Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est revue. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est revue. Afficher tous les articles

vendredi 12 juillet 2024

Philosophie, philosenfants

"C'est quoi rêver?", thème du numéro de juin. (c) Philéas & Autobule.

Tous ceux qui fréquentent des enfants savent leur goût pour la discussion, pour la réflexion. Et ce dès le plus jeune âge, à partir de la deuxième année de maternelle. Savent-ils qu'ils philosophent? Ce n'est pas le plus important. Ce qui compte, c'est de philosopher avec eux. C'est ce à quoi s'emploie fort bien la revue belge "Philéas & Autobule". Destinée aux 8-13 ans, elle paraît cinq fois par an, centrée chaque fois sur un thème, la solidarité, le passé, l'art... Le dernier en date, dans le numéro 90 de juin, est "C'est quoi rêver?"

Comme à chaque parution, le numéro fourmille de questions: rêve ou cauchemar, rêve ou réalité, rôle du rêve, rêve éveillé, ambition et utopie... Et pour finir: les rêves nous aident-ils à vivre? Ces interrogations sont aussi bien portées par les deux héros récurrents, les petits philosophes Philéas et Autobule, qu'à travers BD, récits, expériences, jeux, etc. Autant de clés tendues aux parents pour ouvrir le dialogue avec leurs enfants. Le numéro comporte aussi un dossier pédagogique à destination des enseignants ou des animateurs jeunesse, à télécharger gratuitement dans l'espace éducation du site (ici).

Ludique et dynamique, accessible et riche de contenus, la revue "Philéas & Autobule" veut inciter les enfants à développer leur esprit critique, leur capacité à s'exprimer, leur confiance en eux, leur imagination, les pousser à échanger, à faire leurs choix personnels, leur révéler leur capacité d'empathie. Elle est portée par deux ASBL du CAL (Centre d'action laïque), Laïcité Brabant Wallon (Centre de réflexion et d'action progressiste en Brabant wallon) et Entre-vues (Pédagogie de la philosophie et de la citoyenneté). Les espaces rédactionnels sont évidemment vus par des enseignants et des animateurs d'ateliers de philosophie.
 
Différents aspects graphiques du numéro en vente.
 
Introspection. (c) Philéas & Autobule.

Récit. (c) Philéas & Autobule.

BD. (c) Philéas & Autobule.

BD historique. (c) Philéas & Autobule.

Créée en septembre 2006 avec comme thème "Penser le temps", la revue entame allègrement sa nouvelle saison, la dix-neuvième, dont voici le programme:
  • Octobre 2024: "C'est quand le bonheur?"
  • Décembre 2024: "Pourquoi s'intéresser à l'Univers?"
  • Février 2025: Choisir (titre à venir)
  • Avril 2025: La technologie (titre à venir)
  • Juin 2025: La magie (titre à venir)
Infos pratiques sur le site de la revue (ici). 
 

* *
*
 
 
Philéas & Autobule, ce sont aussi des albums jeunesse très réussis. Trois existent actuellement, à lire dès 5 ans.
 
Tout est si grand – Chanson qui s'épanouit
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Bernardo P. Carvalho
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2022, 40 pages
 
Quand un jour de vacances d'été invite à la contemplation et fait naître les émotions, à travers un inventaire joyeux et subjectif de ce qui grandit ou bouge. Les éléments concrets et les idées poétiques sont portés par de magnifiques paysages sur double page aux couleurs intenses.
 

Hé, Big Bang ! (Personne n’a dit que c’était facile)
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Bernardo P. Carvalho
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2022, 40 pages
 
Ce matin-là, le cheval Big Bang se réveille avec une idée sur le bout de la langue… Mais quelle idée? Comment va-t-il arriver à le savoir? Il part à sa recherche mais est sans cesse interrompu par une ribambelle de trouble-fêtes qui apparaissent dans des paysages aux couleurs éclatantes.
 
