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mardi 11 décembre 2018

Adeline Dieudonné, choix Goncourt de la Belgique

Adeline Dieudonné a marqué la rentrée littéraire.

Bingo! Encore des lauriers pour Adeline Dieudonné et son premier roman "La Vraie Vie" (L'iconoclaste, 266 pages, lire ici), les seconds en terre natale en une semaine, le prix Victor Rossel lui ayant été décerné jeudi dernier (lire ici). Ce mardi 11 décembre,  cent étudiants universitaires ont couronné la primo-romancière belge Choix Goncourt de la Belgique, par six voix contre quatre à Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Minuit), au sixième tour de vote, après trois heures de délibération. Les étudiants belges sont les premiers des "Choix Goncourt à l'étranger" à honorer Adeline Dieudonné.

Le jury des étudiants belges délibère.

Pour la troisième année, les délibérations de la centaine d'étudiants volontaires appartenant à des universités belges, francophones et néerlandophones, se sont tenues à la Résidence de France à Bruxelles. Là où ont été également proclamés les résultats des votes, en présence de Madame l'Ambassadeur de France en Belgique, Claude-France Arnould, d'Alda Greoli, Ministre de la Culture, de l'Enfance et de l'Éducation permanente au sein du Gouvernement de la Communauté française, de Philippe Claudel, membre de l'Académie Goncourt ainsi que de représentants des partenaires, Passa Porta, maison internationale des littératures à Bruxelles, l'Agence universitaire de la Francophonie en Europe de l'Ouest et l'Alliance Française de Bruxelles-Europe.

Les quinze livres en compétition.

Rappelons que les étudiants établissent le choix belge du prix Goncourt sur base de la première liste établie par l'Académie Goncourt en septembre, soit quinze romans qu'ils ont dû lire en moins de dix semaines (lire ici).

Adeline Dieudonné succède à Alice Zeniter récompensée l'an dernier pour "L'Art de perdre" (Flammarion, lire ici) et Catherine Cusset en 2016 pour "L'Autre qu'on adorait" (Gallimard, lire ici).

Echos de la remise du prix

  • Alda Greoli avoue n'avoir lu que deux livres des quinze figurant sur la liste Goncourt, sans préciser lesquels. Elle se réjouit de battre en brèche une rumeur en constatant que "oui, il y a beaucoup de jeunes qui s'intéressent à des livres, à des auteurs", des jeunes "qui conseillent à d'autres d'ouvrir un livre". Un livre de papier, bien entendu, on la connaît, notre ministre. "Un livre qui permet l'émotion de toucher un bel objet, une belle histoire, un bel auteur."
  • Philosophe de formation, Ciprian Mihali, directeur pour l'Europe de l'Ouest de l'Agence universitaire de la Francophonie, a estimé que "la littérature est le plus beau mensonge".
  • Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l'ARLLFB (Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique) a disserté sur la possibilité pour le prix Goncourt de devenir un second Nobel, celui-ci étant actuellement empêtré dans divers scandales. Il a rappelé que Paul Claudel avait exercé son dernier mandat d'ambassadeur dans la maison du Boulevard du Régent (1933-1936). Pour lui, "la littérature est un prisme exceptionnel sur le réel".
  • Philippe Claudel, écrivain, assis au couvert numéro 9 de l'Académie Goncourt, après Hervé Bazin et Jorge Semprun, docteur honoris causa de la KUL en 2015, membre de l'ARLLFB depuis 2016, écrivain très apprécié par les néerlandophones parlant le français, ignore visiblement que Jacques De Decker se fait appeler "patron" à l'Académie et non "chef " comme il l'a interpellé. Pour l'écrivain et cinéaste, "la littérature est résolument anti-tweet. Elle est un objet qui permet de penser un monde complexe, et donc essentielle. Elle fait réfléchir à ce qu'est un homme, une société, l'humanité."
  • Adrienne Nizet, directrice adjointe de Passa Porta, a lu un message de la lauréate, Adeline Dieudonné, dans l'impossibilité de se libérer: "Je suis ravie et honorée de recevoir ce prix". Comme c'est la deuxième fois qu'un jury de jeunes la récompense, elle se sent "un peu moins vieille" - elle a 36 ans. Et elle ajoute son plaisir de "recevoir un nouveau prix à la maison, comme le Rossel jeudi dernier".
  • Adeline Dieudonné sera présente au Festival Passa Porta qui se tiendra du 28 au 31  mars 2019.


Lauriers Goncourt 2018
  • Nicolas Mathieu, pour "Leurs enfants après eux" (Actes Sud, lire ici)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Pologne (existe depuis 1998)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de l'Orient (existe depuis 2012)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Roumanie (existe depuis 2013)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Suisse (existe depuis 2015)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de la Chine (existe depuis 2018)


jeudi 6 décembre 2018

Le prix Rossel 2018 va à Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné.

En ce jour de Saint-Nicolas, le prix Victor Rossel 2018 a été décerné à Adeline Dieudonné, pour "La Vraie Vie" (L'iconoclaste), son premier roman (lire ici). Il couronne ainsi, comme souvent dans son important palmarès, une nouvelle plume. Dans ce cas, une plume particulièrement inventive et originale qui a été remarquée par la critique, française et belge, par les libraires et par le public. Aussi, il donne un "vrai" prix à un roman qui a été mis à l'honneur partout mais n'avait empoché que des prix secondaires: Renaudot des lycéens, Filigranes, roman Fnac, Première Plume, "Envoyé par la poste", Stanislas.


Au terme d'un long débat, le jury a préféré le livre d'Adeline Dieudonné à ceux de Sandrine Willems ("Devenir oiseau", Les Impressions nouvelles), Etienne Verhasselt ("Les pas perdus", Le Tripode), Myriam Leroy ("Ariane", Calmann-Lévy) et Sébastien Ministru ("Apprendre à lire", Grasset).

Le jury du prix Rossel est composé de Pierre Mertens (président), et Thomas Gunzig, Michel Lambert, Ariane Le Fort, Isabelle Spaak, Jean-Luc Outers, Jean-Claude Vantroyen, Daniel Couvreur ainsi que les deux libraires, Daniela Belcanto (Jette) et Tom Cambresier (Huy).


