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lundi 10 mars 2025

Le palmarès 2024 de l'Académie belge, l'ARLLFB

Les lauréats 2024: Jeanne Pham Tran, Merlin Vervaet, Deborah Danblon, Marie Borel,
Emmanuel Dongala, Pierre Piret, Caroline Boulord, Grégoire Polet
et Jack Kéguenne. (c) ARLLFB.
 
L'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) a remis neuf prix littéraires 2024 ce samedi 8 mars. Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'institution, a d'abord rappelé les noms de deux de ses membre, récemment disparus, Michel del Castillo, élu le 12 avril 1997 et mort le 17 décembre 2024, Pierre Mertens, élu le 11 février 1989 et décédé 19 janvier 2025. Il a eu un mot aussi pour l'écrivain Boualem Sansal, arrêté et emprisonné à Alger le 16 novembre 2024.
 
L'officiant a ensuite annoncé la couleur: quinze minutes par prix, réparties entre proclamation par lui-même du/de la lauréat.e, lecture d'un extrait du livre primé et conversation avec le/la lauréat.e. Venus de Belgique, de France ou de Suisse, les neuf auteurs récompensés étaient tous présents à Bruxelles en ce matin ensoleillé. Tout a bien commencé avec Grégoire Polet, Grand prix du roman pour "Pax" (Gallimard). Mais ensuite... Lectures très théâtralisées, intervieweurs extrêmement diserts, répétant parfois ce qui venait d'être dit. Quand on a la chance d'avoir neuf lauréats de prix importants à disposition, on aimerait que l'occasion soit donnée au public - venu nombreux - de bien les entendre pour mieux les connaître. Encore faut-il leur laisser l'occasion de s'exprimer. Dommage. La séance m'aura toutefois appris que maintenant, je peux dire "J'ai eu venu à la remise des prix", en utilisant un passé surcomposé dont j'ignorais l'existence et qui a été mis à l'honneur dans le prix de  linguistique.
 
Palmarès
 
Grand prix du roman
Ce prix annuel est doté de 1500 €. Il récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).

Le prix est décerné à Grégoire Polet pour "Pax" (Gallimard, 2024, 448 pages). Un récit virevoltant autour de la conférence de la paix organisée en 1919 par le président Wilson.
"J'ai abordé la perméabilité entre le présent et le reste du temps".

 
 
 
 
Grand prix de l'essai
Ce prix biennal est doté de 1500 €. Il récompense l'auteur belge d'un essai. Les domaines concernés sont: la philosophie, l'histoire, la sociologie, la spiritualité, la religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts. 
 
Le prix est attribué à Pierre Piret pour "Le chant du signe. Dramaturgie expérimentale de l'entre-deux-guerres" (Circé, 2024, 210 pages). Analyse détaillée de sept auteurs de théâtre de l'entre-deux-guerres (les Belges Crommelynck, Ghelderode et Soumagne et les Français Apollinaire, Claudel, Cocteau, Vitrac).
 

 
 
 
 
 
Prix international de littérature française
Ce prix international, doté de 2000 €, récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur âgé de moins de 50 ans. Le prix 2024 est attribué à un roman.

Le prix est attribué à l'unanimité du jury à Jeanne Pham Tran pour "De rage et de lumière" (Mercure de France, 2023, 216 pages). Des liens invisibles se créent entre trois "héros" aux yeux de la romancière, Jack Preger, médecin des rues de Calcutta, sa mère qui s'est battue pendant 7 ans contre un cancer et la narratrice.
"La rage, ce peut être la colère mais cela peut aussi être la rage de vivre."
 
 
 
Grand prix des arts du spectacle
Prix annuel doté de 1500 €, le grand prix des arts du spectacle récompense du théâtre, mais aussi éventuellement: scénario de cinéma ou de télévision, seul en scène, etc.

Le prix récompense Merlin Vervaet pour "Le groupe de l'Ouest lointain" (Lansman, 2024, 76 pages). Une écriture théâtrale renouvelée qui oublie le dialogue au profit de la narration à la troisième personne. Une narration déjantée et drôle qui dézingue la société.
"Je me suis beaucoup documenté. J'ai entre autres lu le journal de bord du Belgica."  
 
 
 
 
Grand prix de linguistique et de philologie
Doté de 1500 €, ce prix récompense l'auteur ou autrice, belge ou étranger écrivant en langue française, d'un essai. Ce prix est réservé à la linguistique en tant que théorie du langage, et à la philologie comme étude de la langue, analyse de textes littéraires, etc. Il exclut donc l'Histoire de la littérature, des idées, des mentalités et des courants littéraires qui font l’objet d'un prix distinct et biennal lui aussi.