 
Une table est une table. Vraiment?
texte d'Isabel Minhós Martins
illustrations de Madalena Matoso
partie philo de Mélanie Olivier
traduit du portugais par Filomena Fatelo et Carine Simão Pires
Philéas & Autobule
2023, 40 pages
 
Une table pourrait-elle être plus qu'une table? Ébranlée par les mots de son grand-père qui évoque des souvenirs, Rosa mène l'enquête. La petite fille interroge successivement le menuisier, le poète, la collectionneuse, l'astronome… Chacun a sa réponse... Et elle?



mardi 23 mars 2021

Une nouvelle revue de bande dessinée

Les pages 2 et 3. (c) CBBD.


Aimez-vous le "Moniteur belge"? Rêvez-vous de l'avoir en version illustrée? Une variante existe maintenant grâce au CBBD (Centre Belge de la Bande Dessinée) qui lance son magazine trimestriel "Le Dessableur" (52 pages tête-bêche français-néerlandais, 5 euros), en format A4. Objectif: "mettre en lumière des sujets et des auteurs de bandes dessinées peu évoqués, voire même jamais abordés par le CBBD lui-même", explique le rédacteur en chef, Greg Shaw, dessinateur et bibliothécaire du centre. Bonne idée que la revue en deux langues mais pour le reste, quel désastre graphique!

Certes, je suis née bien avant que ne disparaisse il y a vingt ans le "Préambulle", la précédente revue du Centre Belge de la Bande Dessinée, rappelée à l'occasion de la nouvelle parution, mais on m'a toujours appris qu'il fallait appâter le lecteur par une mise en pages attrayante et que le blanc était une "parure typographique". Or, point de blanc dans "Le Dessableur". Les pages sont bourrées à la gueule, comme ces vieux fusils qu'on remplissait trop pour qu'ils explosent mieux. Et c'est ce qui se produit: les articles, sûrement intéressants, vous pètent à la figure. Marges réduites, ni haut de page, ni pied de page, illus tapées dans les deux colonnes de texte. Aucune mise en valeur des images - oserais-je dire que je les avais prises pour des publicités. 

Si le nom "Dessableur" a été choisi pour évoquer un dépoussiérage de l'institution située rue des Sables, on voit tout de suite quel autre usage pourrait être fait du terme choisi. Dommage qu'une nouvelle revue, riche d'informations, apparaisse ainsi illisible, ne donnant ni envie de la lire ni envie de la regarder, ses illustrations étant tuées par la mise en page. A condition bien entendu qu'on soit parvenu à dépasser les pages 2-3, peu engageantes.

Les pages 4 et 5. (c) CBBD.

Certes, je suis peut-être démodée ou vieux jeu, mais comment peut-on publier aujourd'hui une revue  qui devrait faire s'évanouir tout graphiste professionnel. A moins que ce ne soit le style actuel, mode, contemporain? Dommage pour les articles, ceux qui les ont écrits, ceux qui les liront. Ou pas.

Les pages 12 et 13. (c) CBBD.


Au sommaire

  • page 4: "Supermatou de Jean-Claude Poirier", par Moaj m'Bien
  • page 8: "La bande dessinée muette", par Sébastien Ory
  • page 18: Du côté de la rue des Sables, annonces diverses
  • page 22: "Richard de Querelles", par Frédéric Paques et Hugo Piette, une BD belge d'avant 1930
  • page 24: Visuels du déluge à Bruxelles (titre du sommaire, non repris avec les dessins) 











mercredi 25 septembre 2019

La langue dans quelques-uns de ses états

Les cartes du projet "Converser" dans "8 1/2". (c) Elise Simonet.

Donner sa langue au chat? Donner sa langue aux chats? Oui mais à combien de chats? On peut jouer sur les mots à l'infini, et l'exercice est extrêmement plaisant. On peut aussi savourer l'exercice réalisé par d'autres. Comme dans ces trois publications qui explorent la langue chacune à sa manière, une revue, un album pour enfants, un recueil de nouvelles.


