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vendredi 22 novembre 2013

L5 terroge: une romance est-elle un ovni?

Avec son joli titre écrit comme à la main en grand et en rouge vif, "Romance" est le nouvel et formidable album du génial Blexbolex  (Albin Michel Jeunesse, 280 pages).
Tout juste paru, il est le troisième et dernier opus d'un triptyque consacré par l'auteur-illustrateur français à l'imagier.
Très intriguant avec sa reine à diadème et longue robe volantée en couverture; au dos, on trouve une sorcière, un chat botté... Un air de conte classique?

Vite, vite, ouvrons ce livre, parent des deux précédents,  "L'imagier des gens" et "Saisons" (2008 et 2009, même éditeur), un peu plus petit mais tout aussi épais. Entièrement imprimé en écriture cursive.
Tout de suite, un mode d'emploi nous attend. A lire.
 

Blexbolex,  Bernard Granger de son vrai nom, a partagé son récit en sept séquences, de plus en plus longues, puisque chaque nouvelle reprend les éléments de la précédente et lui en ajoute d'autres. Comme ces jeux de mémoire où il faut rallonger une phrase sans rien omettre des versions précédentes.

Chaque chapitre est introduit par un texte bref que développent trois, cinq, neuf, dix-sept,  trente-trois images, etc.
L'école, le chemin, la maison pour la première séquence d'images.
L'école, la rue, le chemin, la forêt et la maison pour la deuxième.
L'école, l'inconnu, la rue, le pont, le chemin, les brigands, la forêt, la sorcière et la maison pour la troisième.
Une véritable contrainte oulipienne puisque:
5 = 3 +2
9 = 5 + 4
17 = 9 + 8
33 = 17 + 16
etc.
Une "amplification" dit l'OuLiPo.

Chapeau pour réussir ce contrat. Chapeau surtout pour l'émerveillement que procurent les images fourmillant de détails, complétant à merveille un texte plein d'aventures en lien avec les contes. On peut contempler ces magnifiques sérigraphies séparément, les comparer à leur version précédente dans l'album, les savourer par rapport au récit, solidement construit.

Chacune d'elle est soulignée d'un seul mot, souvent à l'endroit, parfois à l'envers, ou encore en mode "secoué" ou transparent. Comme si un sortilège lui avait été lancé. Normal pour cette "Romance" qui ne cache pas son inspiration.

Que s'est-il passé? (c)  Blexbolex/Albin Michel.



Qui pourrait imaginer qu'autant de choses puissent se passer sur le chemin qui va de l'école à la maison? Et pourtant! D'inquiétants personnages font leur apparition, un inconnu, deux brigands, une sorcière au nez bien crochu, qui jette un sortilège de renversement général (cfr la maison ci-dessus)!


Chacun se débrouillera à sa façon devant cette magie maléfique, Blexbolex nous le détaille avec un charme infini et un sens du suspense maîtrisé.


La reine est bien entendue également concernée. De rebondissements mineurs en rebondissements majeurs, en parallèle à l'enlèvement royal, à la guerre qui est déclarée, c'est aussi la vie de notre société qui apparaît, le délit de sale gueule par exemple. Mais tous les éléments des contes sont là, du farfadet à l'oiseau messager en passant par le dragon, le trésor ou le souterrain... Ils pimentent un récit rocambolesque qui tient vachement bien la route et qu'on suit avec passion jusqu'au bout.

Voilà un "page-turner" dans le meilleur sens du terme. Tout s'enchaîne, dévie, revient dans cette épatant album, magique à tous points de vue.

"Romance" est-il pour autant un "livre ovni", comme l'ont décrété les Pépites du Salon du livre jeunesse de Montreuil? Bien sûr que non. C'est un album pour enfants signé Blexbolex, tourbillonnant, décoiffant, exceptionnel tout simplement.