Le prix va à Marine Borel pour "Les formes verbales surcomposées en français" (Peter Lang, 2024, 662 pages, téléchargement gratuit sur le site de la maison d'édition, ici), présentant 7500 exemples de formes verbales surcomposées en français. Un temps inconnu de la plupart des personnes présentes dans l'auditoire Albert 1er de l'Académie, qui permet des phrases comme "Tu as eu venu à la remise des prix", bien plus fort que "Tu es venu à la remise des prix" et explique pourquoi.
 
Un charmant accent suisse qui n'a guère eu l'occasion de s'exprimer tant son interlocuteur a pris du temps imparti.


Grand prix de poésie
Annuel et doté de 1500 €, ce prix récompense un poète belge pour l’ensemble d’une œuvre ou un recueil remarquable.

Le prix est attribué à Jack Keguenne pour "À la lanterne" (éditions Edern, 2024, 244 pages), recueil de textes poétiques écrits il y a cinq ans pendant le confinement.
"Tous les poèmes sont dédiés à une personne suite à un événement ou un échange avec quelqu'un. Ils sont lisibles par tout le monde mais offrent un bonus à la personne à laquelle ils sont dédiés et pour moi."
 
 
Prix André Gascht
Ce prix biennal récompense une personnalité du monde de la critique (presse, radio, télévision, internet, etc.), en activité dans l’année où le prix est décerné ou pour son rôle éminent dans la critique.

Le prix va à Deborah Danblon pour l'ensemble de son travail. 
"Il y a les flèches et les couteaux suisses. Moi je suis un couteau suisse.

 
 
 
 
 
 
Prix Découverte
Le prix Découverte récompense une œuvre littéraire (principalement un recueil de poésie, mais également un roman ou une pièce de théâtre) d’un auteur belge, prioritairement, âgé de moins de quarante ans. Ce prix peut être attribué sur manuscrit.

Le prix Découverte est attribué à Caroline Boulord pour "Les nuits filantes" (L'arbre à paroles, 2024, 86 pages). Le mélange de la joie sans borne d'une mère observant son premier enfant et une forme de mélancolie qui en serait indissociable.
"Ma question est: qu'est-ce qui nous anime? Comment passer de l'inanimé à l'animé?"

 
 
 
Prix Nessim Habif
Biennal, ce prix récompense une personnalité, issue de la francophonie hors de France, pour une œuvre importante et de qualité écrite en langue française.

Le prix récompense Emmanuel Dongala, écrivain et chimiste, pour l'ensemble de son œuvre. Notamment "Un fusil dans la main, un poème dans la poche" (Albin Michel, 1973, roman), "Jazz et vin de palme" (Hatier, 1982, recueil de nouvelles), "Le Premier Matin du monde" (pièce de théâtre, 1984) , "Le Feu des origines" (Albin Michel, 1987, roman), "Photo de groupe au bord du fleuve" (Actes Sud, 2010, roman), "La sonate à Bridgetower" (Actes Sud, 2017).
 
Né le 14 juillet 1941 à Alindao (République centrafricaine) d'un père congolais et d'une mère centrafricaine, Emmanuel Boundzéki Dongala passe son enfance et son adolescence en République populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France, avant d'enseigner la chimie à l'Université de Brazzaville. Longtemps animateur d'un théâtre , il doit quitter le Congo lors de la guerre civile de 1997. Il trouve refuge aux Etats-Unis, où il enseigne à la fois la littérature francophone et la chimie.
"Mon travail de romancier est de dévoiler la beauté du monde qui se cache. Le romancier ne regarde pas le monde comme le journaliste ou le statisticien. Le romancier donne la dimension humaine du monde."

 
 
 

lundi 9 décembre 2024

Sur l'"île" du procès des attentats de Bruxelles

Un dessin d'audience de Palix.
 
Le 22 mars 2016, la Belgique était ébranlée. Les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek endeuillaient cruellement le pays en ce matin de printemps. Traumatisaient non seulement les victimes directes, leurs proches, les personnes qui les ont secourues mais toutes celles qui en ont moralement souffert. Les différents temps de la justice passés, le procès de ces attentats a débuté en décembre 2022 et a duré jusqu'à la fin de l'été 2023. L'ensemble des médias a évidemment suivi de près les audiences qui se déroulaient dans le nouveau bâtiment du Justitia. Ils ont fait entendre la présidente de la Cour d'Assises, les procureurs, les témoins, les accusés et bien entendu les avocats.

