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mardi 14 avril 2026

Foire de Bologne, jour 2, avec le prix Lindgren

La bibliothèque BRAW.

À la foire de Bologne, il faut de bonne chaussures car on marche des kilomètres dans les différents pavillons vitrés qui abritent les centaines d’exposants, les nombreuses expositions et les lieux de rencontres et de discussions. Un parapluie n’est pas superflu cet année pour rejoindre la Foire et passer d’un pavillon à un autre. Pour une fois, il pleut durant cette gigantesque manifestation dédiée à la littérature de jeunesse de À à Z, de l’auteur et/ou illustrateur, en passant par l’éditeur, le traducteur et l’imprimeur. À ses produits dérivés aussi, de plus en plus nombreux, que ce soient des dessins animés, des applications, des jeux en trois dimensions. Même si le message général de la foire demeure le soutien à la création et à l’imagination, on sent bien qu’il faut vendre. Et que certains réinventent tout pour vendre.

Samy Ramos.
Bien sûr, il y a des moments de grâce, comme la découverte de Samy Ramos, lauréate d’un des Bologna Ragazzi Awards (lire ici) en train de signer tout sourire.
Ou la découverte des BRAW Outstanding Books virevoltant au bout de leurs ficelles.

Ou la rencontre inopinée avec Rita Marshall de l’excellente maison américaine The Creative Company, revenue à Bologne après douze ans et qui craint ne pas y revenir avant douze ans. Pendant quelques minutes, l’âme de son défunt mari, le merveilleux auteur-illustrateur Étienne Delessert (lire ici) a plané sur nous.


Cette année, des protections auditives n’étaient pas inutiles tant l’annonce de certains prix étaient sonores. À croire que Kevin De Bruyne avait marqué un goal en finale de la Coupe du monde de foot. Tout comme les lunettes solaires tant certains stands brillent de mille feux. Comme toujours, le pire côtoie le meilleur, parfois côte à côte. Côté odorat, on est davantage gâté avec les arômes de café qui flottent ici et là. Ou de pizzas. Ou même de plats asiatiques quand on se promène dans le coins des imprimeurs chinois.

Du monde devant les stands italiens.

Dans les allées de stands italiens, c’est la grande foule. Et il devient difficile d’apercevoir les livres sur les tables. Non seulement des auteurs et des illustrateurs dédicacent leurs livres, mais là, et pour ceci comme partout ailleurs dans la foire, les illustrateurs viennent présenter leur travail. Carton de dessins sous le bras ou tablette en main. Ils font la queue un peu partout, rappelant le Bologne du tournant du siècle. Et, au fil des ans, la Foire de Bologne leur alloue de plus en plus de place. Bien sûr, il y a la traditionnelle exposition des illustrateurs (lire ici) mais aussi des rencontres, des master classes données par des maîtres du genre, des murs à envahir… Sans oublier les écoles dédiées à l’illustration qui occupent de nombreux stands.

Suspense avant la proclamation du prix Astrid Lindgren.

Le deuxième jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne est aussi celui où est décerné le prix Astrid Lindgren, récompense annuelle qui va à un auteur, un illustrateur ou un outil de promotion de la lecture. Il a été créé en 2002 à la mort de la merveilleuse écrivaine suédoise et est généreusement doté : 5 millions de couronnes suédoises, soit 464.000 euros.

Le lauréat 2026 est le Canadien Jon Klassen.

L’excellent choix des jurés 2026 s’est porté sur l’artiste canadien Jon Klassen, l’homme aux différents chapeaux lors de ses débuts, l’homme aux crânes plus récemment. Il a été choisi entre 263 candidats provenant de 74 pays. Il perpétue en effet merveilleusement l’esprit d’Astrid Lindgren, qui a toujours encouragé et célébré l’imagination, le courage et l’empathie.

La motivation du jury:
« À travers sa narration subtile et évocatrice en mots et en images, Jon Klassen ouvre de nouvelles perspectives sur notre place dans l'univers. Que se passe-t-il lorsqu'un rocher tombe du ciel, lorsque les chapeaux disparaissent ou qu'un crâne commence à vivre sa propre vie? Avec précision, émotion et esprit inventif, les défis de l'incertitude et de l'espoir de la vie sont dépeints dans une interaction de couleur et de forme. Les contes brillants de Jon Klassen se démarquent par leur élégance sans effort et leur profondeur ambiguë, où le lecteur devient un co-créateur. »
 Jon Klassen est né en 1981 à Winnipeg, au Canada. Son premier album, « I Want My Hat Back » (2011), révèle déjà son talent, l’excellence de son rapport texte-images et sa complicité avec l’enfant lecteur.  Il inaugure une trilogie qui s’est poursuivie avec « This Is Not My Hat » (2012) et « We Found a Hat » (2016). Ces trois titres ont été publiés en français chez Milan: « Je veux mon chapeau », « Ce nest pas mon chapeau » et « On a trouvé un chapeau » (2020, 2021 et 2024).


Depuis l’album « The rock from the Sky » (« Le rocher tombé du ciel ») en 2022, il est traduit en français chez Pastel, imprint belge de l’école des loisirs. Trois cartonnés pour les plus jeunes y ont suivi en 2025, le trio « Your Forest », « Your Farm » et « Your Island », devenus « Ta forêt », « Ta ferme », « Ton île ». Juste avant, en 2024, on y avait eu le très drôle et intriguant « Le crâne ».


Jon Klassen est aussi l'illustrateur de la série « Pax » de Sara Pennypacker, en français chez Gallimard Jeunesse. Et il a publié toute une série de livres pour enfants renommés avec Mac Barnett, y compris une trilogie sur les formes géométriques.

Jon Klassen a le talent de traiter les questions existentielles avec astuce et humour, bousculant gentiment ses lecteurs. Je reviendrai à ses livres plus en détail.

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