Le hors-série "8 1/2" de la revue "Papier Machine"


Œil pour œil, dent pour dent, la  revue bruxelloise de création poétique "Papier Machine", dédiée à la langue française et surtout à ses interstices, en vrai papier relié (deux numéros par an), a décidé de marquer ses cinq ans par un numéro hors-série s'intercalant entre le n°8 et le n°9 (112 pages, en librairie). Logiquement intitulé "8 1/2", merci Federico, il questionne tout aussi logiquement la langue, notre langue, et non un mot-étincelle comme les numéros habituels. Comment on cherche nos mots. Comment on les choisit. Comment on ne les choisit peut-être pas. "Ce numéro pas comme les autres cherche à rendre visible un peu de ce qui inspire, qui bloque ou indigne." Enquête, cartes blanches, entretiens dont les fruits sont rassemblés ici.

Si "Papier Machine (qui ne dit mot consent" se présent en format "portrait", pour lire la revue, il faut la pivoter vers la droite en mode "paysage". La couverture qui se déplie sur les petits cartons du projet "Converser" d'Elise Simonet permet de sauter à pieds joints dans un grand format à l'italienne et le vif du sujet.


Un petit sommaire et c'est le plongeon. Dans le désordre:
  • Adel Tincelin et sa fille Charlie Tincelin-Perrier cherchent de nouveaux mots pour parler de la réalité. Comme ce "Paman" inventé en 2006.
  • Le sémioticien et linguiste belge Jean-Marie Klinkenberg ("Petites mythologies belges", Espace Nord) s'explique longuement sur les "fautes de français" qui ne sont pas si fautives que ça à ses yeux.
  • La question de l'orthographe est abordée par Jérôme Piron et Arnaud Hoedt ("La convivialité", Textuel)
  • celle des dialectes par l'universitaire canadienne Catherine Leclerc
  • celle de la langue de bois par le linguiste Louis-Jean Calvet
  • celle des langues des femmes par la linguiste Marina Yaguello
  • celle du langage du travail par Lucie Combes et la sociolinguiste Josiane Boutet
  • celle du surgissement du mot, juste en général, par l'éditeur Corentin Emery et Saâd, un de ses auteurs
  • celle de la langue maternelle par l'auteur et journaliste Driss Ksikes,
  • celle des conséquences du choix des mots par le sociologue Bernard Lahire...

Mais "Papier Machine" ne saurait être seulement sérieux. Et sont glissées dans le mille-feuilles "8 1/2" les contributions
  • de la poétesse Milady Renoir
  • de l'artiste Tarek Lakhrissi
  • du Collectif RER Q
  • des artistes Cécile Babiole & Anne Laforet, alias Roberte la Rousse
  • de Loup
  • les cartons de la dramaturge Elise Simonet
  • le "JO RE GR ECR IN" du journal pilote des Editions feu de paille.

Sans oublier les divers réquisitoires et déclarations au premier Tribunal des mots. Bref si, on veut se nourrir, se surprendre, apprendre, découvrir, s'amuser, une seule direction, celle de ce "8 1/2" hors-série.


L'album jeunesse documentaire "La la langue"


Quoi? Un album jeunesse? Un documentaire en plus? Sur l'acquisition du langage? OUIIIII, tout ça! Pas besoin de tourner les talons. "La la langue" (textes d'Aliyah Morgenstern et Susie Morgenstern, illustrations de Serge Bloch, Saltimbanque Editions, 40 pages) n'est pas une resucée linguistique du film "Lalaland". C'est un album tout simplement génial, mené de main de maître par une romancière, une linguiste, un artiste, qui explique aux enfants, et à tout qui est intéressé, comment on apprend à parler. Le langage, ce trésor.