Palmarès

2017 Laurent Demoulin, "Robinson" (Gallimard, lire ici)
2016 Hubert Antoine, "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici)
2015 Eugène Savitzkaya, "Fraudeur" (Minuit)
2014 Hedwige Jeanmart, "Blanès" (Gallimard, lire ici)

2013  Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse Édition)
2012 Patrick Declerck, "Démons me turlupinant" (Gallimard)
2011 Geneviève Damas, "Si tu passes la rivière" (Luce Wilquin)
2010 Caroline De Mulder, "Ego Tango" (Champ Vallon)
2009 Serge Delaive, "Argentine" (La Différence)
2008 Bernard Quiriny, "Contes carnivores" (Seuil)
2007 Diane Meur, "Les Vivants et les Ombres" (Sabine Wespieser)
2006 Guy Goffette, "Une enfance lingère" (Gallimard)
2005 Patrick Delperdange, "Chants des gorges" (Sabine Wespieser)
2004 Isabelle Spaak, "Ça ne se fait pas" (Equateurs)

2003 Ariane Le Fort, "Beau-fils" (Seuil)
2002 Xavier Deutsch, "La Belle Étoile" (Le Castor Astral)
2001 Thomas Gunzig, "Mort d'un parfait bilingue" (Au Diable Vauvert)
2000 Laurent de Graeve, "Le Mauvais Genre" (Editions du Rocher)
1999 Daniel De Bruycker, "Silex. La tombe du chasseur" (Actes Sud)
1998 François Emmanuel, "La Passion Savinsen" (Stock)
1997 Henry Bauchau, "Antigone" (Actes Sud); Jean-Philippe Toussaint, "La Télévision" (Minuit)
1996 Caroline Lamarche, "Le Jour du chien" (Minuit)
1995 Patrick Roegiers, "Hémisphère nord" (Seuil)
1994 Alain Bosquet de Thoran, "La Petite Place à côté du théâtre"

1993 Nicole Malinconi, "Nous deux"
1992 Jean-Luc Outers, "Corps de métier"
1991 Anne François, "Nu-Tête"
1990 Philippe Blasband, "De cendres et de fumées"
1989 Jean Claude Bologne, "La Faute des femmes"
1988 Michel Lambert, "Une vie d'oiseau"
1987 René Swennen, "Les Trois Frères"
1986 Jean-Claude Pirotte, "Un été dans la combe"
1985 Thierry Haumont, "Le Conservateur des ombres"
1984 Jean-Pierre Hubin, "En lisière"

1983 Guy Vaes, "L'Envers"
1982 Raymond Ceuppens, "L'Été pourri"
1981 François Weyergans, "Macaire le Copte"
1980 Jacques Crickillon, "Supra-Coronada"
1979 Jean Muno, "Histoires singulières"
1978 Gaston Compère, "Portrait d'un roi dépossédé"
1977 Vera Feyder, "La Derelitta"
1976 Gabriel Deblander, "L'Oiseau sous la chemise"
1975 Sophie Deroisin, "Les Dames"
1974 André-Marcel Adamek, "Le Fusil à pétales"

1973 Georges Thinès, "Le Tramway des officiers"
1972 Irène Stecyk, "Une petite femme aux yeux bleus"
1971 Renée Brock, "L'Étranger intime"
1970 Pierre Mertens, "L'Inde ou l'Amérique"
1969 Franz Weyergans, "L'Opération"
1968 Charles Paron, "Les vagues peuvent mourir"
1967 Marie Denis, "L'Odeur du père"
1966 Eugénie De Keyser, "La Surface de l'eau"
1965 Jacques Henrard, "L'Écluse de novembre"
1964 Louis Dubrau, "A la poursuite de Sandra"

1963 Charles Bertin, "Le Bel Âge"
1962 Maud Frère, "Les Jumeaux millénaires"
1961 David Scheinert, "Le Flamand aux longues oreilles"
1960 Victor Misrahi, "Les Routes du Nord"
1959 Jacqueline Harpman, "Brève Arcadie"
1958 Stéphane Jourat, "Entends, ma chère, entends"
1957 Edmond Kinds, "Les Ornières de l'été"
1956 Stanislas d'Otremont, "L'Amour déraisonnable"
1955 Lucien Marchal, "La Chute du grand Chimu"
1954 Jacqueline de Boulle, "Le Desperado"

1953 Paul-Aloïse De Bock, "Terres basses"
1952 Albert Ayguesparse, "Notre ombre nous précède"
1951 Daniel Gillès, "Mort la douce"
1950 André Villers, "La Griffe du léopard"
1949 Jean Welle, "Le bonheur est pour demain"
1948 Nelly Kristink, "Le Renard à l'anneau d'or"
1947 Maurice Carême, "Contes pour Caprine"
1946 Max Defleur, "Le Ranchaud"
1939 Madeleine Ley, "Le Grand Feu"
1938 Marguerite Guyaux, "Bollèche"



mardi 20 novembre 2018

Doublé en blanc et noir pour P.O.L. au Wepler

Marie-Rose Guarniéri, de la librairie des Abbesses
et les lauréats 2018, Bertrand Schefer et Nathalie Léger.

Faille spatio-temporelle. Sept jours se sont écoulés sans que je les voie. Où est donc passée la semaine du 12 novembre? Je reprends pied dans la réalité, en léger différé.

Plaisir de découvrir le verdict du prix Wepler-Fondation La Poste, créé par Marie-Rose Guarniéri, de la librairie des Abbesses (Paris 18e), soutenu par la brasserie Wepler et la Fondation La Poste, et qui pointe chaque année des livres littérairement intéressants.

Affiche pleine des couleurs de Lamia Ziadé pour l'édition 2018 et verdict en noir et blanc, en cette vingt-et-unième édition qui  attribue le prix (10.000 euros) à Nathalie Léger pour "La robe blanche" et la mention spéciale (3.000 euros) à Bertrand Schefer pour "Série noire", deux romans publiés chez P.O.L.

Deux excellents livres et un hommage discret, et même unique, à la mémoire de Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur et patron de P.O.L., mort dans un accident de la route le 2 janvier de cette année (lire ici).


Chez Nathalie Léger, la mariée n'était pas en noir, mais en blanc. Et elle était en route vers Jérusalem. Dans ce très beau roman qu'est "La robe blanche" (P.O.L., 144 pages), la romancière met en correspondance la performance que l'artiste conceptuelle milanaise Pippa Bacca tenta en 2008, et l'histoire de sa propre mère dans les années 1970, épouse abandonnée, désireuse que son histoire se sache, que sa fille la venge de son père. "La robe blanche", comme si les mots pouvaient rendre justice à la détresse d'une mère. Comme si une robe de mariée pouvait être un symbole de paix. Comme si des rêves pouvaient être plus forts que le réel.

