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lundi 21 octobre 2013

LE tait aujourd'hui en pensée à Paris


(c) Hidalgo.

Car c'est ce lundi 21 octobre 2013 qu'a été inaugurée à Paris dans le
14e arrondissement la Place Stéphane Hessel, le lendemain du jour où l'historique défenseur des droits de l'homme aurait eu 96 ans - il est mort le 27 février de cette année - tout près de là où il vivait. La place se trouve à  l'intersection des rues d’Odessa, du Montparnasse, Delambre et du Boulevard Quinet.

"Attribuer le nom de Stéphane Hessel à une place du 14e arrondissement, explique la Mairie de Paris, à proximité immédiate du lieu où il vécut durant de nombreuses années, permet de saluer les convictions généreuses et le destin exceptionnel de cette figure de notre histoire contemporaine."
Elle ajoute que "résistant déporté à Buchenwald durant la Deuxième Guerre mondiale, diplomate, écrivain, défenseur des droits de l'homme, Stéphane Hessel avait su transmettre sa soif d'engagement aux jeunes générations, notamment au travers de son célèbre essai "Indignez-vous!" paru en 2010, imprimé à 4 millions d’exemplaires dans plus de 100 pays."



Des chiffres qui n'engagent que la mairie de Paris.
En janvier, l'éditeur me communiquait celui de 2,5 millions d’exemplaires en France, et de 4 millions à l’étranger, pour ce "petit livre", né à l'automne 2010 chez Indigène éditions.

C'est à ce moment que Stéphane Hessel a sorti un CD où il disait ses poèmes préférés. Car depuis la  publication d'"Indignez-vous !", tout le monde savait combien la poésie a toujours accompagné le résistant. Qui ne l'avait pas entendu réciter l’un ou l’autre poème, toujours de mémoire, lors d'une émission de radio ou de télé? Cela lui avait donné l'idée de réaliser le CD "Une voix pour la poésie"(Indigène éditions), où il dit, par cœur et en musique, une douzaine de ses poèmes préférés.

"J’ai réalisé ce disque avec un musicien très sympathique, Laurent Audemard, me confiait-il au téléphone, sans qu'on sache qu'il allait s'éteindre six semaines plus tard. On y trouve une douzaine de mes poèmes préférés, en français surtout, mais aussi en anglais et en allemand. Ce disque est le résultat d’une de mes manies: apprendre par cœur de la poésie et inciter les jeunes, et les autres, à le faire aussi."

Une de ses manies! Toujours blagueur, et tellement aimable quand on l'appelait.

Apprendre de la poésie et la réciter, l’ancien diplomate alors âgé de 95 ans a fait cela toute sa vie, avec un bonheur infini qu’il souhaitait partager. Il a demandé que les bénéfices des ventes du CD soient versés à l’association française Education sans frontières. "J’ai choisi des poésies très classiques, pas de nouveau jeune poète, mes poésies préférées. Apollinaire, Rimbaud, Baudelaire, mais aussi Shakespeare et Hölderlin. À mon âge, on se récite ce qu’on connaît déjà. Mais il m’arrive d’encore apprendre un nouveau poème. J’ai beaucoup apprécié l’inventivité musicale de celui qui m’a accompagné. Il a choisi des morceaux très ciblés sur les poèmes retenus, comme Satie sur Apollinaire."

Mais pour tout savoir sur les liens entre Stéphane Hessel et la poésie, il faut se référer à son livre "Ô ma mémoire, la poésie, ma nécessité" (Seuil, 350 p., 2006, Points, 2011, 318 p.). "J’y ai rassemblé 88 poèmes dans les trois langues, nous disait-il de sa belle voix.  Ils sont précédés par une introduction de 60 pages où je donne mes relations personnelles de vieil ambassadeur qui a constamment essayé d’apprendre par cœur des poésies."

88 poèmes parce qu'il avait à l'époque 88 ans.




En même temps qu'est inaugurée la place parisienne sort un nouveau livre de Gilles Vanderpooten, auquel a également collaboré Christiane Hessel, "Stéphane Hessel, irrésistible optimiste" (L'aube, 270 p.)

Comment mieux qualifier l'homme qui, du haut de ses 90 ans dépassés, incitait la jeunesse à bouger, à se bouger? L'ouvrage est composé d'une cinquantaine de textes (et/ou dessins) dont les auteurs apparaissent selon l'ordre alphabétique de leurs noms. C'est Laure Adler qui inaugure la liste, celle qui précisément publia au Seuil le livre de Stéphane Hessel sur la poésie. L'alphabet s'arrête à "w" avec les souvenirs de Michel Warschawski, journaliste et écrivain israélien qui défend la cause palestinienne.

Mis bout à bout, ces textes de longueur variée composent une vaste mosaïque d'où se dégagent sans peine les traits de caractère les plus connus de Stéphane Hessel. S'y expriment aussi bien Jane Birkin que CharlElie Couture, Régis Debray que Tony Gatlif. Pour n'en citer que quelques-uns. D’autres ont leurs propos recueillis par Gilles Vanderpooten, auteur d'un précédent "Engagez-vous!" (L'Aube, 2011). On retrouve aussi de superbes hommages parus dans la presse française au lendemain du décès. Des textes jaillis du cœur,  d'autres un peu moins spontanés. L'auteur d'"Indignez-vous!" y apparaît aussi bien en petit garçon d'un couple peu banal, qu'en militant pour les droits de l'homme et la paix ou en défenseur passionné de la poésie. D'autres facettes moins médiatisées sont également présentes. Notamment par le texte et les dessins de notre compatriote Pascal Lemaître qui a bien connu l'homme au sourire malicieux et explique par exemple son entrée dans le monde de l'art.


Devant les cartes Michelin de la chambre de Marcel Duchamp. (c) Pascal Lemaître/L'aube.

Irrésistible optimiste, Stéphane Hessel l'a été jusqu'au bout.

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