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jeudi 16 décembre 2021

Les Fables de Jean, les dessins d'Henri et Pascal

"Le Paon se plaignant à Junon", par Henri Galeron.
(c) Les Grandes Personnes.

Les fables de Jean de La Fontaine (1621-1695), combien y en a-t-il au fond? Dix? Vingt? Trente? Cent? Deux cents? Il y en a 243 exactement, répertoriées actuellement en douze livres et publiées entre 1668 et 1694. Toutefois, on cite toujours les mêmes, "La cigale et la fourmi", "Le corbeau et le renard", "La grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf", alors qu'il y en a 240 autres... Des textes toujours aussi délicieux, quatre cents ans après la naissance du fabuliste. Ils ont donné lieu à de multiples versions illustrées,  Gustave Doré, Grandville, Marc Chagall, Benjamin Rabier, François Chauveau, Jean-Baptiste Oudry, Gustave Moreau, Boutet de Monvel, Jean Effel,.. et plus récemment par René Hausman, Voutch, Emmanuel Guibert, Rebecca Dautremer, Joann Sfar, Marc Boutavant, Thierry Bosquet (lire ici),.. En voici deux nouvelles, et pas des moindres, qui s'ajoutent à la longue liste. Deux recueils dont les fables ont été choisies par ceux qui les ont illustrées.


Fables
Jean de La Fontaine
choisies et illustrées par Henri Galeron
Les Grandes Personnes
56 pages

Elles sont au nombre de 42, les Fables choisies par l'auteur-illustrateur français pour ce recueil cartonné en format à l'italienne. Les Fables, "choses feintes et inventées pour instruire ou pour divertir", selon la propre définition de Jean de La Fontaine. De quoi plaire à l'esprit piquant d'Henri Galeron (lire ici). Ce dernier nous régale par ses choix se portant sur de nombreuses fables peu connues sans oublier les plus célèbres et par ses dessins qu'il y pose, les prolongeant et ou les interprétant de manière exquise. Qu'ils soient sur pleine page, sur demi-page ou en vignette détourée, ils révèlent toute la maîtrise de la patte Galeron. Maître du dessin animalier comme on le sait, il donne l'impression d'avoir pris un immense plaisir à se mesurer à ces textes enchanteurs.

Ouverture en majesté avec "Le Renard et les Raisins" joyeusement croqué. A table encore avec "Le Rat de ville et le Rat des champs" et "Le Cygne et le Cuisinier". On chemine ensuite au gré des pages et de leurs images jusqu'à "La Poule aux œufs d'or", de découverte de textes rimés en admiration d'illustrations. Une promenade exquise où une fable appelle l'autre. Et tout d'un coup, c'est déjà fini.

Henri Galeron. (c) Les Grandes Personnes.




Comme chiens et chats
Jean de La Fontaine
fables choisies par Julie Maillard
illustrées par Pascal Lemaître
L'Aube
138 pages

Un petit format carré broché, illustré en noir et blanc de manière sobre et expressive par l'auteur-illustrateur belge Pascal Lemaître. Dix fables de chats pour commencer, neuf fables de chien pour terminer et au milieu, place obligée, "La Querelle des Chiens et des Chats, et celle des Chats et des Souris". Vingt fables en tout, dont cinq en double avec le recueil Galeron. Souvent peu connues, ce qui donne le plaisir de les découvrir, elles sont accompagnées d'explications de vocabulaire quand leurs mots sont difficiles et de la mention du livre dont elles sont issues.

"Le Cochet, le Chat et le Souriceau",
par Pascal Lemaître. (c) L'Aube.
Les dessins mettent joyeusement les chiens et les chats en scène, les célébrant avec beaucoup de talent. Seuls en scène ou dans des compositions, ils nous guident vers ces fables dont beaucoup sont à découvrir car sortant du répertoire connu. Comme "L'Aigle, la Laie et la Chatte" ou "Le Chien à qui on a coupé les oreilles". A aboyer  et miauler de joie.
"Le Chat et un vieux Rat",
par Pascal Lemaître. (c). L'Aube.


"L'Ane et le Chien", par Pascal Lemaître. (c) L'Aube.













lundi 10 février 2020

Décès de Massin, le chantre des lettres-images

Massin face à ses lettres chéries.

La Saint-Nicolas 2013 avait été particulièrement réjouissante pour les adeptes de graphisme à Bruxelles. Pascal Lemaitre avait invité l'"éminent typographe Massin" à s'exprimer dans le cadre de l'atelier d'illustration qu'il dirige à l'ENSAV La Cambre. "Chères et chers", écrivait-il", "le 6 décembre à 14 heures, Massin viendra nous parler de "La Cantatrice chauve" et de "L'Audition colorée". Tout le monde est le bienvenu. Il a travaillé avec Queneau, Ionesco, Tardieu, Prévert, Étaix, André François, Gallimard,... en fait, ce serait plus simple de faire la liste des gens avec qui il n'a pas travaillé." Massin, le dieu des typographes et des amateurs de graphisme et de mise en pages, venait de Paris à Bruxelles. Il était attendu. L'auditoire était plein plein plein. Et il en a pris plein plein plein la vue et les oreilles. L'orateur avait alors 88 ans! Il en paraissait au moins vingt de moins.

On a appris ce week-end le décès de Massin, dont on avait presque oublié qu'il se prénommait Robert, à l'âge de 94 ans. Le graphiste, directeur artistique, typographe et auteur était né le 13 octobre 1925 à La Bourdinière-Saint-Loup (Eure-et-Loir). Il est mort le 8 février 2020 à Paris. On gardera de lui le fait qu'il a révolutionné l'aspect graphique de l'édition. Couverture, mise en pages, typographie, etc. et cela depuis les années 50. Sa patte unique, il l'a apposée sur des centaines de livres, reconnaissables au premier coup d'œil. Et tous les graphistes d'aujourd'hui lui doivent quelque chose.


"La cantatrice chauve" de Ionesco ou un poème de Verlaine,
Massin mettait des images dans les mots.