Mère de Léonor, sa deuxième fille gravement blessée lors de l'attentat du métro, Sophie Pirson donne dans "Quatre saisons plus une, carnet de bord du procès des attentats de Bruxelles" (L'arbre à paroles, collection "If", 200 pages) un contrepied à cette voix "officielle". "Tendre l'oreille au silence pour écouter ce qui ne se dit pas." Elle a régulièrement suivi le procès en tant que mère de victime. Une fois par semaine, quasiment toujours le jeudi. Elle y a tenu un carnet de bord dont elle nous partage de nombreuses pages. Les faits lors des audiences principalement mais aussi ses commentaires dont cette surprise de ne pas avoir anticipé "l'indécence de certains défenseurs". Mais en tant que mère de victime, son récit commence naturellement avant l'ouverture du procès. Quand elle a rencontré une mère de djihadiste. Quand elle a participé aux réunions des groupes de victimes. Quand elle a commencé à réfléchir sur la question du pardon. Elle nous le partage.
"Je lui explique que j'écris un journal de bord des coulisses du procès où se dessinera en lame de fond la question du pardon."
Sophie Pirson.
Pendant le procès, Sophie Pirson promène son regard sur ceux et celles à qui on pense, les victimes et leurs proches, et à qui on ne pense pas nécessairement, le public, le dessinateur, le personnel en poste au Justitia, assistants de justice, secouristes, policiers. Elle converse avec toutes ces personnes aux cordons de couleur différente selon leur statut, dans le bâtiment, dans l'"Annexe" réservée aux victimes ou ailleurs. Des échanges qui font naître chez le lecteur beaucoup d'émotions et beaucoup de questions, dont celles de la haine et du pardon, de la prévention et de la reconstruction, du témoignage et de la vérité. "Il faut retenir le nom des victimes, pas celui du tueur." Témoignant aussi de ce qui se passe en dehors de la salle d'audience, cette "île", par exemple ce SDF bien organisé croisé quasi chaque semaine près de la gare du Luxembourg depuis le bus qui l'y mène, Sophie Pirson place son récit dans un champ plus vaste que celui de la justice, celui de nos sociétés. Ses compte-rendus sont entrecoupés d'interludes, formes plus littéraires d'éléments factuels comme les mots des victimes ou associations d'idées à l'occasion de rencontres et d'échanges. Elle assemble ainsi un patchwork d'humanités diverses.

Ces "Quatre saisons plus une" se terminent avec l'achèvement du procès et la lecture par la présidente Laurence Massart des réponses du jury d'assises aux 287 questions qui lui avaient été posées. Le livre est complété des mots de Sophie Pirson, écrits à sa fille blessée lors de l'attentat, et d'un bref exposé des accusés présents au procès à Bruxelles.



lundi 24 avril 2023

"Portées-portraits" ce lundi avec Antoine Wauters

Antoine Wauters (c) Loraine Wauters.


Il a une gueule d'ange, mais un regard doux et un sourire craquant qui le ramènent à l'état humain. Antoine Wauters est sans doute le romancier belge le plus original, le plus intranquille, le plus exaltant de la nouvelle génération littéraire. Le plus vivifiant pour le lecteur qui recueille dans ses phrases puissance, émerveillement et satisfaction. On s'en rendra compte encore une fois lors de la lecture-spectacle musicale qui lui sera consacrée, ce lundi soir à la Maison Autrique. Le cycle Portées-Portraits de la compagnie Albertine proposera la mise en voix et en musique d'extraits de son magnifique roman, "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier, août 2021, 144 pages; Folio, février 2023, 176 pages). Un récit poétique qui a figuré dans nombre de sélections des prix littéraires 2021, a empoché plusieurs prix en France, dont le Marguerite Duras et le Wepler (lire ici) et, plus récemment, le prix du Livre Inter (lire ici).

Vous n'avez rien de prévu ce soir? Foncez!

"Il s'efforçait de rire.
Et eux aussi riaient, ne se doutant pas un seul instant du gouffre que cache parfois le rire d'un père."

"Mahmoud ou la montée des eaux", inspiré par le réalisateur Omar Amiralay et le poète Faraj Bayrakdar, est un hommage aux Syriens, pour qu'à jamais vivent leur culture et leur lumière.
Nous sommes en Syrie. Un vieil homme rame à bord d'une barque, seul au milieu d'une immense étendue d'eau. En dessous de lui, sa maison d'enfance, engloutie par le lac artificiel el-Assad en 1973.
Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d'un masque et d'un tuba, il plonge. C'est sa vie entière qu'il revoit, ses enfants au temps où ils n'étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.


