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vendredi 23 février 2018

Audacieux et réussi, le recueil de Pascale Pujol

Pascale Pujol. (c) Ville de Villemomble-Nathalie Euvrie.


Pascale Pujol avait signé en 2015 un épatant premier roman, "Petits plats de résistance" (Le Dilettante) aujourd'hui repris au Livre de Poche. Drôle comme tout, complètement inattendu avec cette succession de recettes de cuisine où rissolent toute une flopée de personnages: une cuisinière qui est devenue employée de Pôle Emploi, son mari, leur fillette surdouée, leur fils ado, un patron de presse, son fils à lui plutôt dans le genre nigaud, plein d'autres encore, avec ou sans papiers. Bref, une comédie urbaine bondissante dont les ingrédients régalent de secrets familiaux, de balades dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, de séances au tribunal de commerce... Indigeste? Pas du tout. On demanderait même à se resservir tant le choc des classes et des cultures révèle le goût des mots et le festin qu'est la littérature.

Un extrait de "Petits plats de résistance" peut être lu ici.


Toute au souvenir de cette lecture revigorante, je me suis précipitée sur le nouveau recueil de nouvelles de Pascale Pujol, le second chez Quadrature, "Sanguines" (96 pages). Sans trop réfléchir au titre. Sans lire la quatrième de couverture: "Douze tableaux, douze nouvelles, douze lunes devrait-on dire… Car on parle ici de lunes, de cycles, de sang. De menstruations. Un thème tabou, un bastion que la littérature a souvent refusé d'investir parce qu'il y a un je-ne-sais-quoi de tribal, de reculé, de primitif dans ces histoires qui doivent rester secrètes, refoulées ou proscrites: qu'elles soient accueillies avec déception, soulagement ou exaspération, les règles nous ramènent à notre condition animale."

C'est donc sans aucun avertissement que j'ai découvert ces douze nouvelles sur les règles, formidables en diable, rudement différentes les unes des autres, qui vous emmènent ailleurs alors que finalement vous pourriez être chez vous. Surtout pas réservées au sexe féminin. Hommes et femmes y évoluent, toujours en fonction des "périodes" féminines. C'est inattendu, virevoltant et remarquablement bien troussé. Il y en a de tous les genres d'écriture, dans tous les registres de sentiments. Magie noire percutante dans "Magie rouge", épatant renversement des rôles masculin-féminin dans "Monsieur Ragnagnas", tendre coup de main secret dans "Le samovar", folie grave dans "Lady-Net", solitude d'une ado dans "Le passage", colocation improbable dans "L'alignement des planètes", incroyable découverte artistique dans "Technique mixte", curiosité fatale dans "Vernis à ongles", ultimes souvenirs dans "Dernier round", émouvant lien mère-fille dans "La boîte à secrets", marketing au masculin dans "La coupe est pleine", "Sortilège" bouclant la boucle.

Le tout est conté d'une plume habile et efficace, tendre ou acide, en plein accord avec son sujet, en tout cas jamais vulgaire malgré les territoires explorés. Un recueil à ne pas rater.

Pascale Pujol est à la Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 23 au soir et le samedi 24 février.




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