Sa vie,  ses œuvres exposées dans le monde entier, Massin les avait racontées dans l'épais volume "D'un moi l'autre, une traversée du siècle" (Albin Michel, 2016, 544 pages). Des mémoires qui vont des années 30 au début du XXIe siècle mais dans un style bien propre à l'auteur. Ce sont des fragments en désordre, à chacun de reconstituer le puzzle de sa vie. Histoires courtes, drolatiques, absurdes ou tragiques sont autant de portraits d’écrivains et d'artistes parmi lesquels Doisneau, Aragon, Ionesco, Malraux, Queneau, Céline ou Genet croqués par un détail insolite, tendre et amusé. On suit les zigzags de Massin entre son enfance en Beauce, sa jeunesse bohème à Paris, le milieu de l’édition et celui de l'art en homme pressé. Une énergie constamment renouvelée et une curiosité insatiable. Des coups de gueule aussi.

Pour lire un extrait d'"Un moi à l'autre" et en apprécier la typo, c'est ici.


Dans son essai "Style et écriture. Du rococo aux Arts déco" (Albin Michel, 2001), Massin poursuivait la réflexion sur les formes artistiques qu'il avait entamée depuis plus de trente ans auparavant, la première version de "La lettre et l'image" datant de 1970. Attentif aux dialogues entre les arts, il nous entraîne dans une promenade ébouriffante à travers la succession des styles depuis quatre siècles. Pour mieux traquer le style baroque par-delà les clichés, il va demander à la littérature ce que les historiens d'art ne savent pas toujours voir; pour montrer l'unité des styles, il n'hésite pas à questionner la musique et à révéler les parallèles entre les arts.

En passant, Massin signale les résurgences d'un style à l'intérieur d'un autre, posant son regard aussi bien sur l'architecture, la chevelure, le mouvement, le goût des ruines et la place des femmes dans l'art nouveau. La grande réussite de ce livre foisonnant et enjoué est de montrer que les mouvements artistiques comportent aussi des dimensions idéologiques, culturelles, théologiques, littéraires et cosmétiques.


2003
1993
C'est en 1970, juste après Mai 68, que paraît la première version de "La Lettre et l'image. La figuration dans l'alphabet latin du VIIIᵉ siècle à nos jours" (Gallimard, 304 pages, 1083 illustrations), avec une préface de Raymond Queneau. Suivra une nouvelle édition revue et augmentée en 1973, avec un avant-propos inédit de l'auteur pour celle de 1981. Encore une nouvelle édition modifiée et augmentée d'un commentaire de Roland Barthes en 1993, cette dernière version étant gratifiée d'une nouvelle couverture en 2003.

Voici ce qu'en dit Massin, l'auteur:
"Les lettres ont d'abord été des images.Comme on sait, le mot "alphabet" a été formé à partir des lettres aleph et beth, qui représentent respectivement, dans leur graphie ancienne, une tête de taureau (à l'envers) et une maison, dont le tracé emprunte à un hiéroglyphe égyptien où l'on peut reconnaître notre b couché.C'est ainsi que, du Moyen Âge jusqu'à nos jours, on retrouve ces alphabets faits de lettres-fleurs, de lettres-animaux, de lettres-hommes ou de lettres-objets. Et la publicité contemporaine fait fréquemment appel à ces alphabets animés qui réintroduisent dans la lettre une image visible.Notre propos aura donc été de prendre en compte cette pérennité à travers le temps et l'espace, à l'aide d'enjambements parfois audacieux et de rapprochements imprévus.De cette démarche (qui paraîtra à certains singulière), on ne trouvera pas mention dans les dictionnaires et les encyclopédies, non plus (sinon très fragmentairement) dans les histoires de l'art et de la communication. C'est cette lacune que vient combler ce livre, en proposant une somme encyclopédique qui nous offre de cette conception animiste du monde des exemples savoureux et ludiques."

Si Massin a publié chez Albin Michel, c'est à Gallimard que son nom est indéfectiblement lié. Engagé en 1958 par le tout nouveau directeur général de Gallimard, Claude Gallimard, il va y travailler longtemps et transformer l'image de la maison de la rue Sébastien Bottin. Il redessine le logo "NRF", retire le terme "librairie" des couvertures. Son style s'impose avec les collections de poésie et de théâtre. "Exercices de style" ou "Cent mille milliards de poèmes" de Raymond Queneau, "La Cantatrice chauve" d'Eugène Ionesco deviennent des classiques en matière de direction artistique. C'est lui qui imagine l'identité visuelle des couvertures de la nouvelle collection poche de l'éditeur, Folio, un fond blanc et une illustration.

Mais en 1979, Massin est débauché par Hachette à la grande colère de Gallimard. Il y reviendra toutefois, indirectement, via Denoël, où il reste deux ans. Il est désormais freelance et travaille pour une dizaine d'éditeurs comme Albin Michel, Robert Laffont, Hoëbeke.

Massin crée ensuite l'association "Typographies expressives".
Il écrit

  • des ouvrages de réflexion sur le graphisme: "La mise en pages" (Hoëbeke, 1991), "Azerty, l'alphabet du monde" (Gallimard, 2004);
  • des essais: "Comment je suis devenu graphiste" (autoédité), "Style et Écriture: Du rococo aux arts déco" (Albin Michel, 2001);
  • des romans, "La branle des voleurs" et "Les compagnons de Marjolaine" (La Table Ronde, 1983 et 1985), "La dernière passion" (Albin Michel, 1988), "La cour des miracles" (Payot, 1991);
  • des livres de mémoires ("Une enfance ordinaire" et "Le pensionnaire" (Gallimard, 1972 et 1974);
  • un "Journal en désordre 1945-1995" (Robert Laffont, 1996);
  • son autobiographie, "D'un moi l’autre: une traversée du siècle" (Albin Michel). 



Massin a aussi été actif en littérature de jeunesse.


"Jouons avec les lettres" et "Jouons avec les chiffres", illustrés par les Chats pelés (Seuil jeunesse, 1993 et 1994)

"Le monde sens dessus dessous" et "Le Piano des couleurs" (Gallimard jeunesse, 1993 et 2004),

"Cris d'animaux de Paris à Pékin" (Calligram, 2011, 32 pages)
Massin/Benjamin Rabier

Cet album découpé en trapèze pour mieux jouer avec la perspective réunit les cris de douze animaux en dix langues. Une succession d'onomatopées, ludiques et documentaires, née de la rencontre du graphiste Massin avec les illustrations de Benjamin Rabier, organisées en une joyeuse ménagerie parlante.