Il est même complètement dans la ligne des deux qui l'ont précédé. L'auteur-illustrateur français, y poursuit tout simplement son travail sur l'imagier avec sa technique de prédilection, la sérigraphie.



L'imagier des gens
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
2008
Précieuse leçon d'humanité que cet imagier au superbe graphisme composé d'aplats colorés juxtaposés. Dans les doubles pages se suivent toute une série de gens, jamais désignés par leur appartenance ethnique, mais par leur statut ou leur activité. On peut les identifier chacun, deviner le fil qui les relie, réfléchir aux idées qu'ils font naître, penser à soi, aux autres, à la vie. Le livre a reçu le Prix 2008 du Plus beau livre du monde!




Trois doubles pages de "L'Imagier des gens". (c) Blexbolex/Albin Michel.



Saisons
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
2009
Illustrateur surdoué, Blexbolex poursuit son exploration de l'imagier. Chaque image, sur simple ou double page, est uniquement accompagnée d'une légende la désignant. Après avoir présenté successivement les quatre saisons dans le même paysage, il précise son approche par diverses caractéristiques. "Un bourgeon", "une hirondelle", "une graine", "une pousse", "une asperge", "une fraise", etc., voilà le printemps. Mais pas tout le printemps! Il reviendra au cours des trois autres cycles de saisons qui composent ce livre subtil et original, mariant regroupements thématiques et sauts dans le calendrier. Jouant parfois avec le principe du marabout-bout-de-ficelle. Les plus attentifs repéreront des similitudes entre décors, objets et personnages, mais ce n'est pas essentiel. Cet album au graphisme magnifique est idéal pour s'ouvrir à la Beauté.




Trois doubles pages de "Saisons". (c) Blexbolex/Albin Michel.


Qui est Blexbolex?
Né dans le nord de la France, à Douai, en 1966, Bernard Granger – il prendra le pseudonyme de Blexbolex en publiant –  file vers le sud à
17 ans, pour étudier. Tenté par la bande dessinée, il entre à l'école des Beaux-arts d'Angoulême, mais en section la peinture.

Très vite, l''école l'ennuie. Il part faire son service militaire à Berlin. "Une ville contrastée, dure", dit l'invité des XVIIes Rencontres de la bande dessinée et de l'illustration de Bastia."Une ville étonnante parce qu'elle était bien sûr coupée en deux par le mur, mais aussi partagée en quatre entre parties française, anglaise, américaine et russe."

Il revient à Angoulême, termine ses études, rencontre la sérigraphie. Elle deviendra sa voie. Actuellement, l'auteur-illustrateur vit à Leipzig mais  sait qu'il retournera à Berlin.

Ces allers-et-retours caractérisent aussi son travail, constamment partagé entre bande dessinée et album, entre image et texte, entre revues et livres. Même si Blexbolex a aujourd'hui défriché son terrain: "Pour moi, le dessin n'est pas un contour avec du trait. C'est plus comme de la pâte à modeler où je peux enlever ou ajouter des parts. Les aplats sont pour moi une nécessité. Il m'est évident de découper une image par ses traits."

Son œil d'imprimeur ne passe rien aux livres de lui que l'on publie. "Je suis toujours assez déçu du résultat",avance-t-il, l'air de rien, même pas caché derrière ses lunettes rondes, "parce que je sais qu'on pourrait faire mieux. Un livre, c'est entre un mois et un an de travail. Je ne suis jamais content, sauf des deux imagiers que j'ai publiés chez Albin Michel Jeunesse."

Le premier, "L'imagier des gens", a frappé dès sa parution par la qualité de sa recherche graphique et son accessibilité. Quelle clarté dans la couleur et dans la forme des images, pas nécessairement aussi "rétro" qu'on le dit régulièrement. "Mon inspiration est quotidienne. Je regarde des gens et des choses. Cela se répercute dans mon imaginaire. Comme je n'ai pas de mémoire photographique, je dois trouver des codes. La démarche des artistes des années 20 et 30 est de l'ordre du réflexe pour moi. "L'imagier des gens" est un livre à la limite de l'utopie, avec son idée de couple dès le départ et sa construction en spirale où les univers des gens s'éloignent de plus en plus les uns des autres."