Vous vous souvenez de cet apprentissage? Non, bien entendu. A tel point qu'on ne pose jamais la question. Ce qui n'empêche pas les trois auteurs, qui ont chacun un rapport avec la langue, d'y répondre de façon lumineuse.
Américaine dingue de littérature, Susie Morgenstern a appris le français pour l'amour de son mari Jacques, rencontré en Israël. Elle l'a même tellement bien appris, parfois dans le sang et les larmes, qu'elle est devenue une des meilleurs auteures jeunesse françaises et a exercé comme professeur à l'université de Nice. Aliyah Morgenstern est la fille aînée de Susie et Jacques, née en 1967 quand sa mère apprenait le français. Devenue linguiste spécialisée dans l'acquisition du langage et professeur à la Sorbonne, elle partage pour la première fois son domaine avec les enfants. Serge Bloch, artiste de haut vol, a le talent fou de poser trois coups de crayon qui révèlent le langage du dessin et accompagnent les mots des auteurs.

Un jour, après toute une série d'étapes, l'enfant parle. (c) Saltimbanque Ed.

Joyeusement illustré, écrit avec tendresse et compétence, "La la langue" explique comment un "infans" devient un jour un individu doué de langage. On suit le bébé chronologiquement par doubles pages agréablement composées et on apprend plein de choses passionnantes lors de ces étapes. Ce qui se passe quand le bébé a entre 0 et 8 jours, les découvertes qu'il fait durant ses trois premiers mois, les premiers sourires, les exercices de voix, les babillages vers 6-8 mois, les premiers gestes puis les premiers mots vers un an. Vient ensuite, entre 16 mois et deux ans et demi, la construction de la langue. Suivront les mimiques, les récits, les explications et les blagues entre 3 et 4 ans. Vers 4 ans, l'ancien bébé parle comme tout le monde, mais il est loin d'être au bout de ses apprentissages.

Quel prodige quotidien que l'acquisition du langage! Une éclosion qui se mue en explosion. On reste baba devant ces formidables explications qui s'adressent aux enfants à partir de 6 ans et à tous les curieux.

"La la langue". (c) Saltimbanque.
La première double page de 


Le recueil de nouvelles "Sur le bout de la langue"


On connaît sans doute mieux Ahmed Kalouaz comme écrivain pour la jeunesse. Il a notamment publié plus de dix romans pour ados au Rouergue. Mais l'écrivain né en Algérie en 1952 et arrivé en France peu après a aussi une œuvre considérable de dramaturge, de poète, de romancier, d'auteur de récits et de recueil de nouvelles en littérature générale chez divers éditeurs, dont "La brune" au Rouergue et Le mot et le reste. Justement, son dernier titre en date est un superbe recueil de nouvelles, "Sur le bout de la langue" (Le mot et le reste, 114 pages). Vingt-deux textes suivent celui qui donne son titre à l'ouvrage.

Ces vingt-trois nouvelles, surtout écrites au temps chantant de l'imparfait, parfois complètement dialoguées, sont souvent surprenantes par leur approche du thème et exquises au niveau de la langue. Ahmed Kalouaz nous y présente une belle série de personnages, hommes et femmes, jeunes et vieux, immigrés ("Ventre affamé n'a plus les yeux, et il monte quand même dans le pick-up, formant une grappe humaine accrochée aux ridelles"), locaux ou réfugiés. Toute la force de son écriture précise, descriptive sans excès, est qu'il leur donne vie. Ils rient ou ils sont tristes ("Le mot perdu, c'est la lumière qu'on n'arrive pas à retenir, la journée qui s'enfuit"). Ils philosophent mais ne pleurent pas sur eux-mêmes. Au contraire, ils ont de la force. Ils résistent. Que ce soit dans une quête amoureuse, dans des rêves, dans des histoires de leur passé ("Je n'aime pas dormir sans toi"), ils ont toujours l'idée qu'il y a aujourd'hui ("Marceau répondait tout en ne comprenant rien à ce qui se passait. Il ne connaissait pas de Cory, ni depuis huit jours ni depuis toujours") et même demain. L'écrivain nous fait apprécier, aimer ses personnages qui ont souvent les mêmes références que nous, que ce soit en cinéma ou en balades ou en actualités, en prise avec leur vie qui est parfois un peu la nôtre. Qui appartient en tout cas à notre paysage familier. Ahmed Kalouaz donne une très belle présence à ces anonymes qui nous entourent et nous rappelle ainsi, par la vigueur de sa belle langue, combien peut être riche la diversité des humains. Comme l'énonce le grand-père de la dernière nouvelle: "Regarde bien, ici, nous avons le monde sur le bout de la langue."









