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mardi 25 août 2015

Le conte sur le comte de la baronne Nothomb

Les lecteurs de ce blog le savent désormais. Ma rentrée littéraire commence toujours par le nouveau roman d'Amélie Nothomb (lire ici). Le cru 2015 s'intitule "Le crime du comte Neville" (Albin Michel, 135 pages), en hommage à l'écrivain irlandais Oscar Wilde et plus particulièrement à sa nouvelle "Le crime de Lord Arthur Savile" (1887). Il s'agit du 24e roman publié depuis 1992 par la Belge devenue baronne le 21 juillet - fille du baron Patrick Nothomb, elle était noble mais non titrée puisque femme!

Ironie du sort, ce nouveau livre se déroule dans le petit milieu de la noblesse belge, milieu que la romancière connaît bien et qu'elle bouscule gentiment. Savait-elle en l'écrivant qu'elle serait anoblie lors de la fête nationale belge? Le roman était alors imprimé depuis longtemps. On sourit en tout cas en découvrant ses portraits.

Tout commence chez une voyante au nom incroyable, Rosalba Portenduère. Le comte Neville lui rend visite. S'inquiéterait-il de son avenir, la suite du livre justifiera grandement ses craintes, ou de celui de son château? Non, il vient y récupérer sa troisième enfant, Sérieuse, 17 ans, qui a fugué et a été récupérée par la dame. Laquelle profite de la venue du comte pour lui asséner qu'il va tuer quelqu'un lors de la grande fête qu'il va bientôt donner! Double surprise chez le noble.

Amélie Nothomb. (c) Olivier Dion.
Après cet agréable début, mais tous ses débuts de livres sont réussis, Amélie Nothomb va nous entretenir avec ses mots toujours aussi bien choisis de la famille du comte, Madame, les deux enfants aînés, Oreste et Electre, 22 et 20 ans, la tante décédée, et de la faillite économique de la petite entreprise familiale. Les affaires vont tellement mal qu'il va falloir prendre des mesures définitives. Le comte en souffre terriblement, lui qui adore recevoir du monde et chouchouter ses hôtes. Mais il assume le destin funeste de sa lignée - il en a souffert aussi quelques années plus tôt.

La garden-party annuelle qui approche s'assortit toutefois pour lui d'un nuage bien sombre: cet assassinat qu'il va commettre. Qui? Pourquoi? Ado plus que décidée malgré son changement de comportement quatre ans plus tôt, Sérieuse a bien des idées sur la question et une façon définitive de ligoter son père... Mais quand même, il hésite.

On n'en dira pas plus de l'intrigue de ce conte plaisant si on accepte de se laisser conduire les yeux fermés par l'auteur. Amélie Nothomb n'hésite pas à utiliser tous les ressorts possibles à la fin d'un long suspense pour finir son histoire. Avec moi, ça a marché! Et j'ai aimé ses moqueries sur les mots à la mode, comme les "ressentis" évoqués par Sérieuse et par son père. Sa chiquenaude à Fleur Pellerin à propos de sa (non) lecture de Patrick Modiano. Son intérêt pour les gens et les ados dans cete histoire et son imagination sans limite quand il s'agit de mêler tragédie grecque et conte ardennais. "Le crime du comte Neville" n'est sans doute pas inoubliable mais il fonctionne bien si on accepte le jeu proposé. "Ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne", dit la quatrième de couverture.

Pour en lire les premières pages, c'est ici.

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