Né à Liège en 1981, Antoine Wauters se partage entre plusieurs registres, la poésie, le roman, le scénario de cinéma, l'édition avec notamment la collection "If" de l'Arbre à paroles. Agréable nouvelle, il aura un nouveau livre à la prochaine rentrée littéraire, "Le plus court chemin" (Verdier).

Après quelques livres de poésie, son premier roman, "Nos mères" (Verdier), prix Prem1ère de la RTBF 2014 quelques semaines seulement après sa publication (lire ici), le fait découvrir avant de devenir le lauréat du prix Révélation de la SGDL. En 2015, Antoine Wauters cosigne le film "Préjudice", long métrage d'Antoine Cuypers. Trois ans plus tard, il marque la rentrée littéraire en publiant deux livres d'un coup, "Pense aux pierres sous tes pas" et "Moi, Marthe et les autres", toujours chez Verdier. Son quatrième roman, "Mahmoud ou la montée des eaux", paraît en 2021 et renforce son statut d'écrivain attendu et louangé. Il est sorti en février en format de poche. 

Pour mieux connaître Antoine Wauters, voici le texte sur ses débuts en littérature qu'il a écrit le mois dernier à la demande de Passa Porta à l'occasion du Passa Porta Festival: "Nos débuts".


La soirée "Portées-Portraits" débutera par une rencontre avec Antoine Wauters à 19 heures, l'occasion d'un partage avec le public sur son travail.
La lecture-spectacle musicale débutera à 20h15. Le texte sera mis en voix par Daphnée D'heur, lu par Itsik Elbaz et accompagné à la batterie par Antoine Pierre.
Un verre est offert par la Compagnie Albertine à la fin de la lecture, donnant l'occasion de trinquer ensemble et de se faire dédicacer un livre parl'écrivain.

Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 24 avril.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteur à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 5 euros pour les étudiants, gratuit pour le "jeune" de moins de 26 ans qui accompagne un adulte.
Renseignements ici.
Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com












jeudi 1 décembre 2022

Une vie d'ado post-68 en chansons

Carole Zalberg.

C'est un joli livre tout en hauteur, en douce couleur crème. La guitare dessinée en couverture par Benjamin Monti s'accorde avec le titre, "Song book", le nouvel ouvrage Carole Zalberg (L'arbre à paroles, collection "iF", 122 pages). Rien ici ne laisse deviner le début de ce très beau et touchant récit: "C'est sur un matelas nu, dans la chambre désertée de son grand frère que je cède à Marc après des mois d'un siège constant, têtu, et faussement bon enfant." Un dépucelage consenti mais sans désir au son de la chanson de Genesis "Supper's ready". Une relation sous emprise qui marquera longtemps la future romancière.

"Song book est né lors d'un trajet en voiture", explique-t-elle. "Nous écoutions "MacArthur Park," de Donna Summer. Mon époux découvrait le morceau et je me suis rendu compte, en en parlant, que me remémorer quand et comment je l'avais moi-même découvert ouvrait une porte sur mon adolescence, ravivait des sensations, recomposait des images. La musique, telle une capsule temporelle, avait ce pouvoir-là. J'ai alors eu l'idée de laisser remonter à ma mémoire les chansons de ma vie et d'écrire ce qu'elles m'inspiraient."
Un projet évoqué avec l'écrivain belge Antoine Wauters, qui est aussi éditeur, et qui est immédiatement accepté. En dix-sept chansons du temps, Carole Zalberg évoque sa vie d'adolescente, ses amours bien entendu, ses espoirs, ses déchirements, ses amitiés, ses expériences, ses souffrances, les boulets qu'elle traînera longtemps. On est au milieu des années 1970 et dans les années 1980. L'éducation parentale est alors à une généreuse liberté, avec ses avantages évidents mais aussi ses inconvénients.