Sans oublier les "Exercices de style" de Raymond Queneau (Gallimard, 176 pages) parus initialement en 1947 et ressortis en 1963 puis en 1979 dans une version augmentée où ils sont accompagnés de trente-trois exercices de style parallèles peints, dessinés ou sculptés par Jacques Carelman et de quatre-vingt-dix-neuf exercices de style typographiques dus à Massin. Nouvelle édition augmentée en 1979




Tanka
L'autobus arrive
Un zazou à chapeau monte
Un heurt il y a
Plus tard devant Saint-Lazare
Il est question d'un bouton

Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire.





mercredi 30 octobre 2019

Enfin une soirée d'Halloween alléchante grâce au tout nouveau "Picture! Festival" bruxellois

L'affiche créée par Anne Brugni. 

Rangez vos chapeaux de sorcière et vos trousses de grimage. Cette année, Bruxelles propose mieux pour la soirée d'Halloween où quinze lieux seront ouverts de 18 à 21 heures - et pour les dix premiers jours de novembre. Un nouveau festival, le Picture!, entièrement dédié à l'illustration actuelle! De quoi se rattraper des manques précédents. Car si quelques initiatives avaient bien été lancées ici et là, elles étaient retombées comme des soufflés par manque de conviction, de moyens et/ou d'expérience.

On reprend sur d'autres bases avec le tout nouveau Picture! Festival, concocté par Marie Noble et Carole Saturno, auteure de plusieurs livres documentaires jeunesse (lire iciici et ici) et co-coordinatrice d'une vente de dessins originaux au profit d'enfants réfugiés (lire ici), pour l'asbl Mont des Arts (30 institutions culturelles, touristiques, économiques et cultuelles dans ce quartier de Bruxelles).

Le bébé s'annonce bien beau malgré sa courte gestation de seulement neuf mois. Il se présente ainsi:
"Pour PICTURE!, l'illustration a pour la première fois son festival, et une vitrine à la hauteur, où elle se montre sous toutes ses formes, expositions indisciplinées, concerts dessinés, fresques et masterclasses qui décloisonnent les arts visuels, invitant la peinture, le graphisme, le livre animé ou l'album jeunesse à s’inscrire dans son sillage. #PrintIsNotDead, c'est aussi un salon de la microédition et de l'image imprimée qui s'invite à KBR, la Bibliothèque Royale de Belgique, qui veille sur ce patrimoine!"
Picture! entend célébrer autant l'illustration sous toutes ses formes, jusqu'aux moins conventionnelles, et toutes les rencontres qu'elle permet. "Illustration on the move", est sa devise. Tout cela, à destination du grand public.

Pas moins de cinquante illustrateurs belges et internationaux, reconnus ou débutants, participent à l'aventure qui se concentrera sur le Mont des Arts (22 lieux) et alentours (18 ailleurs dans Bruxelles et 2 à La Louvière). Des lieux évidents comme les musées du coin, Bozar, MIM, Beaux-Arts, etc., mais d'autres plus surprenants dans ce contexte, les églises Saint-Jacques et Protestante par exemple.


Où dans Bruxelles?

Pour se repérer, une carte. Impeccable, joyeuse et informative, elle a été dessinée par Chloé Perarnau.
Elle est aussi l'occasion d'un jeu pour les enfants (lire ici).


La carte dessinée par Chloé Perarnau pour le Picture! Festival.

Que voir? Qui rencontrer? Que découvrir?


Des expos

Rencontres surprenantes, squelettes, chasubles d'église revisitées, jazz...

    Adrien Herda, "Meet me in Bozar". (c) Picture Festival.
  • Meet me in Bozar: expo d'illustrateurs francophones et néerlandophones, confirmés et émergents, qui ne se connaissent pas (Bozar, salon Europe, infos ici)
  • Mari Kanstad Johnsen & Friends: pour découvrir une illustratrice norvégienne qui monte (Bozar, hall Horta, infos ici)
  • Collections: le collectif d'illustrateurs bruxellois Cuistax habille la palissade qui longe Bozar
  • Free Jazz: le Hall Horta de Bozar accueille la fresque monumentale que le peintre liégeois Yves Zurstrassen, en noir et blanc, a consacrée au jazz.
  • Chasubles et Blasons: à partir d'un recueil de blasons peints à la main, les trois illustratrices Sarah Cheveau, Fanny Dreyer et Fien Jorissen, basées à Bruxelles et Anvers, réinterprètent quelques-unes des chasubles précieuses conservées dans l'église (Eglise Saint-Jacques-sur Coudenberg, infos ici)
"Chasubles et Blasons". (c) Picture Festival.
  • L'orchestre autour du monde de Chloé Perarnau: où sont les musiciens en vacances à Tokyo, Rio et Abidjan alors que le concert  a lieu dans une semaine? (MIM, infos ici)
  • Bal des Pendus: des squelettes imaginés par Kitty Crowther et Gerda Dendooven dansent dans la forêt sombre... (Musée Magritte, salle de projection, infos ici)
  • Icinori à Séoul. (c) Picture Festival
  • Icinori à Séoul:  les illustrations du duo français viennent de leur "Travel book" édité par Vuitton (Centre culturel coréen, infos ici)
  • Graphure et peintrisme: exposition explosive de Bonnefrite, Geoffroy Pithon et Mari Kanstad Johnsen composée par Fotokino (Galerie Ravenstein)
Graphure et peintrisme. (c) Picture Festival.
  • Dantesken: une occasion unique de voir ces dessins d'Ingrid Godon (lire ici, galerie Artitude)