vendredi 14 décembre 2018

La revue FiXXIon a interviewé Fantômette


Qui ne connaît pas la "Revue critique de fiXXIon française contemporaine", que j'abrège par facilité en la nommant "FiXXIon"?
Trop de monde sans doute car qui lit une revue scientifique bilingue (français-anglais) associant universitaires et écrivains dans une réflexion sur les formes que prend aujourd'hui la création littéraire française?
Erreur car "FiXXIon" est tout à fait accessible à l'amateur de littérature. Certains thèmes lui parleront évidemment plus que d'autres. Mais comme tout est en ligne et en libre accès (ici), il est facile de s'y retrouver.

Cette revue électronique a été fondée en 2010 par Pierre Schoentjes, professeur de littérature française à l'université de Gand. Elle a la particularité de s'intéresser à la littérature française (France et francophonie) contemporaine, ultra-contemporaine même, celle d'après 1980! Une époque charnière entre le XXe et le XXIe siècle qui apparaît bien visuellement dans son nom. "FiXXIon" accepte les contributions rédigées en français ou en anglais et entend s'ouvrir à un vaste champ d'écrivains et d'approches.

La preuve sans doute dans sa dix-septième livraison qui vient d'être mise en ligne (ici) et a choisi comme thème "Enfances Childhoods". Le numéro a été dirigé par les Françaises Déborah Lévy-Bertherat et Mathilde Lévêque, bien connues en littérature de jeunesse. On y trouve des contributions de Alexandre Seurat, Marie-Odile Ogier-Fares, Bérengère Moricheau-Airaud, Emilie Drouin, Eléonore Hamaide-Jager, Christiane Connan-Pintado, Florence Gaiotti, Michel Bertrand, Jean-Benoit Cormier Landry, Aline Lebel, Louis-Daniel Godin-Ouimet, Laurianne Perzo, Kim Thúy, Antoine Wauters et l'interview de Fantômette par Anne Larue (sommaire complet ici).

Fantômette. (c) Hachette.
Excellente idée que cette interview et la preuve, si elle était nécessaire, que les universitaires savent aussi s'amuser. Je la reproduis ci-dessous, tout en rappelant que tout le numéro, comme tous les précédents, est en accès libre.

Fantômette, créée par Georges Chaulet, a eu 50 ans en 2011. Le premier livre de ses aventures a été publié en 1961, dans la Bibliothèque rose des Editions Hachette, le dernier, le cinquante-deuxième en 2011 (lire ici).








mardi 21 novembre 2017

Le deuxième numéro de la revue Archipels

Des dessins issus d'un atelier mené par Thisou Dartois illustrent la revue.

Dans la lignée de l'excellent Archipels #1, sorti il y a un an et consacré à "Tourmentes et migrations" (lire ici), voici "Archipels #2", tout aussi réussi, publication culturelle sur l'Europe et les migrations. Titré "Langues d'exil", il poursuit le travail de repérage et de mise en valeur de diverses pratiques artistiques ayant saisi la question migratoire pour interroger la société et réaffirmer la place de l'altérité. Si on retrouve l'équipe belge de Culture & Démocratie dans ce nouveau numéro, l'équipe française a changé de nom: l'Insatiable est l'héritière de Cassandre/Horschamp.