De sa plume juste, précise, sans pathos ni jugement, l'écrivaine évoque son passé avec une foule de détails qui restituent parfaitement l'époque post-68. De séquence en séquence, non chronologiques, on suit une jeune fille qui devient une jeune femme, qui chante et danse, qui voyage et étudie, qui multiplie les expériences quitte à en payer le prix. "Monsieur mon passé, laissez-moi passer", chantait Léo Ferré. Sa phrase sera reprise par la psy Catherine Bensaïd dans le livre "Aime-toi la vie t'aimera" (Robert Laffont, Pocket). Mais à l'adolescence, même si on le sait, comment faire? C'est cette fragilité de jeunesse qu'évoque magnifiquement Carole Zalberg, née en 1965, dans "Song book", sans trop  de pudeur mais avec une sincérité transcendée par sa manière d'écrire. Cette recherche constante du bonheur dans le travail et dans l'amour, cette espèce d'obligation qu'elle en a, descendante d'immigrés, la mènera à la réussite, romancière publiée, animatrice de formidables rencontres littéraires, en couple heureux avec le même homme depuis plus de trente ans et mère d'enfants aujourd'hui adultes.
Le livre paraît dans la belle collection "iF", créée en 2012 par Antoine Wauters. Elle propose des textes à la croisée des genres, des textes transfrontaliers. La collection privilégie la diversité des formes, la liberté de ton et le plaisir d’oser. Les dessins de couverture sont signés Benjamin Monti.



mercredi 24 janvier 2018

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2018


Qui sera le lauréat du prix Prem1ère 2018 (RTBF), prix récompensant chaque année un premier roman écrit en langue française (lire ici)? Verdict le 22 février.
Les titres finalistes ont été choisis par un comité de professionnels du livre (Deborah Danblon, libraire et chroniqueuse littéraire, Régis Delcourt, libraire, Kerenn Elkaïm, journaliste, Emmanuelle Jowa, journaliste,  Christine Pinchart, journaliste et Laurent Dehossay, journaliste) avant d'être soumis à un jury de dix auditeurs de la Première.

Les dix finalistes
  • "Ces rêves qu'on piétine", Sébastien Spitzer (L'Observatoire)
  • "Le Presbytère", Ariane Monnier (JC Lattès)
  • "Surface de réparation", Olivier El Khoury  (Noir sur Blanc, collection Notabilia)
  • "Un élément perturbateur", Olivier Chantraine (Gallimard)
  • "Ma reine", Jean-Baptiste Andréa (L'Iconoclaste)
  • "Grand frère", Mahir Guven (Philippe Rey)
  • "Bouche creusée", Valérie Cibot (Inculte)
  • "Il ne portait pas de chandail", Annick Walachniewicz (L'Arbre à paroles)
  • "Aux noces de nos petites vertus", Adrien Gygax (Cherche-Midi)
  • "Belle merveille", James Noël (Zulma)

Présentation des livres dans "Jour Première" (RTBF, La Prem1ère) entre le 5 et 16 février).

lundi 15 juin 2015

A Saint-Sulpice, la poésie belge, mais pas que...

Cétait donc le 33e Marché de la poésie à la place Saint-Sulpice de Paris ce week-end qui commença le mercredi 10 juin. Dont la Belgique, Wallonie-Bruxelles et Flandre réunies, était l'invitée d'honneur.
Cinq jours qui ont rassemblé cinq cents éditeurs et trois cents auteurs sous l’œil bienveillant de William Cliff, lauréat le 5 mai dernier du Goncourt de la poésie Robert Sabatier.
Ç'aurait été bien d'y être.  Cela n'a pas été possible.
Pas trop grave, les livres sont toujours disponibles, ambassadeurs parfaits.


Quelques propositions parmi les parutions récentes
 - et pardon si certains des titres n'étaient pas présentés dans le sixième arrondissement.


"Belgium Bordelio"
"Structure/Structuur"
anthologie bilingue
30 auteurs belges
l'Arbre à Paroles & Poëziecentrum
454 pages

Quinze auteurs néerlandophones et quinze auteurs francophones, tous belges évidemment, se partagent les 450 pages de ce recueil entièrement bilingue (traductions en face à face, bordées par une mini-bio dans les deux langues). C'est dire s'ils ont chacun bien de la place pour leurs textes.

"Belgium Bordelio"... le titre prête à rire, au moins à sourire. Qu'est le bordel belge? Celui de l'Etat? Celui de sa culture? Il tend encore plus les zygomatiques quand il s'assortit de son sous-titre: structure! Ah bon? Le désordre de l'ordre peut-être? Ou l'inverse?

Toujours est-il que se succèdent dans cette brique de 560 grammes de joyeux poètes, plus ou moins connus, plus ou moins jeunes, plus ou moins des deux sexes. Les flamands ont été choisis par Jan H. Mysjkin, les francophones par Antoine Wauters. Les deux directeurs de l'ouvrage ont organisé un tirage au sort pour mélanger leurs ouailles ayant publié soit dans "Poëziekrant", soit aux Editions Maelström ou de l'Arbre à paroles. Puis, ils ont revu le choix du sort pour faire en sorte qu'alternent un auteur flamand et un auteur francophone.

