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dimanche 5 décembre 2021

Toute ressemblance avec un huissier existant...

Il suffit en général de prononcer le mot "huissier de justice" pour que les cheveux se dressent sur la tête, que des marques rouges apparaissent sur la peau, que l'on se mette à transpirer ou à avoir des palpitations. Principalement quand on se trouve à l'adresse où se rend l'officier public. La profession fait peur et a mauvaise presse. Pas toujours à tort, certains de ses représentants ne se comportant pas convenablement. Souvent parce que le public ignore les missions plus "nobles" de l'huissier que la saisie et la vente de biens. Bref.

Il en est tout à fait autrement avec le héros du premier recueil de nouvelles de Jean Pierre Jansen, "On n'entre pas comme ça chez les gens!" (Quadrature, 114 pages). Cet huissier qui nous dépeint à la première personnes quinze affaires dont il a eu à s'occuper apparaît en finale humain, empathique et pédagogue, drôle par moments. Il a heureusement survécu aux coups reçus dans la première nouvelle. L'atout de ce recueil, le premier de l'auteur qui n'est pas un ancien huissier mais a abandonné son métier de chercheur en agronomie pour se consacrer à l'écriture, est qu'il présente quinze histoires de misère.

Des dettes bien entendu, imposant des recouvrements et des saisies, mais surtout des engrenages qui ont mené aux drames. Les découverts le sont pour cause de naïveté. De rêves un peu fous qu'on a cru pouvoir assumer. Derrière les affaires traitées, il y a des hommes et des femmes, parfois des enfants. Outre la Miss Talon déjà évoquée, on découvre le recyclage original des pots de peinture d'une droguerie en faillite, on rencontre une petite Léa de 4 ans, le funambule Antoine, on est surpris par l'histoire de René et ses horloges... On va en ville et à la campagne, de métier en hobby, dans des nouvelles de longueur variée. Des personnages attachants, bien campés, un style assez cash, plutôt oral, piqueté d'humour, une écriture parfois un peu lourde, quelques longueurs mais une approche originale de la profession d'huissier de justice. Ou plutôt d'un de ses représentants. Et surtout de la société actuelle. Une lecture plaisante.

#lisezvouslebelge


vendredi 23 février 2018

Audacieux et réussi, le recueil de Pascale Pujol

Pascale Pujol. (c) Ville de Villemomble-Nathalie Euvrie.


Pascale Pujol avait signé en 2015 un épatant premier roman, "Petits plats de résistance" (Le Dilettante) aujourd'hui repris au Livre de Poche. Drôle comme tout, complètement inattendu avec cette succession de recettes de cuisine où rissolent toute une flopée de personnages: une cuisinière qui est devenue employée de Pôle Emploi, son mari, leur fillette surdouée, leur fils ado, un patron de presse, son fils à lui plutôt dans le genre nigaud, plein d'autres encore, avec ou sans papiers. Bref, une comédie urbaine bondissante dont les ingrédients régalent de secrets familiaux, de balades dans le quartier parisien de la Goutte d’Or, de séances au tribunal de commerce... Indigeste? Pas du tout. On demanderait même à se resservir tant le choc des classes et des cultures révèle le goût des mots et le festin qu'est la littérature.

Un extrait de "Petits plats de résistance" peut être lu ici.


Toute au souvenir de cette lecture revigorante, je me suis précipitée sur le nouveau recueil de nouvelles de Pascale Pujol, le second chez Quadrature, "Sanguines" (96 pages). Sans trop réfléchir au titre. Sans lire la quatrième de couverture: "Douze tableaux, douze nouvelles, douze lunes devrait-on dire… Car on parle ici de lunes, de cycles, de sang. De menstruations. Un thème tabou, un bastion que la littérature a souvent refusé d'investir parce qu'il y a un je-ne-sais-quoi de tribal, de reculé, de primitif dans ces histoires qui doivent rester secrètes, refoulées ou proscrites: qu'elles soient accueillies avec déception, soulagement ou exaspération, les règles nous ramènent à notre condition animale."

C'est donc sans aucun avertissement que j'ai découvert ces douze nouvelles sur les règles, formidables en diable, rudement différentes les unes des autres, qui vous emmènent ailleurs alors que finalement vous pourriez être chez vous. Surtout pas réservées au sexe féminin. Hommes et femmes y évoluent, toujours en fonction des "périodes" féminines. C'est inattendu, virevoltant et remarquablement bien troussé. Il y en a de tous les genres d'écriture, dans tous les registres de sentiments. Magie noire percutante dans "Magie rouge", épatant renversement des rôles masculin-féminin dans "Monsieur Ragnagnas", tendre coup de main secret dans "Le samovar", folie grave dans "Lady-Net", solitude d'une ado dans "Le passage", colocation improbable dans "L'alignement des planètes", incroyable découverte artistique dans "Technique mixte", curiosité fatale dans "Vernis à ongles", ultimes souvenirs dans "Dernier round", émouvant lien mère-fille dans "La boîte à secrets", marketing au masculin dans "La coupe est pleine", "Sortilège" bouclant la boucle.

Le tout est conté d'une plume habile et efficace, tendre ou acide, en plein accord avec son sujet, en tout cas jamais vulgaire malgré les territoires explorés. Un recueil à ne pas rater.

Pascale Pujol est à la Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 23 au soir et le samedi 24 février.