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jeudi 21 août 2014

Deux Pétronille pour le prix d'une seule, celles d'Amélie Nothomb et de Claude Ponti

C'est une habitude pour moi, la rentrée littéraire commence avec Amélie Nothomb. Je l'avais expliqué l'an dernier. "Pétronille", le vingt-troisième roman d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 169 pages), sort donc en librairie aujourd'hui.

Pétronille! Un prénom qui, dès son annonce, m'a immédiatement fait penser à un des premiers albums de Claude Ponti, "Pétronille et ses 120 petits" (L'école des loisirs, 1990, lire en fin de note).

Le portrait court de la Pétronille d'Amélie apparaît en quatrième de couverture: "Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans." Amélie ne reconnaît pas tout de suite, lors de cette séance de dédicace, la jeune femme avec laquelle elle correspond. Mais bon, c'est elle.

On en saura plus sur elle tout au court du roman qui débute fin 1997, Amélie a alors trente ans - elle est née le 13 août 1967 à Kobé. Le récit portera sur plusieurs années, plus de dix. Pétronille est écrivain comme Amélie. A vingt-deux ans, elle débarque dans le milieu de la littérature avec l'idée d'un premier livre. Elle aime le champagne comme elle. Ce nouveau roman d'Amélie Nothomb, écrit à la première personne, commence d'ailleurs avec les effets du précieux vin à bulles: "L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci." Le ton est donné, Amélie va nous entretenir de ses chères bouteilles de champagne et de l'ivresse à nulle autre pareille qu'elles lui valent. De son souci de trouver un compagnon ou une compagne de beuverie. Ce sera Pétronille, elle le comprend tout de suite.

Amélie Nothomb. (c) Patrick Swirc.
Dans ce vingt-troisième roman, la romancière nous parle de tout, de littérature, d'édition, de libraires, de sa vie, d'auteurs contemporains, de sa sœur Juliette, de ses parents, mais surtout de rien. Les petites bulles qu'elle fait naître tout au long des pages ne provoquent pas d'ivresse, laissent surtout l'impression d'un texte transparent, même s'il se présente comme autobiographique. Que ce soit l'escapade à Londres ou en montagne, les promenades à Paris, le chemin d'une jeune auteur, le nouvel an à Antony, le voyage à pied de Pétronille au Sahara, son retour, jusqu'à la finale.
"Foutreciel!", Amélie, reprends-toi.

Laissons la question habituelle à Pascal Fioretto, auteur de l'excellent livre "Un condamné à rire s'est échappé" (Plon, à paraître le 4 septembre): "Comment Amélie Nothomb fait-elle pour accoucher de plusieurs romans par an, en noyer deux ou trois et ne laisser vivre que son préféré?" Son préféré pour 2014 a donc été "Pétronille", tant pis pour nous.

Pour s'en faire une idée, la lecture du début de "Pétronille".




Mais revenons à l'autre Pétronille, celle de Claude Ponti, une maman de 120 petits ("douze fois tous les doigts des deux mains") qui navigue entre mille péripéties
On découvre dans "Pétronille et ses 120 petits" (L'école des loisirs, 1990), premier album de Ponti chez cet éditeur qui deviendra le sien, que la maman s'occupe seule de ses cent vingt petits car son mari, l'explorateur Everest - look Tintin, pantalon de golf et chandail -, est au loin.

Si ce format à l'italienne est un délicieux pot-pourri dédié aux enfants, les parents ne seront pas déçus. On y trouve des comptines, celles de la souris verte et de la poule sur son mur et des clins d'yeux littéraires, une madeleine proustienne, une petite Adèle et des poussins. Déjà!

Pétronille et ses 120 petits. (c) L'école des loisirs.

Mille détails dessinés, insolites ou carrément fous, font de chaque situation une scène complète à observer. De quoi parler, sourire et rire. A la première page, le soleil se lève: il repousse oreillers et couverture et s'étire. Plus loin, on fait la connaissance des cent vingt petits de Pétronille, habillés pour moitié de bleu et pour moitié de rose. Affamés, ils prennent tous ensemble sur les genoux de leur maman (!) leur biberon (!). Un astucieux système multi-tétines permet ce repas simultané... Dans un coin de la chambre, une boîte de mille couches-culottes... Et ainsi de suite.

Le scénario est simple: Pétronille part faire ses courses - elle achète, entre autres, cent vingt sucettes chez l'épicier. Sur le chemin du retour, elle est attrapée par le gros et bête Cafouillon. Comment arrivera-t-elle à lui échapper? Claude Ponti n'hésite pas à utiliser tous les artifices, même les plus gros, pour faire progresser l'histoire. Les enfants vivent aussi dans un monde où se mêlent réalité et imaginaire. Il leur est facile d'admettre que Pétronille soit sauvée par la casserole où elle est prise pour une souris verte par des messieurs qui veulent la transformer en escargot: le récipient prend tout simplement ses jambes à son cou! Sa passagère, après avoir consolé un troupeau de roches endormies, passe de l'autre côté du rideau - de pluie -, et prend un mauvais chemin, "qui fait exprès de perdre les gens".

Elle échappe à des plantes féroces grâce à une corde de poussins mais n'a pas encore retrouvé son chemin pour autant. Les événements s'enchaînent: Pétronille réconforte une madeleine chagrine, se retrouve prisonnière d'un océan. Là, elle récupère un de ses enfants et apprend que pendant son absence, ses petits ont reçu la visite d'un horrible monstre. Ils les a tous enlevés sauf deux.

Pourra-t-elle les sauver? Heureusement la Maman-de-Toutes-les-Mamans lui vient en aide. Pétronille se précipite. Elle arrive au moment où le vilain Sagoinfre s'apprête à dévorer ses petits...

Un terrible combat s'engage. Son issue sera bien entendu favorable à Pétronille et ses petits, grâce à une intervention providentielle du papa, Everest, de retour parmi les siens.

Tout est donc bien qui finit bien, si ce n'est qu'enfants et parents se trouvent toujours en territoire inconnu. La plume d'une poule découverte sur un mur permettra à tous de rentrer chez eux, histoire d'organiser une grande fête.







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