Ce sont ces deux récits distincts dans le temps et sur la carte, sans rapport l'un avec l'autre, que Nathalie Léger nous donne à connaître et entrecroise tout au long de son troisième roman chez le même éditeur, bref et dense, après "L'exposition" (2008) et "Supplément à la vie de Barbara Loden" (2012, prix du livre Inter), après une biographie au ton original, "Les vies silencieuses de Samuel Beckett" chez Allia (2006).

Pippa Bacca, une artiste italienne de 33 ans, voulait promouvoir la paix mondiale en réalisant un voyage en auto-stop de Milan à Jérusalem, via les pays de l'ex-Yougoslavie, la Turquie, le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël, afin de faire "un mariage entre les différents peuples et nations" en portant symboliquement une robe de mariée lors de son voyage. Arrivée à Gebze en Turquie, elle fit une mauvaise rencontre, fut violée et assassinée.
Elles étaient deux jeunes femmes en réalité, Pippa Bacca et Silvia Moro, et leur projet "Brides on Tour" devait se terminer par une exposition, à leur retour en Italie de cette robe blanche portée du début à la fin de la performance, ainsi que la documentation filmée et écrite de ce voyage symbolique. On sait ce qu'il est avenu et l'idée de porter un "message de paix et de solidarité" s'est terminée d'une manière "aussi terrible qu'absurde", selon ceux qui ont soutenu le projet. Il a été décidé d'organiser malgré tout l'exposition autour de cette robe de mariée maculée. Avec une symbolique différente, celle de la défiance entre êtres humains. Et peut-être celle des limites de l'art face à l'horreur humaine.
Quand Nathalie Léger a découvert cette histoire il y a quelques années, elle en a été intriguée et bouleversée. La jeune artiste était-elle artiste ou martyre? Candide ou sacrifiée? Son intention de vouloir faire régner l'harmonie par sa seule présence en robe de mariée captive la narratrice. Mais il la submerge par sa volonté de réparer par ce voyage quelque chose de démesuré et qu'il n'ait pas abouti. Et lui fait réaliser que si cette histoire vraie la touche tant, c'est qu'elle en accompagne une autre, la sienne, plus précisément celle de sa mère. Cette mère qui lui demande inlassablement de raconter son mariage et de l'injustice criante du jugement de divorce qui été prononcé en 1974, pour pouvoir réparer sa propre histoire blessée.

Les mots ont-ils le pouvoir de réparer? Assemblés par Nathalie Léger, ils ont en tout cas celui de nous embarquer dans un livre richement documenté sur différentes performances artistiques, d'une humanité et d'une compassion contagieuses et d'une liberté de pensée précieuse.

Pour lire en ligne le début de "La robe blanche", c'est ici.



Chez Bertrand Schefer et son roman "Série noire" (P.O.L., 176 pages), on découvre aussi un livre épatant, qui tresse habilement la réalité, du côté faits divers, on s'en doute, l'art, cinéma et littérature, et la fiction. Mais dans un tout autre genre que Nathalie Léger. Il s'agit du quatrième roman du cinéaste et romancier chez P.O.L., après "Martin" (2016), le beau portrait d'un ami d'enfance qui s'est marginalisé, "La photo au-dessus du lit" (2014, lire ici) et "Cérémonie" (2012), sur la disparition de la mère aimée, ainsi qu'un premier roman relatant un parcours initiatique chez Allia en 2008, "L'âge d'or".

Avec régulièrement de longs passages sans alinéas, comme écrits d'un souffle, "Série noire" rappelle ce roman qui a inspiré un fait divers et devient lui-même un roman. En 1960, la France vécut son premier grand kidnapping, un enfant de quatre ans de la famille Peugeot enlevé contre rançon, avant de découvrir qu'il était calqué mot pour mot sur un roman américain de la Série noire!

On y rencontre un jeune ouvrier, revenu de la guerre d'Algérie, reconverti dans la vente d'électrophones, grand séducteur arpentant les nuits parisiennes, une jeune Danoise superbe qui découvre Paris et Saint-Germain-des-Prés en compagnie d'Anna Karina et un escroc de trente-neuf ans, antisocial viscéral.

S'appuyant sur une enquête approfondie et des documents judiciaires inédits, Bertrand Schefer raconte ces trois personnages que rien ne destinait à s rencontrer et qui se retrouvent au centre d'un fait divers retentissant. Son livre se déploie comme un roman policier et se déplace peu à peu sur une autre scène où la littérature et le cinéma deviennent les vrais protagonistes de l'histoire. On y croise Antonioni au festival de Cannes, Anna Karina, Françoise Sagan, Kenneth Anger, Jean-Jacques Pauvert, Simenon, Histoire d'O et les tournages de Clouzot et de Truffaut. On y rencontre le monde des artistes de music-hall, des concours de beauté. Une France où les médias de plus en plus puissants prennent désormais en charge le récit des événements. Une enquête autour de photos passées à la loupe et de scènes de films dont on découvre l'envers du décor. Une investigation sur les puissances de la fiction et les frontières de plus en plus floues entre la réalité et ses images. Une lecture épatante.

Pour lire en ligne le début de "Série noire", c'est ici.


Les lauréats 2018, Bertrand Schefer et Nathalie Léger. (c) David Raynal.