L'autre imagier, superbe lui aussi, "Saisons", paraît plus scénarisé. "Le livre est totalement différent de son intention. Pour parler du temps, on a besoin de souvenirs. C'est la mémoire qui crée le temps."

Auteur de l'affiche des XVIIes Rencontres de la bande dessinée et de l'illustration de Bastia (2010), Blexbolex en dit: "Je me suis amusé à m'autoparodier, tout en faisant un clin d'œil aux affiches anciennes vantant des croisières. Dès le départ, je savais que la typo devait intégrer l'illustration."



mercredi 29 novembre 2017

La Pépite d'or à "Nos vacances" de Blexbolex

Blexbolex remporte la Pépite d'Or 2017. (c) Albin Michel Jeunesse.

Fin du suspense à propos des Pépites 2017. Elles viennent d'être décernées ce mercredi 29 novembre en ouverture de la cérémonie d'ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Il restait vingt titres en lice, pour les quatre catégories définies cette année, les Pépites BD, Livre illustré et Roman étant attribuées par des jurys de jeunes lecteurs France-Télévisions (8-12 ans) et la Pépite d’Or étant  décernée par un jury de journalistes. Quels vingt titres encore, me direz-vous? Ben oui, la liste avait été établie il y a plus d'un mois. On peut la retrouver ici.

Palmarès 2017

Pépite d'or

"Nos vacances"
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
collection "Trapèze"
128 pages
en librairie le 1er décembre

Pépite Roman

"Des poings dans le ventre"
Benjamin Desmares
Rouergue
collection DoAdo noir
77 pages
sorti en janvier 2017





Pépite BD

"Momo" t.1
Jonathan Garnier
Rony Hotin
Casterman
92 pages





Pépite Livre illustré

"Colorama"
Cruschiform
Gallimard jeunesse Giboulées
280 pages








En détail

Dans "Nos vacances", épais livre sans texte, Blexbolex (lire ici) raconte uniquement par l'image les vacances de l'enfance. Quand on joue, quand on rêve, quand on est content, quand on est mécontent. Quand on est fâché même. Un livre inventif et drôle dont le "nos" du titre ouvre mille perspectives.

La trame est simple. Une petite fille passe des vacances chez son grand-père quand débarque un invité bizarre, un éléphanteau équipé d'un sac de golf! Elle boude, râle, fait la vie dure à l'invité. Elle n'a pas du tout envie de partager son grand-père. Les deux enfants se chamaillent autant qu'ils peuvent. Un soir, le vieil homme les conduit à la fête du village. La petite fille endormie devant un grand feu entame un "voyage céleste" et rencontre un bel enfant. Le lendemain, l'invité à quatre pattes repart avec son dresseur. La petite fille épie le train depuis un arbre. A une fenêtre, le petit éléphant lui fait signe. Et il n'est pas seul...

Le nouvel invité arrive. (c) Albin Michel Jeunesse.

Voilà un album aux magnifiques illustrations sur doubles pages, très construites mais limpides et loquaces, qui invite son lecteur à s'inventer et se raconter l'histoire. Pour cela, il devra regarder les images de près. Quel bonheur d'y voir s'y dessiner cette aventure peu commune. Quelle joie de repérer ici un détail de la complicité entre la petite fille et son aïeul, là une réplique de l'éléphanteau, là encore un comportement inhabituel chez les gens de l'âge du grand-père. L'histoire avance en créant en parallèle cent saynètes délicieuses, jusqu'à ce détour par le rêve.

Grand-Père ne ménage pas sa peine. (c) Albin Michel Jeunesse.

