginie Ollagnier déploie son portrait de femme, son destin lié à l'Histoire. "Je suis profondément persuadée que si j'étais née ailleurs à la même date, explique-t-elle, je ne serais pas la même personne. Je suis convaincue que la société dans laquelle on vient au monde influe sur notre personnalité, nous ouvre des horizons ou nous les bouche. C'est pour cela que mes personnages sont toujours inclus dans l'histoire."

Ici, c'est le Maroc et le malaise des ex-coloniaux: qui devient-on quand, comme Rosa, on est héritier d'une terre qui ne nous appartient pas? Et à cause de l'attitude passée de ce pays, quand monte la religion : "Le Sultan du Maroc a protégé des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale. C'est important de le rappeler."

"Rouge argile" est un roman prenant où le fantôme d'Egon rivalise avec la force de l'inconscient. "Je mets trois ans à écrire une histoire, dit la romancière, dont deux où mon esprit vadrouille. Les personnages m'apparaissent dans des images mentales. La première image que j'ai eue pour ce roman est celle du cheval empaillé, au bas d'un escalier, avec un tiroir secret. Puis la voix d'Egon est arrivée, très vite. Je savais qu'il y avait un fantôme dans mon histoire. Les personnages sont venus pour le raconter."

Rosa découvrira la vie secrète d'Egon. Comme elle saisira qu'elle a mené sa vie en parallèle à celle de sa mère, empêtrée par des choix antérieurs. "Il y a deux Suzanne dans le roman, en écho à la petite fille que j'ai été et qui voulait épouser deux hommes pour en avoir un complet."  Egon s'est partagé entre deux femmes. Une liberté que l'auteure n'a pas accordée aux femmes. Mais la fin ouverte place Rosa face à la vraie vie. Rosa, une femme indépendante de son histoire, de ses traditions et de ses modèles religieux.

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