Les discours des lauréats

NATHALIE LÉGER
PRIX WEPLER FONDATION LA POSTE 2018

"Ça se passe un dimanche, la nuit est tombée depuis longtemps, il pleut. Une dernière fois, vous ouvrez mélancoliquement le merveilleux petit dossier du Prix Wepler reçu par La Poste, affiches, affichettes, cartons: de toutes façons, il est trop tard maintenant, vous ne l'aurez pas ce fameux Prix, vous ne l'aurez pas, vous décevrez: vos amis, votre éditeur – vous vous dites une fois encore cette phrase dont vous ne savez plus si elle est de Barthes ou de Gide: "Seul un dieu accepte de décevoir" — histoire de vous remonter le moral. Eh bien, voilà! vous décevrez, il faut y consentir.Et puis le téléphone sonne.
La voix de Marie-Rose Guarniéri.
Et derrière: un fond sonore de jubilation, celle de tout un jury, des exclamations, une présence vibrante, euphorique, semble-t-il. Alors brutalement, presque douloureusement tant c'est soudain, l'affolement joyeux chasse toute morosité, c'est une frénésie, une discrète électrisation qui empêche d'ailleurs de répondre intelligemment à l'annonce qui vous est faite. Parce que c'est étrange et c'est bête, mais, à ce moment-là, ce coup de fil ressemble un peu à une annonciation. Vous êtes plongée dans l'écriture, dans la construction d'une abstraction; vous êtes plongé dans ce travail, dans cette solitude — et on vient vous en tirer pour vous annoncer que vous êtes un écrivain. Vous n'y pensiez pas, vous pensiez à cette chose un peu folle (écrire), mais on vous dit: vous l'êtes. Parce que c'est ça un Prix, un Prix, c'est le réel. Et le réel de l'écriture, ce sont les lecteurs, tous ces ardents lecteurs qui ont passé, par exemple ici, au Wepler, leur été dans nos livres, ceux qui autour d'une table hier, ce fameux dimanche de pluie, ont été furieusement attentifs à nos livres, l'ont été dans les livres, attentifs et combatifs, ce sont bien eux qui nous éclairent sur qui nous sommes. Et c'est heureux.
Mais dans cette surprise émue, je voudrais dire surtout ceci: l'émotion vient de ce prix-là, le Prix Wepler, pour ce livre-là. Un Prix à qui le mot de littérature ne fait pas peur, un Prix qui déclare, avec entêtement, que la littérature est follement désirable, c'est plus rare qu'on ne croit. Et si je dis: ce prix-là pour ce livre-là, c'est que j'ai cherché dans la texture de cette "Robe blanche", dans l'intention de cette artiste dont je raconte le périple, cette artiste qui voulait faire régner le bien par la seule grâce de sa robe de mariée, j'ai cherché, dans la force impuissante de sa bonté, à réparer, par les mots, l'humiliation faite à une autre femme, ma mère, j'ai cherché non pas à faire justice, mais, pour sécher enfin ses larmes, à dire le juste.
En reconnaissant ce livre, le jury du Prix Wepler donne de la voix et fait écho à ce désir fou: dire, dans la pesée des mots, l'amplitude du sentiment, l'exactitude de l’émotion.
Et je veux dire enfin, que c'est aussi: ce prix-là pour cette maison-là. P.O.L. Ce prix-là, avec vous, amis, jury, soutiens, ce prix-là pour l'histoire de cette maison, pour sa vitalité, pour la fierté d'y appartenir, la fierté!, ce Prix pour celui qui l'a créée, ce Prix pour celui qui aujourd'hui dessine son avenir, pour toute cette équipe qui lui donne souffle chaque jour. Ce Prix pour une maison qui a tant d'esprit."


BERTRAND SCHEFER
MENTION SPÉCIALE DU JURY DU PRIX WEPLER FONDATION LA POSTE 2018

"Les choses ont parfois du sens… une mention spéciale, pour un livre qui restera pour moi justement très spécial, parce qu'il a marqué un tournant dans le travail entrepris depuis quelques années avec Paul Otchakovsky-Laurens – et ce n'est pas facile à dire aujourd'hui – à qui j'avais donné jusqu'alors des textes sensiblement plus autobiographiques. Paul s'est engagé à m'aider sur ce projet qui nécessitait du temps et des recherches et un tout autre rapport à la fiction. Il m'a épaulé, il a eu la patience d'attendre, il m'a fait confiance. Et pour reprendre le dernier mot de son film "Éditeur", je pense à lui ce soir qui m'a dit "oui" pour la dernière fois, et je remercie Frédéric Boyer, de tout cœur, qui m'a dit "oui" pour la première fois.
Spécial aussi, parce qu'il s'agit d'un livre sur un fait divers inédit en France, le premier grand kidnapping médiatisé, qui s'inspire lui-même pour la première fois à la lettre d'un roman. J'ai tenté de comprendre le lien qui unissait ici la réalité des faits et la réalité des livres, et voir comment les deux pouvaient communiquer et parfois s'échanger au point de brouiller toute notre perception des événements. Et j'ai constaté une chose: ce qui démarrait comme une enquête documentaire devait se transformer en roman pour parvenir à son terme.
Chemin faisant j'ai essayé de retraverser une époque étrange, le début des années 1960, dont je n'arrive pas à savoir s'il reste encore quelque chose aujourd'hui, hormis dans la mémoire de quelques films. Quand on pense que tout a disparu, que la marche du monde a consciencieusement effacé toutes les traces, tous les usages et les modes de vie, il suffit parfois de se promener dans Paris pour sentir ces temps remonter à la surface et les époques se superposer. Les personnages de cette affaire habitaient et hantaient justement le quartier où nous sommes, entre République, les Batignolles, Clichy et Pigalle. Et lorsqu'ils n’étaient pas dans un café de Montparnasse ou un club de Saint-Germain-des-Prés, c'est au Wepler qu'ils se retrouvaient, j'en ai la preuve formelle. Ils élaboraient là un nouveau plan devant des huîtres et une coupe de champagne, et ce plan se retrouverait dans un livre qui, avec un peu de chance, et c'est finalement ce qui rend les choses si spéciales, se retrouverait à son tour au Wepler un soir comme celui-ci, en si bonne compagnie."



jeudi 8 novembre 2018

Michaël Ferrier, lauréat du prix Décembre 2018




Michaäl Ferrier.
La saison des prix se poursuit en beauté avec l'attribution du prix Décembre, ce jeudi 8 novembre, à Michaël Ferrier, 51 ans, pour le superbe "François, portrait d'un absent" (Gallimard, "L'Infini",  236 pages). L'écrivain a été choisi au troisième tour grâce à la double voix de la présidente du jury, Cécile Guilbert.

Bonne nouvelle, le lauréat du prix Décembre 2018 recevra 20.000 euros, la dotation du prix ayant été en suspens l'an dernier en raison du décès de Pierre Bergé, son mécène (lire ici).
Le jury du prix est composé de Cécile Guilbert, Laure Adler, Michel Crépu, Charles Dantzig, Arnaud Viviant, Dominique Noguez, Patricia Martin et Amélie Nothomb.