Les élus sont, selon leur ordre d'apparition dans le livre:
Christophe Vekeman - Laurence Vielle - Peter Ghyssaert - Milady Renoir - Roger de Neef - Antoine Wauters - Jan H. Mysjkin - Julie Remacle - Renaat Ramon - Antoine Boute - Claude van de Berge - Alexis Alvarez Barbosa - Paul Bogaert - Anne Versailles - Frank Pollet - Tom Nisse - Michaël Vandebril - Véronique Daine - Johan de Boose - Olivier Dombret - Peter Theunynck - Jacques Izoard - Stefan Hertmans - Dominique Massaut - Lies Van Gasse - Serge Delaive - Hilde Keteleer - Karel Logist - Delphine Lecompte - Vincent Tholomé
Un panorama bien complet de ce qu'est la poésie belge et des formes multiples qu'elle emprunte.

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"La Poésie française de Belgique,
une lecture parmi d'autres"
Yves Namur
Editions numériques Recours au poème
380 pages
ebook uniquement

Cet autre ouvrage collectif réunit, lui, 89 poètes francophones de Belgique, choisis par Yves Namur. Il n'est disponible qu'en version numérique puisqu'il paraît aux Editions numériques Recours au poème que dirige Matthieu Baumier.

Pas un cadastre de la poésie française mais des choix posés par Yves Namur qui s'en explique:
"Le présent travail entendait réserver une place particulière aux voix nouvelles sans pour autant oublier ceux qui sont les représentants majeurs de notre poésie à l'étranger. Ils sont d'ailleurs quasi tous (à une exception près, je pense) à la table des matières de ce livre comme aux catalogues des grands éditeurs. J'ai souhaité par ailleurs donner une place de choix à ces voix de femmes trop souvent écartées, on se demande bien pourquoi. J'aurais pu, je l'avoue, en ajouter bien d'autres.
Une remarque encore: seuls sont ici présents les poètes vivants au moment de la rédaction de ce livre. Ainsi (et ce sont les seuls noms que je citerai ici) sont absents Jean-Claude Pirotte ou André Balthazar qui nous ont quittés voici peu de temps.
Autre remarque sur ce travail et ses contraintes: j'ai ici répondu aux souhaits de l'éditeur me demandant d'insérer a priori des textes inédits. Ce qui ne fut pas toujours simple, certains auteurs restant injoignables, d'autres n’ayant guère ou pas d'inédits sous la main, j'ai cru utile de choisir dans l'œuvre publiée."

Voilà les 89 femmes et hommes poètes choisis, dans l'ordre de leur apparition dans le recueil, c'est-à-dire selon l'année de leur naissance, de l'aîné au plus jeune.
Georges Thinès, Philippe Jones, André Romus, André Schmitz, Liliane Wouters, André Doms, Jacques Demaude, Claire-Anne Magnès, Gaspard Hons, Anne-Marie Derèse, Jacques Sojcher, Véra Feyder, Rose-Marie François, Colette Nys-Mazure, William Cliff, Jacques Crickillon, Michel Voiturier, Anne Bonhomme, Werner Lambersy, Christian Hubin, Françis Chenot, Geneviève Bauloye, Jean-Pierre Verheggen, Jacques Vandenschrick, Anne Rothschild, Robert Gérard, Marc Dugardin, Corinne Hoex, Serge Meurant, Guy Goffette, Daniel Fano, Frans de Haes, Pierre-Jean Foulon, Roland Ladrière, Pierre-Yves Soucy, Pierre Gilman, Jean-Marie Corbusier, Jacques Goorma, Jean-Luc Wauthier, Françoise-Lison Leroy, François Emmanuel, Daniel Simon, Béatrice Libert, Jean-Michel Aubebert, Daniel de Bruycker, Philippe Lekeuche, Thierry-Pierre Clément, Véronique Wautier, Francis Dannemark, Caroline Lamarche, Philippe Leuckx, Eric Brogniet, Philippe Mathy, Sabine Lavaux-Michaëlis, Jacques Keguenne, Lucien Noullez, Pierre Schroven, Claude Donnay, Denys-Louis Colaux, Carl Norac, Serge Núnez Tolin, Karel Logist, Véronique Bergen, Paul Mathieu, Pierre Warrant, Véronique Daine, Vincent Tholomé, Serge Delaive, Cathy Leyder, Laurent Demoulin, Laurence Vielle, Yves Collet, Piet Lincken, Christophe van Rossom, Ben Arès, Marie-Clotilde Roose, Otto Ganz, Hubert Antoine, Fabien Abrassart, Pascal Leclercq, Laurent Fadanni, Harry Szpilmann, Antoine Wauters, Kathleen Lore, Raphaël Miccoli, Eric Piette, Nicolas Grégoire, Maxime Coton.
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L'asbl L'arbre de Diane a pour but de promouvoir la littérature et la poésie, à travers différents médias, dont des livres numériques et papier. D'explorer aussi les aspects sonores et radiophoniques de la littérature, ainsi que son rapport avec les technologies et les sciences. Dirigée par Mélanie Godin et Renaud Lambiotte, sa collection "La Tortue de Zénon" réunit les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques. Impossible? Non! Les deux premiers livres viennent de sortir, dont les titres sont déjà tout un programme...