Un merveilleux album, porté par l'immense talent de Blexbolex, à regarder à l'infini et qui convoquera sûrement des souvenirs personnels de ceux qui le parcourent. A partir de 6 ans.



"Des poings dans le ventre" est un très bref roman avec lequel Benjamin Desmares a marqué la rentrée de janvier. Ecrit à la deuxième personne du singulier, il parle de façon magistrale de la violence à l'école, celle qui cache la fragilité. Un texte implacable.
Cette pépite confirme l'excellence de la collection DoAdo ou son pendant DoAdo noir.

Le début du roman peut être lu ici.




"Momo" est la première bande dessinée de l'illustrateur Rony Hotin, pas la première du scénariste Jonathan Garnier.
Il y est aussi question du parfum de l'enfance. Le temps des copains, des découvertes, des petites bêtises, des grands bonheurs et des gros chagrins. Le temps aussi d'un émerveillement constant que contrarient parfois les réalités du monde adulte.






Dans "Colorama", Cruschiform, pseudonyme d'une jeune illustratrice, propose son imagier personnel des nuances de couleurs. Si la couverture est un peu sévère, l'intérieur est beaucoup plus chaleureux. L'artiste a choisi 133 nuances qu'elle détaille par gammes chromatiques en autant de doubles pages. A droite, un aplat du ton, à gauche, une qualification de la couleur, une explication et un dessin en rapport. C'est souvent sérieux, parfois fantaisiste, toujours intéressant et extrêmement attrayant.

Si on passe les pages de droite à l'épreuve du flipbook, on y voit un défilé de couleurs passant de ton en ton. Quand on détaille les pages, on admire l'imagination de l'auteure et l'étendue de son nuancier qu'elle propose ici en rapportant des tas d'informations qu'elle partage d'un beau brin de plume et en d'attrayants dessins.

On peut feuilleter le début de l'album ici.




Trois de la vingtaine de tons de vert présentés dans "Colorama". (c) Gallimard.


lundi 22 décembre 2025

Treize albums jeunesse à la douzaine

Le capitaine Brett emmène Hyéronimus. (c) La Partie.
 
Choisis dans ce qui m'est parvenu depuis la rentrée de septembre, des albums de tous les genres mais qui réjouiront les jeunes lecteurs et les plus grands.
 
 

Aventures

Le temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 168 pages
dès 7 ans
 
Tout de suite, on reconnaît le style. C'est du Blexbolex! Oui c'est du Blexbolex mais dans un genre qui diffère légèrement de ses précédents ouvrages (lire ici). Cette fois-ci, l'inventif et exigeant auteur-illustrateur français s'essaie au roman d'aventures. Illustré bien entendu. Diantrement bien illustré. Et drôlement bien pensé car c'est un souvenir du narrateur qui est déroulé en forme longue. Le lecteur, rassuré sur la finale, va pouvoir embarquer dans les épisodes et craindre pour son héros. L'histoire tient autant du roman d'aventure que du récit initiatique. Un enfant envoyé chez son oncle le temps de l'absence de ses parents, doit triompher seul de diverses épreuves. Hyéronimus va à ces occasions rencontrer un pirate, le Capitaine Brett, à la mystérieuse apparence de mort-vivant, et sa fine équipe - on y reconnaît des personnages apparus dans "Les Magiciens". Alliés ou ennemis? Se pose constamment en sous-texte la question du bien et du mal. Le récit captivant, à la première personne, se déroule en plusieurs chapitres palpitants qu'on dévore avec appétit, pris par l'intrigue et ses rebondissements, amusé par le choix des noms des personnages et des lieux, séduit par l'impeccable qualité graphique des illustrations. Un grand Blexbolex (une fois de plus)! 
D'autres illustrations du livre ici.  
 
Hyéronimus ne se doute pas de ce qui l'attend. (c) La Partie.