Professeur de littérature française à Tokyo depuis 1992, auteur de plusieurs livres remarquables pas assez connus du public, Michaël Ferrier a composé ici un tombeau pour son ami de jeunesse, François Christophe, emporté à l'âge de 47 ans, ainsi que Bahia, la fille de douze ans de ce dernier, par une vague sur l'île de La Graciosa, au large des Canaries, le 26 décembre 2013.

"François, portrait d'un absent" est le sensible récit du deuil inattendu, du choc de la nouvelle, de la souffrance terrible et de la séparation brutale. Mais le livre fait aussi revivre une longue amitié, depuis le lycée jusqu'aux années à Radio France où François Christophe avait en charge les fictions, en passant par les voyages au Japon, en Afrique et la passion commune pour le cinéma.

Hommage magnifique à l'ami disparu, mort par noyade, ce récit à la première personne, bouleversant, entre France et Japon, montre aussi comment la mémoire peut se déployer et composer la chronique d'une amitié plus forte que la mort bien entendu, mais aussi celle, profonde, riche, longue de trente ans, de eux adultes qui se sont rencontrés grands ados. Michaël Ferrier enfile les souvenirs en une prose simple qui touche au cœur. Il nous partage son chagrin en laissant une place pour les nôtres.

Pour lire en ligne le début de "François, portait d'un absent", c'est ici.


Les finalistes du prix Décembre 2018
  • Michael Ferrier, "François, portrait d'un absent" (Gallimard)
  • Elisabeth de Fontenay, "Gaspard de la nuit" (Stock)
  • Francesco Rapazzini, "Un été vénitien" (Bartillat)







mercredi 7 novembre 2018

Un Renaudot surprise pour Valérie Manteau

Valérie Manteau. 


Verdict surprise quand, ce mercredi 7 novembre, le jury du prix Renaudot a désigné comme sa lauréate 2018, au sixième tour et par six voix, Valérie Manteau pour "Le Sillon" (Le Tripode, 278 pages), son deuxième roman, le seul titre que son éditeur avait publié lors de la rentrée littéraire. Non que ce soit un mauvais livre, loin de là. Mais il était sorti de la liste lors de la deuxième sélection.

En cause de ce retournement de dernière minute sans doute, le choix de Philippe Lançon, également présélectionné, comme lauréat du prix Femina lundi (lire ici). Ce dernier reçoit d'ailleurs un prix Renaudot spécial pour "Le lambeau" (Gallimard).

Dans "Le Sillon", l'ancienne journaliste de "Charlie Hebdo" rend hommage au journaliste arménien Hrant Dink assassiné en Turquie pour avoir défendu un idéal de paix et, à travers lui, à tous ceux qui résistent à l'autoritarisme turc. A travers la quête de son héroïne partie à Istanbul rejoindre son amant, Valérie Manteau pointe les contradictions de la ville et la violence d'état que vit la Turquie.

Commentaire de Valérie Manteau sur sa page Facebook:
"Vous y attendiez-vous au #PrixRenaudot? Non je ne m'y attendais pas, aucune raison de m'y attendre... Frédéric Martin m'a appelée j'étais au bureau, à Marseille. J'ai rien voulu comprendre. J'ai attendu confirmation, et puis je suis partie vite vite prendre le train avec mon téléphone en folie, j'ai fait Marseille-Paris pour retrouver mes amis aussi ahuris que moi.
La différence avec le 7 janvier c'est que tout le monde était très riant et qu'on a passé une soirée formidable à boire du champagne. A plein d'égards la journée d'hier a été pour moi un 7 janvier inversé, un positif incroyablement joyeux et coloré. Mille milliards de mille merci pour ça! Pour tous vos messages aussi.
"Le Sillon" est dédié à ceux dont l'absence et le souvenir résonnent entre ses lignes. Je pense tout particulièrement aux camarades de Charlie bien sûr. J'écoutais la veille au soir l'interview de Luz chez Marie Richeux, je me disais que moi aussi, c'est à Charlie que j'ai tout appris. Être distinguée au côté de Philippe Lançon est un honneur total évidemment et je reprends ses mots en disant que je me suis sentie "en famille".
Je pense aussi à Hrant Dink, aux gens qui pensent à lui en Turquie aujourd'hui, ses proches, les militants menacés, les journalistes emprisonnés, la population de Turquie qui ne veut plus vivre au pays des colombes assassinées. Je pense à Asli Erdogan, à Necmiye Alpay, à Eren Keskin, à Ahmet Altan, à Selahattin Demirtas, à Zehra Dogan.
Encore merci"


Le prix Renaudot Essai va au superbe livre "Avec toutes mes sympathies" d'Olivia de Lamberterie (Stock, 254 pages, lire ici), bien plus proche du récit que de l'essai. Mais on sait ce que font les jurés du Renaudot des catégories.


Enfin, le prix Renaudot poche va cette année à Salim Bachi, pour son roman "Dieu, Allah, moi et les autres" (Folio, 199 pages).

"Comme tous les gamins d'Algérie", écrit Salim Bachi, "je vivais dans la crainte de ne pas être assez bon pour échapper au châtiment du Grand Méchant Allah. En classe, nous apprenions l'arabe en récitant le Coran. Pour lire le Coran, il fallait connaître l'arabe et pour connaître l'arabe, le Coran... un cercle arabo-islamo-vicieux. Je n'y entendais bientôt plus rien, ni à l'arabe ni au Coran... alors je recevais des coups de règle sur les doigts". 

Brimé par une éducation religieuse rigoriste et la crainte du châtiment divin, Salim Bachi rejettera la religion de ses ancêtres et se détachera de la nation où il est né. Refusant tous les endoctrinements, il trouve refuge dans les livres et la littérature.


Et donc, après ce premier tour de piste des prix littéraires, David Diop, sélectionné partout, n'est encore lauréat nulle part.

Les grands éditeurs sont servis: Gallimard (Femina, Renaudot spécial), Stock (Femina essai, Médicis étranger), Grasset (Médicis, Langue française) , La Table ronde (Femina étranger), Actes Sud (Goncourt, prix du Monde), Plon (Académie française).
Mais les petits aussi: Le Tripode (Renaudot), Le nouvel Attila (Virilo).











Le jury du prix Renaudot, présidé cette année par Louis Gardel, se compose de Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jérôme Garcin, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.