"Les mathématiques
sont la poésie des sciences"
Cédric Villani
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
68 pages

Cédric Villani est un mathématicien français qui s'intéresse à la théorie cinétique et au transport optimal. Le directeur de l'Institut Henri Poincaré à Paris, aussi professeur d'université à Lyon, a reçu la célèbre médaille Fields en 2010 pour ses recherches. Il a étendu sa notoriété du domaine des mathématiques à celui de la littérature en publiant un premier roman particulièrement original, "Théorème vivant" (Grasset, 2012, Le livre de poche, 2013) où il est bien sûr question d'un mathématicien. On entend aussi en été sur les ondes de France Inter celui  qui est devenu l'ambassadeur des maths françaises.

Pas étonnant que Cédric Villani déclare que les mathématiques sont la poésie des sciences.
"Si les mathématiques étaient un genre littéraire, ce serait certainement la poésie. L'élément poétique peut venir par l'apparition d'éléments étrangers et inattendus dans un texte. On peut trouver une certaine beauté aux mots qui surgissent avec leur charge de mystère dans un dialogue où ils n’ont rien à faire. Ils appartiennent à une autre langue. C'est un peu comme quand vous écoutez une chanson dans une langue étrangère à laquelle vous ne comprenez rien et que vous y percevez une force tout à fait mélodieuse et mystérieuse."
Dessin d'Etienne Lécroart. (c) L'arbre de Diane.
Comment développe-t-il davantage sa pensée? C'est à retrouver dans le livre qui retranscrit une conférence donnée en mars 2013 à la Maison de la culture de Namur, organisée par le département de maths de l'université du lieu et les Midis de la Poésie. Avec la participation d'Elisa Brune en préfacière et de l'auteur de bande dessinée Etienne Lécroart, membre de l'OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) pour accompagner les réflexions de Villani.



"Dix rencontres entre science et littérature"
Géodésiques
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
144 pages

Dans ce livre se succèdent dix paires improbables, un scientifique et un auteur de littérature qui, ensemble, parlent de science. Le premier lance la discussion à propos de ses recherches, de ses théories, le second s'approprie ces concepts et ces questions et les traite avec sa sensibilité personnelle. Des passerelles qui ont abouti à ce livre et illustrent l'idée de la géodésique, à savoir "le chemin le plus court entre deux points d'un espace métrique". Voilà qu'on ferait des maths sans le savoir, pour la prose, on était prévenu depuis longtemps.

Voici les paires, qui sont illustrées par Nathalie Garot.
André Füzfa .................... Nicole Roland
Jean-Pierre Boon ............ Caroline De Mulder
Petra Vertes .................... Jan Baetens
Philippe Toint ................. Nicolas Marchal
Hugues Bersini ............... Jacques Darras
Vincent Blondel ............. Caroline Lamarche
Mustapha Tlidi ............... Laurence Vielle
Jean-Charles Delvenne .. Vincent Engel
Michel Tytgat ................. Geneviève Damas
Renaud Lambiotte .......... Christine Van Acker

Dessin de Nathalie Garot. (c) L'arbre de Diane.

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"La Trilogie Lunus"
Serge Delaive
l'Arbre à paroles
Anthologies
296 pages

Serge Delaive, c'est aujourd’hui douze recueils de poèmes, quatre romans, dont "Argentine" (La Différence) qui reçut le Prix Rossel en 2009, un essai et deux ouvrages illustrés.

"La Trilogie Lunus" regroupe trois recueils de poèmes, "Légendaire" (1995), "Monde jumeau" (1996) et "Le livre canoë" (2001). Trois livres qui avaient été imaginés dès le départ comme une trilogie, centrée sur le personnage de Lunus, le double fantasmé de l'auteur. Un voyageur bien entendu, attentif au monde et à ce qu'il voit.