Et encore
- Bruegel's Ketjes, ou la vision du peintre par 1.800 élèves de trente écoles bruxelloises (Musée BELvue)
- Croque la mort, ou les souvenirs des libraires de la Galerie Bortier
- Les Méconnues, ou les deux fresques de Paul Delvaux et René Magritte peintes pour l'Expo 58 (Square)
- Lignes de fuite, ou le travail de Claude Renard et François Schuiten (Orchestre National de Belgique)
- Flora Nova, ou une fresque botanique de Cécile Barraud de Lagerie (Visit Brussels)
- Coudenberg autrement, ou les fresques d'Anouck Boisrobert (Palais Coudenberg)
- The World of Bruegel in black and white, ou les estampes du maître et l'atelier de chalcographie (Bibliothèque royale)
- Lustr on tour, ou la nouvelle illustration tchèque (Galerie Ranvenstein)
- Appareil d'Edouard Cabay (Mont des arts)
- Love, hate, debate, ou une sélection d'une soixantaine d'œuvres d'art de la collection ING
"Plat du jour" avec Anne Brugni. c) Picture Festival.
Plat du jour, ou les recettes d'un livre pop-up d'Anne Brugni (ABC)
- Visite, ou la carte blanche offerte au festival Grafixx par la galerie Grafik (avenue Louis Bertrand, 30)
- Wrek not Work, ou les murs de la Bibliothèque Wittockania revus par Olivier Deprez
- 10 ans de la collection de livres d'artistes, Sarah Cheveau et Thisou aux fameuses broderies (Espace Delvaux)
- Obsessions, ou la question de la normalité dans l'art (MIMA)
- Chemin faisant, ou les promenades de Paul Cox (Salon d'Art)
- Entre chien et loup, ou les estampes de Kiki Smith (Centre de la gravure et de l'image imprimée de La Louvière)
- Bénédicte Muller s'expose, ainsi que les éditions Magnani (Librairie Ptyx)


Performances

Des concerts dessinés de toutes sortes.
"Vent d'hiver" de Gerda Dendooven. (c) Picture Festival.
  • Vent d'hiver: lectures dessinées de Carl Norac, accompagné par Gerda Dendooven aux dessins et en musique par le trio Etcaetera (Eglise protestante, le 01/11 à 17 heures)
  • Het Vlier een hommel op aarde: concert de hommel, sorte d'épinette des Vosges, par Linus Vandewolken, pour le label Okraïna dont les pochettes sont illustrées par Gwenola Carrère (Eglise Saint-Jacques, le 03/11 à 16 heures)
  • Siete canciones al recuerdo: chansons, poèmes et musique pour chanter le deuil d'une amie proche, par  AlexRecio, compositeur, Fanny Alet, Raphaël Decoster, illustrateurs, et 14 musiciens du Conservatoire Royal (MIM, le 05/11 à 12h30
  • Kitty, Gerda & Patshiva: concert de clôture avec le chœur de femmes Patshiva, dont les chants polyphoniques du monde entier seront mis en couleurs par deux grandes de l'illustration, Kitty Crowther et Gerda Dendooven (Eglise Protestante de Bruxelles, le 10/11 à 18 heures)

Kitty, Gerda & Patshiva. (c) Picture Festival.


Rencontres
  • Avec l'artiste Mari Kanstad Johnsen, le 31/10 de 14 à 17 heures (Muntpunt)
  • Avec Vincent Tuset-Anrès, aux manettes de Fotokino, et Vincent Mathy du festival Jungle à Liège (ESA Saint-Luc Bruxelles, le 04/11 à 18 heures)
  • Avec Pascal Lemaître, auteur-illustrateur et enseignant à l'atelier de communication graphique de La Cambre (Bozar, studio, le 05/11 à 14 heures)
  • Avec Anne Herbauts, Fanny Dreyer, Chloé Perarnau, Marie Malher et Camille Nicolle, cinq anciennes étudiantes du cursus Illustration de l'Académie royale des beaux-Arts de Bruxelles qui racontent leur "après Académie" (ARBA-EsA, auditoire Horta, le 05/11 à 17 heures)
  • Avec l'artiste Paul Cox (Bozar, studio, le 05/11 à 20 heures)
  • Avec Anne Quévy,  professeure titulaire de l'option Illustration à l'Académie Royale des Beaux-Arts-EsA pour une Masterclass (Palais des Académies, auditorium, le 06/11 à 18h30)
  • Avec Brigitte Morel et ses auteurs Anne Brugni, McCloud Zicmuse, Nadia Corazzini, Anne Goy, sur dix ans de livres animés aux Editions des Grandes Personnes (FEB, salle Jules Wabbes, le 07/11 à 18h30)
  • Avec l'artiste Gaya Wisniewski (Librairie Tropismes, le 09/11 de 15 à 18 heures)

Ateliers
  • Dansiner avec Kitty Crowther (Palais des Académies, Galerie de marbre, les 02 et 03/11)
  • Divers ateliers dans les expositions

Avec les étudiants des écoles d'art
  • Les talents d'Achille (Chavée) par les étudiants et La Cambre et Pascal Lemaître (Centre Daily-Bul à La Louvière) et Quand La Cambre illustre (Hôtel Van de Velde, La Cambre)
  • Déviance?, ou la ville en lieu de vie  et Ensauvager la ville (étudiants de ESA Saint-Luc)
  • Binôme Lab, recherches artistiques communes entre étudiants en illustration et artistes du Créahm
  • Se jeter à l'eau, par Geneviève Casterman et les étudiants de l'ERG

Sans oublier le Salon de la petite édition, #Printisnotdead, à la Bibliothèque royale les 09 et 10/11 de 10 à 19 heures.


Invité(e)s

Parmi les illustrateurs participants (j'ajoute leurs maisons d'édition principales pour les identifier plus facilement, on trouve les noms de
  • Kitty Crowther (Pastel de l'école des loisirs)
  • Gerda Dendooven (Etre Editions et la Joie de lire),
  • Paul Cox (Seuil et MeMo)
  • Icinori (Albin Michel Jeunesse)
  • Ingrid Godon (La joie de lire, Alice Editions, l'école des loisirs)
  • Mari Kanstad Johnsen (Cambourakis)
  • collectif Cuistax
  • Loïc Gaume (Thierry Magnier, Versant Sud Jeunesse)
  • Fanny Dreyer (La joie de lire, Cambourakis)
  • Sarah Cheveau(Les Grandes Personnes, Albin Michel, Thierry Magnier)
  • Chloe Perarnau (L'Agrume)
  • Anne Brugni (L'articho, Les Grandes Personnes)
  • Francois Schuiten (Casterman)
  • Anouck Boisrobert (Hélium)
  • Fotokino (groupe marseillais qui s'autopublie)
  • Olivier Deprez (Fremok)
  • Pascal Lemaître (L'Aube)
  • Geneviève Casterman (Esperluète)
  • Bénédicte Muller (Magnani)
  • Benoît Bonnemaison-Fitte, dit Bonnefrite (Rouergue)
Ainsi que les artistes exposant en galerie
  • Kiki Smith
  • Edouard Cabay
  • Yves Zurstrassen
  • Cécile Barraud de Lagerie
  • Lasse Wandschneider
  • Ephameron
  • Adrien Herda
  • Fien Jorissen
  • Shamisa Debroey
  • Geoffroy Pithon
  • Fatinha Ramos
  • Anton Van Hertbruggen
  • Marie-Ghislaine Losseau
  • les artistes tchèques présents au festival pragois Lustr
  • et le Patrimoine A Roulettes