Les finalistes du prix Renaudot

Romans

  • David Diop, "Frère d'âme" (Seuil)
  • Philippe Lançon, "Le lambeau" (Gallimard)
  • Gilles Martin-Chauffier, "L'ère des suspects" (Grasset)
  • Diane Mazloum, "L'âge d'or" (Lattès)
  • Pierre Notte; "Quitter le rang des assassins" (Gallimard).


Essais

  • Robert Colonna d'Istria, "Une famille corse" (Plon)
  • Olivia de Lamberterie, "Avec toutes mes sympathies" (Stock)
  • Nathalie Piégay, "Une femme invisible" (Le Rocher)


Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018

Le Goncourt 2018 arrive chez Drouant.

Qui aurait parié sur le fait que le prix Goncourt puisse être attribué deux années de suite au même éditeur? Pas grand monde. C'est pourtant ce qui est arrivé aujourd'hui, mercredi 7 novembre, puisque le Goncourt 2018 a été décerné au quatrième tour de scrutin, par six voix contre quatre à Paul Greveillac, à Nicolas Mathieu pour son deuxième et agréablement épais roman, "Leurs enfants après eux" (Actes Sud, 426 pages). Une excellente nouvelle pour la littérature et les lecteurs. Il succède au palmarès à Eric Vuillard, Goncourt 2017 pour "L'Ordre du jour" (Actes Sud, lire ici).

Le jury de l'Académie Goncourt se compose actuellement de Bernard Pivot, président, Didier Decoin, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Patrick Rambaud, Pierre Assouline, Philippe Claudel, Paule Constant, Éric-Emmanuel Schmitt et Virginie Despentes.

"Leurs enfants après eux" est une des bonnes surprises de la rentrée. Un roman qui vous prend et vous emporte. Un roman d'aujourd'hui alors que le passé n'est jamais autant entré dans les fictions que cette année. "Leurs enfants après eux" est le roman d'une jeunesse déboussolée dans un monde qui bouge, change et meurt. On est dans la France de l'Est, celle qui a vu naître l'auteur en 1978. Des gens qui triment trop, s'usent, des gens qui aiment à se brûler, observés par un adolescent de quatorze ans. En quatre étés, étiquetés de chansons, ceux de 1992 ("Smells Like Teen Spirit"), 1994 ("You Could Be Mine"), 14 juillet 1996 ("La fièvre") et 1998 ("I Will Survive"), de moins en moins longs avec le passage des ans, Nicolas Mathieu raconte des vies, des humains, des espoirs et des désespoirs, des joies et des tristesses. Des petites vies comme elles vont, cahin-caha, dans leur petit coin de France, minuscule face à la mondialisation galopante. Une merveille.

Nicolas Mathieu.
(c) Bertrand Jamot.
Nicolas Mathieu écrit ceci à propos de son livre.

"AU DÉPART, ON POURRAIT TENTER CETTE HYPOTHÈSE: un roman, ça s'écrit toujours à la croisée des blessures. Ici, j'en verrais trois, disons les miennes.
D'abord, l’adolescence. J'ai été cet enfant qui finit, qui rêve de sortir avec la plus belle fille du bahut, et veut sa part du gâteau. Et puis la plus belle fille ne veut rien savoir, le monde reste insaisissable, le temps passe et c'est encore le pire. Il y aura des étés, des flirts, les poils qui poussent, la voix qui mue. Ce sera le plus beau de la vie, et le plus cruel aussi. Dans une histoire, j'essaierai de mettre des mots là-dessus, la cicatrice à partir de quoi tout commence. 
L'autre plaie, ce serait celle du social et des distances. Quand j'étais petit, on m'a raconté un mensonge, que le monde s'offrait à moi tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut. Mais un jour, peut-être grâce aux livres, le voile s'est déchiré et j'ai commencé à comprendre. Cette leçon des écarts, des legs et des signes distinctifs, cette vérité des places et des hiérarchies, ce sera mon carburant.
Enfin, il y a ce départ. Je suis né dans un monde que j'ai voulu fuir à tout prix. Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans. Ce monde, je n'en serai plus jamais vraiment, j'ai réussi mon coup. Et pourtant, je ne peux parler que de lui. Alors j'ai écrit ce roman, parce que je suis cet orphelin volontaire."

Avec Nicolas Mathieu et "Leurs enfants après eux", c'est la cinquième fois qu'Actes Sud remporte le Goncourt. L'avaient précédé Eric Vuillard en 2017 ("L'ordre du jour", lire ici), Mathias Enard en 2015 ("Boussole", lire ici), Jérôme Ferrari en 2012 ("Le Sermon sur la chute de Rome", lire ici) et Laurent Gaudé en 2004 ("Le Soleil des Scorta").


Les finalistes du prix Goncourt 2018

  • David Diop, "Frère d'âme" (Seuil)
  • Paul Greveillac, "Maîtres et esclaves" (Gallimard)
  • Nicolas Mathieu, "Leurs enfants après eux" (Actes Sud)
  • Thomas B. Reverdy, "L'hiver du mécontentement" (Flammarion)


mardi 6 novembre 2018

Le prix Médicis à Pierre Guyotat pour "Idiotie"

Les lauréats 2018 des prix Médicis.

Pierre Guyotat.
L'écrivain et dramaturge Pierre Guyotat, 78 ans, a obtenu, ce mardi 6 novembre, le prix Médicis pour son livre autobiographique "Idiotie" (Grasset), où il revient sur ses années 1958-1962, quand il avait entre 18 et 22 ans, un titre déjà récompensé hier par les dames du Femina (lire ici et ici).

Pour lire le début de "Idiotie", c'est ici.






Le jury a attribué le prix Médicis du roman étranger à la romancière américaine Rachel Kushner pour "Le Mars Club" (traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter, Stock, 470 pages).

Romy Hall, 29 ans, vient d'être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne strip-teaseuse doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité, plus six ans, pour avoir tué l'homme qui la harcelait. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude: son fils de sept ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu'au jour où l'administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer.

Oscillant entre le quotidien de ces détenues, redoutables et attachantes, et la jeunesse de Romy dans le San Francisco de années 1980,"Le Mars Club" dresse le portrait féroce d'une société en marge de l'Amérique contemporaine.

Pour lire le début de "Le Mars Club", c'est ici.

Rachel Kushner.

N'oublions pas que nous sommes le jour des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.


Enfin, le prix Médicis de l'essai revient à  Stefano Massini pour "Les Frères Lehman" (traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Globe, 848 pages et 33.000 vers).