Une réédition soigneusement revue par l'auteur: certains textes ont été retouchés, des poèmes éliminés, d'autres déplacés, deux ont été réécrits en prose... Tous les poèmes ont reçu un titre. Un travail approfondi dont le dernier poème cligne de l’œil au premier et qui a été menée pour les cinquante ans du poète-romancier-essayste-photographe.

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"Ce monde"
Jan Baetens
Les Impressions nouvelles
96 pages

Dernier poète flamand d'expression française, Jan Baetens explique ce nouveau projet: un texte plus long, une poésie pouvant se lire à haute voix. Sa découverte de "The last World", un poème de jeunesse de John Ashbery, affine encore son choix.

Tout comme une résidence à Venise en 2013 et sa participation à une rencontre autour de Pierre Joris. Double nomadique de "The last World", poème épique évitant le récit, poème à lire par les yeux comme la bouche, entreprise à risques qui devrait connaître plusieurs prolongements.

En sept parties, "Ce monde" aborde aussi en finale la ville de Venise que le poète examine sous toutes ces facettes, malaxe de toutes les façons.

Un extrait du livre à lire ici.

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"Ostende"
Christiane Levêque
Illustrations de Garène
Les Carnets du Dessert de lune

Deux ans après nous avoir entraînés au "Mokafé" (même éditeur), célèbre établissement de la Galerie du Roi à Bruxelles, Christiane Levêque nous emmène cette fois à Ostende.

Ses mots se posent avec la même fraîcheur et la même bienveillance sur tout ce que son regard déniche et nous transmet. Des portraits, des ambiances, des lieux, finement observés et tellement joliment racontés.
Quelques illustrations de Garène se glissent harmonieusement entre les textes.

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"8 ans"
Julie Remacle
l'Arbre à paroles
128 pages

C'était quoi la Belgique des années 1980? Réponse dans ces courts textes, rapides comme une mitraillette, précis comme une lunette de visée, directs comme un tir bien ajusté. Le tout dans une écriture complètement poétique, sans illusion sur l'état d'enfance.

Elle est super, cette héroïne âgée de 8 ans. Et on la remercie de partager ainsi avec nous ses choix, ses opinions, ses résistances et ses enthousiasmes.

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Bien sûr, le Marché de la poésie accueillait aussi des auteurs français. Heureusement!
En voici deux, l'un avec des poèmes de table, l'autre avec un manège érotique. Que demander d'autre?

"Le Bel Appétit"
Paul Fournel
P.O.L., 215 pages

Il est prouvé que lire des recettes fait grossir. Et lire les "poèmes de table" de Paul Fournel? Je crains le pire, tant on se régale devant ces recettes, ces cuisiniers qui les exécutent, au sens propre ou au sens figuré, ces évocations de fruits, de légumes, de fromages, sans oublier les petits beurres LU. Le poète nous raconte tout cela avec fougue, mêlant l'ancien et le nouveau, imaginant d'autres façons tout en rappelant les anciennes.

Lire les titres des poèmes provoque des gargouillis à l'estomac. Lire les textes caresse l'esprit épicurien, amateur de mets et de mots. Chaque sujet est un départ vers des contrées revisitées pour le plus grand plaisir du lecteur. Et sans doute celui de l'auteur.

Pour déguster un peu du livre en ligne, c'est ici.

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"La Chapelle Sextine"
Hervé Le Tellier
Le Castor Astral
"Escales des lettres"
96 pages

Quelle bonne idée de republier ce "roman circulaire" paru en 2005 à L'estuaire!
On y circule en effet beaucoup, entre les treize femmes et les treize hommes, d'Anna à Yolande, de Ben à Zach, vous voyez l'astuce?, qui sont les sujets de ces 78 nouvelles érotiques aux nombreuses contraintes oulipiennes.

Sexe, vie, amour sont au centre de toutes les questions auxquelles l'auteur ne répond jamais, tout occupé à nous entraîner dans son "marabout-boutdeficelle" entre ses ardents héros: "Anna et Ben", "Ben et Chloé", "Chloé et Dennis", et encore 75 autres combinaisons. Nylon, latex, échanges, tout est bon dans cette chapelle célébrant le sexe avant tout. Ironie et intelligence dans ces micro-nouvelles où les scènes sexuelles décrites sont ponctuées d'un commentaire italique ramenant les choses au niveau zéro du désir.