Le deuxième numéro de cette formidable revue continue de défendre le geste artistique comme facteur de développement et d'humanité. Appelle à donner les mots pour penser et imaginer, pour rencontrer l'autre. Suit le concept de "créolisation" cher à Edouard Glissant. Donne à lire différentes expériences de création, formidables tremplins pour découvrir et rencontrer ceux qui ont pris le chemin de l'exil.

Un autre dessin réalisé lors des ateliers réfugiés-étudiants.

Parmi les expériences partagées, il y a celle menée par Thisou Dartois à l'école ESA Saint-Luc de Bruxelles où elle enseigne. Pendant plusieurs mois, elle a travaillé l'année scolaire 2016-2017  avec ses étudiants de dernière année et les résidents du centre pour réfugiés du Samu social d'Ixelles. Elle explique avec autant d'enthousiasme que de simplicité cette démarche qui a suscité mille questions. Ces ateliers ont mené à une exposition et à une publication, "Une pomme parce que c'est doux" (lire ici). Ce sont ces images, crées par des réfugiés et des étudiants qui illustré ce numéro, les photos y apparaissant étant dues à Laetitia Tura.


Réfugiés et étudiants de Saint-Luc ont travaillé ensemble.


Sommaire
Édito | Sabine de Ville | Nicolas Roméas
L'insoutenable légèreté de l'autre | Mathieu Bietlot
# Le maquis des langues
Les usines à espoir d'Aubervilliers | Alicia Jeannot-Lorente
Un trésor poétique municipal | Coline Merlo
Eloquentia, la parole au centre | Valérie Vanhoutvinck
La musique, la transe et la contestation | Régis Meyran
Dessiner les uns contre les autres | Entretien avec Thisou Dartois
# Laboratoires d'hospitalité
"Gérants" d'exil | Entretien avec Nicolas Autheman
Le Good Chance Theatre de Calais à Aubervilliers | Entretien avec Joe Robertson
Sur ce dont l'ordinaire témoigne | Entretien avec Nicole Malinconi
Bagarres au King Créole | Pierre Hemptinne
Se souvenir d'où l'on vient | Entretien avec Martine De Michele
Eschyle internationaliste | Entretien avec Jean-Luc Bonsard
Avignon dans les yeux d'un migrant | Dominique Bela
# Créoliser l'Europe
Miroir, mon beau miroir, dis-moi… | Entretien avec Ivy et Freddy LC2
Maison de l'histoire européenne, les limites de la mémoire | Sabine de Ville
Vents d'est et tumulus | Entretien avec Philippe-Ahmed Braschi
Ouvrir de nouveaux lieux communs | Roland de Bodt
Gassy Marin et le vieux monde | Nimetulla Parlaku
De l'hostilité à l'hospitalité | Nimetulla Parlaku et Nicolas Roméas


Où trouver Archipels #2?

Bruxelles: À livre ouvert , La Licorne, Les Yeux Gourmands, Tropismes, PointCulture Bruxelles
La Louvière: L'écrivain public
Liège: Livre aux trésors
Mons: André Leto, Scientia
Namur: Papyrus, Point-Virgule
Tournai: Chantelivre, Decallonne

Culture & Démocratie s'associe au label United Stages et s'engage à reverser 1,5 euros à la Plateforme citoyenne Bruxelles Refugees à la vente de chaque numéro de la revue.

Diffusion en France par Cassandre/Horschamp.





vendredi 12 mai 2017

Revoilà le "Trombone illustré"!

Revoilà le "Trombone illustré"! En supplément de la revue 64_page.

