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vendredi 7 février 2020

Quatre auteur/autrices sur un canapé

Console, lutrin, canapé attendent les artistes. (c) Laurent de Sutter.


Pas besoin de glisser une pièce dans la fente du juke-box au théâtre 140 pour s'en mettre plein les yeux et les oreilles. Pour célébrer la littérature d'une autre manière. C'est sur la scène du théâtre que se déroule la soirée concoctée par Isabelle Wéry, toujours prête à se lancer dans une aventure inédite. "Stories & juke-box" était la deuxième séance imaginée par elle dans le cadre de la carte blanche que le 140 lui a donnée pour trois ans (lire ici). Une réussite. Tous les sièges étaient en plus occupés, autre réussite.

Quelle est la relation des auteurs à la musique?, s'est demandé Isabelle Wéry. Elle a donc rassemblé quatre auteur/autrices lauréat(es) du Prix de littérature de l'Union européenne, Gabriela Babnik, Carolina Schutti, David Machado et elle-même. Elle les a passé(es) à une double question de Laurent de Sutter. Il/elles étaient ensuite invité(es) à lire dans leur langue (traduction projetée) un extrait de leur livre primé, le fond musical étant l'interprétation live par le DJ et éditeur Pierre De Mûelenaere des musiques qu'il/elles lui avaient confiées un peu plus tôt.

Nonante minutes de bonheur, le temps d'un trajet Thalys sans sanglier sur la voie.
Nonante minutes qui donnent envie de plonger ou de replonger dans les livres entraperçus au cours de ces brillantes lectures.

Début en fanfare avec la Slovène Gabriela Babnik qui a besoin de silence pour écrire(!), mais de musique pour lire. Néanmoins Salif Keita accompagne la lecture de "La saison sèche" (traduit du slovène par Florence Gacoin-Marks (Litterae slovenicae, 2016, 12016, 373 pages), qui se déroule en Afrique et étudie la relation entre  une designer de soixante-deux ans, venue d'Europe centrale,  et un Africain de vingt-sept ans, qui a grandi dans la rue et a été victime de toutes sortes d'abus.



Carolina Schutti entretient, elle, une relation profonde avec la musique. L'Aurichienne a été musicienne avant d'écrire, étudiant la guitare classique et le chant. Elle utilise son savoir musical pour écrire. "Ce qui compte le plus", dit cette amoureuse de la musique baroque et de la musique contemporaine, "c'est l'espace entre les notes et non les notes."
Vivaldi, du jazz et une pièce composée par son mari musicien résonnent pendant la lecture de "Un jour j'ai dû marcher dans l'herbe tendre" (traduit de l'allemand (Autriche) par Jacques Duvernet, Le Ver à soie, 2018, 120 pages), un superbe livre court et dense sur la perte de la mère, la perte de la langue, la perte des souvenirs et les réminiscences fortuites.


Metteuse en scène, actrice, autrice de trois romans, la Belge Isabelle Wéry a la musique dans la peau. "J'écris beaucoup en musique, avec un casque sur mes oreilles. Mais de la musique différente pour chaque roman." Elle lit un extrait de la fin de "Marilyn désossée" (Maelström Editions, 2013, 178 pages) aux sons d'une musique référencée dans le livre et d'artistes berlinois qu'elle a entendus à Shanghai où elle a été en résidence deux mois. Un texte brillant, surprenant, réjouissant, qui passe formidablement bien à l'oral.



Pour le Portugais David Machado, la musique est importante quand il écrit."Il faut que je trouve la bande-son et qu'elle corresponde aux personnages". C'est Bruce Sprinsteen, le boss, qui est revu par le DJ pour ce dernier set, "Indice de bonheur moyen" (traduit du portugais par Vincent Gorse, L'Aube, 2019, 455 pages), un journal intime inversé, qui anticipe le futur et se heurte à la crise qui frappe le pays. Quelques ratés dans la projection de la traduction font hélas un peu perdre le fil de ce texte tentant.




A vos bibliothèques, à vos librairies. L'apéro de nonante minutes ouvre fortement l'appétit de lire.



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