 
 

Voix


Le tambour
Jeanne Saboureault
MeMo, 72 pages
dès 4 ans
 
Très beau récit initiatique que ce premier album d'une auteure-illustratrice française passée par Bruxelles. Il met en scène Siméon, un petit garçon qui ne parle pas mais s'exprime par son tambour qu'il ne quitte jamais. C'est dire si la disparition de l'instrument le jour de son sixième anniversaire le bouleverse. Il a perdu son meilleur ami, son doudou, son confident. Après avoir fouillé en vain toute la maison, le petit garçon décide de partir à sa recherche. Cette nuit-là! Il devra dominer ses peurs, écouter des sons différents, apprivoiser des animaux dont un criquet. Siméon découvre le monde en même temps que lui-même. Lors de ces diverses rencontres, il fera celle de sa voix. C'est un gamin grandi et apaisé qui rentre chez lui, invitant ses parents à admirer avec lui la beauté d'un lever de soleil. Un très joli texte rythme les magnifiques illustrations sur double page et nous fait partager avec douceur la quête, les sentiments et les émotions du petit héros. 
 
Là où naquit Siméon. (c) MeMo.
 
 
 

Attente

 
Le baiser du soir
Clémentine Beauvais
Camille Romanetto
Sarbacane, 32 pages
dès 3 ans
 
Qui a écrit "Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux." Marcel Proust évidemment, dans "Du côté de chez Swann", le premier volume de sa "Recherche". Faut-il dès lors le proposer aux enfants? Non, bien entendu, sauf si on en prend l'exquise version qu'en donne Clémentine Beauvais. Du fameux "Baiser du soir", elle a fait un "Baiser du soir pour les tout-petits". Soit vingt-quatre courtes phrases où elle exprime à merveille l'attente, le désir, l'accomplissement et le déchirement ensuite. Une scène du quotidien des petits enfants, un drame parfois, un moment parfait aussi. Un magnifique album, philosophique en filigrane, qui interroge le temps, sa puissance et sa force, porté par les délicates images de Camille Romanetto, dans un clair-obscur où joue la lumière d'une bougie, un des indices de ce temps passé.
 
Attendre le baiser du soir. (c) Sarbacane.



 Frissons

 
Histoires du soir
pour enfants très courageux
Nikolaus Heidelbach
Ole Könnecke
traduit de l' allemand
par Svea Winkler-Irigoin
l'école des loisirs, 40 pages
dès 4 ans
 
On connaît bien et on aime beaucoup les illustrateurs allemands Nikolaus Heidelbach (lire ici) et Ole Könnecke (lire ici). Des histoires formidables dans des genres littéraires et graphiques très différents. Alors les retrouver ensemble en auteurs-illustrateurs du même album intrigue. Comment allaient-ils s'appairer? Le plus simplement du monde, chacun gardant son style au profit d'une histoire commune. Celle des enfants Boris et Céleste qui vont rester seuls à la maison ce soir, leurs parents étant de sortie. Le grand frère doit veiller sur sa petite sœur, la faire manger, la coucher et lui raconter une histoire. Justement! Céleste veut une histoire qui fait peur. Boris jubile mais rien de ce qu'il raconte n'impressionne la demoiselle: "C'est ennuyeux", "ça ne fait pas peur du tout, "elle était drôle, cette histoire", etc. A noter que c'est Könnecke qui signe les scènes dialoguées avec les enfants en page de droite alors que Heidelbach s'occupe de représenter dans son style les histoires racontées. De page en page, la situation dégénère entre le frère et la petite sœur insatisfaite, jusqu'à la malicieuse finale.
 

La bonne volonté de l'un, la mauvaise foi de l'autre. (c) l'école des loisirs. 