Retrouver le "Trombone illustré" est toujours un plaisir même si c'est en même temps me rappeler que je l'ai vu naître en mars 1977, vivre pendant sept mois et trente-et-un numéros et s'arrêter... Un hebdo clandestin au journal "Spirou", inouï  à son époque et dans son contexte, le groupe Dupuis. Un concentré d'énergie, de rires, de grognes et de poésie qui a fait bouger les lignes de la bande dessinée d'alors - jusqu'à aujourd'hui. C'était il y a tout juste quarante ans. Ce moment d'auto-apitoiement passé, voilà où je l'ai retrouvé aujourd'hui. Dans le numéro 10 de la "revue de récits graphiques 64_page" (180° éditions, 64 pages, 9,5 euros) qu'organise Philippe Decloux, dont il constitue un supplément gratuit.

Comme si les jeunes auteurs de "64_page" avaient retrouvé la cave de la rue de Livourne à Bruxelles où André Franquin et Yvan Delporte avaient réalisé le "Trombone illustré". En tout cas son esprit. Bandes dessinées, dessins, textes dont deux d'Yvan Delporte, rubriques, brèves, "Ne dites pas mais dites", autant d'idées 100 % noires, qu'assument, dans l'esprit des pères fondateurs, Fred Jannin (qui a débuté au "Trombone"), Karine Welschen, Mathilde Brosset, Adley, Pluie acide, Marianne Pierre, Quentin Lefebvre, Thomas Vermeire, Philippe Decloux, Dan Fano, Patrice Réglat-Vizzavona, Basti DSK, Remedium, Pierre Mercier, Benedetta Frezzotti, Romane Armand, Angela Verdejo, Dake25, Cossu, Jay Aël, Matthias Decloux, Robert Nahum, Olivier Grenson, Xavier Zeegers, Vincent Baudoux.

Un numéro collector à voir! Un hommage clandestin qui se glisse dans une revue qui en est à son dixième numéro et qui tient son nom du lieu où elle a été conçue, un bistrot sis au 64 de la rue du Page à Ixelles.


Pour le reste, on trouve au sommaire du numéro 10 de "64_page":

- des bandes dessinées de jeunes auteurs
  • "A en perdre la tête", d'Antoine Breda 
  • "Lost in translation" ou les aventures d'éducateurs italiens bien intentionnés, de Benedetta Frezzotti, originaire de Bologne 
  • "Comment rendre le monde meilleur?", un documentaire sur la pollution de l'air, de Quentin Lefebvre, nouvel Oncle Paul 
  • "La négritude" ou le vécu des hommes noirs en Europe, de Frédéric Marschall 
  • "Sissi à bicyclette", l'évolution culturelle dans l'Egypte de Sissi, de Philippe Baumann-Debuhme
- des rencontres avec les bien connus et aimés Etienne Davodeau et Dominique Goblet

- un hommage aux soixante ans de Gaston Lagaffe et aux quarante ans du "Trombone illustré", et à leur créateur, le génial André Franquin

- d'autres choses encore (voir ici).

En apéritif, le sommaire du numéro 11, à paraître en juin.
Oui, Yslaire et Tomi Ungerer!






lundi 24 octobre 2016

Excellent premier numéro de la revue Archipels

Hier, on se prenait une claque dans la figure avec le prenant récit de la journaliste Britannique Emma-Jane Kirby "L'opticien de Lampedusa" (Editions des Equateurs, lire ici).

Aujourd'hui, alors que le démantèlement de la jungle de Calais est en cours, c'est carrément un coup de poing dans l'estomac qu'assène le premier numéro de la revue franco-belge "Archipels", œuvre commune des Parisiens de Cassandre/Horschamp et des Bruxellois de Culture & Démocratie (108 pages). Pour son premier numéro, la nouvelle publication centrée sur les liens entre art, culture et société a choisi la question des migrants.