A noter


La programmation est à 90 % gratuite (sauf cinéma, concerts et ateliers), les jours et heures d'ouverture varient fortement de lieu en lieu, le programme se trouve sur place en brochure papier et en ligne ici, une nocturne est organisée le jeudi 31 octobre de 18 à 21 heures - enfin une soirée d'Halloween alléchante, suivie d'un concert dessiné avec Rodolphe Burger à Bozar (payant, infos ici), sans oublier la grande fresque participative "Ta gueule, Brussel!" à la galerie Ravenstein, longue d'1,5 km (infos ici)!

Bref, pendant dix jours et demi, Bruxelles va dévorer de l'illustration à tout crin. Et c'est un formidable plan pour entamer le mois de novembre.










mardi 6 août 2019

Tristesse que le décès de l'immense écrivaine américaine Toni Morrison

Toni Morrison. (c) François Guillot/AFP.

On savait Toni Morrison malade depuis quelque temps. La triste nouvelle de son décès, le 5 août, à l'âge de 88 ans, au Montefiore Medical Center de New York, vient de tomber par un communiqué de sa famille ("Toni Morrison est décédée paisiblement la nuit dernière, entourée de sa famille et de ses amis") et par un tweet de son éditeur Alfred A. Knopf. L'écrivaine afro-américaine était née Chloé Ardella Wofford le 18 février 1931 à Lorain dans l'Ohio (USA) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Romancière, professeure de littérature et éditrice américaine, elle a été lauréate du Prix Pulitzer en 1988 pour "Beloved", et, surtout, en 1993, l'année qui suit la publication de "Jazz", la huitième femme et la seule auteure afro-américaine à recevoir le prix Nobel de littérature.

Son œuvre magnifique, parfois complexe d'approche, d'une générosité et d'une inventivité folles, a rendu aux Afro-Américains leur passé et leur mémoire, pas seulement leurs souffrances mais aussi  leurs richesses. Toni Morrison avait une langue travaillée, rythmée, ancrée dans les mythes, jouant l'humour ou le mystère, attentive à la justice et aux droits humains, d'une beauté subjuguante et d'un romanesque parfait. Elle a été superbement traduite en français, par Christine Laferrière notamment et publiée essentiellement chez Christian Bourgois.


Toni Morrisson à Vincennes en 2012.
(c) Frédéric Guina.
Toni Morrison avait été l'invitée d'honneur du festival America de Vincennes en 2012. J'avais eu l'honneur et le plaisir de l'y rencontrer. Ici le lien pour relire l'interview qu'elle m'avait accordée. Elle y parle de son roman "Home" qui venait de sortir, de son écriture, de ses choix et de ses références. Elle explique aussi pourquoi ses romans sont devenus plus courts au fil des ans.



Un de ses romans le plus connu est "Beloved" (traduit de l'anglais (États-Unis) par Hortense Chabrier et Sylviane Rué, Christian Bourgois, 379 pages, 1989, 10/18 pour la version poche), tragédie d'une mère qui tue sa fille pour qu'elle échappe à l'esclavage.

Mais les débuts n'ont pas été faciles. Son premier roman, "L'Œil le plus bleu" (traduction nouvelle de Jean Guiloineau, Christian Bourgois, 1994) touchante histoire d’une petite fille noire qui rêve de ressembler à Shirley Temple, paraît aux Etats-Unis en 1970. Le second, "Sula", est sélectionné pour le National Book Award. C'est avec son troisième roman, sorti en 1977, "Le Chant de Salomon" (traduit de l'américain par Jean Guiloineau, 472 pages, Christian Bourgois), ample saga sur le retour au Sud et aux racines couronnée par le National Book Critic Circle Award, que Toni Morrison accède à la célébrité.


Depuis cette interview, elle avait publié son onzième roman, "Délivrances" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 180 pages, 2015), se déroulant à l'époque actuelle et décrivant des personnages longtemps prisonniers de leurs souvenirs et de leurs traumatismes avant de se délivrer des mensonges et de se reconstruire.


Ses derniers livres en date sont "L'origine des autres" (traduit de l'anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois, 110 pages, 2018), une série de six conférences prononcées à l'université de Harvard en 2016, où Toni Morrison analyse les arguments du racisme afin d'établir et d'entretenir la domination d'une seule catégorie d'individus. Des récits d'esclaves à l'évocation des lynchages et des récentes violences policières, l'auteur démontre que la "définition de l'inhumain" censée justifier le sadisme de "l'asservisseur" ne saurait en vérité s'appliquer qu'à celui-ci.

Toni Morrison l'an dernier. (c) Pascal Lemaître.



Et "Entre vos mains", illustré par Pascal Lemaître (traduit par Benoîte Dauvergne, L'Aube, 2018), le discours qu'elle a prononcé au moment de recevoir le Prix Nobel à Stockholm.


Toni Morrison était aussi l'auteur de livres pour enfants, avec son fils Slade Morrison (qui meurt en 2010 à l'âge de 45 ans), "Le vieil homme ou le serpent" et "La cigale ou la fourmi", illustrés par le Belge Pascal Lemaître qui l'a souvent rencontrée à New York (Casterman, 2004).

Aussi "Tout ce qu'il faut savoir sur les méchants" (Milan Jeunesse, 2007) et "Ma liberté à moi" (Gallimard, 2003)

samedi 29 décembre 2018

Peter et Donald en ombres et lumières superbes

Le décor où s'égrènent les "Carnets de Peter". (c) Théâtre du Tilleul.

