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mardi 3 janvier 2017

Les jolies étrennes des librairies Initiales


Depuis 1997 (vingt ans cette année!), l'association Initiales rassemble des libraires indépendants passionnés et dynamiques (lire ici). Ils sont quarante et un aujourd'hui, installés en France et en Belgique (A livre ouvert à Bruxelles, Livre aux Trésors à Liège et Point Virgule à Namur, liste complète ici).

On leur doit depuis l'été 2015 la sortie du "Magazine Initiales" trois fois par an, ainsi que la publication hivernale, sous forme de petit livre, d'une nouvelle inédite. Thomas Vinau et son "Blanc" ont concrétisé l'idée en décembre 2015 (téléchargeable ici).
Angélique Villeneuve a suivi fin décembre 2016 avec le très beau texte "Sur tes genoux" (inédit offert par les libraires Initiales, 40 pages) - la romancière française est également à l'honneur dans le quatrième numéro du magazine.
Bien sûr, tous ces petits bonheurs littéraires sont offerts par le groupement Initiales qui en dispose sous format papier dans ses officines - jusqu'à épuisement du stock. Une bonne raison de pousser la porte des librairies indépendantes. Et de chouettes étrennes inattendues.

Avec son titre doux plein de promesses, "Sur tes genoux" offre un très agréable moment de lecture. Angélique Villeneuve compose une fort belle histoire  à propos du lien fille-père dans une écriture ciselée dont chaque mot se savoure. Ciselée mais pas précieuse. Au contraire. Un regard au scalpel assemble les mots pour nous raconter l'intimité des deux personnages, un père veuf vieillissant, une fille unique en visite dominicale.

La nouvelle commence ainsi.
"Je sais exactement ce que tu es en train de faire.
Je te vois. Je te sais.
Tu ne fais rien, justement. Tu te tiens sans bouger, posé là sur ton tabouret."
Depuis la rue qu'elle arpente en direction du supermarché, la narratrice dresse un portrait précis, physique, de son père resté à l'appartement. Le lecteur pourrait le dessiner. En même temps, elle dépeint son histoire à petites touches. Ses histoires plutôt. Ses manies. Ses habitudes. Ses raisons. Comment il était avant. Comment il ne voudrait pas être vu aujourd'hui.

La fille fait les courses, comme pilotée à distance par son père. Mais le train-train dominical est soudainement mis par terre. Ouvre d'autres perspectives, active d'autres réflexions. Des souvenirs aussi, beaucoup de souvenirs. La jeune adulte se remémore l'enfant, en admiration devant son père. Et les comparaisons avec le présent viennent naturellement. Ainsi que les questions.

Incroyable comme un grain de sable dans le rituel du dimanche peut dévoiler (dé-voiler) des horizons infinis entre une fille grandie et son père solitaire. Peu de mots entre eux, beaucoup de silences, cristallisation de phrases bloquées quelque part. Un très beau texte sur ce qui se pense mais ne se dit pas quand les parents vieillissent, sur les joies et les peines des moments d'échange, sur les rêves des femmes qui restent des petites filles aspirant à la sécurité qu'assurent les genoux d'un papa, même si les chemins de vie se sont peu à peu diversifiés.

Autant de choses nées de la vision d'un tabouret et condensées dans un texte bref, sans gras, plein d'émotions vécues et à vivre.



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