  
 
 

Devinettes

 
Contes en valise
Emilie Chazerand
Emmanuelle Houdart
Editions Thierry Magnier, 48 pages
dès 5 ans
 
On a beau connaître les contes sur le bout des doigts, quand ils apparaissent déstructurés, c'est plus compliqué. La preuve dans cet exquis livre-jeu de devinettes. Dix-sept personnages de ces récits ont vu leurs valises s'ouvrir et se mélanger. A charge des lecteurs de les identifier en fonction de leur contenu. Une quinzaine d'objets chaque fois, complétés d'un intrus, dessinés en page de droite. La réponse avec la vue de la valise se trouve en page de gauche suivante. Cela a l'air tout simple. Ce l'est au début avec le Petit chaperon rouge dont tout le monde identifie la capeline. Pour recouper ses informations, on voit aussi, entre autres, un panier, un pot de beurre, une galette, un couteau... Et la valise écarlate apparaît sur des pattes de loup! Ce n'est plus aussi facile ensuite mais c'est terriblement amusant de repérer les objets et d'émettre des hypothèses. Dix-sept contes sont passés à cette malicieuse moulinette, joyeuse et splendidement illustrée à la mode Houdart, à la fois détaillée et pleine d'imagination. 
 

Après le Petit chaperon rouge,  une autre devinette
 facile à  résoudre. (c) Ed. Thierry Magnier.

 

Leporello 


Les trésors de petite fourmi
Anouck Boisrobert
Louis Rigaud
Hélium, 24 pages
dès 5 ans
 
Un leporello, on sait ce que c'est, un livre accordéon. Celui-ci a la particularité d'être un leporello animé. Non seulement, on le déplie pour suivre le trajet de la petite fourmi, sur terre dans un sens, sous terre dans l'autre, mais en plus il y a des tas de rabats à manipuler et de découpes pour encore mieux observer l'insecte. On suit la petite fourmi dans sa promenade, elle qui amasse des tas de choses découvertes par hasard et qui peuvent lui être utiles, du grain de sucre à la plume d'oiseau en passant par la graine de pissenlit. Quand un moineau la menace, c'est sauve-qui-peut! La fourmi trouve refuge dans une galerie sous terre où chaque élément ramassé va trouver son utilité. Elle arrivera en finale dans sa fourmilière mais quel parcours! Une merveille d'observation et de conception technique, portée par des illustrations qui accueillent quelques collages d'éléments trouvés dans la nature. De quoi comprendre et admirer ces vies minuscules.
 
Album en leporello. (c) Hélium.
 
Trouvailles sur terre. (c) Hélium.
 

 Trouvailles sous terre. (c) Hélium. 

  
 
 

Arrières

Queues
Olivier Charpentier
Seuil jeunesse
64 pages
dès 6 ans 
 
Entre beau livre, documentaire et imagier, voici un album splendide et fascinant sur la queue des animaux. Drôle de sujet? Sujet parfaitement maîtrisé avec ces 22 animaux dont les appendices sont explicités, à la fois par un texte documentaire plaisant à lire et des portraits peints d'une très grande beauté à observer. Avant de découvrir la surprise du 23e sujet, on aura appris l'utilité de la queue du cochon bien entendu, il est le roi de la catégorie, mais aussi, celle du paon, de la mouffette, du cachalot, du lombric, du panda roux, du lézard et d'autres encore. Une belle preuve de la diversité du vivant et de son évolution comme l'a décrite Charles Darwin.
 
 
La queue du cachalot. (c) Seuil Jeunesse.

 
  

Rencontres

 
Le talisman
Ronald Curchod
Rouergue, 56 pages
dès 6 ans
 
Allongé au pied d'un arbre, un garçon regarde ce qui se passe autour de lui dans la forêt. Ou qui passe. Un pic qu'on découvre dans une des magnifiques  peintures sur double page, un lièvre qui guette et fuit, entraînant le contemplateur sur ses traces. Au sortir du bois, il va voir un lac, une barque, une jeune fille. Le lièvre s'y installe, la barque s'éloigne, la jeune fille rame vers une île. Le garçon attend. Rien. Il reviendra le lendemain, il guettera encore et encore. Une effraie passe au-dessus de lui. Est-ce elle qui le décide à prendre la barque? Il se rend sur l'île à son tour où il fera rencontres et découvertes... Un album mystérieux et énigmatique, terriblement attrayant par son sujet évoqué en petites touches de textes et par ses splendides, lumineuses et riches illustrations. A noter la très belle mise en page alternant double page avec des textes éparpillés et double page illustrée à bord perdu.
 