(c) Théâtre du Tilleul.
Que se passe-t-il dans une bibliothèque la nuit? C'est ce que nous raconte magnifiquement le Théâtre du Tilleul, un théâtre d'ombres fondé en 1981 comme on le sait, dans son nouveau spectacle, "Les carnets de Peter" qui se déroule dans la bibliothèque d'un dénommé Peter. On comprendra vite de qui il s'agit. La mise en scène entremêle habilement acteurs, ombres et musique, laisse le spectateur regarder et écouter et aussi rêver. Le tout dans le fantastique décor d'une bibliothèque bien ordonnée mais qui se réveille la nuit. Les livres y sont classés en rubriques, "Histoire", "Théâtre", "Littérature", "Voyage", "Géographie", "Nature" et "Enfance". Un coffre-fort abrite des trésors de récits. Une place de choix est réservée sur le lutrin au plus précieux des livres du lieu, "Animaux & Insectes".

Cet album grand format sera au cœur de l'impeccable intrigue composée par le Théâtre du Tilleul. Elle croise l'histoire personnelle de l'écrivain américain Peter Neumeyer et les histoires de son personnage emblématique, Donald, dont deux ont été illustrées par Edward Gorey. Un fameux défi, pleinement réussi et qui donne un spectacle magnifique, émouvant, drôle, surprenant, de haut vol tout en étant parfaitement accessible. Pour tous à partir de 7 ans.

Une forme d'ombres. (c) Théâtre du Tilleul.

Les amateurs d'humour noir et de littérature décalée connaissent sûrement le nom de l'illustrateur américain Edward Gorey, dont l'œuvre nous parvient peu à peu en français grâce au Tripode (lire ici et ici). Peter Neumeyer et Edward Gorey se sont rencontrés en 1969 via un éditeur. Ce fut le coup de foudre immédiat entre les deux hommes. Ce coup de foudre artistique ne dura hélas pas, chaque créateur retournant très vite à ses occupations. Ensemble, ils ont néanmoins publié trois livres: "Donald and the..." (Pomegranate, 1969) et "Donald has a difficulty" (Pomegranate, 1970), traduits en français par Oskar et réunis en un seul volume sous le titre "Les histoires de Donald" (Le Tripode, 2011, lire ici),  et "Why we have day and night" (Pomegranate, 1970, non encore traduit). Ils ont encore collaboré dans "Gorey x 3"Neumeyer a signé un des textes, les deux autres étant dus à Edward Lear (non traduit). Enfin, Gorey et Neumeyer ont intensément correspondu par lettres; un recueil de leurs échanges postaux a été publié aux Etats-Unis, "Floating worlds" (non traduit).
Exemple de correspondance Gorey-Neumeyer (c) Floating worlds.


"Les carnets de Peter" est un spectacle épatant, tout en finesse, où se croisent l'histoire récente du monde (le milieu du siècle dernier) à travers les yeux d'un petit garçon souffrant sans doute de solitude entre ses parents très occupés mais plein d'imagination et les aventures qu'il crée pour son héros Donald, un gamin toujours accompagné d'un mystérieux animal qui n'est surtout pas un chien.

Sa genèse se retrouve partiellement dans le texte mis en scène et se prolonge pratiquement de façons diverses (lire plus bas). Elle vaut aussi d'être contée. Il était une fois le Théâtre du Tilleul et sa patronne Carine Hermans, qui aimaient d'amour l'œuvre de Peter Neumeyer. Voilà donc l'équipe partie aux Etats-Unis, en Californie précisément, à la rencontre de l'écrivain, né le 4 août 1929 en Allemagne et ayant émigré en Amérique à la fin des années 30. Peter Neumeyer les reçoit. Le courant passe. Et l'écrivain remet à ses visiteurs venus de Belgique quantité de textes inédits, d'autres aventures de Donald, des contes, des souvenirs d'enfance, des titres d'histoires… "Je vous confie toutes mes histoires; prenez-en bien soin", leur a-t-il dit. Ceux qu'on trouve dans le coffre-fort de la bibliothèque.

Ombres projetées depuis la scène. (c) Théâtre du Tilleul.


Voilà certaines de ces histoires formidablement sorties de l'ombre dans ce spectacle qui se déroule la nuit dans la bibliothèque de Peter Neumeyer lui-même. On l'entend raconter du haut de ses 87 ans alors (il en a 89 aujourd'hui) ses souvenirs d'enfant juif en Allemagne, Munich 1936, les défilés militaires, les drapeaux, l'émigration en Amérique où il rejoint ses parents après avoir passé une année chez ses grands-parents, l'adaptation là-bas. On comprend l'enfant qui souffre de solitude mais s'épanouit dans la lecture. Celle de l'album "Animaux & Insectes" bien entendu, celle de tous les livres qui lui tendent les bras et dont il nous énumère les titres, celle des histoires qu'il s'invente dans la grande bibliothèque de son père, les aventures étranges, piquantes même, d'un petit garçon nommé Donald, un petit garçon rêveur qui lui ressemble.

Acteurs, ombres et musique. (c) Théâtre du Tilleul.

Quatre acteurs évoluent sur scène, Carine Ermans, Carlo Ferrante, Sylvain Geoffray et Alain Gilbert, dans un jeu subtil entre musique provenant de divers endroits, parfois surprenants, textes dits et ombres projetées. On remarque avec plaisir que la compagnie exploite diverses facettes du théâtre d'ombres, projetant ici des pièces de bois sur un écran, là des silhouettes sur une feuille de papier, montrant les pièces qui donneront leur ombre ou les cachant. Une formule épurée très réjouissante qui rythme joliment ce spectacle extrêmement réussi.