En vers libres et avec un humour féroce, le dramaturge italien Stefano Massini raconte l'ascension et la chute des Lehman Brothers à travers l'histoire de la famille Lehman. Son livre commence le 11 septembre 1844,où Heyum Lehman arrive à New York en provenance de Rimpar, en Bavière. Quarante-cinq jours de traversée qui lui ôtent huit kilos. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui. Il va jusqu'au 15 septembre 2008, la faillite et la disparition de la banque Lehman Brothers. Elle qui a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.

Comment les frères Lehman sont-ils passés du sens du commerce à l'insensé de la finance? De la grandeur à la décadence? Du bonheur à la damnation? Pour comprendre, l'auteur fait le récit détaillé de l'épopée familiale, économique et biblique, inséré dans l'histoire de l'Amérique.

N'oublions pas que nous sommes le jour des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

Deux éditeurs bien installés donc et une petite et jeune maison qui monte, monte, monte...
Le jury du Médicis réunit Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine Frédéric Mitterrand, Pascale Roze et Alain Veinstein.

Les finalistes du prix Médicis
Roman français

  • Emmanuelle Bayamack-Tam, "Arcadie" (P.O.L.)
  • Nina Bouraoui "Tous les hommes naturellement désirent savoir" (Lattès)
  • Pauline Delabroy-Allard, "Ça raconte Sarah" (Minuit)
  • David Diop, "Frères d'âme" (Seuil)
  • Pierre Guyotat, "Idiotie" (Grasset)
  • Franck Maubert, "L'eau qui passe" (Gallimard)
  • Fanny Taillandier, "Par les écrans du monde" (Seuil)


Roman étranger

  • Horacio Castellanos Moya, "Moronga" (traduit de l'espagnol par René Solis, Métailié)
  • Selahattin Demirtas, "L'aurore" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Emmanuelle Collas Editeur)
  • Rachel Kushner, "Le Mars Club" (traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter, Stock)
  • Yiyun L, "Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie" (traduit de l'américain par Clément Baude, Belfond)
  • Zadie Smith, "Swing Time" (traduit de l'anglais par Philippe Aronson et Emmanuelle Aronson,  Gallimard)
  • Peter Stamm, "La douce indifférence du monde" (traduit de l'allemand par Pierre Deshusses, Christian Bourgois)


Essai

  • Peter Ackroyd, "Queer city" (traduit de l'anglais par Bernard Turle, Philippe Rey)
  • Bernard Cerquiglini, "L'Invention de Nithard" (Minuit)
  • Elisabeth de Fontenay, "Gaspard de la nuit" (Stock)
  • Annie Lebrun, "Ce qui n'a pas de prix" (Stock)
  • Stefano Massini, "Les Frères Lehman" (traduit de l'italien par Nathalie Bauer, Globe)
  • Laure Murat, "Une révolution sexuelle? Réflexions sur l'après-Weinstein" (Stock)
  • Jérome Prieur, "La moustache du soldat inconnu" (Seuil)
  • Philippe Vasset, "Une vie en l'air" (Fayard)
  • Marc Weitzmann, "Un temps pour haïr" (Grasset)


lundi 5 novembre 2018

Gauz, lauréat du prix Virilo pour "Camarade Papa"

Gauz reçoit le prix Virilo 2018 pour "Camarade Papa".


C'est fait. Comme chaque année, les joyeux moustachus du prix Virilo (lire ici), hommes et femmes, ont décerné leurs prix et accessits, en écho au palmarès du prix Femina (lire ici). Soit un prix Virilo pour un bon livre, un prix Trop Virilo pour un livre excessivement viril et des accessits trop rigolos.


Pour le viril jury, le meilleur livre de l'année 2018 est "Camarade Papa", deuxième titre de l'Ivoirien Gauz (Le Nouvel Attila, 251 pages), après "Debout-payé" en 2014. L'auteur recevra donc onze euros, soit un euro de plus que le lauréat du Goncourt qui sera décerné mercredi. Ce qui n'empêche pas le prix à la dénomination parodique d'être un prix littéraire récompensant un roman pour ses qualités littéraires.

"Le lauréat du prix Virilo 2018 ", explique le jury, "raconte la bêtise du colonialisme et de ses représentants et, parallèlement, la découverte drôlatique de la Côte d'Ivoire par un enfant qui y a ses origines et qui a été biberonné au marxisme léninisme intégriste des années 1970, dont il n'a retenu que quelques formules superficielles et un bel engagement révolutionnaire. Le livre de Gauz se lit avec l'urgence née d'un récit maîtrisé et intelligent, et la grâce d'un style unique et efficace, au service de son histoire. Comme nous, le Nouvel Attila vient de fêter ses dix ans."


Jean Mattern - Le bleu du lac.Le lauréat du prix Trop Virilo 2018 est Jean Mattern pour "Le bleu du lac" (Sabine Wespieser) qui l'emporte de peu devant Jérémy Fel ("Helena", Rivages).

Commentaire du jury: "Dans un récit assez tiède, l'irruption de ce héros à la "bite magnifique" s'impose  avec douceur mais autorité, grâce à son personnage qui éjacule deux fois de suite dans son pantalon à la seule écoute d'un concert de musique classique, puis aborde la pianiste objet de son épandage en lui expliquant qu'il a gâté deux pantalons à cause d'elle, et qu'elle lui doit donc bien un repas. Elle accepte bien sûr cette invitation, ce qui lui vaudra par la suite de faire connaissance de ladite "bite magnifique"."


Quant aux autres prix et accessits, en attendant la fête anniversaire des dix ans qui les dévoilera tous (ce vendredi 9 novembre à partir de 19 h au Chai d’Adrien, 39 boulevard du Temple à Paris, RSVP), en voici quelques-uns.

