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mardi 18 septembre 2018

La forêt comme parabole de l'existence

Double page de l'album "La forêt". (c) Gallimard Jeunesse/Giboulées.

Cet élégant grand format se remarque tout de suite par son papier mat, son épaisseur ainsi que son usage de la couleur blanche tranchant sur les verts sylvestres. L'album "La forêt" de Riccardo Bozzi, illustré par Violeta Lopiz et Valerio Vidali (traduit de l'italien par Faustina Fiore, Gallimard Jeunesse/
Giboulées, 64 pages) est une merveille de livre qui a le ton d'une fable et distille de nombreuses surprises graphiques. Quelle inventivité!

En couverture, une belle fresque de nature s'étend jusque sur les deux rabats.  Ensuite, c'est l'étonnement. Sauf exception commandée par la narration, les pages ne sont pas coupées côté gouttière (côté opposé au dos), créant ainsi des séries de deux feuillets immaculés. Plusieurs utilisations sont possibles: accueillir les très belles illustrations, y découper les paires d'yeux de visages pour voir plus loin dans l'histoire, y embosser et y gaufrer les traits des humains qui en sont les protagonistes. Un procédé subtil qui a belle allure. Un choix d'illustration qui demande aussi au lecteur de s'investir: pourquoi le visage est-il à l'envers, pourquoi les visages vieillissent-ils, d'où voit-on la clairière...

Jeu de découpe...

... annonçant la double page suivante.

L'histoire est celle d'explorateurs qui découvrent une forêt immense, infinie. Leurs visages enfantins, en gros plan, voient d'abord un "petit bois de jeunes pins". On distingue ensuite les enfants tout petits,  accroupis, qui observent les fourmis tandis que s'offrent à nous de très beaux instantanés bucoliques où apparaissent plantes et insectes. L'album se poursuit en doubles séquences, un gros plan du visage avançant en âge, embossé et gaufré, un bref texte relatant l'avancée de l'expédition, puis une double page montrant une scène dans une forêt qui se densifie ou accueille chaque fois d'autres familles d'animaux.

Image de nuit à toucher.

On progresse dans une exploration de plus en plus difficile mais de plus en plus fascinante où apparaît aussi la relation à l'autre, amitié, rivalité ou amour. Peu de mots mais tout, c'est-à-dire le cycle de la vie, se comprend dans les visages et les gestes apparaissant en relief dans cette nature luxuriante. Une nature à laquelle les humains s'adaptent, créant des liens, des jeux, des habitudes comme les histoires autour du feu le soir. Une phase d'activités diverses et d'affirmation de soi qui bouleverse le rythme narratif précédent. Maintenant, les randonneurs sont partout, ensemble ou séparément. Les visages reviennent alors, adultes, puis vieillis tandis que la forêt apparaît terriblement enchevêtrée. Des clairières permettent de reprendre des forces mais le voyage n'est pas fini. Il y a encore une dernière montée, dure, épuisante qui conduit à un précipice "où tous les explorateurs finissent par tomber". Qu'y a-t-il au-delà de la forêt? Mystère. Mais les images montrent qu'un cycle pourrait bien recommencer.

Une clairière où se reposer.

La fin du parcours.

Quelle magnifique parabole sur le cours de l'existence! La comparaison avec l'exploration de la forêt est aussi géniale que subtile. Elle permet de répondre à beaucoup de questions et d'en susciter d'autres. Et le traitement graphique de ce sujet éternel est particulièrement réussi et enthousiasmant. Les auteurs ont su très adroitement mêler leurs techniques pour aboutir à un résultat épatant. Un texte économe, des images à déchiffrer, un sens qui apparaît, voilà bien le meilleur de la littérature de jeunesse. Pour tous à partir de 8 ans.

Détail du gaufrage et de l'embossage.


Une double page et son détail en relief.

Toutes les illustrations, sauf celle de tête, viennent de la version italienne de l'album. "La forêt" paraît en effet en plusieurs langues.










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