En parallèle au spectacle

Ateliers

  • Constitution d'une bibliothèque imaginaire, la Bibliothèque rêvée de Peter, qui comprendra "les œuvres complètes" (et bien plus encore) de Peter Neumeyer, revisitées par les enfants (et pas seulement les enfants).
  • En amont ou en aval du spectacle, ateliers divers (en scolaire comme en tout public), pour inviter les publics à travailler sur les textes de Peter Neumeyer, faisant se croiser les œuvres d'enfants et d'adultes, professionnels et non professionnels.... Les livres créés (mais aussi les films, les livres d’artistes, les créations sonores...) seront rassemblés dans la Bibliothèque rêvée, œuvre évolutive qui, au fil des tournées, s'enrichira des nouvelles productions et accompagnera le spectacle. A découvrir sur le site de la Bibliothèque rêvée de Peter (ici).
  • Goûter des rois le samedi 5 janvier, en présence de Peter Neumeyer et de Pascal Lemaître qui dédicaceront l’album jeunesse "Dick le lambin, Dick l'éclair".

Dick le lambin, Dick l'éclair
Peter Neumeyer
Pascal Lemaître
traduit de l'anglais par Maurice Lomré
l'école des loisirs/Pastel
2018, 40 pages

L'album commence ainsi: "C'est mardi. Dick le lambin doit aller chez madame Litzen pour sa leçon de piano. Comme les parents de Dick le lambin sont au Japon, Grandpa et Grandma s'occupent de lui." Le couple s'agite, met la pression au gamin qui lui, "s'active lentement". Tout est bon pour gagner du temps: chercher les partitions, le manteau. Dick part enfin en voiture avec ses grands-parents, remarque plein de choses intéressantes dans la rue et arrive… en retard. La leçon peut commencer. Quelle leçon! Dick oublie les partitions, embrouille les morceaux... Tout cela sous l'œil bienveillant de la ravissante madame Litzen. Au terme de la leçon, une fois retrouvés le manteau et les partitions, Dick retourne chez lui. Un peu marri de ses retards, il décide de devenir Dick l'éclair. Et la vie prend de toutes autres couleurs, sans moralisation aucune.

Pascal Lemaître pose de subtils dessins sur cette histoire à hauteur d'enfant, établissant un riche rapport texte-images. En postface, Carine Ermans explique comment cette histoire de "Dick dawdle Dick the quick" est passée de la Californie où elle dormait depuis longtemps à la Belgique où elle a été illustrée et éditée dans le cadre de la Bibliothèque rêvée de Peter, créée par le Théâtre du Tilleul. A partir de 5 ans.


Bonus

  • Que trouve-t-on dans la bibliothèque de Peter? En "Jeunesse", les titres favoris de l'équipe du Tilleul et les albums jeunesse qui ont inspiré ses précédents spectacles. En "Littérature", les romans adorés par Peter Neumeyer. En "Histoire", les titres et auteurs qui aident à comprendre la période trouble de la Seconde Guerre mondiale.
  • Des guides de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, qui se complètent de bocaux de formol où pataugent amphibiens et insectes, donnant au lieu un agréable côté cabinet de curiosités, proche de l'univers graphique de l'illustrateur Edward Gorey
  • Des piles de partitions de musique qui semblent prêtes à sortir des murs.

Biographie

  • Né le 4 août 1929 en Allemagne, Peter Neumeyer est arrivé très jeune aux Etats-Unis. Il y rejoint en 1937 ses parents partis un an plus tôt. Lecteur passionné depuis sa petite enfance, il devint professeur de littérature dans diverses universités américaines. Il a fondé le département littérature de jeunesse à l'Université de San Diego, le plus important de l'Amérique du Nord. Il était arrivé dans cette université en 1978 et en est retraité depuis 1993.
  • Peter Neumeyer a toujours écrit, de la poésie, des études critiques, des albums jeunesse. En 1969, il rencontre via son éditeur l'illustrateur Edward Gorey, pressenti pour illustrer "Les histoires de Donald". Ensemble, ils publient trois albums. Mais leur projet est beaucoup plus vaste: "Je viens d'acheter tout un tas de pochettes vierges. Elles n'attendent plus qu'une étiquette comme... ANCIENS DONALDS, NOUVEAUX DONALDS etc… Mon œil astral voit toute une étagère de livres Neumeyer/Gorey. Harvard ouvrira-t-elle une salle à notre gloire? Elle aurait tout intérêt!", écrit Edward Gorey à Peter Neumeyer. Las, leur projet d'"épopée allégorique" ne dépassera pas le stade de leur correspondance.
  • Ils continueront à publier des livres, chacun de son côté. Gorey avec d'autres écrivains, Neumeyer avec d'autres illustrateurs. Beaucoup de ces derniers sont épuisés aux Etats-Unis et peu ont été jusqu'à présent traduits en français. Une situation qui pourrait changer.


Infos pratiques sur le spectacle ici.
Toutes les représentations étant complètes, une liste d'attente sur place chaque jour est ouverte, une heure avant la représentation.

mercredi 6 mai 2015

Amours de mères

C'est de saison, les mamans sont à l'honneur au mois de mai. Le deuxième dimanche en Belgique, à d'autres dates ailleurs. Voici quatre d'albums pour enfants qui parlent d'elles, c'est-à-dire qu'ils évoquent l'amour qu'elles ont pour leurs enfants. Les mères, ces concentrés d'amour.

Les deux premiers sont des créations françaises et se ressemblent. Très intéressants tous les deux et joliment conçus, ils abordent chacun à leur manière le thème de l'amour maternel, éternel.

"La main de maman", écrit par Claire Babin et illustré par Marguerite Courtieu (Gallimard Jeunesse, 32 pages), choisit la main pour dire l'amour. Chaque page met en scène une nouvelle situation dans une nouvelle famille. Le monde entier défile avec ces mamans et ces enfants. Et la vie s'écrit dans des saynètes rendant grâce à la douceur sans oublier que la fermeté est aussi nécessaire parfois.

La main de maman me rappelle mon doudou. (c) Gallimard.
L'album que signent une éditrice et une graphiste de la maison d’édition qui les publie commence ainsi:
"La main de maman sent bon comme un câlin.
Elle me rappelle mon doudou.
Elle me coiffe les cheveux pour que je sois encore plus belle.
Elle est ferme quand j'hésite.
(...) Parfois aussi la main de maman me menace, me gronde, se fâche."

Jusqu'à la jolie finale: "Un jour pourtant je pourrai lâcher la main de maman... sans avoir peur de m'envoler!"