  • Le Prix Pilon de la forêt qui pleure, cuvée Prix Prilon-Paprec© 2018, revient cette année à Jérémy Fel, pour "Helena" (Rivages).
  • L'accessit "Fondation Hulot pour la nature, sauvez un arbre, achetez un PDF" de l’autrice qui a déjà reçu le prix pilon mais le mériterait de nouveau est attribué à Christine Angot pour "Un tournant de la vie" (Flammarion).
  • Le Prix de l'entregent et de l'entrejambe revient à Adrien Bosc pour "Capitaine" (Stock), ses liens familiaux et amicaux avec "Claude" (Lévi-Strauss, pas François!) et ses liens capitalistiques avec les maisons d'édition.
  • L'accessit Jean d'Ormesson du titre le plus Jean d'Ormesson revient une dernière fois, comme il se doit, à Jean d'Ormesson pour "Et moi, je vis encore" (Héloïse d'Ormesson), paru à titre posthume.
  • L'accessit "La gloire de mon père, le château de ma mère, les lauriers de mon frère, les secrets de ma cousine et les talents de ma belle-sœur" du récit pas forcément documenté ni intéressant sur un membre de sa famille revient collectivement à Laurent Seksik, Olivia de Lamberterie, Robert Badinter, Vanessa Schneider, Elisabeth de Fontenay, Michaël Ferrier, etc., et à l'ensemble de la rentrée littéraire 2018.



Le Femina à Philippe Lançon pour "Le lambeau"

Philippe Lançon, prix Femina 2018. (c) Gallimard.


Vivent les femmes! Les dames du prix Femina réunies au Cercle Interallié tirent les premières dans la grosse semaine des prix littéraires qui s'ouvre ce lundi. Elles couronnent crânement "Le lambeau" de Philippe Lançon (Gallimard, 512 pages) paru en avril de cette année dans la collection Blanche. A l'unanimité moins une voix qui est allée à David Diop. Un livre indispensable que le Goncourt n'avait pas jugé utile de sélectionner parce que non "œuvre de fiction" - à se demander s'il avait été lu.

Philippe Lançon.
(c) C. Hélie/Gallimard.
Le journaliste et romancier, rescapé de l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015, très gravement blessé à la mâchoire, y raconte sa lente reconstruction à la fois physique et spirituelle. Une remontée vers la vie bouleversante qui n'épargne rien, ni les douleurs physiques, ni les douleurs morales. "Le lambeau" est sans doute LE livre de l'année 2018. C'est aussi un chef-d'œuvre et il est réconfortant que le prix Femina lui ait attribué ses lauriers.

Pour lire le début de l'épais "Le lambeau", déjà vendu à 110.000 exemplaires, c'est ici.


Première apparition publique depuis l'attentat de Philippe Lançon, pour le prix Femina.

Le jury du prix Femina est composé d'Eveyline Bloch-Dano, Claire Gallois, Anna-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas (présidente). Le secrétariat est assuré par Anne de Caumont.

Le prix Femina étranger couronne l'Américaine Alice McDermott pour son roman "La neuvième heure" (traduit de l'anglais par Cécile Arnaud, La Table Ronde/Quao Voltaire, 282 pages).

Jim, jeune homme aux grands yeux bleus qui a dû mal à se lever le matin, vient d'être congédié de son emploi aux chemins de fer. Il referme la porte derrière sa femme Annie qu'il a envoyée faire des courses, puis enroule soigneusement son pardessus "dans le sens de la longueur" pour le poser au pied de la porte. Quand Annie reviendra, elle manquera de faire sauter la maison entière en craquant une allumette dans l'appartement rempli de gaz.

Malgré la fatigue et ses chevilles enflées, Sœur Saint-Sauveur, en chemin vers le couvent voisin après une journée à faire l'aumône, prend la relève des pompiers auprès de la jeune femme enceinte et des voisins sinistrés de ce petit immeuble de Brooklyn. Elle tente de faire jouer ses relations pour que Jim soit enterré dans le cimetière catholique où le couple avait acheté une concession, mais la nouvelle du suicide est déjà parue dans le journal. Il lui reste à veiller son corps, en compagnie de l'acariâtre Sœur Lucy et de la novice Sœur Jeanne, en attendant que le croque-mort l'emporte à la fosse commune...

Pour lire le début en ligne, c'est ici.

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Un Prix Femina spécial 2018 pour l'ensemble de son œuvre va à Pierre Guyotat pour "Idiotie" (Grasset, 249 pages), récompensé il y a une quinzaine par le Prix de la langue française de Brive (lire ici).










Enfin, le Femina de l'essai va à la philosophe Elisabeth de Fontenay pour "Gaspard de la nuit, Autobiographie de mon frère" (Stock, 140 pages), un livre où elle explore, entre biographie et cheminement philosophique le parcours de ce "petit frère" de 80 ans dont on saura seulement qu'il est handicapé.

Pour en lire le début en ligne, c'est ici.




Les finalistes du prix Femina

Roman français

  • Emmanuelle Bayamack-Tam, "Arcadie" (P.O.L.)
  • Yves Bichet, "Trois enfants du tumulte" (Mercure de France)
  • David Diop, "Frère d'âme" (Seuil)
  • Michaël Ferrier, "François, portrait d’un absent" (Gallimard)
  • Pierre Guyotat, "Idiotie" (Grasset)
  • Philippe Lançon, "Le lambeau" (Gallimard)
  • Tiffany Tavernier, "Roissy" (Sabine Wespieser)

Roman étranger

  • Javier Cercas, "Le monarque des ombres" (Actes Sud) traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic, avec la collaboration de Karine Louesdon
  • Davide Enia, "La loi de la mer" (Albin Michel) traduit de l’italien par Françoise Brun
  • Stefan Hertmans, "Le cœur converti"(Gallimard) traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
  • Alice McDermott, "La neuvième heure" (La Table Ronde/Quai Voltaire) traduit de l'anglais par Cécile Arnaud
  • Gabriel Tallent, "My absolute darling" (Gallmeister) traduit de l’américain par Laura Derajinski
  • Olga Tokarczuk, "Les livres de Jakob" (Noir sur blanc) traduit du polonais par Maryla Laurent
  • Samar Yazbek, "La marcheuse" (Stock) traduit de l'arabe par Khaled Osman

Essai

  • Antoine de Baecque, "Histoire des crétins des Alpes" (Vuibert)
  • Stéphane Beaud, "La France des Belhoumi" (La Découverte)
  • Marc Dugain, "Intérieur jour" (Laffont)
  • Colette Fellous, "Camille Claudel" (Fayard)
  • Elisabeth de Fontenay, "Gaspard de la nuit" (Stock)
  • Laurent Nunez, "Il nous faudrait des mots nouveaux" (Cerf)
  • Dominique Schnapper, "La citoyenneté à l'épreuve" (Gallimard)
  • Marc Weitzmann, "Un temps pour haïr" (Grasset)