On ne pouvait trouver meilleur titre que "Tourmentes et migrations" pour ce numéro organisé en trois parties: "Le spectacle des responsabilités", "Délit de solidarité" et "Alentour, d'autres regards", accompagné  de bout en bout d'images de Céline De Vos et du Medex. Oui, lorsque les artistes se penchent sur les drames humains qui nous traversent, ils peuvent agir sur les consciences, en travaillant à la fois sur le plan émotionnel et sur celui du sens. Oui, on peut entrer dans un univers commun aux migrants et aux artistes. Oui, on peut voir émerger des archipels d'espoir.

Témoignages, entretiens, analyses, partages d'expériences alternent dans ces pages bouleversantes et bien écrites, mais lumineuses par l'énergie qu'elles diffusent. Pas de misérabilisme mais un point de la situation et puis de remarquables réflexions sur le sujet avant les actions concrètes, tout aussi réfléchies. Il faut lire le "Massacre de Noël", datant déjà de 1996, pour réaliser combien "il continue", pour reprendre les mots de l'auteur. Eléments historiques, géographiques, de langage nous sont fournis pour mieux comprendre ce que vivent les migrants, souvent loin de ce que les médias consentent à nous en dire. Un coup de poing!

Ces éléments posés, on passe aux actions culturelles, théâtre et écriture le plus souvent, mais aussi cinéma, littérature, poésie, bande dessinée, musique... et aux gestes citoyens comme ceux que posent l'association Getting the voice. Expériences belges et françaises sont remarquablement présentées - on pousse même une tête à Berlin. C'est absolument passionnant.

Voilà un numéro éclairant, qui prend aux tripes. Il nourrira ceux qui défendent la cause des migrants comme ceux qui pourraient s'y intéresser.  A noter, ce vendredi 28 octobre, la revue "Archipels#1" sera présentée au Théâtre National de Bruxelles, dans le cadre du Festival des Libertés, en introduction à la rencontre-débat "Art et migrations: moraliser ou politiser" (18h30).

En pages 60 et 61, Céline De Vos, "Arbre à palabre dans ville" (c) Archipels.


Sommaire
Édito, Sabine de Ville, Nicolas Roméas
# Le spectacle des responsabilités
Strage di Natale. Massacre de Noël,  François Koltès
Un carrefour devenu frontière , Geoffroy d'Aspremont
Fiction & vérité, Roland de Bodt
La tentation de l'encampement, entretien avec Michel Agier
Depuis le camp, repenser la ville, Valérie de Saint-Do
Sortir des zones de confort, Marco Martiniello
# Délit de solidarité – Le théâtre documentaire du Nimis Groupe
Un théâtre documentaire et politique, Olivier Neveux
De l'essai à la scène, entretien avec Claire Rodier
Du théâtre pour déconstruire les représentations, entretien avec le Nimis Groupe
Ce que j'ai vu n'a pas fini de vous rencontrer, Mathieu Bietlot
Témoigner sur les planches, entretien avec le Nimis Groupe
De la nécessité de la recherche au théâtre, Françoise Bloch
Quand les voix font le mur, entretien avec Evelyne Dal
#Alentour, d'autres regards
Mémoire épistolaire, de Brest à Gibraltar, Aurore Krol
Un musée itinérant pour dire l'exil,  Daniele Manno
It can be a poem, Marina Skalova
Raconter Calais en BD, entretien avec Lisa Mandel
Avant la "crise". Bref panorama créatif, Thomas Hahn
Écrire le quotidien à Calais, entretien avec Veronika Boutinova
Jouer pour que notre pays ne meure pas, entretien avec Abdelmalek Kadi & Tammam Al-Ramadan
Filmer les douleurs de l'exil, entretien avec Alice Diop
Droit d'asile pour la performance à Marseille, Samuel Wahl
Artistes réfugiés à Berlin, Pierre-Jérôme Adjedj
Militant ou artiste? Artiste et militant?, Céline De Vos
Construire un archipel, Paul Biot & Nicolas Roméas

Diffusion en France par Cassandre/Horschamp, en Belgique par Culture & Démocratie.