Vers où le lièvre conduit-il? (c) Rouergue.

 

Regards
 

Qui voit là?
Caroline Gamon
Hélium, 40 pages
dès 4 ans
 
Dès la première page de ce malicieux album en boucle, on retrouve le très beau  graphisme découvert dans l'excellent premier album en solo de l'auteure-illustratrice "Boucle d'or en chemin" (Hélium, 2024). Dans la forêt, toute une série d'animaux admirablement croqués de face - avec de petits trous pour leurs yeux - donnent des éléments qui composent le portrait de la créature étrange qu'ils ont croisée. Ce qui est amusant, c'est que la caractéristique qu'ils mettent en avant est le contraire de ce qu'ils sont eux. Le lecteur est de plus en plus intrigué. Et ce ne sont pas les premiers larges paysages forestiers qui lui donneront la réponse. Jusqu'à ce qu'il arrive à l'image lui donnant la réponse et qu'il soit ainsi ramené à l'animal du début de l'album. Une excellente idée que cet album invitant à se mettre à d'autres places que la sienne.
 
Pour le lièvre, la créature a de toutes petites oreilles. (c) Hélium.
 
 
 

Plongeons

Baleinoïde
Baptiste Gaillard
Sylvie Mermoud et Pierre Bonard
Askip, 76 pages
pour tous

En couverture, l'œil d'une baleine vous fixe. Le cétacé est fréquent en littérature, et même en littérature de jeunesse. Mais plonger dans cet œil-ci ouvre un monde particulier, celui des sensations, celui de la poésie. L'immense mammifère marin est approché par les bribes de texte qui tentent de le cerner au travers des âges et de ses représentations. L'immense mammifère marin est aussi magnifié par les splendides dessins aux crayons de couleur à quatre mains. L'immense mammifère marin se révèle ou se dérobe grâce aux pages de calque, parfois imprimées, qui enrichissent la lecture. Cet univers marin, à la fois connu et étrange, invite à se laisser porter, à se laisser voguer du rivage aux abysses, des croyances à la science. Un ouvrage pour rêver et se découvrir.

Une image reproduite de part et d'autre d'une page. (c) Askip.


 

Échanges

Oh là là, voyez-vous ça!
Michael Rosen
Helen Oxenbury
traduit de l'anglais par Maurice Lomré
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages
dès 3 ans
 
Quel plaisir de retrouver le duo britannique aux commandes d'un délicieux album randonnée. On en avait eu l'annonce en juin (lire ici). Le voilà pour de vrai, dans un format un poil plus réduit que leur célèbre "La chasse à l'ours". Le gamin narrateur se rend en sifflotant dans différents magasins avec des tas de projets d'achats. Mais il ne reçoit jamais ce qu'il demande: "A la place, on me donne..." Autant de surprises sous forme d'animaux sont à ces rendez-vous, présentées dans un joli texte aux rimes de mirliton et dans les illustrations. Une joyeuse malice qui n'est pas sans faire penser à cet autre classique qu'est "Préférerais-tu?" de John Burningham (1936-2019, lire ici). Ce que les enfants voient dans les images et que le texte ne dit pas, c'est qu'une cohorte composée de tous ses "achats" suit le protagoniste. Jusqu'à ce que le "chiot tout foufou" y mette un complet bazar! Un désastre interrompu par un "Toc, toc." Qui est à la porte? Une autre cohorte, d'humains bien chargés cette fois, qui mènent à la fête finale et à la sortie de tous les personnages en nouvelles paires en pages de garde arrières. 
 