 La main de maman au quotidien. (c) Gallimard Jeunesse.
Simples mais expressives, les illustrations montrent des mamans et des enfants, garçons et filles de toutes les couleurs, de tous les pays, quelques papas aussi ainsi que l'un ou l'autre frère ou sœur. 

"La main de maman" est une jolie liste reprenant autant les petits gestes du quotidien que l'attention maternelle et sa bienveillance constante. "Que le lien soit fort ou ténu, il est toujours indélébile", estime Claire Babin qui nous partage avec douceur sa pensée.

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L'album "Mon amour" d'Astrid Desbordes pour le texte et Pauline Martin pour les illustrations (Albin Michel Jeunesse, 48 pages) se présente sous la forme d'un dialogue entre une maman et son petit garçon. Archibald a une fameuse question à l'heure de se coucher: "Dis maman, est-ce que tu m'aimeras toute la vie?" Bigre, comment répondre à cela? La maman biaise un peu pour commencer: elle va dire un secret à son fils. "Je t'aime depuis que je te connais, et même avant." Douces et délicates, les images montrent une photo de naissance à la maternité et une scène de grossesse.

Page de gauche. (c) Albin Michel Jeunesse.
Au fur et à mesure des doubles pages, la maman reprend la formule "Je t'aime" en y accolant un terme et son contraire. "Je t'aime quand tu le vois" (à la fête foraine), "et quand tu ne le vois pas" (le ballon d'Archibald a cassé le vase de fleurs). Cette musique des phrases crée un très jolie atmosphère, propice à déceler tous ces petits moments d'amour, que les illustrations saisissent parfaitement bien et prolongent avec délices - le duo n'en est pas à son premier coup, "Les rêveries d'un hamster solitaire", "Le dîner surprise", "Le goûter" et "Le Noël des Polipoil", "Le voyage d'un hamster extraordinaire" (tous chez Albin Michel Jeunesse), c'est déjà elles deux.

Page de droite. (c) Albin Michel Jeunesse.
C'est plein de tendresse et de douceur, d'humour aussi quand on voit quels contraires sont opposés:  le beau costume et la scarlatine, le câlin et la colère, la sortie du bain et le retour du foot... Archibald se révèle un petit garçon terriblement humain, avec ses bons et ses autres côtés. L'illustratrice a eu l'excellente idée d'alterner les doubles pages en teintes douces, bleu et rose, qu'éclairent du rouge et du jaune. Surtout, elle établit un excellent rapport texte-images avec ce qu'écrit l'auteure.

Et donc, le secret de cette maman est tout simple et apparaît à la fin de multiples épisodes d'amour: "Je t'aime parce que tu es mon enfant, mais que tu ne seras jamais à moi. Je t'aime chaque jour. Et pour toujours", sous-entendu peu importe ce qu'Archibald choisira de faire quand il sera grand. Excellent album que ce "Mon amour" qui invite à se raconter soi et ménage une toute petite place au papa de l'histoire.

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L'album "Quel œuf!" de la Britannique Sally Grindley pour le texte et du Belge Pascal Lemaitre pour les illustrations (texte traduit de l'anglais par Maurice Lomré, L'école des loisirs/Pastel,
32 pages) apparaît plus rigolo au premier regard mais affiche en finale une belle profondeur. Pas de personnages humains ici mais des animaux qui ressemblent fort à  des humains.

"Il n'éclora jamais si je ne le tiens pas au chaud". (c) Pastel.
Tout commence quand une maman cane découvre un très grand œuf abandonné dans une grotte - ce qui n'est pas sans rappeler l'excellent album, épuisé, de Margaret A. Hartelius "Le petit de la poule" (Père Castor-Flammarion).
Gentille et responsable, elle décide de le couver: "Il n'éclora jamais si je ne le tiens pas au chaud."

Elle est sûre que son bébé n'est pas un canard... (c) Pastel.
Elle sera surprise de voir ce qui sort de la coquille: "Une chose est sûre: tu n'es pas un canard."

Si cette drôle de petite créature effraie et rebute ses amis, la maman cane n'en tient pas compte: "Tu resteras avec moi."

Et c'est ainsi que le bébé affamé grandit, nourri par une mère active et généreuse, jusqu'à devenir vraiment très grand. L'apprentissage des choses des canards, nager, voler, s'avère négatif, mais le petit se découvre d'autres qualités. Il s'en ira  parcourir le monde mais reviendra chez sa maman, drôlement bien accompagné. Les projets du fils comme ceux de la mère généreuse sont le bonheur. "Quel oeuf!" peut-être, mais surtout, quel fils et quelle maman!

Pascal Lemaitre a rudement bien exploité le scénario de Sally Grindley. Ses illustrations sont efficaces et sensibles, reflétant l'amour et la tendresse mais laissant une petite place à l'humour. Les postures de la maman cane et de son bébé sont très réussies, celles des personnages secondaires aussi. Encore un amour maternel inconditionnel.

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Mon dernier choix est plus poétique, ouvert à tous, aux petits comme aux grands et même aux adultes. Il s'agit du merveilleux album "Mon tout petit" de Germano Zullo et Albertine (La joie de lire, 80 pages), sous coffret.

On y voit d'abord une maman, immense, qui tient un tout petit garçon dans ses bras. Quelques mots soulignent les scènes en noir et blanc. Tandis que la mère tourne doucement sur elle-même, le bébé qu'elle tient dans les bras grandit imperceptiblement. Le tout-petit devient un enfant, un ado, un homme. Toujours, des mots doux racontent leur histoire.

Et en même temps que l'enfant grandit, devient un homme, on voit la mère qui rapetisse jusqu'à devenir minuscule. Les images d'Albertine, au crayon gris, sont créées comme pour un flipbook, avec leurs lignes qui bougent d'un rien de page en page. Surtout, associées aux mots de Germano Zullo, elles disent le cycle de la vie, l'amour d'une mère, l'amour d'un enfant. Evocatrices, elles appellent l'émotion en nous. Dès le titre, "Mon tout petit", tout n'est-il pas dit?


... et bébé. (c) La joie de lire
La ronde de maman...












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Et pour terminer, une photo prise il y a quelques semaines à la librairie,  L'Atoll imaginaire, installée à La Garde dans le Var (Midi de la France).
La maman cane et ses petits sont entrés par la porte arrière, et ressortis peu après par le même chemin.