Pantone

 
Couleurs de ciels
Alexandra Lafitte
Les Grandes Personnes
80 pages
pour tous
 
Regardez le ciel. Regardez-le dix minutes plus tard, il a changé. Regardez-le une heure plus tard, il est encore différent. C'est ce que nous montre superbement cet album de moyen format, un premier livre. Entre ses deux couvertures en gros carton, une exploration des couleurs du ciel au long d'une journée. Des peintures numériques abstraites, imprimées en couleurs Pantone, traduisant des souvenirs, des sensations, des observations. Sous certaines, quelques mots qui racontent aussi le ciel. "Le jour s'éveille là." ou "Le jour s'éveille ici." ou "Temps de pluie..." ou "Temps radieux..." Les couleurs du ciel, miroirs de nos émotions? Certainement. A chacun de se laisser emporter par ce livre d'artiste qui a la particularité d'avoir quatre couvertures différentes.
 
Les quatre couvertures. (c) Les Grandes Personnes.


 
"Le jour fatigue". (c) Les Grandes Personnes.

 
  
 

Personnages


Le casting

Gilles Bachelet
Seuil jeunesse, 72 pages
dès 6 ans
 
En 2019, Gilles Bachelet publiait un coffret réunissant trois de ses albums-culte, "Mon chat le plus bête du monde" (2004), "Quand mon chat était petit" (2006) et "Des nouvelles de mon chat" (2009). On y trouvait aussi un inédit, "Le Casting". C'est précisément cet album extrêmement amusant qui sort maintenant en solo, dans un format légèrement agrandi. L'auteur nous explique doctement, par le texte et l'image, comment vivent ses personnages quand les livres sont terminés, comment ils peuvent aussi l'aider à trouver un nouveau héros. Et ça dépote! Entre réunion de crise, lettres de candidature et évidemment le casting des candidats, tous des animaux - on voit même passer le Pomelo de Benjamin Chaud (lire ici), qu'est-ce qu'on rigole! Ils sont incroyables dans leurs présentations pour séduire ou amadouer un jury où l'on retrouve le chat le plus bête du monde, le singe à Buffon, Champignon Bonaparte, le lapin blanc, l'autruche qui manque aux contes de fées, le chevalier de ventre-à-terre. Et si on examine bien les candidats qui se présentent, certains sont les héros d'albums parus, la licorne Poufy, les gants de vaisselle, les extraterrestres XOX et OXO, le dragon de l'hypermarquête... A part le papillon de "Une histoire qui...", tout le monde est là (lire ici)!
 
Les candidats au casting. (c) Seuil Jeunesse.

Biblio de Gilles Bachelet
  • "Ice Dream" (Crapule Productions, 1984, puis Harlin Quist, 1998)
  • "Hôtel des voyageurs" (Crapule, 1986, puis Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Le singe à Buffon" (Seuil Jeunesse, 2002)
  • "Mon chat le plus bête du monde" (Seuil Jeunesse, 2004)
  • "Champignon Bonaparte" (Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Quand mon chat était petit" (Seuil Jeunesse",2007)
  • "Il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées" (Seuil Jeunesse, 2008)
  • "Des nouvelles de mon chat" (Seuil Jeunesse, 2009)
  • "Madame le Lapin Blanc" (Seuil Jeunesse, 2012)
  • "Le Chevalier de Ventre-à-Terre" (Seuil Jeunesse, 2014)
  • "Une histoire qui…" (Seuil Jeunesse, 2016)
  • "Une histoire d'amour" (Seuil Jeunesse, 2017)
  • "XOX et OXO" (Seuil Jeunesse, 2018)
  • "Coffret Tout mon chat" (Seuil Jeunesse, 2019)
  • "Résidence Beau Séjour" (Seuil Jeunesse, 2020)
  • "L'Hypermarquête" (Seuil Jeunesse, 2024)
 

 Et les Belges? Au prochain post.